‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 48 sur 53 · III L · texte numérisé non relu

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qu'il avait fallu réinstituer dans un moment d'effervescence

populaire , se trouva de nouveau supprimé.

Les sires Burtrant de Jurue, en 1598 ; Jehan le Gronnais, fils Jehan le Gronnais des Chainges, en 1329 ; N:colle Bataille, en 1330 ; Thiebault Lohier, en 1331 occupérent le maître-échevinat, tous de noble maison comme leurs ancêtres, et portant l'écusson de leurs armes sur la banniére des combats*.

Sous l'administration de Bataille et de Lohier un flux de ventre régnait épidémiquement à Metz : il cessa fort heureu-

* Voici les armes des chefs républicains qui ont administré depuis 1301 : Hesson , aux 4 chevrons d'argent et de gueule ; Heu ( Jehan de}, de gueule à la bande d’argent chargée de trois coquilles d’huîtres de sable ; Chielairon (Ferry), de gueule aux 8 besans d'argent, posés 3, 5 et 2; Nic. de la Court , d’or aux trois tourteaux de sable , posés 2 et 4; Ar. de Gournaix, de gueule aux trois tours d’argent en bande ; Fessal , d’or à l'aigle éployée de sable, au lambel de gueule à trois pendants, chargé de trois coquilles d'argent; Roucelz (Henri), de vair aux trois palles de gueule, au chef d’or, chargé de 2 tourteaux de gueule, et d’une étoile de sable entre deux; Boucquin (Thibault), de gueule aux trois besans d’or, posés 2 et 1; Ruece , d'azur aux cinq tourelles d’or, posés 2, 2 et À , avec étoile d’or en chef, entre les 2 tourelles ; N. Baudoche, d'azur en chef, chargé de 2 tourelles d’or; en pointe, chevronné d’argent et de gueule ; Jean de de la Court, d'argent à l’aigle éployée de gueule; Jehan Withier, d’azur aux quatre bandes d’or; Jehan de Laitres, d’azur à la face d’or, accom-— pagné de quatre annelets d’or, 3 en chef et À en pointe; P. Pillat, d’or à l'aigle éployée de sable, couvert d’une bande de gueule chargée de trois roses d’or; Piedeschaux, de gueule à l'aigle éployée d’or, accom-— pagnée de quatre croix d’or, 2 en chef et 2 en pointe; Grongnat, d’azur à quatre faces d’or, chargé d’un lambel de vair à trois peudants ; Thiebault Ferriat, d’or à la croix de sable, au franc quartier de gueule à la tour d'argent; Bertrand de Jurue, d’or à l'aigle éployée de sable, chargé d’un écu lozangé d'argent et de sable; Nic. Bataille, d’azur aux quatre bandes d’or, au franc quartier d’or, chargé d’une aigle éployée de sable ; Thiébault Lohier, d’azur aux trois chevrons d’or, au franc quartier d'argent chargé d’une aigle de gueule.

QUATORZIÈME SIÈCLE. 323 sement l’année suivante ; mais en 1535, lorsque finissait l'administration échevinale d'Henry Roucel, on vit les rivières hors de rives, des vents impétueux renverser les arbres, les clochers et les toitures. La quarte de bon vin se vendait quatre deniers; prix considérable que les chroniqueurs justifient en ajoutant : ce fut pour la fortune des vignes qui furent gaistées par chaleur et tempeste. L'administration échevinale d'{ngrant Bourchon, 1554, de Françcoys Trouppat, 1555, et de Philippe Marcoult, 13536, y pourvut en faisant venir des vins fins de la Bourgogne ; mais le pays messin souffrit considérablement d'un manque de récolte considéré alors comme extraordinaire.

Ce Marcoult étant mort pendant son année d'exercice, le paraige de Porte-Muzelle qui l'avait élu, se trouva, d'aprés la teneur des constitutions républicaines , investi du droit de nommer un autre maitre-échevin. Il choisit Baudowin Froideviande dont l'administration dura dix-huit mois et fut entachée d'un supplice épouvantable, celui de sept malheureux bigots qu'on brüla, pource quilz gettoient ez puits par la cité de Mets aulcuns venins et sorceries pour envenimeir les yawes et faire molrir les gens.

