‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 46 sur 53 · SCEL D'HENRI DAUPHIN · texte numérisé non relu

SCEL D'HENRI DAUPHIN

À peine assis sur son trône, Henri Dauphin se hâte d'abandonner l'administration du temporel épiscopal à Guy de Grolée, André de Grenoble et Artaut de Beaumont ; le spirituel à Jean de Rachecourt, coutre de la cathédrale, ainsi qu'à Bertrand, official. de l'évêché ; il s'empare illégalement de prébendes monacales pour avantager ses créatures *, captive l’amitié du monarque lorrain en se chargeant de satisfaire aux prétentions du sire de Fénétranges qui reclamait au duc ses frais de guerre contre Metz**, et conclut avec Ferry 1v, le 25 juin 1520, un traité d'alliance offensive et défensive dont voici la teneur :

L'évêque et le duc jurent de s’aider réciproquement envers et contre tous, excepté contre le roi de France et l’empereur ; excepté contre Ja ville de Metz, pour toujours de la part de l'évêque ; jusqu'aux Pâques prochaines seulement de la part du duc. Si ce dernier a besoin des secours de l’évêque, il l'en avisera dans la ville de Vic, et le prélat fera marcher aussitôt vers le lieu convenu, au moins cent hommes armés de fer, chevaliers, écuyers, et trois mille fantassins, même plus, sil en est besoin. Lorsque l'évêque, au contraire, se trouvera dans le cas d'implorer l'assistance du prince lor-

rain, il le lui fera savoir à Nancy, et Ferri enverra, sur

* Ces prebendes que s’attribua Henri Dauphin étaient considérées par lui comme un droit de joyeux avènement, #1 nostro jocundo primo adventu. Les moines résistèrent d'«bord; il les excommunia; puis ils finirent par céder. (Hist, bénédict. de Metz, t. n1; Preuves, p. 332— 355.)

** Le prélat donna pour garans de sa promesse, Aimard de Poitiers ainsi que son beau-frère Hugues de Châlons, et obligea ses lieutenants à le garder ; mais probablement le duc voulut d’autres assurances , car, cinq jours après, Guy de Grolée promit de payer cinq mille livres de bons petits tournois, si l’évêque ou ses lieutenants manquaient au premier traité.

le point désigné par lui, un nombre de soldats équivalent à celui promis par Henri Dauphin. En cas d'absence de l'un ou de l'autre, des lieutenants seront chargés d'exécuter les conventions stipulées ci-dessus. Celui des deux qui aménera des troupes, devra le faire à ses frais jusqu'au pays de son allié ; après quoi, il marchera aux dépens de ce dernier qui fournira du pain, du vin, de la viande aux cavaliers et seulement du pain à l'infanterie. Le cavalier, perdant ses chevaux ou son équipage, n'aura point de recours contre le seigneur au secours duquel il sera venu ; mais s’il tombe prisonnier, ce dernier devra payer sa rancon. L'évêque et le duc ne pourront faire ni paix, ni guerre, ni traité d'alliance au préjudice de l’un ou de l’autre. Si, parmi leurs feudataires , il s’en trouve qui fassent injure ou tort à l’un des confédérés, et qu'ils se refusent à réparation , on détruira leurs maisons, et on les obligera de donner telle satisfaction qu'exigerait l'offensé..…. » Le roi Philippe-le-Long signa comme garant du traité*.

Malgré cette alliance qui semblait devoir assurer la paix dans le Pays-Messin tout entier, on vit la bourgeoisie de Lunéville faire des courses désastreuses sur les terres épiscopales ; l'abbé de Gorze lutter à mains armées avec le comte de Bar; les chevaliers Ærnoulz de HW isquierke, Thierry de Baucourt; l'écuyer Perrin de Prée guerroyant avec les Messins, et beaucoup de contestations surgir, non-seulement entre particuliers, mais entre certains chefs de monastéres ; entre le pouvoir ecclésiastique et l'autorité municipale. L'évêque de Metz, obligé de défendre le Dauphiné contre le duc de Savoie,

négligeait son église ; tandis que l'administration républicaine

* D. Calmet, hist. de Lorr.; t. 11; Preuves, Pr. col. DLXXI—DLXXIV, 1.'° éd.

poursuivait ses empiétements et ses exigences. Plusieurs chanoines ayant voulu s’y opposer furent bannis.

Une année fertile, au point que le blé descendit de dix-huit sous la quarte à quatre sous, avait cicatrisé les plaies profondes causées par la famine et l'épidémie; mais en 1518 , la mortalité, la famine étaient revenues avec intensité * ; en 1320, une incendie consuma Saulnerie, Fournirue presque tout entiére, de sorte qu'on ne pouvait échapper à certaines calamités sans tomber dans des calamités nouvelles. L'ignorance et-la douleur sont superstitieuses ; elles cherchérent une cause à d'aussi tristes évènements; la présence des lépreux dans la vallée messine leur parut avoir excité le courroux céleste. On les accusait en France de l’empoisonnement des puits et des fontaines ; le même soupcon, adopté légérement par le peuple messin, devint le signal du supplice. Ædonc furent plusieurs muzels (épreux ) mis à mort et executés pour leurs demerites, dit un chroniqueur anonyme. Cette sanglante exécution eut lieu en 1322, sous le maître-échevinat de Pierre, fils de sire Boucquin Chielairon , lequel avait succédé dans cette magistrature à Pierre Païllat. L'administration municipale , ordinairement si prudente et si réservée, a-t-elle adopté les croyances populaires au point de sacrifier les lépreux ; ou bien, ce qui est plus probable , la superstition s'est-elle fait justice elle-même ? On l'ignore.

Héritiers des principes administratifs de leurs habiles devanciers ; Symon le Gournais et Joffroi Grongnat, maitres échevins en 1525 et 1524, secondés par les Reffal, les de la

* Et valloit encor la quairte de bleif xvr solz et la quairte de vin x1v, qui estoit grand chier temps.

il 37.

