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voir les serments des bourgeois de Vic, de Sarrebourg et de ses autres sujets; l’empereur Rodolphe, en lui confirmant un pouvoir temporel qui venait d’être si tourmenté , le qualifia prince de l'empire, titre qu'aucun prélat messin n'avait eu jusqu'alors, et bientôt le comte de Flandres son pére, choisi pour arbitre, termina les contestations pendantes entre le prince Henri, nouveau comte de Bar, et le chapitre messin. Guy déclara de bonne prise les prisonniers faits par Thiébaut 11 sur les troupes du dernier évêque, et Jean de Flandres les racheta moyennant trois cents livres, monnaie de Metz. Cette convention pacifique n’empécha pas la guerre d'éclater entre notre prélat et le duc de Lorraine, secondé du comte de Bar. On ne sait quel motif leur fit prendre les armes. Pour légitimer une agression qu’on pouvait considérer comme déloyale, puisqu'ils tenaient tous deux de l'évêché des fiefs qu'ils devaient défendre, ils envoyèrent au service de l'évêque vingt hommes armés de fer, s’estimant après cela libres vis-àvis de lui. Les troupes épiscopales et républicaines réunies furent battues près de Gravelotte ; mais un autre engagement ayant eu lieu devant le château de Moresberg, l’armée lorraine éprouva un échec tel que Ferry demanda la paix. On la signa le 26 juillet 1281*.
Appelé bientôt après à l'évêché de Liège, Jean quitta Metz vers la fin d'octobre 1282, et fut remplacé par un de ses parents, Bouchard d'Avesnes, fils de Jean d'Avesnes, comte de Hainaut, et d'Alix de Hollande**.
* Chron. M. N. S. de l'évêché; le P. Benoit Picard, hist. M. N.S. de Metz ; Martene , Ampliss. collect., t. v, p. 119 ; Inventaire des titres de Lorr.; D. Calmet, hist. de Lorr., preuves, ann. 1281.
** Cette princesse était sœur de Guillaume, comte de Hollande, élu roi des Romains en 1247, et reconnu empereur sept années plus tard, après la mort de Conrad 1v.
OUR D RSR —-
Bouchard, homme d'action et de cœur, fut installé solennellement par Conrad, évèque de Toul, et Henri de Granson, évêque de Verdun. arrivait à Metz dans une circonstance fort difficile : les six paraiges et les corps de métiers étaient en lutte pour soutenir leurs prérogatives. Ces derniers, à limitation des paraiges qui avaient chacun une banniére, s’arrogeaient le droit d'en posséder également, et de ne marcher, dans les cérémonies et les combats, que sous les couleurs distinctives choisies par eux. Mais beaucoup d’industriels figuraient dans les paraiges. Il ne convenait donc pas qu'ils abandonnassent cette division municipale et politique pour se jeter dans une autre catégorie de citoyens que régissaient des chefs distincts et des prérogatives exceptionnelles. C'eût été le coup le plus funeste porté à l'indépendance paraigienne. On le sentit très-bien. Aussi, après de longs débats, fut-il arrêté qu'il n'y aurait désormais d’autres bannières que celles de la cité, au bassan parti d'argent el de sable, et que toutes les bannières particulières, celles des paraiges et celles des corps de métier, seraient brülées en place publique*.
* Voici comment le Doyen de Saint-Thiébaut raconte le fait : Quand les bannières du Commun furent abolies , 1283.
En mil deux cens quatre-vingt-trois, A Mets la coustume en estoit
Que le Commun portoit Banniere; Mais s’en abolit la manière.
Le Commun contre les Parages Vouloit user d'anciens usages:
Mais pour apporter bonne paix, On les supprima pour jamais,
Lettres sont faites et bullées, Quelles furent touttes brulées ;
Un accommodement définitif entre le duc de Lorraine et Bouchard*; l’aplanissement de difficultés graves au sujet de Puttelange dont Ferri ur contestait la seigneurie à l’église messine** ; le rachat du comté de Castres ou de Blies-Castel, possédé jadis par environ soixante gentilshommes feudataires de l'évêque de Metz***, signalèrent les premières mesures administratives du nouveau prélat. Cependant, la guerre surgit bientôt à l’occasion de ce même comté, dont il avait fait, en 1286, la cession provisoire au monarque lorrain. Henri, comte Bar, irrité d’un tel arrangement, se répand en invectives contre l’évêque de Metz, et ne l'appelle partout que le bâtard****. Le prélat lève aussitôt des troupes, marche sur le château de la Chaussée et l’assiège, bien décidé de porter ses armes plus loin encore; mais Robert, duc de Bourgogne, Jean d'Avesnes, comte de Hainaut, interviennent ; on les choisit pour arbitres et les choses s'arrangent. Deux années plus
Et apres grant division Ils vinrent en bonne union.
Les chroniques de la noble Ville et Cité de Metz, depuis la fondation d’icelle, de quels gens, et en quel temps elle fut construite.
À Mets, chés la veuve Bouchard, rue de la Vieille-Tape, à la Bible d'Or. M. DC. xcviil. In-18 de 97 pages. Opuscule d’une excessive rareté et dont je ne connais que deux exemplaires. J’en possède un.
* Il fut arrêté, le jeudi avant l’Ascension 1284, que l'étang de Bussoncourt demeurerait au duc; que La Neuveville et la forteresse de Bussoncouwt avec leurs dépendances, et tout ce que l’évêque possedait à Courbesaul, Gillerancourt, Remberviller, Sourneville, serait partagé entre le duc et lui d’une manière égale; et que Ferri m1 déclarerait, par lettres scellées, qu'il ne réclamerait plus rien sur les prisonniers de Marsal, de Vic et sur leurs otages. D. Calmet, preuves, année 1284.
