‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 27 sur 53 · SCEAU DE CONRAD DE SCHARPHENNECH · texte numérisé non relu

SCEAU DE CONRAD DE SCHARPHENNECH

Sur la lésende on lit: Chunradus pour Cunradus.

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Conrad, bien plus que Bertram, tenait une attitude politique , car l’empereur Otton lui devait en partie sa déchéance, et Fréderic, au contraire, son élévation à l'empire. Ce mo-

narque le nomma vicaire ou vice-roi d'Italie, fonctions qu'il

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cumula avec celles de chancelier, d'évêque de Spire et de Metz ; aussi vint-il rarement dans son diocése*.

Les historiens ont-présenté Conrad sous des couleurs bien opposées : Philippe Gérard en fait un pompeux éloge**,. « D'autres le dépeignent comme un courtisan rusé, ambitieux et prodigue, à qui les revenus de deux évêchés suffisaient à peine pour fournir aux dépenses indiscrèêtes qu'il faisait journellement***. » Les faits mieux que les inductions permettent de le bien juger.

À peine Conrad fut-il assis sur le trône épiscopal messin, qu'il employa tous les moyens possibles de rapprocher la France et l'empire, la Lorraine, le Barrois et les Trois- Evêchés. Par son entremise, une entrevue pacifique eut lieu,

au mois de novembre 1212, à Rigny-la-Salle, près Vau-

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couleurs , entre Fréderic 1 et le dauphin Louis, fils de

Philippe - Auguste. Conrad, Renaud de Senlis, évêque de Toul, s’y trouvèrent avec grand nombre de gentilshommes,

* Ibid. ; le P. Barre, Hist, d'Allemagne, t. v, p. b87, 588. ** € Celluy fut de noble lignée extrait, et entre tous les princes de tout le pays cestoit le plus hault de sens et de corps ; ne en tout l’emps

ire ne sceust on trouver ung homme plus bel ne plus saige qu’il estoit. F 5 P P 5

Et par sa sapiance , il auoit esté premier evesque de Spire et chancelier du Sainct-Empire ; il amoit souverainement saincte eglise. .. Et combien que les besongnes de l’empire l’occupaissent fort et tant qu’il ne pouvoit souflisament visitter son pais, toutte voye la grant renommée et le grant

pass à S

nom de sa prudence le faisoit tant priser et doubtér que nulz n’osoit entreprendre son maltallent, fut present on pays ou non; et fut sa terre durant sa vie sy en paix que oncques home ne luy meflit. »

Chron. de Philippe Gérard.

*** Jist. bénéd. de Metz, t. 11, p. 411.

*XX* Rigniacus ad aulam regiam.

leurs vassaux, qui divertirent beaucoup les jeunes princes

en se livrant à des joûtes et des tournois”.

Deux années après (20 décembre 121#), notre évêque et Thiébaut 1.%, duc de Lorraine, signérent un traité d’'allianee par lequel ils promettaient de se protéger mutuellement contre tous, excepté contre le roi des Romains, l'archevêque de Trèves et le comte de Bar. Cette bonne harmonie dura tant que vécut Thiébaut. Plusieurs fois ils vinrent à Metz pour s'entendre sur leurs intérêts respectifs. L'empereur s’y trouvait avec eux, au mois de décembre 1214, et ce fut, selon toute apparence, du consentement des alliés qu’en l’année 1215 Henri, comte de Bar, prit et rasa le château de Riste qui

causait de grands dommages au Pays-Messin**.

La démarche officieuse faite quelque temps après par notre évêque, pour délivrer des mains de l'empereur le duc de Lorraine , retenu prisonnier; la caution qu'il offrit pour sa rançon, prouve à quel point Conrad savait obliger l'amitié*"*. Aussi Mathieu n, successeur de Thiébaut en 1220, demeura-t-il l'allié fidèle des Messins, malgré la ligue formidable qu'ourdissaient contre eux les comtes de Bar, de Champagne et de Luxembourg. Profitant du long séjour que l’évêque faisait en Italie où il était allé punir les cités rebelles, apaiser les troubles et préparcr le couronnement de Fréderic 1, ces

confédérés attaquérent un faubourg de Metz que je crois être

* Le P. Benoît Picard. ‘Hist. M. N. S. de Metz.