290 METZ RÉPUPBLICAINE.

Court, les Boylawe, les Roucel, les Chaingne, les Chielairon, elc., qui représentaient alors l'aristocratie messine, avaient enfin affermi la paix, activé le commerce et l'industrie, concilié divers intérêts majeurs, inspiré confiance aux étrangers qui venaient en grand nombre se fixer à Metz, lorsqu'une ligue formidable ourdie par ceux mêmes que cette ville avait obligés, la mit dans un pressant danger *.

Bauduin, archevêque de Trèves ; Jeanl'aveugle, sonfrére, roi de Bohême, comte de Luxembourg ; Ferry, duc de Lorraine ; Edouard , marquis de Pont et comte de Bar, ainsi que la plus grande partie de leurs gentilshommes et de leurs sujets étaient débiteurs des Messins : et pour ce qu'il advient souvent, dit Praillon, a ceulx qui n'ont point de boin volloir de paier, il fault quilz cerchent cavillation et cautelles pour esviter le paiement, ct encor donnent ilz grandes charges a ceulx a qui ilz sont tenus et obligés, et leur disent injures; .et ainsy avint il a ceulx de Mets qui les avoient soubtenus a

leurs necessités, dont ils n'en pouvoient avoir paiement.

Les princes confédérés se donnérent rendez-vous à Thionville. Tous quatre y formérent le projet de prendre Metz, d'en

* Le roi Jean l’Aveugle oubliait que son père Henri de Luxembourg avait été l’allié fidèle des Messins ; qu’il les secourut contre l’évêque Renaud de Bar, et qu’à titre de rémunération, nos ancêtres lui donnèrent cinquante mille livres de petits tournois à l’aide desquelles il se fit déclarer roi des Romains, puis empereur. Le comte de Bar se trouvait plus direc— tement encore l’obligé des Messins qui venaient , récemment, de lui porter secours contre l’évêque de Verdun. Quant au duc de Lorraine , c'était avec l'argent des Messins qu’il avait payé sa rançon au prince Louis de Bavière, lorsque combattant sous les bannières de l’empereur Frédérick d'Autriche, il partagea l’infortune de ce monarque. Ces faits sont consignés dans la chronique de Praillon.

QUATORZIÈME SIÈCLE. 294 abattre les murailles, de la piller, de s'en partager les dépouilles et de la gouverner ensemble. Jugeant le moment propice pour l'attaquer, puisqu'une agitation générale régnait dans tout l'empire, et que Louis de Baviére, roi de Germanie, les protégeait ; ils créérent le roi de Bohème , colonel et capitaine-général de toutes leurs armées, et signérent chacun l'obligation de payer aux trois autres dix mille livres tournois, si lun d'eux manquait à sa promesse ; mais avant de rien entreprendre , ils crurent bon d’avoir une seconde conférence

à Biemiche sus Muzelle, la Vigille de sainct Burthemin , apostre.

Rendus, au jour convenu, dans cette localité, ils y font célébrer une messe; jurent une alliance indissoluble ; conviennent du moment où chacun d'eux devra défier la républi-

que, et arrêtent les mesures nécessaires pour commencer les hostilités.

À cette nouvelle, les Messins chargérent plusieurs députés d'aller leur dire qu’ils avaient appris dans quelles intentions ils étaient à leur égard ; qu'ils ne voyaient pas en quoi ils les avaient offensés; qu'ils s'étaient au contraire toujours empressés de les obliger. Les princes répondirent, que s’ilz leur faisoient la guerre, qu'ilz en seroient bien advertis, paroles vagues que les Messins ne pouvaient accepter comme une déclaration hostile manifeste, mais dont l'ambiguité devait les engager à prendre leurs mesures. En conséquence , ils se hâtérent de fortifier la ville, d'amasser des vivres, de lever des troupes, tout en cherchant les moyens de conjurer l'orage. Dans trois réunions diflérentes qui eurent lieu à Thionville, les réponses des princes ligués furent contradictoires : Les Messins proposèrent d'en référer à l'arbitrage du pape

et de son conseil, ou du roi de France et de son parlement, ou de plusieurs princes; mais les confédérés n’y consentirent pas ; etun jour, le roi de Bohême ne sachant plus comment en finir avec la députation républicaine, proféra ces étranges paroles : « On dit que vous avez fait faire ung estendairt que « faictes mener sur ung chair par buefz; je vous dis que si « l’amenez à l'assemblée que ferons, j'aurai des buefz la « meilleure partie. » Alors l’un des seigneurs députés répliqua: « Sire roy, ceulx de Mets ont paié les buefz et deffrayé , « etles bouchiers ont aguisé leurs cousteaulx pour les garder « et tuer. Etsi vous les vollez avoir, c’est bien raison que vous « saichiez avant que leurs cousteaulx sceivent faire. » On ne termina donc rien dans cette réunion, et tous arrêtérent qu'une

dernière conférence aurait lieu à Pont-à-Mousson.

Les Messins n'étaient point dupes ; ils voyaient bien, que par ces retards et ces ajournements, l'ennemi voulait les amuser pendant qu'il préparait contre eux des forces imposantes ; aussi prenaient-ils leurs dispositions, et lorsqu’au mois de septembre , sepmaine de l'exaltaltation saincte Croix , la conférence de Pont-à-Mousson dut s'ouvrir, ils pouvaient déjà compter sous leurs bannières sept cents cavaliers étrangers, huit cents cavaliers indigènes et grand nombre de fantassins. Le comte de Sarrebruck, le sire de Bitche, le Rhingrave étaient à leur solde. Ils avaient aussi fait labourer, ensemencer les terres , battre les grains et transférer à Metz le plus possible de céréales, de fourrages et de bestiaux. D'un autre côté les princes confédérés dans un rendez-vous qu'ils s'étaient donné avant d'aller à Pont-ä-Mousson, avaient juré de n'accepter aucun arrangement ; de sorte qu’au jour indiqué, les députés messins ne furent pas même entendus. Chacun se sépara : le

roi de Bohème, comte de Luxembourg, et le comte de Bar

ayant réuni leurs troupes à Justemont, envoyérent défier la ville par des hérauts d'armes auxquels l'administration républicaine fit les présents d'usage ; puis, sans même attendre une réponse, sans accorder la quarantaine de délai qu’en bonne et loyale guerre on avait l'habitude de laisser à ceux auxquels était demandée raison , le capitaine-général fit ravager le pays. La veille de la Saint-Lambert, les Luxembourgeois et les Barrisiens arrivèrent à Mancourt, village qu'ils brûlérent aprés y avoir logé; de Mancourt à Malleroy, Olgy, Argancy, Antilly et autres localités voisines qui eurent le même sort que Mancourt, ef estoit grosse pitié pour les pourres gens qui n'avoient cause de leur fellonnie et maulvoais voulloir.