** Des arbitres jugèrent en faveur de l’évêque. Anc. archives M. N.S. de la cathédrale.
*** Chron. M. N. S. de l’évêché.
**** Le père de Bouchard était effectivement né d’un commerce illicite entre la comtesse Marguerite et Bouchard d’Avesnes , aïeul de notre prélat.
AN 1180 a 1302. 189
tard, quand l’évêque voulut retirer des mains de Ferri m le comté de Castres qu'il ne lui avait laissé qu'à titre de simple dépôt, le monärque lorrain aima mieux courir les chances d’une nouvelle guerre que de le rendre. Il appela le comte de Bar, et tous deux envahirent le Pays - Messin. Bouchard, retiré sur Hombourg, afin d'être plus à même de lier ses opérations avec celles des seigneurs allemands qu'il appelait à son aide, ravagea bientôt le territoire ducal. Ferri, pour opérer une diversion, attaqua Saint-Avold. Ce prince revenait chargé de butin, quand Bouchard qui s'était embusqué contre le bois de #’arant, près Sarrelouis, lui livra bataille à Beuvange- sous-Beltrain et le battit. Plusieurs lorrains distingués périrent ; le comte de Linanges, fait prisonnier, fut menez assez mal cortoisement à Saint-Ayvol (S.'-Avold), puis à Mersault (Marsal), et condamné à perdre tous les fiefs qu'il tenait de l'évêché de Metz. Mais Ferri l'en dédommagea*.
Sans attendre que le duc eût réparé cet échec, Bouchard fier de sa victoire attaqua Preny. Le siège était poussé avec vigueur quand le duc Ferri u1, usant de stratagême , espéra sauver la place presque sans coup férir. Il pria l’empereur Rodolphe, qui se trouvait à Mayence, d'engager le prélat messin à venir faire les reprises des fiefs qu'il tenait de sa couronne, et recevoir l'investiture du temporel épiscopal. Bouchard ne demanda pas mieux; mais au lieu de lever le siège, il ne prit avec lui qu'une escorte. L'empereur, après les cérémonies d'usage, tâcha d'interposer sa médiation pour terminer la guerre : Bouchard ne voulut point s’y prêter, et quitta la cour en laissant une haute idée de sa fermeté
et de sa magnificence. Avant de partir, 27 fist monter et
* Chron. de Colmar, ann. 4985 et suiv.; Chron. de Philippe Gérard, fol, 268, rectd; D. Calmet, hist, de Lorr., ann. 1290.
armer ses gens, et vint passer tout par devant lhostel lampereur a bannieres dezployez ; et y avoit bien alors xE menestrés (musiciens) cornant devant duy. Parquoy chacun corroit aux fenestres et par les rues, au son de trompettes et menestrei. Et quand lampereur len veit ainsy aller : « Hey Dieu, ait dit lampereur, et comment priseroit cestuy « euesque pour sy maigre dangiez ? » Et quant il fut hors de la ville, il donna aux menestrez sa chappe pour eulx boire, laquelle estoit moult belle et moult riche. Et ainsy revint leuesque et retournait en Metz, que oncque au aller ne au venir, il ne trouva homme que luy osayt faire des-
plaisir”.
Aprés cette démonstration qui avait imposé, comme on voit, à l’empereur lui-même, Bouchard, secondé par presque tous les évêques et seigneurs souverains des provinces rhénanes, poussa le siège plus vivement que jamais. Il était à la tète d'une armée de quatre mille fantassins et de cent chevaux bardés de fer, dont la solde journalière lui coûtait sept cents livres messines et cinquante tonneaux de vin. Ferri, de son côté, s'était allié au comte de Blâmont, au marquis de Hasbourg, à la comtesse Marguerite de Vaudémont, au comte Jacques de Vaudémont, sire de Bainville, au sire de Forbach, ainsi qu’à beaucoup d’autres seigneurs. Je ne crois pas que la république messine se soit tenue alors dans des conditions de neutralité. Ses intérêts politiques , en tout cas, étaient séparés des intérêts de l’évêque, car en 1289, lorsque Ferri 1 et le comte de Blämont firent alliance contre Bouchard, dans un autre traité, passé le même jour, ils se liguérent contre les Messins.
5 Chron de Philippe Gérard, fol. 268 et 269.
PRG CE
Le duc de Lorraine et le comte de Bar n'eurent pas grand succés dans cette guerre; plusieurs de leurs principaux alliés, tombés au pouvoir de l’évêque, furent détenus à Metz* jusqu'à ce que les comtes Simon de Sarrebruck, et Geoffroy d'Apremont eussent offert de prendre eux-mêmes leur place et fourni les cautions demandées. En 1290, le comte de Bar ayant fait la paix, le duc de Lorraine et le sire de Forbach transigérent l’année suivante; mais ce ne fut guère qu'une simple suspension d'armes, car on retrouve en 1295 Bouchard et Ferri m1 guerroyant sur les rives de la Sarre. Ils finirent néanmoins par s'entendre, et l'évêque de Metz n'ayant point cessé d'être vainqueur, dicta ses conditions qui furent accep—
tées le lendemain de la saint Laurent et le mardi avant la saint Luc 1293**.
