‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 12 sur 53 · HUE · texte numérisé non relu

HUE

METZ RÉPUEBELICAINE.

classer les familles et constituer, sous le patronage de la gloire, un ordre noble qui jusqu'alors n'existait guëre que sous

e L2 L es * l'empire des possessions territoriales”.

Les premières armoiries furent trés-simples : l’aigle pour son audace, son vol rapide et sa majesté; le lion, roi du désert ; la tour crénelée, souvenir de conquête et de puissance ; la croix, symbole de salut et d'espoir; certaines dispositions linéaires ou florales traditionnelles dans la Gaule, eurent l’honneur insigne de figurer sur nos premiers écussons. Ainsi, par

exemple,

CIIEWERSON. GOURNAY. RAIGECOURT.

Chewerson, qu’on croit originaire d'Ecosse , porta burelé d'or et de sable de neuf piéces, au franc quartier de gueules à l'aigle d'or ;

Gournay, déjà connu dans les annales militaires, de

gueules à trois tours d'argent maconnées de sable, mises en bandes ;

Raigecourt, d’or à la tour de sable.

* Avant les croisades , il existait déjà des armoiries exclusivement pro— pres aux seigneurs qui avaient paru dans les tournois; mais elles ne devinrent fixes, héréditaires, distinctives des races qu'après la première expédition en Palestine.

BAUDOCHE. DROUINe

Baudoche avait chevronné d'argent et de gueules, de dix pièces, au chef d'azur chargé de deux tours d'or ;

Drouin, de gueules à l’aigle esplovée d’or:

Paillat, d’or à l'aigle de sable chargée d’une bande de gueules à trois roses d'argent.

Certaines familles bourgeoises issues du comptoir, enrichies par d’honnêtes spéculations, ne laissérent pas aux seigneurs chatelains le privilège exclusif d'attaquer les infidéles. — « Pars, mon fils, disait l’honnête négociant, pars, tes armes ne seront ni moins trempées ni moins brillantes que celles d’un comte; vas, ton coursier, tes écuyers t’attendent, soutiens l'honneur de ta race; meurs pour le ciel ou reviens heureux. » — Et le jeune bourgeois s'en allait. Grand nombre périrent, mais quelques-uns revinrent, parmi lesquels on cite un Baudoche, un Drouin, un Paillat, qui rapportérent l’écu blasonné des croisés, et concoururent ensuite, avec d’autres bourgeois émancipés par les armes ou par des charges électives, à former le noyau de l'aristocratie populaire de Metz.

Vous le voyez, avec de nouvelles idées, de nouvelles

formes, naquirent de nouveaux mots, je devrais presque dire

S/£ MÉTZ RÉPUBLICAINE.

une science et une langue toute entière, car la langue et la science du blason exigent passablement d'études. Les armoiries deméurérent néanmoins long-temps encore à leur état rudimentaire, n'admettant qu'un petit nombre de signes distingués par des émaux ou couleurs différentes. Mais laissons le système héraldique, et revenons au départ des croisés dont j'entends bruire les cavales et retentir la trompette.

Godefroy de Bouillon, héros immortalisé par le Tasse comme jadis Achille l'avait été par Homère, Godefroy venait de vendre à vil prix ses deux duchés de Bouillon et de Basse-Lorraine, de fonder, si l’on en croit nos chroniqueurs, la maladrerie de Longeau, aux portes de Metz, et d'entrer dans cette ville, pour prendre le commandement d’une puissante armée qui l’attendait*. Il était beau de voir, sur la rive Mosellane, ces chevaliers bardés de fer dont la brillante armure étincelait au soleil, ces prêtres à cheval, parcourir les rangs crucifix en main, et l'évêque du haut de son trône, bénir au nom du ciel plusieurs milliers d'hommes, à genoux, religieusement inchinés vers la terre.