** D. Calmet, Ilist. de Lorcr., t. in, p. 9; Meurisse, Hist. des Euesq.,

. 449—445; Chron. M. N. $. de Philippe Gérard, t.1, fol. 245, 246 M, ) PI ) ) ) ) 249; Alberic. chron., ad ann. 1245.

*** Le billet souscrit par Conrad au mois de mai 4219, porte une somme de douze cents livres monnoïe de fors.

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celui de Saint-Arnoul; mais le maitre-échevin , sire Geraird Augebourch où Aingeborch* , les recut avec une telle vi-

gueur qu'ils prirent la fuite**.

Le couronnement d'Henri vi, comme roi des Romains, dans la basilique d’Aix-la-Chapelle, ramena Conrad parmi ses ouailles. Plusieurs chartes importantes relatives à l’hospice Saint-Nicolas , à quelques monastères , à la vouerie de Sarrebourg qu'il abandonna au duc de Lorraine, sont datées de 1291 , 1222, 1225. On eût dit que pressentant sa fin prochaine, il voulait rétablir l'ordre partout, et liquider avec les affaires de ce monde pour mieux se préoccuper de la

vie future, car la mort le frappa en 1224***,

Depuis le troisième concile général de Latran, les chapitres s'étaient arrogé le droit exclusif de nommer leur évêque; et les nobles préoccupés d’expéditions lointaines, les évêques

provinciaux, des débats de la cour de Rome avec l'empire,

* Ce magistrat fisure sur ma liste manuscrite sous le nom de Gerard

Augebert. Ses prédécesseurs avaient été : Wicolle Baïrons, en 1220; Tratexin où Fairin de Porte-Muzelle, en 1219; Simon Bellegrée, d’autres disent Falcon, en 1218; Pierre, filz Roulz de Porte- Muzelle, en 1217; Hugues Golz ou Goulz, en 1216; Rergnier Tingneterne ou Teguienne, en 1215; Faulcon, en 1214; un fils de sire Benoît, Pornce, qui se croisa pour la Terre-Sainte , en 1215. On connait les armes de Taiexin et celles de Regnier Tingneterne ou Teguienne. Le premier portait de gueule aux trois besans d'or, 2 et 1; le secoud, de gueule au chêne d'argent. Ce fut, je crois, ce Tigniane qui fonda le couvent des frères Prêcheurs ou Jacobins, bâti dans l'emplacement de l’école d'artillerie, dite école de Saint-Arnoul,

** Petite chron. M. N. S. de saint Vincent, année 1221; D. Calmet, Hist. de Lorr., t. mt, p. 24. Philippe Gérard se trompe quand il met ce fait sous l’échevinat de Hugues Lrétalz.

AS Chrons Episc Mel. ap. Spiele Nt, pe 007: lé. De Benoit, Ilist. M. N. S. de Metz.

le peuple, des immunités d’un régime communal tout nouveau, n'avaient pas montré grand souci d’entraver l'usurpation opérée par les chanoines. Lorsqu'il s’agit de désigner un successeur à Conrad, le chapitre messin jouissait, pour la première fois, du privilège que le concordat germanique ratifia plus tard , et qui dura sans contestation jusqu’en 1669. Les suffrages se portérent sur Jean d'Apremont*, évêque de Verdun, quoique fort jeune. Ce prélat, d'origine messine, appartenait au Paraige de Porsaillis, lequel alors estoit le plus gros et le plus riche des v paraiges de la cité**. Tous les historiens en font l’éloge***. Cependant, il eut de vifs démélés avec le peuple, parce que dans un petit état comme le nôtre, où la démocratie débordait la noblesse, on ne pouvait tenir la balance égale, encore moins favoriser l'aristocratie , sans s’exposer à la haine des bourgeois. Or, le Paraige de Porsaillis auquel appartenait Jean d'Apremont, ainsi que le maitre-échevin Thiébaut sous l'administration

duquel il fut élu****, se composait, en grande partie, de

* Il était fils de Geoffroi 1°" et frère de Gobert 1v, surnommé le Bienheureux, seigneur d'Apremont et de Dun. Cette haute et puissante famille existe encore en Belgique, avec une distinction marquée.

** Paraige, parentela, association , groupe de familles d’où l’on tirait, par élection, les magistrats messins. Nous en parlerons plus loin avec détails.