Ces graves hostilités n'empêchaient pas notre vaillant évêque de porter au-dehors ses armes victorieuses quand l'amitié venait l'en prier***; elles ne le détournaient pas non plus des soins administratifs du diocése****, Sachant allier les exigeances d'une position secondaire aux devoirs épiscopaux, il mit assez d'adresse pour demeurer neutre dans le mal-
heureux conflit qui eut lieu entre l'empire et la France, sous
* Nous citerons, entre autres, les sires Jean et Vautrin de Rosières ; Robert de Béru; Thierry de Freistroff; Ferri de Semerke ; ean d’Ennery; Conrad de Sarrebruck ; Jean de Bourbonne; Jean de Dame-Levière, etc.
** Chron. de Colmar, ann. 1287 à 1290; D. Calmet, hist de Lorr., Preuves, ann. 4289, 4290 , 1291 ; Archives de Lorr. sur Metz, p. 17.
*** Telle fut son expédition en faveur de Jean, comte de Hainaut, qui avait déclaré la guerre aux habitants de Valenciennes.
**4* Les reprises, les acquets, les règlements entre le chapitre diocésain et diverses églises, communes ou abbayes, se présentent assez souvent dans l’histoire de cette époque. V. Hist. bénéd. de Metz, t. 11, p. 482 à
Adolphe de Nassau, successeur de l'empereur Rodolphe. Malgré la lettre impériale et l'ordre positif du pape Boniface vu qui pressait les seigneurs des provinces mosellanes, notamment Bouchard, de se liguer contre la France*. L’évêque messin demeura l’ami, le conseiller des deux états. Il vivait enfin paisiblement quand la mort le frappa le 29 novembre 4296. On l’inhuma sous une petite tombe en marbre noir, aux pieds de Jean d'Apremont; une croix de plomb, suspendue à son cou, portait pour légende : Anno Domini mildesimo ducentesimo nonagesimo sexto, in vigilid sancti Andreæ Aposioli, obiit Dominus Bochardus, Metensis Episcopus, frater Domini Johannis, comitis de Hanonié,
£ertio celendas decembris.
Le chapitre diocésain sentit tout ce qu'il perdait dans Îa
* La lettre de l’empereur est datée de Wissembourg, 6.° des ides d'avril (8 du même mois) 129.
An 1180 a 1502. 495 personne de Bouchard; aussi, pour honorer la mémoire d’un si vaillant guerrier, décida-t-on que chaque année, à la procession du 3.° jour des Rogations, ses bannières et sa cotte d'armes seraient portées devant les reliques de saint Etienne ; usage qui s'observait encore à la fin du seizième
siécle*.
Plus le dernier évêque avait paru grand, plus il avait intimidé les ennemis du pays et consolidé la puissance épiscopale depuis si long-temps ébranlée, plus le choix d’un successeur devait paraître grave. Les chanoines indécis entre la maison de Lorraine et celle de Bar qui leur offraient chacune un sujet distingué, et qu’ils désiraient bien avoir pour alliées, partagérent leurs suffrages. Thiébaut de Bar, chanoine de Metz, appuyé d'Edouard, roi d'Angleterre, réunit un certain nombre de voix; Fréderic de Lorraine, évêque d'Orléans, eut les autres. Dans cet état d'indécision , tous deux se pourvurent à Rome; mais Boniface vi sentit que choisir entre deux familles rivales qui se touchaient par mille intérêts communs, ce serait perpétuer d’inévitables conflits et mettre le diocèse aux prises avec l'ambition jalouse de ses voisins. Conséquemment , il nomma d'office Gérard de velanges, archidiacre du Brabant, allié, selon toute apparence, aux comtes de Hainaut**. Ses bulles furent expé-— diées le 24 avril 1297.
Pendant la vacance du siège, Fréderic de Liechtemberg,
* Chron. manuscrite de Philippe Gérard, t. 1, fol. 969, rectù. Les armes de Bouchard d'Avesnes étaient d'or au lion de sable, armé et
lampassé de sinople.
+4 Gérard de Relanges portait pour armes: deux crosses d’or adossées
en pal, et brisées d’une face de gueule.
li 29
archidiacre de Metz, prévot de Strasbourg, issu d’une des familles les plus puissantes de l'Alsace, avait été nommé par le chapitre gouverneur des principales forteresses de l'évêché, fonctions qu'il résilia entre les mains du nouveau prélat, le samedi après l'Epiphanie 1298, date qui fixe aux premiers jours de janvier l’intronisation de Gérard.
L'année suivante, cet évêque recut l’empereur Albert dans son palais situé rue Serpenoise ; il l’accompagna, avec plusieurs chevaliers messins , jusqu'à Vaucouleurs où fut célébré le mariage du grand-duc Rodolphe avec Blanche de France, sœur de Philippe-le-Bel , et revint ici muni d'un mandement impérial de proscription contre Liebert de Hinguesanges, gentilhomme déloyal qui ravageait le diocèse à la tête d’une troupe de bandits. Ce fut pour assurer leur sécurité mutuelle que notre évêque et le comte Henri de Bar firent alliance à grandes et petites forces, envers et contre tous, la veille de l’Ascension 1299. Aucune affaire sérieuse ne vint troubler la quiétude du Pays-Messin. Gérard ayant obtenu de la cour pontificale la cession toute entière des revenus de l’abbaye de Gorze pour faciliter le paiement des dettes chapitrales, cession que l'abbaye racheta moyennant deux mille drachmes d'argent versées à la chambre apostolique, beaucoup de difficultés s’aplanirent, des acquêts considérables eurent lieu, et notre prélat put en outre bâtir sur les marais de la Seille, entre Vic et Moyenvic, une jolie maison de plaisance où il termina ses jours le 50 juin 1502*.
* Cartul. Gorziensis, tit. 51, 52; Chron. Nangü; Chron. du doyen de Saint-Thiébaut; le P. Benoit, hist. M. N. S. de Metz; Archiv. de Lorr. sur Metz, p. 148; Meurisse, hist, des Euesq., p. 485; Hist, bénéd, de Metz, t. 11, p. 486 à 491.