En 1557, un évêque moins sage qu'Adémare eût entrainé Je diocèse dans une guerre désastreuse, au sujet des prisonniers faits à Saint-Avold. Comme ils étaient presque tous vassaux du comte Jean dit l’Aveugle, roi de Bohême, ce dernier les réclamait. Adémare objectait avec raison qu'ils lui appartenaient par tous les droits de la guerre et ne les lâchait point, jusqu’à ce que le comte Jean eût chargé Jean de Vertent, son sénéchal , de défier le prélat. Alors Adémare renvoya les prisonniers sans exiger leur rançon; il fit plus, il signa la

paix avec ce monarque et le sire de Rodemack, le mercredi aprés l’exaltation de Sainte-Croix 1337 *.

Les récoltes, surtout en vin, étant devenues trés-abondantes, le maïître-échevin Jehan Noiron, pour faciliter aux campagnards les moyens de réparer leurs désastres, apporta certaines limites aux importations. Il fut défendu d'introduire à Metz le vin d'Alsace, de Beaume et d’Arbois. Son successeur, Jehan de Mairieulle, maintint la même prohibition, de sorte qu'elle dura un an et huit jours.

Vers la même époque, de sanglants démélés éclatérent entre notre évêque et Raoul, duc de Lorraine, qui cependant avaient toujours vécu en parfaite harmonie. Raoul investit Baccarat, Adémare assiégea Belrouard, ou Beauregard, prés de Raon-l'Etape ; tandis que les habitants de Preny se jetaient sur les terres de Gorze qu'ils ravageaient horriblement. Les hostilités durèrent environ deux années. Las enfin d’une guerre dont les avantages et les pertes étaient contrebalancés, nos deux rivaux finirent par s'entendre. Ils nommérent Simon , comte de Salm , arbitre de la querelle; ils présentérent des otages qui durent Zenir covent, c'est-à-dire demeurer prisonniers jusqu'à conclusion parfaite du traité ; ceux de l’évêque à Nancy; ceux de Raoul à Marsal; et le vendredi avant l'apparition de nostre seignour 1542, on jura la paix sur le texte des évangiles. En vertu de plusieurs lettres datées du 25 janvier, Adémare consenlit à ce que ceux qui tenaient de lui des fiefs et qui avaient servi le duc Raoul, rentrassent dans ces mêmes fiefs, sous condition d’en faire hommage. Alors notre évêque partit pour le Dauphiné, sa patrie, et

* Bertholet, hist. de Luxembourg, preuves, t. vi.

QUATORZIÈME SIÈCLE. 329 Raoul, insatiable de gloire et d'avantures, alla Joindre Phi-

lippe de Valois qui faisait la guerre aux Anglais*.

Nos archives municipales possédent divers traités de paix conclus entre la république messine et les seigneurs de Vaudoncourt, le 15 août 1539; entre la même république, le duc Jehan de Mayence, au mois de juillet 1540 ; des lettres de Philippe de Valois et d'Eudes de Bourgogne pour que le sire de Montferrat réparât les dommages faits par lui aux citoyens de Metz; deux traités de paix signés les 23 janvier et 17 février 1542 entre les sires de Welseperch, les sires de Boulay et la ville de Metz, toutes choses qui furent la conséquence naturelle des guerres précédentes.

Le pays messin respira quelque peu: mais Isabelle d'Autriche, douairière et régente de Lorraine, ayant ordonné de constuire, entre Amélincourt et Salonne, une forteresse devenue ville et maintenant appelée Château-Salins, Adémare, à son retour, fit élever non loin de là le château de Beaurepaire. De part et d’autre les esprits s’aigrirent. Adémare, qui ne souffrait pas la moindre atteinte aux prérogatives du sceptre épiscopal , fit alliance avec le comte de Bar, le sire de Pierre-Pont et le sire de Pierre-Fort fréres du comte; puis il écrivit à tous ses vassaux pour leur assigner un rendezvous, et quand l’armée se trouva réunie, Gaucher de Montil,

frère d'Adémare, lui fut présenté pour lieutenant-général.

