‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 22 sur 53 · NAT DER ER · texte numérisé non relu

NAT DER ER

} Le

ce = = = pu re () qi pt pu si a) D ms nos bon am Gr «mn = L 4

ÉTAL SOCIAL. 157 Parmi les annalistes modestes à la pensée pieuse desquels il n'est pas même venu d'inscrire leur nom sur leur livre, pouvonsnous oublier le continuateur naïf de notre chronique épiscopale* ? Et quand on voit un moine obscur, Clément de Metz, sortir de nos écoles diocésaines vers l’année 1170, pour diriger l'éducation religieuse du jeune Philippe-Auguste , conserver des principes honnêtes malgré la corruption générale, et servir d'exemple aux grands, ne dirait-on pas que la Providence voulait le mettre en opposition avec ces moines dont la vie déréglée causait tant de scandale ! A Saint-Trudon, ce sont deux abbés, Lanzon, puis Théodorik et Hérimann qui se disputent le pouvoir"*; à Insming, près de Sarreguemines, le comte de Bar révolté du déréglement des clercs, les chasse sans pitié ***; ailleurs, ce sont d’autres excés causés par l'ambition, la richesse, le doute en matiére de religion et par de fréquents abus d'autorité. Mais, comment pouvait-il ne pas en être ainsi, lorsqu'on voit des abbés trancher du souverain, compter à leur suite des seigneurs, des barons , avoir une véritable cour et de nombreux officiers

à leur service , chancelier, apocrisiaire, camérier , garde des

De ce peu de vers il résulte qu'à l'occasion de la fête abbatiale un repas somptueux était servi après l’office ; que l’église, pavée en mosaïque, voyait appendre autour des colonnes et contre les murailles des tapis tirés de l'Egypte et de l’Asie-Mineure, et qu’on se livrait, dans le cloître, à des exercices littéraires que ne réprouvaient ni la plus saine logique, ni la morale, ni la science de la nature.

* Cette chronique a eu deux continuateurs, l’un depuis Etienne de Bar jusqu’à l'exil de Bertram en 1186, c’est celui dont nous parlons ; l’autre, depuis Conrad I.°", successeur de Bertram, Jusqu'à Jacques de Lorraine , mort en 4260. La chronique entière est insérée dans le Spicilège de dom Luc Dachery, t. vi.

#% Chron. 9. Trud.r, ap. Spicils, 1-2vir:

*** D, Calmet, Notice de la Lorr.,t, 1, p. 398.

chartes, majordome, etc.*? Les évêques, ainsi que nous l'avons prouvé plus haut, renchérissaient encore sur les abbés ; et si les châteaux qu'ils habitaient n’offraient extérieurement qu'un témoignage formidable de puissance, on trouvait à l'intérieur toutes les conditions d'une somptuosité commode. Tels nous citerons les châteaux d'Habondange, de Conflans et de Vic rebâtis dans le cours du douzième siécle **,

Au reste, cette existence de château était une conséquence naturelle de l'état d'isolement auquel, depuis la premiére croisade, se trouvaient condamnées une partie des grandes familles. Obligées de vivre sans leur chef, reléguées en quelque noir donjon, elles tâchaient d'en égayer l'intérieur par tous les moyens possible : les hommes jouaient à la bague, aux dés, aux quilles, à la balle, racontaient les prouesses de la chasse ou du champ-clos, tandis que les femmes représentaient à l’aiguille, sur d'immenses tapis, des scènes guerrières ou domestiques, et chantaient de tendres villanelles. Voilà comment s’écoulait paisible la vie seigneuriale. Il ne fallait rien moins qu'une invasion hostile, une insurrection populaire ou quelque grande dévotion pour en

interrompre l’uniformité. Dans le premier cas, les petits vas-

“ Ancien Cart. de Gorze. Nous citerons, entre autres, une charte d'Albert, abbé de Gorze, terminée par cette phrase bien significative : « L'acte a été scellé de notre scel et des sceaux particuliers de nos seigneurs et de nos barons dont voici les noms: Jean, abbé de Saint- Clément; Gilbert, prieur et doyen de la sainte église de Gorze; Pierre, chancelier de la même église; Richard, apocrisiaire ; Godefride, conservateur des chartes, etc, etc. 3 L'abbé étant seigneur haut-justicier de toute la terre de Gorze qui comprenait alors une trentaine de villages, exercait sur les seigneurs locaux une véritable autorité souveraine. Il en était de même des autres abbés.

** Chron. Episc. Met., ap. Spicil., t. vi, p. 663,

Page 1