AN 1180 à 1502. 195
Inhumé dans la basilique messine, le prélat décédé recut une sépulture trés-modeste, contrastant avec celle de son ancien prédécesseur Philippe de Floranges, qui était mort à Metz le 13 des calendes de janvier 1297, et contre le
tombeau somptueux duquel on l'avait placé*.
* « Car combien que Philippe de Florhange eust renonciez à son esveschiez, sy neantmoins il fust inhumés en pontifical , bien richement aornez de drap d'or; la mittre, les offrois des tunicqz et dalmaticqz, et aultres ornemens, come sandalles et gans, se fermoient à boutons d’airgent. Item, en son monument y ait estez trouvez ung calice d’airgent que peult estre estimez v florins d’or, onquel y ait estez trouvez le vin fresche et encor humide et moitte. Item, lon y ait trouvez ung anel d’airgent dorez avec ung doublet ; puis fut encor trovez en celle fousse une crosse episcopalle de bois du tout consumée et pourrie; et fust encore trouvée en ladicte fosse une croix de plomb , escripte en lettres anciennes, de laquelle la figure avec la lettre est icy mise et pourtraicte et au vray. > Chron. de Philippe Gérard.
En 1521 l'on retrouva, parmi les témoignages de cette magnificence épiscopale, une simple croix dont le caractère
et la légende” s’harmoniaient du moins avec le néant des grandeurs humaines.
Ce n'est pas sans quelque ennui que notre plume s’est arrêtée sur des faits d’un médiocre intérêt pour le lecteur; mais leur ensemble constitue l’histoire provinciale de l'époque; ils peignent le régime féodal avec ses nuances d’arbitraire, de ressources incertaines et d'abus; ils motivent l'insurrection des communes, la résistance des princes aux vœux de la bourgcoisie, l'opposition de cette derniére, la lutte entre tous pour ou contre cerlains principes sociaux qui se font jour et qui finissent par dominer les masses. Sous un point de vue général, les papes dans leur résistance ne sont pas plus condamnables que les empereurs dans leur despotisme; les évêques pas plus que les maitres-échevins ; les communautés monastiques pas plus que Îles associations populaires ; l'abus existe au fond de chaque chose ; les régles du juste et de l’injuste restent méconnues, et s'il arrive au pouvoir pontifical de les rappeler, ses exem— ples malheureusement ne viennent pas toujours à l'appui des préceptes. Nous devons néanmoins le dire, l'église dans ses conciles et ses synodes, l'église du haut de la chaire évangélique a fléchi bien peu sous le poids de passions mauvaises ; d'elle seule partaient les vues généreuses, les nobles exemples, les idées d'organisation applicables au monde entier; et lorsqu'éloignés de six siécles pour la juger, nous venons, historien de la veille, analyser sa marche, traduire devant notre tribunal son vaste système d'émancipation graduelle, ne faut-il pas hésiter trois fois avant d'inscrire le blâme sur cette page.
* Voyez la croix figurée précédemment On ylit: #nno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo septimo, obiit dominus Philippus, Metensis episcopus et Thesaurarius magnæ ecclesiæ, decimo tertio kalendas januari, dictus de Florehanges,
AN 4180 à 1502. 197
Au point de vue d'aujourd'hui, un évêque guerroyant casque en tête, lance à la main serait le comble du ridicule , car le prêtre n'a que des doctrines à défendre, des âmes à conquérir ; mais dans le moyen-àge , c'était bien autre chose ; les évêques devenus héritiers directs des grands officiers romains, ayant un état, des sujets, se trouvant sous le rapport politique, liés aux principales monarchies, comme ils l’étaient à Rome sous le rapport religieux, devaient tenir une attitude complexe. Ils avaient pour mission d’instruire et de protéger; or, instruire ; protéger au sein de la barbarie, n'est-ce point combattre avec les armes de l'intelligence et plus encore avec le glaive? Par la suite, des considérations humaines l'ont souvent emporté sur le dogme et sur le devoir, mais en blämant la chose, on peut, on doit même se l'expliquer. Jadis, l'ordre des successions et des partages, si bien tranché avec nos lois, était soumis à mille interprétations contradictoires ; les divisions territoriales n'avaient que des limites approximatives; l'évêéché, le duché, le comté, la baronie ne formaient jamais un tout compact, il existait en chacun d'eux une quantité d’enclaves exceptionnels, quelquefois trés-considérables, qui subissaient différentes juridictions , qui passaient sans cesse d'une main à l’autre, tantôt à titre d'achat, tantôt à titre de simple dépôt provisoire, pour somme prêtée ou protectorat accordé. D'une semblable situation parmi les immeubles dérivaient, en grande partie, les petites guerres si fréquentes aux xu1.°, xiv. et xv.® siécles. Le diocése de Metz dont l'évêque et le duc, puis le comte, avaient eu seuls primitivement la juridiction domaniale et politique, était à l'époque dont nous retracons l'histoire, couvert comme les autres diocèses, de petites principautés ou seigneuries, les unes jouissant d'une indépendance absolue, les autres assujetties à certaines rede-
vances, prestations et corvées. Ainsi, 240 villages formaient
