AIT ESTE-EXTRA © LE VIIOVR DE
* Dumont, Diplom., t. 1, p. 402; Nécrol. de la cathédrale; Meurisse, Hist. des Euesq., p. 465; Hist. de la cathédrale de Metz, t. 1, p. 416—117.
** A l'ouverture de son cercueil, en 4524, « ait esté trouvez ledit evesque bien richement vestu de drap de soie fourniz de plusieurs offrois d’or, tant alantour de la mitte come es aultres ornemens. tem on y ait
Un fait prouve l'influence toujours croissante qu'avait acquise le maïtre-échevinat sous les derniers évêques, et combien il fallait que ces derniers fissent de concessions au parti populaire pour conserver la paix. En 1257, sous Nicolle Gouvion, la commune arrèta qu'on appellerait désormais les maitreséchevins d& nom de sire; premier pas vers le titre de chevalier qu'ils se sont arrogé plus tard*.
Deux puissants compétiteurs au trône épiscopal messin , Philippe de Floranges, grand-prévôt de Saint-Dié , trésorier de notre cathédrale, et Thiébaut de Porcelet, simple chanoine de la même église, se disputaient les voix, tandis que les seigneurs voisins altaquaient le diocése qu'ils regardaient comme abandonné. Philippe, par d'énormes sacrifices pécuniaires, ayant mis dans ses intérêts la maison de Bar et celle de Lorraine , à laquelle il était allié**, réunit la majorité des
trouvez ung calice d'argent dorez avec la platine qui peult estre extimé sept florins d'or. Item encor y ait esté trouvez ung anel d’or, auquel y ait ung saphir bien ample et materiel qui peult valloir xxx florins d'or et davantaige. Paireillement y ait esté trouvez une crosse épiscopalle de cuivre dorez , en laquelle y ait au-dessus ung gland d'argent dorez bien riche et anticque, mais il n’y fut point trouvé de croix, »
Philippe Gérard.
Meurisse ajoute que les vêtements du prélat « étoient d’une facon très-
rare et particulière ; que sa mytre estoit couverte de différentes figures et représentations. »
* Depuis 4250, la liste des maîtres-échevins présente les noms suivants : Mathieu le Mercier, en 1251; le sitre Bon-Amy, en 1952; Nicolle Bruslevache, en 1953; Aubelz de Champey ou Aubert du Champé, en 4254; sire Poince, filz au sire Richaird de dessus les Murs, en 4255; Simon Poigoiez ou Poujoize, en 1256 ; Vicolle Govion où Gouvion, en 1257 ; sire Jaicque de Chambre, en 4258 ; stre Jehan de la Court, en 4259; sire Hugues Collon, en 1260. On ne connaît les armes d'aucun de ces magistrats,
** La maison de Floranges, branche de la maison de Lorraine » portait d’or à la bande de gueules, chargée de trois fleurs de lys d'argent.
ERP EEE P FERRIERE
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suffrages : toutefois, Thiébaut de Porcelet ne se désista de ses prétentions que par l'entremise du métropolitain, archevèque de Tréves*.
Les terres de l’abbaye de Senones ravagées par le comte Henri de Salm; le château, le village de Neuviller, envahis, rasés complétement par le sire de Lietstemberg, et leurs matériaux transportés au loin pour construire un fort sur le domaine épiscopal ; les rives de la haute Moselle désolées par le comte Henri de Vaudémont et par le sire de Lucelbourg, telle était la misérable situation où se trouvait tombé depuis un an le domaine temporel de nos prélats. Quelques baïllifs de l'évêché, chefs civils et militaires; quelques voués qui n'avaient pas, comme tant d’autres, pris parti contre l’autorité qu'ils devaient soutenir, s'étaient empressés de lever des troupes et d'user de représailles; mais ces courses désastreuses n’aboutissaient qu’à la ruine générale du pays.