Le roi de Bohème fit venir de Thionville un bâteau rempli d'artillerie et de machines de guerre qu'on déchargea en vue des assiégés, car il pensait les intimider et prendre la ville sans coup férir. Quant le bâteau fut vide, comme le pays de Luxembourg possédait peu de vignes , pour faire du laituaire pour les allemandes et maingier des pussins (poulets)/roissiés et rompus au mouste, le roi donna l'ordre de remplir le bàteau avec du raisin coupé le long de la Moselle, estimant que de ce qui n'estoit point meure, il en feroit faire du verjus pour s’en servir en sa cuisine durant l'hyveir. Ce chargement

descendit la riviére jusqu’à Thionville.

Quelques jours après, les bouttes feus du roi de Bohême s’approchérent un peu plus de la ville, ravageant, pillant, brûlant tout ce qu'ils rencontraient ; mais sire Jacques Grongnat, notaible chevalier de Jherusalem et de nom et d'armes, fit une sortie vigoureuse à la tête des bourgeois, tua plusieurs ennemis et en ramena cinq prisonniers ; de quoi le roy

de Boheme en fut fort marri et courroucé. Par représailles ,

il ordonna d'enlever non-seulement les bestiaux mais les campagnards eux-mêmes, Prévenus ä temps, les Messins accompagnés du comte de Sarrebruck fondent sur l'ennemi, reprennent ce qu'il enlève, et battent de telle sorte les Bohémiens et les Barrisiens que ces derniers demeurérent trois jours sans eulx bouger, attendant secours de l'archevêque de Trèves. Ce renfort considérable une fois arrivé, l'ennemi campa sur la hauteur de Grimont, brûla Valliéres, Ventoux s Méy; et, le venredy apres la sainct Lambert, il tenta plusieurs fois, mais infructueusement , l'assaut du bourg de Saint-Julien. Le sire de Bitche, inopinément sorti par la porte du pont Rengmont avec des serpentines et des canons, atlaqua les assiégeants , leur tua beaucoup de monde et force fut au roi de Bohème de faire corner la retraicte.

Jusqu'alors le duc de Lorraine n'avait pris aucune part aux hostilités ; mais il marchait avec au moins dix banieres en Sa bande, traversant le SaZnois (vallée de la Seille), où il brûlait, pillait sans pitié, et commettait d’autres œuvres inhumaines, telles que Sarrasins , Turcs ou Juifs ne sceussent pire faire. Le lendemain de l'assaut, le roi de Bohême, l'archevêque de Tréves, le comte de Bar coururent au-devant du monarque lorrain ; {= se festoierent l’ung a l'autre dans un banquet, et les pavillons des princes confédérés, parmi lesquels on distinguait ceux de l'armée ducale à leur magnificence, couvrirent la plaine de Sainte-Barbe.

Dans un conseil de guerre tenu le dimanche dés le matin, il fut arrêté qu'on abandonñerait cette position pour aller occuper les hauteurs de la Seille, vers Fleury ; mais avant de ployer pavillon, une escarmouche assez considérable eut lieu

sur les rives moscllanes entre les Lorrains, les Barrisiens et

les Messins, escarmouche où ces derniers eurent l'avantage, car ils firent des prisonniers marquants; les sires de Lénoncourt, d'Anoncourt, et tuérent quelques ennemis.

Le pillageetl’incendiedes villagesde Fleury, Pouilly, Magny, ainsi que des fermes environnantes signalérent l’arrivée de l'ennemi. Quand les tentes furent dressées et que l’armée eut pris le repos nécessaire, le roi de Bohême convoqua ses capitaines et ses barons pour savoir comment on traverserait la Seille, le pont de Magny se trouvant rompu. Tous furent d’avis de faire un nouveau pont; les prévôts, les maires et les paysans y travaillèrent trois jours, ce qui permit aux Messins d’enlever le mobilier des abbayes et des bourgs de Saint- Clément , de Saint-Arnould, de Saint-Pierre et de Saint-Symphorien. Au lieu de serrer la place de ce côté, l'ennemi préféra marcher sur Moulin dont le pont se trouvait égalemement détruit. On le rétablit. Pendant cette construction, l’armée divisée par bandes pilla, rançonna toute la contrée, surtout depuis Saint-Ladre jusqu'au village d’Arry. Dés que les confédérés eurent traversé la Moselle, ils étendirent leurs phalanges le long de la rive gauche, et continuërent de mettre à contribution tous les villages des environs. Le gibet, appelé Genestroy pour les genestres qui y sont, fut abattu, car c'était alors la plus grosse insulte qu’on püt faire aux administrateurs d’une cité; mais pendant que ces bons allemands singeaient la justice des Treize, s’amusaient à décrocher les morts et prenaient les crampons du gibet, comme moyens d'exercer des charmes ou des sorcelleries, les Messins sortirent inopinément et ramenérent quelques prisonniers, parmi lesquels sire Henry de Fencestranges. Hsut si bien frivoller et jayser, qu'au lieu de le tenir prisonnier, on le laissa libre sur parole, avec faculté de se racheter moyennant aix mille livres. C'était

une faveur insigne à laquelle sire Henri répondit fort mal, car les allemands au service de la ville , excités par ses cadeaux et ses promesses, s'insurgérent et ne voulurent servir désormais qu'autant que le prisonnier serait délivré franc et quicte. Pour les apaiser, l'administration consentit à ne recevoir que sept mille livres au lieu de dix mille; de son côté, sire Henri jura sur les évangiles de ne jamais porter les armes contre Metz, et cependant l’année suivante on le revit guerroyant avec les princes confédérés.