le territoire de Metz républicaine; une vingtaine celui de la terre abbatiale de Gorze ; le pays-hauf, appartenait au comté de Bar ; Sierck, Rodemack, Boulay, Floranges, Richemont, Forbach, etc., constituaient d'importantes seigneuries ; l'évéque commandait exclusivement à Vic, Marsal et Sarrebourg; mais déjà la ville d'Épinal, annexe du diocèse, jouissait d'une administration municipale modelée sur l'administration messine*. Dans le xnr.° siècle , les comtes de Bar se trouvaient hommes-liges** de l’évêque pour Briey, Thiaucourt et Fribourg en Lorraine ; le comte de Daschbourg, pour les territoires de Sarrebourg, Sarralbe, Hernestein et Turquestein ; les comtes de Castres pour soixante seigneuries environ formant cette principauté ; les sires de Sarrebruck pour le comté du même nom ; le duc de Lorraine pour une partie de Rozières-aux- Salines. Le duc de Deux-Ponts, qualifié fils ainé de l'évêque de Metz, premier des vassaux de Saint-Étienne , se reconnaissait aussi homme-lige du prélat pour certains fiefs tels que Puttelange, Bertheim, etc.; les comtes de Vaudémont, de Chiny pour divers domaines ; le duc de Luxembourg, pour Conflans et Lutange ; le comte de Réchicourt pour la terre du même nom ; le sire de Bayon pour Vassoncourt, Pagny et Zincourt, etc. Beaucoup d’autres princes ou seigneurs se déclaraient hommes-
* En 1289, quelques bourgeois d’Epinal qui trafiquaient aux foires de Bar-sur-Aube, ayant été gagés sous prétexte qu'appartenant à l'évêché de Metz, ils devaient répondre des dettes de leur prélat, Bouchard d’Avesnes déclara aux sergents , gardes des foires champenoises, que les Spinaliens n'étaient point ses sujets; qu’ils ne pouvaient être justiciables que de leurs mayours, de leurs jurés, de leurs échevins, ou, à défaut de ces derniers, du maître-échevin de Metz; en un mot, qu’ils avaient des fran chises telles qu’on leur permettait d'établir et de destituer les gardiens des portes et des tours de la ville, quand ils le jugeaient convenable. Archives de la ville d'Epinal.
** Mot-à-mot, homme soumis à l’évêque, homme obligé de le défendre envers et contre tous, à moins de certaines réserves.
liges sans avoir de fiefs, moyennant une certaine somme. Tel le chevalier Ancel de Ribeaupierre qui se reconnait hommelige de l’évêque ; avant tous les vassaux de deçà les montagnes d'Alsace, et aprés le duc de Lorraine, pour 500 livres petits tournois accordées par Gérard de Relanges”*.
Il serait impossible de fixer, d'une manière précise, les modifications qu'éprouvérent successivement, dans leur lutte respective, le pouvoir épiscopal messin et le pouvoir municipal. Au milieu du douzième siècle, l'évêque ne dispose déjà plus sans l'avis du peuple (populi assensu) de certains droits tels que ceux qui se prélevaient sur la laine et le chanvre introduits à Metz: Etienne de Bar en accorde la jouissance au chapitre de Saint-Thiébaut**; le comte de Metz, l'archevèque de Trèves, l'empereur même, la lui confirment***; mais l'adhésion des magistrats messins semble inutile, puisqu'on n’en fait pas mention. Trente années aprés, Bertram ratifie l’ancienne donation d'une maniére solennelle, en présence des clercs et du peuple représentés par quelques
dignitaires ecclésiastiques et par des laïcs députés de chaque paroisse. Cette fois, les magistrats municipaux l’approuvent seuls****; preuve sensible qu'alors l'autorité populaire avait
fait un pas immense.
* Inventaire M. N. S. des archives dé Lorraine et vieux titres de l'évêché de Metz.
** Confirmamus vobis et ecclesiæ vestræ in perpetuüum trutinam seu bannale pondus lanæ quod vobis pro salute animæ nostræ, tam cleriquäm populi parti assensu adhibito , sub tali jure dedimus et concessimus quod de duobus ponderibus emptor lanæ vobis obolum persolvet, nec cuiquam nisi bannalt pondere vestro, infrà bannum civitatis, lanam ponderare licebit…. Actum Metis 1111 Idûs novembris, ann. mozxr. ist. bénédict, de Metz, preuves 11, p. 124.
*** Ibid., p. 125 —126.
*xk* Ibid, p. 149, 450, 151, ad ann, 1290.
Quand ce même Bertram institue les amans, il n'oublie pas de dire qu'il le fait à la demande de la commune et pour lui être agréable ; quand il-ordonne aux particuliers de tester pardevant les curés, c’est encore d'aprés le vœu et le consentement de la magistrature urbaine*. On pourrait multiplier les exemples. [ls prouveraient tous qu’à dater de 1150 à 1190, les choses qui ressortaient du régime intérieur de la cité, se réglaient généralement à l'amiable entre le peuple et le clergé.
Dans le mouvement d'insurrection des esprits, les prérogatives épiscopales diminuaient chaque jour. En 1260, il fut défendu au maitre des Treize de continuer l'hommage du poisson qu'il faisait à l'évèque, et ce, sous peine de 20 livres d'amende payable aux portes de la ville**; des impôts, des amendes judiciaires s’établissaient quelquefois au détriment du prélat et de son clergé; des mesures municipales étaient prises sans leur aveu*"*. Vers la fin du douzième siècle, les offices de changeurs des monnaies demeuraient exclusivement sous la juridiction épiscopale**** ; preuve qu'alors la cité messine n'avait pas encore de monnaie coursable.
* Ad petitionem et consensum totius civitatis mettensis, ab universis civibus unantimiter et voluntariè hanc consuetudinem sibi olim induxisse..….
Ad ann. moxcr1. Hist. bénéd, de Metz, t. m1, p. 162— 465.