*** < Celluy euesque Jehan estoit de devote et belle vie et conver-

sation=£t. Et qui volroit parler d’ung homme juste, saige et chaste, piteulx, misericors, patient et gracieulx à touttes gens, celluy l’estoit. Aux simples gens amiable , aux orgueilleux estoit ennemi, et toutte sa force estoit adès apparillée contre ceulx qui ne volloient raison entendre. »

Chron. de Philippe Gérard.

**** La liste des maîtres-échevins depuis 4221, donne Micolle Clairies

ou Clairiet, plutôt Clévore, en 1222; Hugues Liétalz, en 12925; Thuébaut de Porsaïllis, en 1224. Je crois bien que ces trois magistrats étaient du même paraige.

AN 1180 4 1302. 161 gens riches et titrés, dont l’évêque n'osait épouser les intérêls , les opinions , même avec réserve, sans froisser les quatre

autres paraiges. C'est ce qui arriva.

Une circonstance imprévue, le décés de la comtesse Gertrude, laissant libres tous les anciens fiefs épiscopaux que Gertrude avait conservés par tolérance, du chef de son mari Thiébaut 1.°*, Jean d'Apremont devait les réclamer, et soutenir au besoin, par la voie des armes, les droits de son église. Cette triste obligation amena beaucoup d'hostilités ; elle fut la cause principale des querelles intestines, de la guerre acharnée qui désola, pendant neuf ans, le Pays- Messin. Mais, pour mieux faire connaître les faits, remon-

tons un peu plus haut :

« Après la mort d'Albert, comte de Daschbourg, de Metz et de Moha, décédé vers l'an 1214, sans avoir laissé d'enfants mâles, les fiefs masculins qu’il tenoit de l'évêché de Metz devoient naturellement retourner au domaine de cette église. Gertrude , sa fille, mariée dès l'an 1206 à Thiébaut 1.®, duc de Lorraine, fit tant par ses instances et par les sollicitations de ceux qu'elle employa auprès de l’évêque Conrad, que ce prélat consentit enfin à ce qu'elle jouit de ses fiefs avec le duc son mari, mais sous la condition expresse que s'ils mouroient sans enfants mâles, les fiefs retourneroient

à leur origine.

« Gertrude devenue veuve en 1220, épousa Thiébaut comte de Champagne, qui, au bout de deux ans de mariage, prit le parti de la quitter, soit, comme le dit l'abbé Richer, à cause qu'elle étoit stérile , soit plutôt parce que ce mariage ayant été contracté dans les degrés défendus , fût déclaré nul

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Des bras du comte de Champagne elle passa dans ceux de Simon, comte de Linanges, et mourut sans enfants en

« Jean d'Apremont saisit l'occasion pour rentrer dans tous : les biens des comtes de Daschbourg, comme anciens fiefs de l'église de Metz. Il appela à son secours le comte de Bar, et, par son moyen, 1l se mit en possession des terres de Hernestein et de Turquestein, des villes de Sarralbe et de Sarrebourg, et des autres terres que les comtes de Sarrebourg avoient autrefois possédées à titre de fiefs de son évêché; mais Hugues, frère d'Albert, comte de Daschbourg et oncle de Gertrude, empêcha que l’évêque ne se rendit maitre du château de Daschbourg, et s'en empara lui-même à main armée.

« D'un autre côté, Simon de Linanges, dernier mari de Gertrude , soutenu de Vautier, comte de Limbourg , du comte de Luxembourg et de plusieurs autres seigneurs de l'empire, ne vouloit point se dessaisir de ces fiefs: ce qui obligea Jean d'Apremont à former alliance contre lui avec le duc de Brabant, et à lui faire une guerre assez longue.

« Le prélat avoit ordonné d’élever une forteresse vis-à-vis le château de Daschbourg, pour le bloquer et le prendre par famine, lorsque les amis des deux partis accommodérent cette affaire. On conclut, le 29 août 1227, un traité par lequel il fut stipulé que le comte de Linanges jouiroit du comté de Daschbourg, à condition qu’il épouseroit la nièce du prélat, dont le douaire seroit assigné sur cette terre, et que lui et son successeur en feroient hommage aux évêques de Metz.

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