Parmi les épisodes les plus curieuses de cette campagne d’une semaine, Praillon cite la construction d’un bâteau armé de couleuvrines, d’arbalètes , de traits, d’épées, de boucliers, et que Willaume de Verey, gentilhomme audacieux, son inventeur, conduisit en face du camp pour assaillir les ennemis auxquels il tua beaucoup de monde, surtout avec une serpentine qui tira plusieurs fois. Willaume revint à Metz, sans éprouver la moindre perte.

Fatigués déjà de leur blocus, et prévoyant bien qu'en automne, par la saison des pluies, il n’y aurait pour eux que pertes sans résultats, les princes confédérés se décidérent à lever le camp. Le dimanche, au point du jour, ils marchent sur Metz, arrivent devant les Ponts, s'y déploient en bataille et créent chevaliers plusieurs seigneurs qui s'étaient distingués, pendant que les Messins tous armés assistaient à ce spectacle du haut de leurs remparts. L'après-midi, environ une heure de complies, les fourriers partirent avec les équipages ; les chefs ennemis traversérent la Moselle, près la porte Patar, vis-à-vis le moulin du Duc qu'ils brülérent, et furent piller l'abbaye de Sainte-Croix, arrachant même les ferrures des portes et les grilles des fenêtres. À force de priéres, les reli-

gieux avaient obtenu du roi de Bohême, des princes de Lorraine et de Bar qu'on ne brülerait ni leur maison, ni leur église, mais l'archevêque de Trèves qui aurait dû les défendre, ne sy volt consentir et les fist bruller et y mettre le feu luy meysme. À Woïippy, la maison, les manoirs de Sean Ancel subirent le même sort , puis tous revinrent au camp où jamais la garde ne fut observée avec plus d'attention, car on craignait d’être assailli par les Messins. Enfin, le lendemain, jour de la Saint-Remy, à trois heures du matin, toutes les trompettes sonnérent à la fois pour rassembler les troupes éloignées, et bientôt chacun partit de son côté; le roi de Bohême et l'archevêque descendirent la Moselle ; le duc de Lorraine rentra dans ses états par Nomeny, et Le comte de Bar remonta la rivière jusqu’à Pont-à-Mousson. Les Messins, sans perdre de temps, suivirent ce prince dans son mouvement de retraite. Ils ravagérent , par représailles, Preny, Vandières, Pagny, Norroy; mirent le feu dans beaucoup de localités, et revinrent à Metz riches d’un butin considérable qu'ils ramenérent en des bà-

teaux préparés exprés pour le recevoir.

Cette confédération, la seule vraiment importante qui eût menacé Metz d'aussi près depuis quatre siècles, fit sentir à l'administration républicaine , la nécessité d’instituer une magistrature militaire exclusivement chargée de veiller sur la ville, et l’on créa Zes sept de la guerre, qui furent élus par les six paraiges ; Porte Muzelle désigna Jeoffroy Grongnat ; Jurue, Jehan Ancel; Saint-Martin , Perrin le Maire ; Port- Saillis, Gillat Ruëce; Outre-Seille, Jaicomin Boylawe ; Commun, Robin Loratte et Symonat Brie. Un Treize, maiheu Symon ; deux prud'hommes, Thiébault, fils de Jaicomin le Gronnais; Jehan Folye, fils de sire Thiébault le Gronnais, constituérent prés de ces nouveaux magistrats, un

pouvoir exécutif dont les opérations devaient être plus rapides qu’en suivant la juridiction habituelle *.

Les sept de la guerre reçurent l'ordre de faire immédiatement une visite générale des fortifications ; de prendre note des travaux d'urgence ; d'y placer les ouvriers nécessaires et de ne les interrompre qu’aprés les avoir terminés. En conséquence, ils pourvurent aux réparations qu’exigeaient les tours des portes qui étaient à la charge de la ville, et veillérent à ce que les corps de métiers fissent de même pour les tours dont la garde leur était dévolue ; on ÿy mit une toiture, des planchers; on les garnit d'artillerie, d'arbalètes et de traits ; on rasa {outes les habitations qui se trouvaient adossées aux murs d'enceinte ; vers Muzelle, on construisit une muraille , on creusa des fossés et l’on planta des palissades > car le bourg de ce côté n'avait aucune défense. Les bourgs des Allemands, de Saint-Julien et d'Estoxery, depuis la Moselle jusqu'à la Seille, exigérent les mêmes constructions. On garnit les murailles de serpentines, de couleuvrines ; d'arbalètes et de tous les traits nécessaires ; enfin, le conseil délibéra sur ce qu'il y aurait à faire relativement au village de Bury dont la destruction complète semblait indispensable pour la défense. Cette démolition néanmoins fut différée.

Le dimanche avant la Toussaint, lorsque de toutes parts la population messine travaillait aux fortifications > On apprit que les Luxembourgeois s’avançaient dans le val de Metz ; aussitôt le Rhingrave, quelques chevaliers , des soudars et des piétons

se meltent en campagne; ils rencontrent l'ennemi prés de

* Paul Ferry, observ. sécul. , t, 11, o4. 06, versd, num. 566.

