CRAN LA
Après une vacance de plusieurs mois, l'empereur qui avait inutilement sollicité la cour pontificale de confirmer l'élection à l’archevéché de Brème d'un de ses plus chers favoris, de Bertheld ou Bertram, le proposa pour évêque au clergé messin qui l'élut.
Ce prélat, d'origine saxone, Joignait à beaucoup de fermeté des connaissances profondes en droit civil et canonique, en histoire et en littérature. Son apparition dans nos murs devint le signal d'importantes modifications gouvernementales et d’un retour forcé de la bourgeoisie au pouvoir temporel des anciens évêques. Bien que s'immisçant aux grandes affaires politiques, puisqu'on le voit à la diète de Gelenhausen, près de Mayence (1180), Bertram ne s’occupait pas moins du diocèse qui lui était confié. Il racheta quantité de domaines aliénés par Théodorik 1v, ruina de fond en comble une forteresse située prés de Sarrebourg, et d'où le sire Valtran, vassal du comte de Dasbourg, ravageait le territoire épiscopal ; il acquit le château de Bascourt, reconstruisit avec magnificence la forteresse de Vic, et voulut asseoir solidement son autorité avant d'essayer le coup d'état qui devait si bien lui réussir.
Depuis un demi-siècle, la puissance municipale s'était consolidée à Metz de telle sorte que les évêques n’obtenaient quelque influence qu'en se mettant d'accord avec elle. Les chagrins dont fut abreuvé Théodorik 1 pour avoir voulu lui résister, préoccupaient Bertram, et il s'était bien promis ou de briser son sceptre, ou de le rendre indépendant. A cet effet, il fallait toucher au pacte fédératif de la noblesse et du peuple.
Le 21 mars 1180, en présence du princier Hugues et de tout le chapitre de la cathédrale; de Pierre, abbé de Gorze; de Wuillaume, abbé de Saint-Vincent; de Burchard , abbé de Saint-Arnould; de Daniel, abbé de Saint-Symphorien ; de Jean, abbé de Saint-Clément ; de Pierre, avoué; de Ponce, écuyer tranchant; de plusieurs militaires, ecclésiastiques et bourgeois, Bertram rédigea une charte réglementaire dont voici les dispositions :
Le maitre-échevin ne sera plus à vie, mais annuel; son élection n'aura plus lieu, comme auparavant, par les suffrages du clergé et du peuple, mais par le choix de six personnes, savoir : le princier de la cathédrale, les abbés de Gorze, de Saint-Vincent, de Saint-Arnould, de Saint-Clément et de Saint-Symphorien. Chaque année, le 21 mars, jour de saint Benoit, ces six électeurs se réuniront à Metz et jureront sur les saints évangiles de choisir premier échevin celui qu'ils jugeront être le plus digne. Si quelque électeur ne se trouvait pas présent au jour marqué, la nomination n’en aurait pas moins lieu. On peut élire premier échevin, un noble ou un roturier , soit de la ville, soit des faubourgs. Sont seuls exceptés les individus de condition servile. Personne n'aura droit de refuser cette charge, à moins d’avoir pris la croix pour aller en terre sainte. L'élection terminée, le nouveau magistrat ira présenter ses hommages à l’évêque et recevoir de ses mains linvestiture , après quoi il s'engagera, par serment, devant le peuple assemblé, à quitter ses fonctions dés que l’année sera close; à ne recevoir ni présent, ni récompense ; à veiller fidélement sur les droits de l’évêque, sur ceux du clergé, des orphelins et des veuves; à rendre justice aux pauvres comme aux riches; à ne jamais prononcer une sentence dans les affaires épineuses, avant d'avoir consulté
AN 1095 4 1180. 107 des personnes aussi sages qu'éclairées; enfin, à n'aliéner aucun domaine inbérent aux fonctions qu'il exerce. S'il arrivait que l'évêque ne füt point à Metz le jour de saint Benoit, l'élection aurait également lieu , et le maître-échevin entrerait en charge d’après les formes ordinaires. Si dans l'année ce magistrat mourait ou se trouvait obligé de quitter son emploi, il faudrait, sous huit jours, en élever un autre qui
resterait en fonctions le reste de l’année et la suivante.
L'exécution de cette charte fut ordonnée, sous peine d'excommunication contre les opposants , à moins que dans la suite on voulût, après y avoir mürement réfléchi, et par délibération commune, la modifier en quelque chose. L'évêque, le princier, les abbés, la municipalité y appendirent leur sceau; l'empereur Fréderic lui donna force de loi par un diplôme daté de Constance le 18 avril suivant; mais le pape Urbain mn ne la ratifia que six années plus tard, le 25 mars 4186 ou