** Archiv. de la ville, Cartul, en parchemin, fol. x, n.° 84.
*** On peut consulter à cet égard le tarif du grand tonneu, et les arrêtés que nous publierons plus loin.
**#* Chaque changeur versait annuellement 42 livres messines de droit d'exercice, et tout nouveau changeur devait payer 20 sous à l’évêque et 5 sous, monnaie de Metz, au camérier de l’évêque. Statuimus , dit Bertram , ut omnes simul cambriores in civitate nostr&, vel in suburbiis ejus ad mensam sedentes, xI1 libras mettensis monetæ annuatim persolvendo, liberè ad mensam sedeant, et suum cambiendi offictum inofensè EXEQUANLUT. + Ut quicumque de novo cambitor instituetur, et unus Jiet de paribus, antequäm institualur, episcopo xx solidos , et magistro Camerario epis—
La dénomination de livres messines, Lbras mettenses, sous messins , so/idos metlenses, qu'on rencontre dans certaines chartes de cette époque, ne suffit point pour admettre une monnaie municipale qu'on ne rencontre nulle part. Il faut considérer ces expressions comme des témoignages de valeurs conventionnelles à tel ou tel type. Peut-être dans le siècle qui suivit, l'administration républicaine opéra-t-elle quelques essais monétaires. Dans tous les cas, Bouchard d'Avesnes reconnut l'urgence de céder son coin à la ville, afin que la monnaie eût un cours plus libre. Il le fit pour l’espace de cinq années, et ce fut un témoignage sensible, une reconnaissance du crédit commercial dont jouissait notre ville. C’est le premier acte de ce genre qui soit connu*.
Les alliances contractées par les Messins avec les villes
impériales de Nuremberg, Arles, Cambray, Francfort, Thion-
copi r solidos mettensis monetæ persolvat, et cambitoribus de servicio , juxtà morem consuetum, debitd satisfaciat, nullique parium ad mensam sedere liceat antequàm su fficientem cautionem magistro cambitorum prestiterit de portione illd quæ ipsum contingit in solutione supradictarun: xX11 dibrarum, et cyphi argentei pretaxati. Nullum autem liceat cambrtorem de novo institut, et unum fiert de paribus, nisi magistri cambitores et duarum ad minùs partium ipsorum cambitorum assensum et favorem assequatur. Règlement du 21 décembre 1190. V. hist. bénéd. de Afetz, t. ii, Preuves, p. 1447 — 148.
* Nous, Bouchairs, per la graice de Deu, euesques de Mes, faisons conixans à tous, ke nous avons vendeit nostre monnoie.... Mes à point et à lus (au point et au lieu} où elle est or; ensi ke nous ne la poions chaingier, ne remueir, ne de loy, ne de flour (fleur), de ceste prochienne feste Nostre-Dame Chandelor, qui or vient, en cinc ans continueément, por cinc cens livres de messains, dont nous avons recuet boen paiement. En tesmoignaige de veriteit, lor en avons nous doneit ces lettrez saiellées de nostre saiel. Ke furent faites le mecredi devant la Chandelor devant dite, Kant li miliaires corroit par mil dous cens quatre vins et unze ans.
Paul Ferry, observ. séculaires, m. n.s. de la biblioth. de Metz, v.t.1, xt. S., fol, 504, rectd, C’estun extrait tiré par lui de l’arche de S."-Marcel.
JIT
202 METZ RÉPUBLICANE.
ville, Saint-Trudon, Aix-la-Chapelle*, villes qu'on exemptait des droits d'entrée ; celles qu'ils firent avec Trèves, Toul, Verdun** et divers seigneurs du voisinage**", voir même avec leur évêque Bouchard d'Avesnes, témoignent hautement des conditions d'indépendance auxquelles leur gouvernement était parvenu. Le traité conclu avec Bouchard le 4 décembre 1983 me semble surtout remarquable; car il ne s'agit pas seulement d'un acte temporaire, mais d’une alliance ferme
et stable que chaque année la vieille justice, l'administration
cessante devait faire jurer à la nouvelle****,
* Cy sont les villes qui sont chambres lampereur.
** Le 1.7 mars 1226 , le maître-échevin et les échevins de Trèves de— fendirent d'arrêter à l'avenir pour dette, aucun citoyen de Metz, à moins qu’il ne soit débiteur ou caution, aut debitor', aut fidei jussor. Paul Ferry, observ. sécul, manus., £. 1, fol. 504, verso.
Le 11 septembre 1283, par un atour renouvelé le 26 juin 1288, les magistrats trévirois et messins arrêtèrent qu'aucun des sujets des deux villes ne serait désormais poursuivi, emprisonné, sans le consentement de l’une ou de l'autre cité. Paul Ferry, bird, t.1, fol. 504, rectô. Ce traité est en langue romane.
Le 26 septembre 1257, les échevins de Metz et ceux de Toul concluent un traité d'alliance pour cinq ans. Archives de l’Hôtel-de-Ville, cartul. en parchemin; fol, Lx, rectù , n.° 87.
Le 15 février 1298, les échevins de Metz et de Verdun font un traité semblable à celui qui existe entre notre ville et celle de Trèves. Hist. bénéd. de Metz, nr, p. 248 — 249.
*** V, hist. bénéd. de Metz, m1, p. 237 et 247, les traités conclus en 41292 et 1296, entre les magistrats messins , le comte de Dièche, le sire de Bitche et les sires de Serrières.