l'étang de Vigy, lui tuent du monde, le mettent en fuite, s'emparent d'une vingtaine ‘de prisonniers et reviennent sans avoir la moindre perte à déplorer. Par représailles , le lendemain de la Toussaint, une bande de nos troupes soldées parcourut la vallée de Sainte-Marie, derrière Preny. Elle fit un butin considérable que le comte Edouard, qui se trouvait alors à Pont-à-Mousson, n’osa pas lui reprendre. Quatre jours aprés, une course semblable eut lieu de l'autre côté de Lutange ; puis au-delà de Gorze, à Chamblée ; chaque fois, on brülait ce qu'on ne pouvait enlever et l’on ramenait en ville quantité de bestiaux. Comme l'hiver commençait, la république congédia la plupart des troupes étrangères, afin d'être à même de pourvoir aux dépenses qu'exigeaient les fortifications. Ces travaux furent très-considérables : la Moselle, de prime abord, semblait une barriére suffisante; mais elle n'offrait plus la sécurité qu’on en espérait, depuis que certaine nuit des cavaliers ennemis l'avaient traversée, pour s’introduire dans la cabane des nautonniers chargés du passage entre le pont des Morts et le pont Tieffroy*. Le conseil souverain ordonna qu'audevant de la muraille qui allait depuis le ruisseau des Pucelles, en la vigne(rue du Pont-des-Morts), jusqu’à la porte Chambiére, on détruirait, moyennant indemnité, les petites habitations ainsi que les jardins qui s’y trouvaient, et qu'en leur place, on creuserait un fossé de quatre vingts pieds de largeur. Toute la population, manans, clercs et lays, y travailla. C'était à qui montrerait le plus de zéle. Pour éviter les surprises nocturnes, la police établit que chaque bourgeois tiendrait, jusqu’à la fin des hostilités, une lumiére allumée sur sa porte ou sur ses fenêtres.

* Ces deux ponts étaient alors en reconstruction, Mais elle demeura ong-temps interrompue.

On approchait des fêtes de Noël : les Messins espéraient demeurer paisibles; mais au moment qu'ils y pensaient le moins, toutes les garnisons du Luxembourg réunies vinrent tomber sur le val de Metz. Fières d’une expédition qui leur avait procuré seize prisonniers et grand nombre de bestiaux ; elles regagnaient Thionville lorsque les Messins coururent sus. Malheureusement, ils perdirent Jeoffroy Corbe, chevalier de famille échevinale, tué dans la mêlée. Depuis lors, jusqu'au mois de janvier, rien ne se passa d'intéressant : de hardis bateliers, conduisaient les soldoyeurs , amoureux d'aventures, tantôt jusqu'à Dieulouard, tantôt vers Richemont ; des luttes isolées avaient lieu de village à village, de seigneur à seigneur, selon qu'ils tenaient pour le duc de Lorraine, ou pour les Messins ; Ars, notre citadelle avancée , envoyait ses coureurs sous les murailles mussi-pontaines; Preny, d'un autre côté, où commandait le capitaine d'Amance, l’un des plus braves chevaliers Jorrains, ripostait avec vigueur jusqu’au jour où les villageois de la vallée, s'étant réunis pour repousser d'Amance, l'eurent surpris et mis à mort avec presque tous ses gens. Le duc de Lhoraine en fut merveilleusement courroucé, disant, par

son bon Dieu, qu'il s'en vengera sur ces villains.

Chaque jour quelque nouvel ennemi défiait la république messine : ce furent Gobert, sire d'Apremont ; Henri de Fenestrange dont il a été question précédemment; Henri d'Apremont, évêque de Verdun; jusqu'à messire Amez, gouverneur de l'évêché de Metz en l'absence d'Henri Dauphin, qui, sans l'avoir consulté, remit Hombourg, Vic, Ramberviller sous la garde des princes, et grêva l'évêché d’au moins cent mille florins pour subvenir aux frais de la guerre.

Richard Poujoize, fils d'Arnould Belgrée, et Hauricourt,

nommés d'office capitaines-généraux des armées messines, voyant avec la peiné fa plus vive, les torts incalculables occasionnés aux Messins par une suite non interrompue de courses dévastatrices, concurent un hardi projet qu'ils exécutérent immédiatement, celui de porter la guerre au cœur même du Luxembonrg. En conséquence, la première nuit de carême, par leur ordre, les cloches de toutes les paroisses urbaines sont mises en branle, la mutte elle-même sonne pour rassembler les bourgeois disposés à porter les armes : dés qu'ils se croient assez nombreux , ils marchent sur Richemont, laissent une partie de leurs troupes garder l'embouchure de l'Orne, et vont, avec des chevaucheurs et des piétons , s'étendre en ordre de bataille dans la plaine de Floranges où ils espéraient attirer l'ennemi. Le voyant hésiter, Robert et Jean de Wolmeranges, à la tête de la cavalerie, parcourent sept ou huit lieues de pays étrangers, font une pointe jusqu'à deux lieues de Luxembourg, brûlent quarante à cinquante villages, emmènent des troupeaux considérables, des chars remplis de céréales, et reviennent à Metz justement glorieux d'une telle expédition.

Le 5 mars 1525, les Barrisiens conduits par plusieurs gentilshommes, au nombre desquels brillait messire Aubert de Narcey, surprennent le village de Jouy, le rançonnent, et se mettent en devoir d'emporter leur proie , lorsque les Messins arrivent soudain, et secondés des villageois, cernent l'ennemi, l'assaillent , reprennent ce qu'il emporte, lui tuent du monde, entre autres, Aubert de Narcey, et vont ensuite exercer de terribles représailles en plusieurs villages du Barrois, puisque le dommage passa, dit-on, une valeur de mille marcs d'argent. Peu aprés, la terre de Briey, la terre d'Apremont eurent le

même sort; mais l'ennemi s’en vengea bientôt sur les gens de

Failly qui, attaqués dans les vignes, furent tués ou blessés au

nombre de quarante à cinquante, sans compter ceux qu'il emmena prisonniers.

L'administration échevinale de sire Jeoffroy Grongnat venait de finir et celle de sire Hue Huneborjat commencer; les sorties des Messins n’en furent pas moins actives; car, dans le courant de mars, ils brülérent plus de cinquante villages des comtés de Sarrebruck , Fenestrange et Crehange, ainsi qu'une infinité de fermes et de moulins; ils ne menageaient pas davantage les terres épiscopales, depuis qu'Ienri Dauphin avait approuvé les mesures hostiles du gouverneur de l'évêché. Cependant quelques personnes s'interposérent, et l'évêque à qui les Messins firent compter, pour l'amadouer, vingt-cinq mille livres de petits tournois, leur promit assistance contre les quatre seigneurs; mais sous condition expresse que la république supprimerait le conseil des vingt-six prud'hommes qu'on élisait chaque année ; qu'aucun citain n'acquerrait des fiefs dans les terres épiscopales, sans le consentement du prélat; qu'on ne jouirait de l'héritage d’un chanoine, qu'en se conformant aux impositions , aux servitudes ordinaires ; que défense serait faite de bannir moines, prêtres, clercs, notaires, officiers, sans l’aveu de l'autorité épiscopale ; de les poursuivre en réparations de dommages, contrairement aux intentions de l'évêque; de saisir les biens des prêtres où des clercs morts intestats , la disposition de ces propriétés appartenant à l'official ecclesiastique; de contraindre les prêtres d'administrer les sacrements aux usuriers ainsi qu'à ceux qui ne voudraient pas réparer les torts qu'ils auraient faits ; d'en-

terrer les morts au cimetière * sans autorisation. Les magistrats o

* En aistre bény. Aiïstre vient du mot atrium.