Philippe de Floranges, dont l’annaliste Gérard ne dit rien, si non qu'il fut airge et courtois, comprenant l'urgence de frapper fort pour frapper juste, se tourne vers le peuple messin, assemble les magistrats et les députés des paroisses, expose avec franchise la situation des affaires, et demande leur avis. Tous répondent que l'intérêt général exige une ligue commune. Alors chaque paroisse déploie sa bannière ; les échevins d'église qui de nos jours sont bien loin d'offrir l'image de citoyens belliqueux , se mettent à la tête des gens de bonne volonté; les chatelains amènent leurs vassaux ; tandis que Philippe obtient de son cousin Ferri nr, duc de
* Martene, Ampliss. collect., t. 1v, p. 259, 485 et 490 ; Richer, chron, Senonensis, Lib. v, cap. wii, IX et X.
Lorraine, du comte de Bar et même du roi de Navarre, des renforts considérables. D'un autre coté, le sire de Lietstemberg fait alliance avec l'évêque de Strasbourg et l’archevêque de Trèves; mais la république strasbourgeoïise ayant refusé d'entrer dans une ligue contre la cité messine son alliée, force fut d’en venir à des négociations , car le sire de Lietstemberg eût succombé.
Les conditions furent que le seigneur de Lietstemberg se remettrait à la volonté de l'évêque de Metz dont il était homme lige ; qu'il rétablirait la ville de Neuviller et démolirait le château bâti par lui sur les fonds de l'évêché de Metz, prés du fort d'Erneste ; qu’il réparerait tous les dommages faits durant la guerre, et qu'il restituerait ce qu'il avait enlevé de Neuviller. On écrivit le traité; il donna des répondants, et l'on démolit aussitôt la forteresse en question. Philippe de Floranges détruisit aussi celle de Lucelbourg, située dans les montagnes des Vosges, et construisit le château de Condé-sur-Moselle, ce qui donna lieu dans la suite aux ducs de Bar d'en élever un second sur une hauteur au-delà de la même rivière, nommé lAvant-Garde ; et aux ducs de Lorraine d’en bâtir un troisiéme en-decà, au-dessus de Frouard. Ces trois châteaux, dont quelques vestiges apparaissent à peine aujourd'hui, formaient un triangle et se trouvaient posés de telle sorte, qu'ils s'observaient l'un l'autre et se tenaient réciproquement en respect*.
Le comte de Vaudémont ; plus audacieux, peut-être aussi
mieux secondé que le sire de Lietstemberg , ne ménageait ni
* Hist. bénéd. de Metz, d’après une chron. manuscr. de l'évêché, inédite, et d’après la chron, de Senones, chap. x1 et xu,
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le duc de Lorraine, ni les Messins qui s'étaient réunis à lui avec leur évêque. Les attaquant avec spontanéité dans la plaine de Vassonoourt, il les battait à platte couture, faisait un nombre considérable de prisonniers, poursuivait les fuyards jusqu’à la Moselle où 140 d'entre eux se noyérent, et rendait la position de notre évêque très-difficile*.
Cette position, déjà si critique, s’aggrava bientôt par la retraite du comte de Bar et par celle du duc de Lorraine, irrités tous deux de ce qu'oubliant d'anciennes promesses, indiscrètes sans doute, Philippe ne payait point les sommes qu'il leur avait promises pour favoriser son élection comme évêque. Ils réclamaient en outre, avec non moins de justice, le remboursement de l'argent dépensé pendant la guerre. Soit que Philippe ne voulûüt pas reconnaitre la légitimité de toutes les créances, soit qu'il fût hors d'état d'y satisfaire, Thiébaut n, et bientôt après Ferry in1, résolurent d'en tirer vengeance, mais ils le firent par des moyens opposés. Thiébaut, fin et rusé, prit une voie détournée : il engagea quelques chanoines messins d'accuser leur évêque de simonie, et partit pour Rome, sous divers prétextes, quoiqu’en réalité il n’eût d'autre affaire que de soutenir cette plainte qui devait entraîner la déchéance du prélat. Urbain 1v, ami particulier du comte, défendit par un bref, à tous les monastères du diocèse, de reconnaitre Philippe comme évêque et de lui porter aucun secours, tandis qu'il chargeait deux commissaires , l'archevêque de Reims et Thomas de Beaumés, d'instruire le procès canonique de l'inculpé. La mort ayant frappé l'archevêque ainsi que le plus vieux des chanoines accusateurs, Thiébaut revint dans ses états, puisqu'il man-
* Richer, ut supr., lib. V, cap. xvi.