Les voilà partis, purs d'intention, mais fanatisés ; pillant, massacrant les juifs, moins peut-être pour l'or qu'ils en espérent quafin de faire œuvre méritoire et d'offrir un sanglant holocauste au type éternel de l'indulgence et du pardon. A Worms, à Mayence, à Strasbourg, à Metz, beaucoup d'Is-

raélites périrent. Leur destinée tragique est rappelée dans

* « Godeffroy de Bouillon avant son depart fist faire et fonder l'Eglise

«< de S.'-Maurice de Longeyawe ( Longeau ) Et y donna les terres et rentes < qui y sont, en laquelle sont à present les bons malaides, laquelle Eglise < est scituée tout au milieu du Val de Mets, » (Philippe Gerard, fol. 181,

VeErsÔ,

RRRSENANE

AN 14095 a 1180. 85

quelques hymnes dont l'expression touchante prouve que la poésie devient toujours la compagne et la consolatrice des grandes infortunes*.

Les désordres provoqués par le schisme, momentanément suspendus, reprirent avec une nouvelle vigueur quand la cour pontificale, préoccupée de la croisade, eut l'air d'abandonner à eux-mémes ceux qu'elle soutenait naguëre. Aïnsi, notre évèque Poppon, pour éviter de plus grands maux, s’humilia devant l'ordre impérial qui proscrivait Lanzon, abbé de Saint-Vincent, parce qu'il n'avait pas voulu communiquer avec Pantipape”** ; ainsi, peu aprés, il trouva bon que l'empereur donnât l'investiture à Théodorik, abbé de Saint-Trudon, ne voulant pas priver l'église d’un sujet distingué auquel ce monastére allait devoir sa régénération***.

Cette attitude conciliante fut appréciée d'Henri 1v, car Poppon demeura paisible. Mort en 1105, on n’a pu jusqu’à présent découvrir ni le jour de son décés, ni le lieu de sa sépulture. Peut-être aura-t-il fait le voyage d'Orient pour

ajouter l'exemple aux conseils qu'il avait donnés ****,

La querelle des investitures amenait de nouveaux troubles à chaque élection épiscopale, car les deux partis luttaient

d'intrigues pour faire prévaloir leur créature. Dés que Poppon

La * Voyez mon ouvrage intitulé : Etat des Juifs en Europe et leur histoire en France.

** C'était la seconde fois que Lanzon se voyait persécuté pour le même fait, Mabill., annal. bened., Lib. rxix, n.° 90.

*** Chron. S.—-Trud, ap. spicil, , t. vu.

**#* Ilist. bénédictine de Metz, t. 11, p. 212,

fut descendu dans la tombe, clergé, nobles, bourgeois, tous s'agitérent ; mais Adalbert ou Adelberon, le princier de la Cathédrale, qui s'était fait de nombreux partisans, soutenu par l'empereur et par la maison de lorraine, triompha malgré le chapitre, malgré la bourgeoisie. Îl est connu dans nos

annales sous la dénomination d’Adelberon 1v. Homme d'argent

et de plaisir, peu soucieux des besoins temporels du diocèse, n'ayant d'autre but que celui de plaire à l'empereur, Adelberon reçut au mois de mai 1107, dans le palais épiscopal, le fils et l'héritier d'Henri IV dont la présence ici consolida, pour quelque temps, la puissance incertaine du prélat. Ses actes administratifs ne sont pas nombreux : nous le voyons, le 35 des nones d'avril IT, présider une enquête contre l’avoué de l'abbaye de Senones qui molestait ce monastère; signer le 5 janvier 1115, conjointement avec Ricuin, évêque de Toul, Folmar, comte de Metz, Étienne, princier de Toul , une sentance arbitrale entre le duc de Lorraine et l'abbesse de Remiremont, au sujet du château d’Ars et de quelques villages ; du reste, pour retrouver Adelberon, il faut quitter la province, suivre la cour, les expéditions guerrières de l'empereur, etalors on l'appercçoit à Liège, Mayence, Worms, Strasbourg, Francfort, etc., signant les diplômes du monarque et menant la vie déréglée des autres seigneurs. Adelberon avait une

tele incurie des monastères qu'il laissa long-temps celui de

Saint-Trudon sans abbé, parce qu'aucun concurrent ne lui offrait un prix d'achat; et quand Rodulphe fut élu, ce grand homme ne pouvant compter en aucune sorte sur son évêque, pour trouver l'appui dont il avait besoin contre les seigneurs voisins, vint à Metz, dans notre cathédrale, se prosterner aux pieds d’une vierge réputée miraculeuse, et chercher là les inspirations et les secours qu'il ne trouvait nulle part ailleurs *.