QUATORZIÈME SIÈCLE. 303 messins promirent, en outre, de laisser une juridiction libre à lofficialité diocésaine ; et même d'ÿ prêter main forte en cas de besoin; d'abandonner aux chefs des monastères la répression des fautes commises dans les communautés, et d'en référer au pouvoir épiscopal, si quelque méfait de cette nature demeurait impuni*.

Cette alliance semblait parfaitement cimentée, car l'évêque l'auait jureit sur sainctes ewangeiles, et promis a lenir, a faire et à weirdier fermement et loialement. Mais quand Henri Dauphin eut touché quinze mille autres petits tournois, il partit pour Avignon, résigna son évéché et laissa les Messins

plus embarrassés que jamais**.

Cependant, loin d'être intimidés, ils reprirent à travers la Lorraine etle pays de Bar leurs courses dévastatrices , jusqu'à ce que le duc Ferry 1v et le comte Édouard ayant assemblé des troupes, fussent venus camper devant Ars-sur- Moselle, assiéger la maison forte d’Ancy qu'ils démolirent , et piller l’église de Vaux, où l'on commit bien des sacrilêges. C'était dans la semaine sainte. Le mardi avant Pâques ; messire Pierre de Bar se présente à la tête du Pont-des-Morts, en qualité de parlementaire , et demande une trève pour les deux princes ; mais les Messins s'y refusent. « On ne peut, répondent ces derniers, nous faire plus « de mal qu'on ne nous en a déjà causé; aussi sommes-

* Accords des 29 et 51 mars 4325. Paul Ferry a copié le second dans

ses observations séculaires t, 11, fol, 58 ; versd, num. 567 ; l’autre existe aux archives municiples.

** Praillon porte à soixante mille livres la somme touchée par Henri

Dauphin.

« nous bien décidés à la vengeance et à terminer notre que- « relle par une bataille générale. Enfin, nous voulons être « maitres ou esclaves. » Quand Pierre de Bar rapporta cette réponse au duc de Lorraine, il se mit en fureur, accusant l'envoyé d'avoir reçu de l'argent des Messins pour trahir les secrets de la confédération. « S'il y a dans l’armée, répond « avec calme Pierre de Bar, un gentilhomme qui veuille sou- « tenir votre accusation, je suis prêt à défendre mon hon- « neur les armes à la main. Les Messins ne sont pas de nature « à donner de l'argent, ni à s'épouvanter des menaces qu'on « leur fait. Je leur ai entendu dire positivement qu'ils vien- & draient vous attaquer. » Alors le duc de Lorraine et le comte de Bar donnèrent l’ordre de se mettre en bataille ; mais des murmures accueillirent ce commandement, les Lorrains voulant une chose et les Barrisiens une autre. Il fut donc décidé qu'on battrait en retraite. Tous passérent la Moselle à Jouy. Les Messins, prévenus de ce mouvement, accoururent, poursuivirent les fuyards, prirent des bagages, des prisonniers et virent un certain nombre d'ennemis se noyer dans la Moselle. Leur expédition eut été plus fructueuse sans une blessure recue par messire Jacques Grongnat qui conduisait l'armée républicaine ; blessure à laquelle chacun s'intéressa, ami comme ennemi, tant la réputation guerrière de Grongnat était grande. Le lendemain, mercredi, Lorrains et Barrisiens

avaient quitté le territoire messin.

On apprit, sur ces entrefaites, qu'Henri Dauphin sétait

démis de son évêché, pour continuer librement la guerre contre le duc de Savoie*, et que le pape en avait pourvu Louis de

* Henri Dauphin fut tué quelque temps après.

QUATORZIÈME SIÈCLE. 503 Poitiers, dauphinois d’origine illustre, alors évêque de Langres”. Le nouveau prélat ne se hâtant pas à venir dans un pays désolé par la guerre , et le pape s'intéressant au sort des confédérés, puisqu'il écrivit pour obtenir la liberté de sire Gilet d'Anocourt, les Messins adressérent au souverain pontif une longue lettre par laquelle ils s’excusent de ne pas accueillir sa demande, et le conjurent de leur envoyer Louis de Poitiers. & Ceprions, disent-ils en terminant, a vostre haultesse, genouz « ployés, que sor ces choses veuilliés mettre remede, ensi « come équité et droit le portet et a vous appartient. Ly sires « tres haultimes ( le très-haut) soit wairde (gardien ) de vous & par long temps, en accressement de prosperitez et de paix.»

Selon toute apparence, Jean xxn, prit en bonne part la lettre des Messins, car leur évêque arriva bientot dans son diocèse. Dés qu'on sut qu’il était à Marsal, l'autorité républicaine envoya messire Jaicque Grongnat avec plusieurs cavaliers au-devant de lui; les populations furent également à sa rencontre, et chacun se mit en devoir de lui faire une honorable réception; car, pour obtenir la paix, tant désirée de part et d'autre, on comptait beaucoup sur l'entremise du prélat. Cependant, les courses hostiles des Messins ne cessaient pas. Tantôt le Rhingrave ravageait le Luxembourg ; tantot un corps considérable de cavalerie messine allait vers Chateau- Brehain, battant le pays sous les yeux des troupes lorraines stationnées dans le Saunois, sans que celles-ci osassent y mettre empêchement ; tandis qu'un autre corps prenant la route d'Hattonchatel, suivait les côtes riveraines de la Meuse et revenait par l'abbaye de Saint-Benoit. Fin d'avril, une sortie

