PENSE
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allait décider la nomination d’un autre évêque, lorsque Adalbert, notre princier, entraina les suffrages et obtint que l'élection épiscopale du modeste abbé de Saint-Georges fut confirmée. Ayant recu l’onction épiscopale des mains du légat assisté de plusieurs dignitaires ecclésiastiques, Théotgère, accompagné du princier, se rendit dans le mois de juillet 1118, à Dieulouard, où le joignirent plusieurs personnes haut placées, clercs et laïcs ; mais les partisans de l'intrus lui fermérent les portes de la ville. Pour éviter tout
désordre , il regagna son abbaye.
Cependant le pape Gélase 11, et Brunon, archevèque de Trèves , opposé d'abord à l'élection à cause d’un vice de forme, écrivirent avec instances aux ecclésiastiques, ainsi qu'aux bourgeois messins, d'accueillir favorablement leur évêque. On députa vers lui. Longtemps il fut indécis. A la fin, s'étant décidé, le princier Adalbert, suivi des principaux de la ville, courut à sa rencontre. Dés-lors, nouvelle agitation dans Metz ; le clergé schismatique , les magistrats, les bourgeois messins partisans de l'empereur prennent les armes. Théotgère, arrivé dans un lieu voisin de notre ville appelé Cappentia, y célébre solennellement le dimanche des rameaux et convient avec sa suite d'aller à Gorze, pour y bénir le saint-chrèême. Aussitôt quelques têtes folles prennent les devants, soulévent les vassaux de l'abbaye, et Théotgère trouve en armes une nombreuse populatione soulevée contre lui. Le prélat n’en persiste pas moins dans l'exécution de son pieux dessin ; mais pendant qu'il officie, les insurgés attaquent la suite épiscopale et la mettent en déroute; Adalbert s'enfuit avec peine ; quelques furieux menacent l'église; des vociférations parviennent aux oreilles de Théotgére, qui, sans s’émouvoir, marche à la porte du sanctuaire, en habits pontificaux, et demande aux mu-
tins ce qu'ils lui veulent. Tous s'agenouillent, se signent avec respect, le tumulte s'appaise , et l'évêque jugeant convenable de marcher droit sur Metz, avant que l’émeute se soit réveillée, va descendre au Sablon, dans l’abbaye de Saint- Clément. Une scène analogue à celle de Gorze l'y attendait ; des cris sinistres, à bas l'évéque, mort, mort à l'évéque se font entendre. Cependant, il continue sa marche à travers la populace exaltée et touche aux portes urbaines, lorsque le chevalier Tiercelin Bertrand , maître-échevin depuis 1119*, revêtu de la confiance générale, et sachant tenir entre toutes les exigeances un juste équilibre, se présente devant Théotgère et lui demande ce qu’il veut. « Je suis votre évêque à « tous, répond le saint homme ; je viens visiter le troupeau « qui m'est confié. Dieu me garde de supposer qu'on veuille « m'empêcher de remplir les devoirs d'un pasteur. » Tiercelin ne contesta point les droits que pouvait avoir Théotgère , mais il le supplia, pour éviter un malheureux conflit, peut-être une effusion de sang, de se retirer dans quelque domaine de l'évêché, jusqu'à ce que l’empereur et l'archevêque de Trèves en eussent décidé. Théotgère l’écouta. Le jeudi saint il célébrait l'office à Saint-Clément ; le vendredi il était sur la route de Tréves, pour intercéder Brunon qui le reçut trèsmal. Les esprits toutefois se calmérent; Brunon lui-même reconnut les titres légitimes du vénérable prélat, et peutêtre serait-il entré dans sa ville épiscopale, si la mort ne l'avait point frappé le 29 avril 1449, lorsqu'il faisait de profondes dévotions à l'abbaye de Clugny**,
* Sur notre liste échevinale, Tiercelin Bertrand est le premier qui soit décoré du titre de chevalier.
** Mabill. ann. bened. lib. 1xvn, n. 114; Lib. 1xx, n. 88; Lib. 1xxu, n, 115; Hib.1ixxnt, n, 5, 33, 34, 55, 85, 84, 114; Trithemi chron.
hirsang., ad ann. 1087 ; hist. rei liter. O. S. B. t.1v, p. 56.
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Sous l'empire des événements qui se sont succédé depuis vingt-cinq années, les Messins ont perfectionné les formes de leur administration populaire, et senti le besoin d’être désormais affranchis d'une tutelle épiscopale si turbulente et si chanceuse. « Les habitans de la ville, dit Meurisse, se saisirent « des biens et de la puissance temporelle des mesmes euesques, « et formerent vne espece de republique, en laquelle ils « trouuerent moyen de contenter vn chacun. Outre les vingt « et vn escheuins qui estoient pairs de l’euesché, ils en « créerent vingt et vn autres roturiers, appellez escheuins « mineurs, à la distinction des autres, qu'on nommoit es- « cheuins maieurs *. » Ces derniers étaient pris, selon toute apparence, parmi les membres du chapitre, tandis que les autres, presque tous d'origine plébéienne, sortaient des trois mairies, mairie de Port-Muzelle, de Port-Sailly et d'Outre- Muzelle, entre lesquelles se partageaient les citoyens élec-
teurs.
Pour accepter l'épiscopat en des circonstances aussi critiques, il fallait beaucoup de fermeté, ou de limprévoyance, ou la certitude d'un puissant protectorat. Peut-être plus que tout autre , le jeune Etienne de Bar réunissait ces trois conditions; aussi le sceptre messin que lui offrit son oncle, Le pape Calixte 11, fut-il accepté. On l’élut, pour la forme, dans le monastère de Clugny, où quelques jours auparavant Calixte avait reçu la tiare; puis Etienne, voyageant avec lui, visita quelques villes françaises, et se rendit à Rome où il arriva le 3 juin 1150, pour y être sacré, décoré du palium et revêtu du chapeau de cardinal. Cette absence , jugée nécessaire, permettait aux partisans d'Etienne d’agir sur l'esprit des Messins pour lui pré-
* Hist, des euesq. de Metz, p. 594.
parer une honorable réception, ce qui n’empêcha pas les magistrats de lui fermer leurs portes. Obligé de conférer les ordres sacrés dans une chapelle située au sommet de la côte Saint-Quentin, il se réfagia dans le comté de Bar, à la cour de son père Thierry 11, jusqu'à ce que l’empereur et le pape ayant signé la paix à Worms, le 25 septembre 1122, notre
prélat püt s'asseoir sans obstacle sur le trône épiscopal *.
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* Chron. episc. mel. spicil., t, vi, p. GGA ; Mirær diplom, Belgic. , t.1, p. 102 et 405 ; annal. Trevir., t.u, p, 16,