quait des principaux éléments de réussite, mais non toutefois sans compter pour l'avenir sur le ferment qu'il avait levé.
D'un autre côté, Ferry m1 s'empara des forteresses de Hombourg et de Turquestein, afin de couvrir les avances considérables que lui et sa famille s'étaient imposées en faveur du prélat messin. Rien n’annonçant qu'il ne dût manifester encore d'autres exigeances, Philippe tâcha d’apaiser Thiébaut 1. Pour se l’attacher, il lui confia la garde du temporel épiscopal, et le força conséquemment de prendre parti contre Ferry 11, qui courut demander du secours aux princes grands-électeurs dont les états bordaient les rives Mosellanes et Rhénanes. Ces petits souverains ayant accueilli sa demande, on vit bientôt une armée nombreuse composée d’allemands remonter la Moselle et la Sarre, envahir le Pays-Messin, menacer Metz et porter au loin la désolation. Philippe , sans autre appui que la république messine et le comte de Bar, fit avec eux un traité d'alliance passé le lundi avant la fête de saint Jean-Baptiste 1265, alliance en vertu de laquelle ils devaient se protéger mutuellement contre tous, mais à condition que chaque année le nouveau maïître-échevin , les treize
jurés et les comtes en ratifieraient les clauses*.
Thiébaut, actif, intrépide, ne comptant pas avec ses ennemis et voulant leur imposer par une entreprise audacieuse, attaqua Preny, boulevart du duché de Lorraine. Le siège dura cinq semaines, sans succès. Obligé de le lever après une perte sensible en hommes et en matériel, Thiébaut
* Richer., chron. Senon., lib. v, cap. xvw1; D. Calmet, hist, de Lorr., Are éd., t. 11, aux Preuves, an 1265; Meurisse, hist. des Euesq., p. 470; Hist. bénéd, de Metz, t. n, p. 456 à 458.
LÉ TOUNS SE bidmad
AN 1180 4 1502. 174 voulut que Philippe de Floranges entretint une armée qui lui devenait très-onéreuse ; mais l'évêque eut la maladresse de n'y pas consentir ; en sorte que Thiébaut fit sa paix avec Ferry ut, et dès-lors on ne vit plus de salut possible pour Philippe, puisqu'il n'avait pas même la ressource des domaines épiscopaux demeurés entre les mains de celui dont il venait de s’aliéner si maladroiïitement l'esprit.
Thiébaut et la majorité du chapitre poursuivirent avec plus d'activité que jamais l'accusation de simonie pendante au vatican contre l’évêque de Metz; on alla plus loin encore ; on le représenta comme l’un des hommes les plus ignorants de son diocése, et ne pouvant absolument pas diriger les autres. Le voyage que Philippe de Floranges fit à Rome sous de telles impressions, lui devint donc plus préjudiciable qu'utile. Urbain 1v le déposa et désigna pour le remplacer Guillaume de Trainei, oncle du comte de Bar; choix qui fait voir jusqu'à quel point ce prince avait influencé la décision papale.
Philippe revint à Metz, jouir d’une prébende canoniale, des revenus de la trésorerie et de ceux du ban de Remilly qu’on lui laissa pour soutenir la dignité de sa naissance et de ses anciennes fonctions apostoliques. S'il n'eut pas beaucoup d'amis dans le clergé, l'attachement populaire l’en dédommagea, et Philippe Gérard nous l'explique quand il dit : Celluy fut lairge et courtoiz ; qualités précieuses chez ceux qu'on voit au-dessus des autres, et les seules peut-être que
l’universalité des hommes sache apprécier.