Les chroniqueurs ne nous ont transmis aucun détail sur

une guerre où toute la noblesse lorraine, barrisienne et mes-

* Chron, de Philippe Gérard, t. 1, fol. 301 et suiv.; Dom Calmet, hist. de Lorr.,t. 11, pr. col. nc — pour, 1."e éd.

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sine fut engagée. On sait seulement que le sire de Pierre-Pont alla défier la Régente de Lorraine au nom de l’évêque ; que les hostilités commencérent à la fin du mois d’août 1542 ; qu’elles eurent lieu deux années consécutives, pendant lesquelles le pays presque entier fut ravagé; mais que le comte de Bar élant mort la veille de Noël, Adémare entendit volontiers les propositions de paix qu'on lui fit.

Jean l'Aveugle, roi de Bohème et comte de Luxembourg, pris pour arbitre, rapprocha les partis, le 23 août 1544 , dans l'hôtel d'un chanoine de la cathédrale, Jean de de Heu, devant grand nombre de témoins distingués. Il fut convenu qu'Adémare paierait au duc dix mille livres d’indemnité; mais qu'en place de Moyen et de Rambervillers cédés jadis au duc Raoul, celui-ci se contenterait de Turquestein avec tout ce qu'il possédait déjà dans le diocèse. *

Quelques vassaux de l'évêché réclamérent des indemnités auxquelles les frais d’une longue guerre leur donnaient d'incontestables droits ; Adémare finit par les reconnaitre ; mais il fallut l'intervention papale. Jean l'Aveugle ayant assigné les parties dans la ville de Reims, réussit à les accorder au mois de juin 13/53.

I ne fut pas si facile d’appaiser les bourgeois de Vic, qui avaient également dénoncé le prélat messin en cour de Rome. Le pape nomma l'évêque de Verdun commissaire pour examiner leurs griefs réciproques; Adémare se montra généreux. Oubliant les injures; les torts pécuniaires que lui avait faits cette bourgeoisie rebelle, il maintint ses pri-

* Archives de Lorraine sur Metz, p. 156, 457.

QUATORZIÈME SIÈCLE. 527 viléges, bien qu'elle se fût mise sous la garde de Raoul, duc de Lorraine *.

L'opposition du parti populaire au clergé s’accroissait de jour en jour, et la haine profonde que se vouaïient le souverain pontif et l'empereur favorisait malheureusement cette tendance universelle. Dans les évêchés de Metz, Toul et Verdun, Louis de Baviére excommunié s’appuyait sur la bourgeoisie, qui suscitait d’incroyables embarras au parti papale dont l'évêque se tenait prudemment à l'écart. Quelquefois aussi le clergé montrait beaucoup de mauvais vouloir dans l'adoption des ordonnances républicaines; mais l'administration échevinale tenait ferme, et toujours il fallait bien qu'on se soumit.

En 1540, par exemple, le chapitre de la cathédrale envoie prendre, sur la cuve de certains propriétaires du vignoble de Plantiéres , la dime à laquelle ils avaient droit. Ceux-ci repoussent un mode de perception inusité. Le chapitre les cite devant la cour officiale; les bourgeois refusent d'y comparaître et réclament la juridiction civile; le chapitre les excommunie; le tribunal des Treize poursuit le chapitre pour obtenir la levée de cette sentence ; maïs le chapitre ne veut point y consentir. Quatorze députés vont alors le trouver et le prier d'entendre raison, assurant que la dime serait payée selon l’ancien usage, et qu'eux-mêmes se portaient fort de faire acquitter cette redevance. Le chapitre n'accepte aucune proposition, maintient sa sentence et répond aux députés de

bien fieres et rigoureuses parolles. Cette fois, les Treize et

* D. Calmet, Hist. de Lorr., 1.'° éd.,t. 11, Preuves, col. Dcvi—narx, DCIX—DCXI3 DCXI—DOXI.