* Ce prélat portait pour armes : d'azur à 6 besans d'argent, 5, 2et1, au chef d’or. Il était fils d'Aimard 1, comte de Valentinois, et d'Hyppolyte de Bourgogne, et avait vu le jour à Montélimar en Dauphiné.

générale eut lieu en trois corps différents ; l’un qui alla jusqu'aux bois de Warame; un autre à Hespérange dans le duché de Luxembourg, où l'ennemi fut battu en voulant disputer le terrain aux troupes républicaines; un troisième devant Pontä-Mousson. Les confédérés, par représailles, firent également des courses jusqu’à Metz. Rien n’annonçait que les hostilités dussent cesser bientôt : aussi le maïître-échevin, les Treize, les comtes jurés, les paraiges et la communauté nommérent-ils, le 5 août 1525, une nouvelle septainie martiale, composée des sires Jeoffroy Grongnat, échevin; Wery Piedeschault, Thiébault Woyei, Garceriat de Moyelan, Perrin de Laitre, Perrin Ghaingne, François Bellegrée. Leur pouvoir devait durer depuis le commencement d'août jusqu'à Noël, et embrasser tout ce qui concernait la guerre, soit en ville, soit au dehors. Les gardes du grand sceau de la cité; les gardes des sceaux des paraiges ne pouvaient se refuser à les apposer sur leurs actes ; on n'interdisait aux sept qu'une seule chose, le droit d'impôt.

Ces magistrats, voulant procéder d’abord par des voies conciliatrices, envoyérent une députation au nouvel évêque, qui se tenait toujours à Marsal, et le priérent de faire prés des princes toutes les démarches dont pourrait dépendre une réconciliation. L'évêque y consentit. Aprés de longs débats, il obtint d'eux qu'ils se trouveraient personnellement, ou représentés par leurs ambassadeurs , en une journée amyable devant luy ; mais les prétentions de ces princes étaient si ri dicules qu’on ne put s'entendre.

Ils demandaient : 1.° les fiefs que les bourgeois de Metz avaient acquis sans leur consentement; les héritages et les droits de succession qui s’élevaient à plus de 500 cent mille

QUATORZIÈME SIECLE, 307 livres; réparation des torts qu’en diverses circonstances on avait pu faire à leurs vassaux en ravageant les domaines de ces derniers au son de la bancloche *; torts qui représentaient au moins une somme de cent mille livres ; ils voulaient que les Messins en fussent pour les pertes qu'on venait de leur faire subir pendant la guerre ; qu'ils renoncassent à toute espèce de dédommagement, mais qu'ils réparassent les maux dont leurs armées s'étaient rendues coupables, car, ajoutaient-ils, la querre ait estée faicte et comencée a tort et au defjault desdicis de Mets. Les seigneurs voulaient que les amans fussent supprimés , car il n’en existait ex nulz lieux du monde; que désormais les Messins n’eussent pas de sceaux secrets ; que les magistrats républicains ne permissent jamais d'arrêter pour dettes aucun sujet luxembourgeois , barrisien ou lorrain ; qu'ils s'engageassent à ne pas réclamer des fermiers et vassaux les redevances en argent ou en nature que les confédérés avaient pu s'approprier moyennant quittance ; enfin, qu’on regardät comme non avenu tout sujet de contestation et de procès. Les comis ou députés de Metz, stupéfaits, répondirent qu'il leur serait impossible de rien terminer sans avoir préalablement consulté la bourgeoisie, et ils demandérent un délai qui fut accordé. Ge délai expiré, les représentants des quatre seigneurs reçurent par écrit la réplique des Messins, et prirent également un terme pour la soumettre 4 leurs commettants. Enfin , on se réunit une quatrième fois à Pont-à-Mousson, et voici le résumé des réponses de nos concitoyens délibérées au grand conseil, en présence des échevins, des treize, des comtes, des députés de chaque paroisse :

« Les seigneurs confédérés n’ont jamais eu le moindre droit

* Cloche d'alarme,

féodal sur la cité messine; conséquemment cette cité ne leur doit rien. Eux, au contraire, se trouvent dans l'obligation de réparer les dommages commis pendant la guerre, et dont le chiffre s'élève à six cent mille francs, même d'avantage, par les motifs détaillés ci-dessous :

D'abord, il n’est aucun citain de Metz qui ait acheté des fiefs ; ni affermé quelque domaine, sans autorisation écrite des seigneurs dont les fiefs ou les fermes émanent, à moins que ces fiefs leur soient venus de seconde main ou d'héritage ; et s'il en était autrement, les confédérés auraient encore tous les torts, puisqu'ils ont ravagé le territoire de plus de trente mille fermiers et détruit les églises du diocèse , tout en sachant très-bien que pour des griefs particuliers on ne doit pas, en Saine justice, s’en prendre à une population entière ; surtout d'aprés les offres réitérées faites par les Messins de reconnaître et de réparer ce dont ils pourraient avoir à se plaindre ; qu'entre la déclaration de guerre et l'ouverture des hostilités, la république n'avait eu qu'une heure pour se reconnaitre , procédé contraire à toutes les régles du droit des gens ; que les magistrats messins, dans les contestations entre seigneurs et vassaux, en avaient toujours scrupuleusement référé aux plaids ordinaires; que d’une contestation particulière ils n'avaient jamais fait l'objet d'une guerre générale ; mais que de tout temps ils avaient joui du droit de réclamer au son de la bancloche et les armes à ja main, tout citoyen détenu pour dettes ou pour toute autre cause, sous condition de se porter garants et de réparer le dommage fait par lui; que les seigneurs peuvent élever leurs prétentions comme ils l’entendent, mais que la république ne paiera pas la moindre chose des dommages commis par eux pendant la guerre, attendu