Guillaume de Trainel trouva l'évêché criblé de dettes énormes. Pour rassurer Thiébaut 11, dont la créance s'éle-
vait à vingt mille livres, et prendre des termes commades, il affecta les revenus de Vic et de Marsal à l'extinction de cette obligation*. Quelque temps aprés, une alliance fédérative envers et contre tous les unit intimement : l'évêque toutefois fit ses réserves en faveur de l'empereur et de la république messine qu'il voulait ménager**. Le premier résultat d'un tel rapprochement entre deux princes belliqueux fut l'attaque de la ville de Ligny, qu'ils prirent et brülèrent. Elle appartenait au comte Henri de Luxembourg. Ce dernier, par représailles, marcha sur Preny avec le comte de Champagne : leur expédition ne réussit pas. Puissamment secondé de notre évêque et des Messins qu'il avait à sa solde, Thiébaut x1 triompha; mais la prise du comte Henri de Luxembourg et de plusieurs autres brouilla les vainqueurs. Notre évêque prétendait que les prisonniers faits devant Preny ne devaient pas étre rendus sans sa participation, et qu'il était juste que leur rançon fut partagée d’une maniére égale entre le comte de Bar et lui. Malgré d'aussi justes prétentions, le comte traita secrètement avec Henri de Luxembourg, recut sa rançon et le laissa libre. Alors, Guillaume indigné ravagea le comté de Briey, celui de la Woivre et le comté de Bar, appartenant tous trois à Thiébaut, qui se ligua avec le duc de Lorraine le 21 juillet 1267, mais en ayant soin de bien distinguer le territoire épiscopal du territoire messin qu'ils voulaient respecter.
La guerre, disent les Bénédictins, devint vive de part et d'autre : la Lorraine, le Barrois, l'évêché de Metz, furent ravagés. L'archevêque de Cologne et l'évêque de Biège en-—
* Inventaire des titres de Lorraine ; Traité du 4 juillet 1264.
** Jbid.; Traité du mois de février 1265.
voyérent du secours à Guillaume. Ses vassaux du pays de la Sarre et de l'Alsace s'armérent pour sa défense : il battit les Lorrains et les Barrisiens à Domévre et près d'Epinal: mais les uns et les autres, lassés enfin d’une guerre qui n’aboutissait qu’à ruiner leur pays, résolurent de faire la paix. Thiébaut, roi de Navarre, en devint le médiateur ; elle fut conclue la veille de la Chandeleur 1268, et Guillaume, en y accédant, consentit à mettre jusqu’à Pâques-Fleurie, entre les mains des deux princes , le château de Condé-sur-Moselie, à condition que s’il ne leur faisait pas raison pour ce temps-là des griefs qu'ils avaient contre lui, Raoul, évêque de Verdun, et Henri, comte de Salm, les mettraient en possession du château ; que si, au contraire, il leur donnait pleine satisfaction, au sentiment de sire d'Apremont reconnu pour arbitre, le duc de Lorraine et le comte de Bar ne le garderaient point au-delà des fêtes de la Pentecôte, et qu’ils ne le démoliraient
pas.
Presque toutes les villes, à plus forte raison les villages de l'évêché, souffrirent beaucoup de ces hostilités. Moyenvic fut entiérement brûlé. Gillaume donna sept cents florins pour le rebâtir, et les habitants s’engagérent de leur côté à lui fournir, en cas de guerre, cent fantassins et vingt cavaliers*. Bien d’autres conventions analogues durent avoir lieu entre l'évêque et ses feudataires; mais il était impossible qu'il les remplit, tant les revenus du diocèse se trouvaient compromis. Guillaume mourut en 1269, peut-être à Rome où il se sera rendu, dit-on, pour plaider sa cause contre les abbés de notre ville qui l'avaient fait excommunier; peut-être dans
* Traité du 21 septembre 1268.
les prisons de Ferry ni dont les gens, selon quelques chroniqueurs , s'étaient emparés de sa personne*.