Fatigués d’un état de choses nuisible aux intérêts de leur conscience, puisqu’Adelberon n’était pas reconnu par le pape, les Messins qui avaient fait acte d'indépendance absolue, en levant pour la première fois une armée sans autorisation impériale, en déclarant la guerre au seigneur de Dieulouard, en assiégeant et rasant son château pour délivrer un bourgeois retenu prisonnier *“*, employérent bientôt les mêmes armes contre l’évêque.

Déjà, depuis quelque temps, Adalbert, princier de la Cathédrale , préparait les voies d’insurrection où la magistrature messine devait marcher; mais l’évêque s'en étant aperçu, Adalbert, forcé de fuir, fut mis au ban de l’empire. Henri V promit 50 talers d'argent à quiconque lui apporterait les yeux du proscrit. Celui-ci, heureux d'échapper aux recherches, se dirigea vers Rome et fit au souverain pontife une telle pein-

ture de l’église messine, des désordres qu’aulorisait Adelberon,

* Chron. Trudon., auctore Rodulpho ; chron. brev. Sancti-V'incent. , ap. Labb. Bibl, nov. p. 549; Diplom. ap. Martene, ampliss. collect., t. À, p. 645; Mabill., annal. bened. lib. xxit, n.° 10; Gurlleman., hast. episc. Argent., p. 220 , 225; anc. archives de Saint-Arnulph ; D, Calmet, hist, de Lorr,.,t.1r, p. 242.

#* Année 4110, V. Dom Calmet, Notice de Lorr.,t.1, p. 528.

de l'irritation des esprits et du scandale qu’en éprouvait l’église, que Paschal IT donna l’ordre au cardinal Gonon, évêque de Preneste, de se rendre immédiatement en France et d'y chercher les moyens d’élire un autre évêque. Conon, déguisé en écrivain, pour échapper aux impériaux qui gardaient toutes les routes, arrive à Reims, convoque un concile le 98 mars 1115 , avec menace de suspendre des fonctions épiscopales tout prélat qui ne s'y rendra pas, et propose la déchéance d’Adelberon. Les pères ayant approuvé cette résolution, le princier Adalbert chargé des pleins pouvoirs du concile pour élire un nouvel évêque, ne craignit pas de rentrer à Metz où les magistrats lui servirent de sauve-garde , jusqu’à ce qu’on pèût trouver l'occasion favorable de procéder au choix d'un prélat.

En 1117, les électeurs réunis secrétement sur la frontière du diocèse , dans une église écartée , s'entendirent avec beaucoup de peine jusqu'à ce que le princier Adalbert, qui avait ouvert la séance par la lecture des lettres du légat, eût proposé Théotgére, abbé de Saint-Georges dans la forét noire , frère de Folmar-le-jeune , comte de Metz, et sans doute d'origine messine *, Des suffrages unanimes accueillirent cet honorable candidat, généralement connu par ses talents littéraires , artistiques , administratifs, et ses vertus. Mais restait la difficulté de lui faire accepter l’épiscopat. Une députation , chargée de ce soin, n'y réussit point; le légat, par sa correspondance, ne fut pas plus heureux; et le concile de Cologne, tenu au mois de mai 1118, cédant aux vœux de Théotgére,

* & Il estoit frere a vn noble homme de Metz nommé Follineir, qui estoit

« alors le principal de la cité, et apres deux années il abdiqua l’Eveché « et redevint moine de Chiny, » Philippe Gérard.

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