les paraiges réunis décident, sur le requisitoire de Praillon le chroniqueur, que désormais jusqu’à ce que le chapitre se soit soumis, aucun bourgeois messin ne paiera dette, cens, ou rente dûs aux chanoines; qu'aucun préposé à la juridiction échevinale ne fera requête pour ces derniers; qu'aucun bourgeois ne prendra les armes s'ils venaient à le demander, et ce, Sous peine d’une amende de vingt livres messines. Le sire Forque Bertrant, princier de la cathédrale, vint aussitôt trouver les Treize , et leur dit plusieurs villonies et enormes parolles.…. pour lesquelles il fut condampné a paier la some de quairante livres de tornois dans la huitaine, sous peine d'un doublement d'amende, et de lui faire perdre son droit d'élection échevinale. Bertrant n'ayant rien payé, les Treize firent saisir ses meubles et les vendre. Dans le but de les intimider, deux prêtres licenciés en droit-canon, maistre Alard de Thialcourt, chainoine de Sainct-Saulveur, et maistre Gautthier, chancelier de la grande esglise comparurent devant leur tribunal et les injuriérent. Condamnés chacun à 300 livres d'amende payables en cinq jours, pour injures, ils refusèrent de payer. En conséquence, on les bannit de la ville l'espace de 61 ans, et le pape Benoit xn touché de leurs réclamations , donna néanmoins plein droit aux magistrats messins.

Les sires Jehan Baudoche, en 13540; Nicotte Piedeschauld, en 1541; Poince de Vy, en 1542; Thiebault de Meltry, en 1545; Thiebault Barbel, en 1544, s'étaient succédé au maitre-échevinat. Sous l’administration de ce dernier, une forte gelée, survenue le jour de la Pentecôte, détruisit presque toutes les récoltes. La désolation fut des plus grandes ; la famine générale. Il fallut ensemencer de nouveau les terres. Heureusement qu'une paix appelée Landfrid, liberté de parcours, établie depuis les derniéres hostilités,

venait d'être prolongée pour trois ans. À cette occasion, le roi de Bohême « vint a Mets ou il fist un gros festin a plu- « sieurs princes, seignours et dames, espécialement de Mets, « et commenca le iour feste Saïnct - Michiel et dura huict

& IOUrsS. »

On eût dit qu'à l'époque où nous sommes, Adémare voulait régler toutes ses affaires, car 1l conclut grand nombre de traités; j'en connais un avec Henri 1v, comte de Bar et sa veuve Yolande , régente du Barrois ; un second avec Adélaide de Liechtemberg, veuve du comte Nicolas de Salin; un troisiéme avec Huart de Boffremont; un quatrième avec Burchard de Fénestranges. L'année suivante, d'autres traités flxérent les interêts respectifs du même évêque; de Raoul, duc de Lorraine; du sire Nicolas de Fremerstroff, prévôt de Saint-Avold ; du sire Jean de Boulay, seigneur de Duelzedange, etc. Tout cela n'entre qu'accessoirement dans l'histoire messine ; mais il est une chose qui la touche d’une manière beaucoup plus directe, je veux parler des subsides qu'Adémare voulut obtenir de son clergé. Le pape Clément iv, en considératon des dettes considérables dont l'évêché se trouvait obéré permit au prélat messin d'imposer tous les écclésiastiques du diocèse ; maisils refusérent formellement leur concours, et l'état malheureux auquel notre province fut réduite après le désastre de Crécy le 26 août 1546, ne permit pas à l'évêque

d'insister davantage sur ce point.

L'année suivante, Marie de Blois ayant fait ses reprises auprés d'Adémare, pour tous les fiefs que les ducs de Lorraine tenaient de l'évêché, ou en augura bien, et la paix parut assurée. L’évêque toutefois ne lui pardonnaît pas d'avoir construit Château-Salins. Il envoya Gaucher, son frère, à

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