Laurent, évêque élu par le chapitre en 1270, sentit bien que pour éviter les guerres désastreuses qui désolérent le pays, il fallait prendre des arrangements avec le duc de Lorraine et le comte de Bar, désireux de voir leurs créances assurées. Moyennant la promesse d’une somme de Auët mille livres de provencesins forts payables en quatre termes, le duc de Lorraine rendit au prélat tout ce qu’il avait usurpé sur les terres épiscopales; le comte de Bar en fit autant d'aprés une convention analogue** ; mais Laurent eut le tort de fixer des termes trop rapprochés. Les deux princes irrités du retard qu'apportait le prélat à les satisfaire, ou plutôt empressés de saisir un prétexte pour recommencer les hostilités, mirent une armée sur pied et ravagérent le domaine diocésain. Quelques sacrifices pécuniaires auront apaisé le duc. Quant au comte, Laurent l’excommunia. Dés-lors, une lutte trés-curieuse s'établit entre les disciples de saint Dominique et les disciples de saint François. Ceux-ci prirent le parti de l'évêque; ceux-là le parti du comte. Laurent interdit aux Dominicains la prédication dans son diocése. Ils s’adressèrent au pape et la chose s'arrangea***. Mais le duc de Lorraine et le comte de Bar n’en continuérent pas moins les hostilités commencées. Aprés s'être assurés du château de Condé-sur-
* Chron. de Doyen de Saint-Thiébaut, ann. 4266 ; Inventaire des titres de Lorraine; Archives de Lorraine sur Metz, p. 720; D. Calmet, hist. de Lorr., preuves , ann. 1267; Hist. bénéd. de Metz, p. 461 à 464.
** Traités conclus en 1271; D. Calmet, hist. de Lorr., ann. 1271; Inventaire des titres de Lorraine.
*#* Chron. M. N. S. de l’évêché.
Moselle, ils marchérent contre Epinal dont la bourgeoisie se soumit avant que l’évêque ait eu le temps de rassembler une armée pour la défendre. L'armée, les chevaliers, le prévôt, les barons et toute la communauté d'Epinal, mirent la ville et le donjon entre les mains du comte de Bar, à condition de les leur rendre dès qu’il aurait fini la guerre avec
l'évêque et recu les sommes que ce dernier lui devait*.
Pour prendre sérieusement l'offensive, Laurent attendait, avec une faible armée campée près de Châtel-sur-Moselle, que Conrad, évêque de Strasbourg, et ses neveux les sires de Lietstemberg, lui eussent amené les troupes qu'ils avaient promises. Mais le duc de Lorraine attaqua Laurent, mit son armée en pleine déroute, le fit prisonnier, et joignit ensuite ses phalanges à celles du comte de Bar pour marcher contre les alliés. Ces derniers eurent le même sort que notre évêque. Ceux qui ne succombèérent pas dans la mêlée, furent trainés dans les fers. Leur détention dura un an et demi. Laurent ayant obtenu sa liberté sous caution, profita de la présence à Lyon du pape Grégoire x pour accuser Thiébaut dont les prétentions pécuniaires étaient exagérées; Grégoire les manda tous deux devant le concile, et termina leur différend par un traité signé le 6 août 1274.
Le comte de Bar promit de remettre Laurent en liberté, et de ne rien réclamer des sommes que lui devait son église, à condition qu'il lui paierait, dans l’espace de vingt années, vingt mille livres messines, ou dix mille livres tournois , si
la monnaie messine était altérée. Thiébaut devait restituer
* Traité du lundi avant Noël 4272; D, Calmet, hist. de Lorr., preuves, ann, 1272; Meurisse, p. 475.