qu'ils les eussent facilement évités; qu’en ce qui concerne les

amans, jamais on ne,les supprimera, car non-seulement ils existent depuis fort long-temps pour la paix et le bien général, mais ils sont institués par un pouvoir qui n’est comptable de ses actes envers personne ; qu'au reste, leur juridiction jouit d'une indépendance absolue, et qu’on aurait bien plus lieu de réclamer des princes confédérés, la suppression des tabellions récemment institués par eux dans certaines seigneuries dont ils ne sont qu'usufruitiers, qu'il n'appartient à ces mêmes princes de censurer un mode de judicature spéciale à la cité messine. Les mandataires de la république ajoutaient que de tout temps, en Lorraine et dans le Pays-Messin, on avait été libre d'arrêter les vassaux d’un seigneur endetté ; et que, d'un autre côté, les vassaux pouvaient engager leur corps n'étant mie serfs gens, ains gens a franchie ; qu'on ne saurait admettre comme valables des quittances pour objets qu'on n'aurait point touchés; et que les fermiers ne seraient quittes envers les seigneurs qu'après que ces derniers seraient indemnisés. Enfin , qu’on ne pouvait sans heurter tous les principes, sans contrevenir aux plus anciens usages, affranchir les sei-gneurs confédérés de leurs anciennes obligations, et ne rien réclamer pour les torts immenses qu'ils venaient de faire à la république.

Le chroniqueur verdunois, dont notre Praillon réfute, sans le nommer, les allégations relatives aux motifs réels de cette guerre , lui assigne d'autres causes, mais les deux piéces citées

précédemment sont authentiques.

La veille du jour où devait se tenir la dernière conférence, le chevalier Jean de la Court, ancien maitre-échevin, fit fermer, par ordre du conseil des sept, les portes de la ville

à midi, et rassembler toutes les troupes. Il y avait sept cents

cavaliers étrangers portant heaulmes, que la république entretenait à sa solde, et le même nombre de cavaliers messins , sans compter les fantassins de la ville et du dehors. Les auxiliaires marchaient sous la conduite de leurs chefs immédiats ; les indigènes obéissaient à plusieurs capitaines pris parmi les sept de la guerre et qui avaient sous leurs ordres vingt-six lieutenants chevaucheurs* et douze porte-bannières ** sans compter le princier de la cathédrale qui tenait l'oriflamme, ou bannière de la cité, laquelle ne fut pas déployée une seule fois dans le cours de cette guerre ; tandis qu'on l’arbora dans les troubles civils qui suivirent***, Ces troupes auxquelles vinrent se joindre une quantité considérable de bourgeois armés, sortirent de Metz vers le soir pour se trouver entre minuit et une heure sur la côte de Froidmont. Arrivés là,

Jean de la Court assembla le conseil et prit la parole de la manière suivante :

« Signours, je vous demande consoil; vous savez assez

* Collignon Papperels ; Joffroy Aixiés; Philippin Haicques ; Thiébaud, fils ; Jean Faulquenels ; Jean Hesson-le-Vieux 5 Thiébaud Belamy ; Renal, le fils Coilignon le Gronnaix ; Collignon Bataille ; Thiébaud Lorant; Jean Aïxiés ; Jean Bellen; Ancels Lamant ; Jean Veilan; Jaicomin Gellée ; Henriquez Ghevallat; Thisey Naimery ; Jean de Marieulle ; Withier; Guerciriat Bollay ; Philippin Xullefert, fils Guerciriat ; Faixin ; Stevenin Fauquenels : Perrin Xaiving ; Simonin Roucel; Xandrin Chaingne ; Joffroy Jallée.

** François Lambert; Roillon Pappemiatte; Symonnat de Chamblé ; Perrin Grand-col ; Maheu—le-Mercier le jeune ; Jean Renguillon ; Lowiat de Louvigny ; Jean de Miélan; Aubertin Bataille ; Thiebaud Heminguen ;

Lowy Crowelet ; Henriquez Chevallat.

**% .... Y eult une bataille et rencontre faicte au hault chemin, au

mollin a vent : et la nomoit on la besoigne du mollin a vent ; en laquelle ceulx de Mets du dedans eulrent une tres grosse perde ; mais ilz gaingnont la plaice. Et a celle besoingne fut portée l’oriflambe et baniere de Mets par le princier de Mets qui la doit porteir, qui que princier soit, quand on la veult porteir fuers; et ne la doit on point desploier, si ce nest a tres grant necessiteit. » Chron. de Praillon.

comment ces signours’sont au Pont ( Pont-à-Mousson ), et que nous debvons demain journier contre eulx; je m'ai pensé que, sy il se povait faire et vous le conseilliés, que je verroie vollentiers que nous puissions avoir faict sur nos ennemis les dairiennes courses et alairmes. Sy il vous semble bon et que vous soiës forts assez et que nous prenissions nostre chemin par de costé le Pont et aller tout autour du Pont faire la procession ; et tantost que l'aube du jour se demonstreroit, que nous en Commencissions a boutter feu et a ardre , allant tousjours ardant {out autour du Pont, affin que nous ayons lhonneur de la dairienne chevaulchée. Et demain, quant nous serons au retour par deça ledit Pont, vers la nonne, je m'en irai audict lieu du Pont auec mes consors qui doient estre en la jornée. Et quant je me partirai de vous, vous relournerez arriere

par devers Mets avec les restes des gens d'armes et des pietons.»

Lorsque Jean de la Court eut fini sa harangue , les capitaines lui répondirent que s’il était assez osé pour se fier à l'infanterie , eux s’engageraient bien à faire plus encore qu'il ne demandait. Plusieurs gens du peuple qui avaient pu se glisser entre les chevaux, ayant entendu la réponse des capitaines, la reportérent aux groupes placés derriére. Un murmure gé— néral s'éleva dés lors du sein de cette population armée, et pour témoigner une bravoure qu'on eut bien tort de suspecter, elle voulait marcher aussitôt, et faire seule ce dont les Capi-

taines la croyaient incapable avec l’aide des cavaliers.

& Auant, signours de la commune, dirent-ils à leurs échevins ; les capitaines de nos gens d'armes n’ont mie bonne fiance en nous; nous avons oy lour consoil et scavons bien quilz veullent faire; allons deuant; acommancçons à faire ce quilz veullent faire, affin quilz voient bien que nous vollons

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