*#** « Nous, Bouchairs, per la graice de Deu, Esluit de Mes, et Nos, li Maistres-Eschavins, li Treze, li Conte , et toute li Communitei de Mes, faisons chose connissant à tous, ke nous, pour lou bien, la sauvetei et lou commun profit de Nous, de la Citeit, et de toute l’Eveschiet de Mes, avons fait et establit aliances ensamble : en teil maniere, ke nous nous dovons entraidier contre toutes gens, tant comme nos, Bouchairs devant dis, serons Esluiz ou Evesques de Mes; et ces aliances devant dittes avons nous jureit à maintenir bien et loiaument, en bonne foi, et sens nul mal engien, sauve la foiautei Empereur ; et doit, chascun an, li viez Justice
Vingt années auparavant, un traité semblable avait été conclu entre les Messins et l’évêque Philippe de Floranges; tandis que, chose digne d'attention, nos ancêtres, à la fin du treizième siècle, ne s'étaient encore alliés à aucun prince ecclésiastique étranger. Il existait donc, dans leur régime administratif, quelque chose d'inconciliable avec le régime des évêchés voisins.
Considérés comme état, la ville de Metz et son territoire présentaient beaucoup plus de ressources politiques et commerciales, beaucoup plus d'homogénéité que ne pouvait en offrir l'évêché. Cet ensemble territorial faisait la force du gouvernement républicain, dont les membres attachés au sol par des liens de famille, des propriétés considérables ou de grandes industries, entendaient les besoins réels du Pays- Messin. Plusieurs noms célébres sont inscrits sur notre liste échevinale dans la période comprise entre 1260 et 1300* ;
faire jureir la novelle, lou jour que on la fera, et des Preudommes, des Parages et de la Communetei de la Ville, pour tout ly Commun de Mes, ke il us aloïances desus dittes tenront , et feront tenir, et maintenir bien et loiaument, en bonne foi, sans boidic (tricherie) et sens mal engien, »
Hist, bénéd. de Metz, t. ut, p. 227, Preuves.
* Voici cette liste : Jaicques Cretton, en 1261; Jean le Trowan, en 1962; Pierre Thomas, en 1263; Jean de Ragecourt, en 1264; Allixande Magnerel on Macquerelz, en 1265 ; Thierry Brixepain, en 1266 ; Thiébault Faulquenelz , en 1267; Jacques de Nouviant, en 1268; Geoffroy le Gournaix, en 4269 ; Nicolle le Gournaix, fils de Jaicomin le Gournaix, en 1270 ; Baudowin Louve, en 1271 ; Philippe Faixin, en 1272; Nicolle Faulquenelz, en 4273; Jean de Saint-Polcort, en 1274 ; Jean le Gournaix, fils de Jaikemin le Gournaix, en 1275 ; Aubert, fils de Jean Xaving , en 4276 ; Poince de Collongne ou Colloigne, en 1277 ; Jaikemin Faulquenelz, en 1278; Jean Corbelz, en 4279; Poince de Ragecourt, fils de Philippe de Ragecourt, en 14980; Pierre Grasse-Chair, en 1281; Hue ou Hugnes Grasse-Chair, en 1991 ; Hugues Grasse-Chair, en 4282; Jean Bataille, en 1283; Thiébault Moiellan, en 4984; Jacques le Gournaix, en 1285 ; Jean Grasse-Chair, en 4986 ; Thiébault le Gournaix, en 4287; Thiébault ly Maire, en 1288 ; Thiébault Foural ou Fourat, en 1289 ; Poince le Gournaix, en 1290; Phi-
on y voit des Gournaix, des Ragecourt, des Faulquenel, des Pieds-Deschault, un Louve, un Bataille, et d’autres noms illustres auxquels la postérité reconnaissante doit également un souvenir. Ces magistrats, vrais tribuns populaires, continuaient d'être nommés par les six électeurs que Bertram avait désignés ; on les choisissait sans doute sur une liste de candidats que fournissaient les députés des paroisses; mais, en l'année 1500, à donc faillirent ly maistres-eschevins qui se faisoient par escors, dit la chronique, et es commencoiton à faire par ly paraiges* ; c'est-à-dire qu'il ne fut plus libre aux électeurs ecclésiastiques d'arrêter leur choix d’une facon presque arbitraire.
lippe le Gournaïx, en 4291 ; Jean Goulle on Gouté, en 1292; Jean Piedz- Deschault, en 4295; Wary ou Ulry Thiébaalt Piedz-Deschault, en 4294; Gilles Hecque ou Huyne, en 1295 ; Jean Chaudrôn, en 1296; Henry Thomassin , en 1297 ; Jacques Goulle, fils de Jean Goulle, en 1298 ; Jacques le Gournaix, fils de Philippe le Gournaix , en 4899 ; Simon de Chambre, fils de Jacques de Chambre, en 1500.
De tous ces magistrats, les Bataille , les Corbelz, les Faixin, les Faulquenelz, les Louve, les Gournaix, les Piedz-Deschault, les Ragecourt, les Xaving, sont les seuls auxquels nous puissions attribuer des armoiries avee exactitude,
Les Bataille portaient chevronné d’or et d’azur au franc quartier d’or, à l'aigle esployé de sable; les Corbelz, d'argent au corbeau de sable; les Faixin, de gueule aux trois tourteaux d'or posés 2 et 1 ; les Faulquenelz, tantôt facé d’or et d’azur au franc canton de sinople, chargé d’une croix échiquetée d’or et de gueule ; tantôt d’argent à la bande de gueule chargée de trois tours d’or; les Louve, de gueule à trois pals de ver, au chef d’or, chargé d’une louve passante tantôt au naturel, tantôt de sable, accompagnée de deux tourteaux de gueule ; les Gournaix, de gueule tantôt à trois tours, tantôt à six tours d'argent, maconnées de sable en bande; tantôt d'azur à une tour d’or; tantôt de sable à trois tours d’argent en chef, au chevron d’or en pointe; tantôt d’or à six tours de gueule posées 5, 2 et 1; les Pieds-Deschault, de gueule à l'aigle esployé d’or; les Ragecourt, d’or à la tour de sable; les Xaving, chevronné d’or et d’azur, au franc quartier de gueule chargé d’un rameau de sinople.