Epinal et Condé. Déjà Ferry 111 s'était engagé, par un traité passé à Lyon le mercredi avant la saint Jean-Baptiste, de rendre Deneuvre et Remeréville avec leurs dépendances, ainsi que les personnes qu'il tenait pour otages; il avait en outre promis de secourir l’évêque jusqu’au 4.° octobre suivant, mais il gardait provisoirement Vic et Marsal. Le 6 décembre même année, une paix définitive fut signée à Lyon entre le duc de Lorraine et notre évêque; deux arbitres demeurèrent chargés de leurs intérêts respectifs*.
En 1276, le comte de Salm ayant épousé la veuve de Renaud, comte de Castres, Laurent lui donna l'investiture de cette principauté, faveur qui produisit une nouvelle guerre entre l'évêché de Metz et la Lorraine. « Conrad, évêque de Strasbourg , et Henri, comte de Deux-Ponts, prirent le parti de l'évêque; Henri, comte de Vaudémont, etses trois fils Renaud, Henri, Jacques, se joignirent à Kerry. Thiébaut, comte de Bar, demeura. neutre et promit de ne servir ni l’évêque de Metz, ni celui de Strasbourg, ni le comte de Deux-Ponts, parce qu'il tenait des fiefs des uns et des autres; mais Henri, son fils ainé, s'engagea par serment et par écrit à donner cent hommes au duc Ferry. Le sire Jean de Choiseul, entré dans ce démèêlé, fut fait prisonnier par les troupes épiscopales messines. Le comte de Deux-Ponts attaqua, mit en fuite l'armée lorraine, quise défendit avec tant de valeur, qu’elle lui fit acheter bien cher l'avantage remporté sur elle. L'année suivante, Conrad joignit ses forces à celles de Laurent. Ils livrérent bataille au duc et n’eurent qu'un demi-succés**. Enfin, on
* D. Calmet, hist. de Lorr., preuves, ann. 1274.
** Chron. Colm., ad ann. 4276—1977; Guilliman., Hist. Epise. Argentin. ; le P. Benoit Picard, hist. M. N. S. de Metz; D. Calmet , hist. de Lorr., ann. 1276; Hist. bénéd, de Metz, t. n, p. 471.
finit par où l’on aurait dû commencer. Gobert, comte d’'Apremont, resté neutre dans la querelle, fut chargé d'examiner les griefs des deux partis, et rendit, le 24 août 1278, un jugement arbitral dont voici le résumé :
« Toutes les sentences d'interdit ou d’excommunicalion lancées depuis le commencement de la guerre, seront révoquées ; tous les prisonniers faits depuis le jour du compromis, seront relâchés sans rançon, excepté le sire de Choiseul; le duc Ferry ne peut rien prétendre à Lay, à Layers, ni à Villersec; il lui est interdit de tirer le moindre avantage des prises faites jusqu’au 24 août; Remeréville, Velaines et leurs dépendances demeureront à l’'évéque; le duc paiera Île tort fait aux prisonniers de Vic et de Marsal tombés en son pouvoir dans la journée de Hadigny, et l'évêque ne soldera que deux mille livres messines sur les quatre mille réclamées par le duc*. »
Fatigué des tribulations épiscopales, Laurent, qui depuis dix années n'avait pas joui de moindre repos, fut habiter l'Italie où la mort le frappa en 1279**.
Sans attendre que le chapitre eùt désigné un successeur à Laurent, le pape Nicolas m1 s'empressa de nommer Jean de Flandres, fils de Guy, comte de Flandres et marquis de Namur, personnage distingué dont le vaste savoir, surtout en droit canonique, était relevé par des mœurs {rés-douces et des formes empreintes de modestie"**, Arrivé dans sa ville épiscopale au mois d'avril 1280, il s’empressa d'aller rece-
* D. Calmet, hist. de Lorr., preuves , ann. 1278. ** Chron. M. N. S. de l’évêche.
*** Ses armes étaient d’or au lion de sable.