* V. la liste des maîtres-échevins publiée par D. Jean-François à la suite du Vocabulaire austrasien, p. 177.
Des familles privilégiées, nobles et roturières, devinrent le noyau administratif fondamental ; on en tira le maître-échevin, les Treize, ainsi que les autres magistrats principaux; et afin de ne pas laisser un paraige prédominer, ni absorber les grands emplois d'une maniére exclusive, nos six électeurs ecclésiastiques arrêtérent, le 2 avril 1300, que chaque paraïige aurait son tour annuel pour le choix du maitreéchevin ; et que s’il mourait étant en exercice, on lui donnerait un successeur pris dans le paraige auquel appartenait le défunt, ou dans le paraige du commun. Cette faveur accordée au paraige le plus nombreux, le plus remuant et le plus redoutable de la cité, me semble une satisfaction illusoire, car les électeurs pouvaient toujours, sans enfreindre le principe d'élection, éviter d'appeler au maître-échevinat un homme du commun; mais il y avait des ménagements à garder pour concilier les exigences.
Déjà, cinquante années auparavant, por abattres le descort de l'election de maiors, c'est-à-dire, afin d'éviter les désordres qu'entrainait la nomination annuelle des trois mayours ou maires de quartier, le maître-échevin, les Treize jurés et la communauté de Metz avaient établi que ces maires, choisis désormais par eux, seraient tirés successivement des six paraiges ; que l'élection aurait lieu par la voie du sort, la veille de saint Pierre et saint Paul, et que s'il arrivait qu'on prit pour #nayour quelqu'un qui ne fût pas de la mairie à la tête de laquelle il était élevé, cela ne l’empêcherait nullement d'accepter; et son prennoit maor, ke ne fust mie menans en la mairie, il sairoit et justiceroitl, ausy bien com il fust
menans en la mairie*.
* Le paraige de Saint-Martin obtint pour l’année 1250, la mairie de Porte-Muzelle ou Mozelle; pour 1252, celle de Port-Sailly; pour 1254, celle d'Outre-Muzelle. Le paraige de Port-Sailly devait jouir, en 4250,
Cet atour, rédigé à& La feste de saint Jehan-Baptiste, quant li miliaires corroit par um. et cc et cinquante ans (24 juin 1250), nous offre d'autant plus d'intérêt qu'il a dû servir de point de départ à l'acte constitutif des élections
échevinales dont nous venons de parler précédemment.
Il ya, dans un tel acte, formulé avec solennité, le secret d'une révolution toute entière préparée long-temps d'avance, et à laquelle le clergé ne pouvait se soustraire davantage. Les électeurs semblent en convenir eux-mêmes quand ils disent: Et toutes ces choses si desour devisées avons nous, Princier, Abbeiz et Convens dessus nommeis fait et ordonneit a la priere et a la requeste don Maistre Eschaving, des Trezes, des Contes J'ureiz de Mes, de tous les pairaiges de Mes, et de toute la communeteit de la Citeit de Mes... Ce n’est donc pas bénévolement, mais à la prière, 4 la requête des bourgeois que l’ordre d'élection fut changé. Les paraiges ont ts lours saelz (sceaux) aveuc les nos saelz, a ces presentes lettres, en tesmoignaigne de veriteit, disent les électeurs. Rien ne constate qu'ils l’aient fait comme preuve d’ac-
cord bien sincère.
Maintenant l'administration va subir, sous tous les rapports,
de la mairie de Port-Sailly ; en 1252, de celle d'Outre-Muzelle; en 1254, de celle de Porte-Muzelle. Au paraige du commun revenait, en 1250, la mairie d'Outre-Muzelle; en 1252, celle de Porte-Muzelle; en 1254, celle celle de Port-Sailly. Le paraige d’Outre-Seille fournissait, en 1254, le maire de Porte-Muzelle; en 1253, celui de Port-Sailly; en 1254, celui de Porte-Muzelle. En 1251, la mairie de Port-Sailly; en 1253, celle d'Outre-Muzelle ; en 1255, celle de Porte-Muzelle, devaient échoir au paraige de Porte-Muzelle. Enfin, le paraige de Juif-Rue était appelé à fournir, en 1951, le maire d'Outre-Muzelle; en 1255, celui de Porte- Muzelle ; en 1255, celui de Port-Sailly. Rien n'indique qu'il ait été dérogé, de fort long-temps, à ces dispositions. L’atour est rapporté dans l'Hist. bénéd. de Metz, t. nr, p. 198, 199 , aux Preuves.
AN 1180 4 1302. 207 des modifications importantes. La ville aura décidemment une monnaie coursable; les impôts se prélèveront d'aprés un nouveau mode; la justice-sera plus municipale qu'ecclésiastique. Pour arriver aux emplois, il faudra nécessairement être d'un paraige et penser comme le peuple; les différentes magistratures républicaines acquerront une indépendance inhabituelle; la centralisation des affaires montrera ce qu'on a gagné d'unité ; les Treize, choisis exclusivement dans les six paraiges, présideront à toutes les commissions, jouiront d'immunités nombreuses, d’appointements considérables, et finiront par abuser de leur position, comme les évêques, les ducs, les comtes ont quelquefois abusé de la leur.