‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 49 sur 53 · LI · texte numérisé non relu

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Nancy, revendiquer cette forteresse et sommer la duchesse de ne plus bâtir sur les fiefs dépendants du domaine épiscopal. Marie repoussa fièrement de telles propositions. Après d’inuüiles débats, une rupture fut déclarée. Les troupes d'Adémare, conduites par Gaucher, marchérent vers chateau-Salins, firent le dégat dans les campagnes voisines, et s'approchérent de la place. La garnison, avertie de leur arrivée par le son de la cloche, fit une sortie très vive dans laquelle Gaucher eut son cheval tué sous lui,et fut fait prisonnier. La nuit seule obligea les uns et les autres à se retirer, sans qu’on püût dire de quel côté était l'avantage. Les Lorrains rentrérent

dans Chateau-Salins, et les troupes de l'évêque revinrent en leur quartier *.»

Alors déja les Messins, prévoyant une guerre plus longue, avaient pris quelques seigneurs voisins à leur solde, entre autres Henselius de Mulneheim , chevalier, qui devait marcher avec vingt gens d'armes équipés, moyennant 1005 écus d'or une fois payés; 25 sols de Metz pour chaque chevalier, et 20 pour chaque écuyer par semaine **, D'autre part, la duchesse régnante ne demeurait point inactive. Elle multipliait ses alliances. Tout se préparait aux hostilités.

L'administration républicaine, sérieusement attentive à ces menées, se préoccupait moins des complots ourdis dans l’intérieur. Depuis la guerre civile qui suivit celle des quatre Seigneurs, depuis surtout la suppression du grand maître des métiers, il existait à Metz un parti démocratique avide de ressaisir les rênes du pouvoir et cherchant tous les moyens

* Hist. benedict. de Metz, IT, p. 545.

** Registre des comptes de la ville, Année 1346, 8 septembre.

d'y parvenir. C’est ui qu'on voit conspirer en 1547,

lorsque deux bouchers pris sur le fait sont

saisis, condamnés et noyés au Moyen-Pont, comme rebelles et traitres à la patrie*.

Cette révolte populaire dont les détails trouveront beaucoup mieux leur place plus loin, dans l'histoire des TUES, fut suivie du banissement d'un assez grand nombre de bouchers et de pécheurs , condamnés les uns à 20 ans d’exil, les autres à 70. La cité respira, mais le calme ne fut pas de longue durée , car les proscrits rompirent leur ban, et, peu aprés on les vit réunis à plusieurs seigneurs, commettre autour de Metz tous les excès possibles. Alors les Treize chargérent sept magistrats de pourvoir de garnisons les maisons fortes, de veiller à la sûreté des routes, d’équiper les campagnards, afin qu'ils soient prêts au premier cri d'alarme ; tandis qu’une autre commission également composée de sept membres fut tenue de réparer et de compléter les fortifications urbaines.

Dans ces temps difficiles, les chevaliers Æ'illaume Witlambaul, Jehan Baudoiche, Willaume le Hungre remplirent successivement les fonctions du maitre -échevinat. Le Hungre était sorti depuis peu des prisons d'Angleterre avec quelques messins qui servaient Philippe de Valois , tandis que plusieurs aultres jonnes gens deliberés de veoir te pays et

* Lan mil trois cens quarante-sept , Furent mis en fers et en cept Deux frères qui étoient bouchiers Que l’on fis tous les deux noyers.

L'un avoit pour nom Uguenon, Mais de l’autre ne sçais le non ; Pour ce qn'ils avoient par mal-heur, Conspiré contre leur seigneur.

Les croniques de la noble ville et cite de Metz, p. 76.

faicts de guerre, défendaient en Grèce les intérêts de Jean

Cantacuzène.

Poince le Gournais, successeur, en 1548, de Willaume le Hungre dans }a chaire échevinale, n'éprouva pas de moindres soucis que son dévancier , car le ciel était gros d’orages. Son entrée au pouvoir fut signalée par une contribution extraordinaire levée au nom des paraiges et du conseil souverain, laquelle ne suffit pas, puisqu'il fallût emprunter peu après deux cents livres au sire Thomas de Synerey*. » De cest « argent assemblont gens de guerre et les mirent en gar- « nison en devers lieux et plaices fortes a lentour de la citeit, « por les entrées et gardes du païs et les deffendre contre

« leurs ennemis; ce qui fust faict. »

Le château fort d'Albestroff, propriété du sire d’Apremont, était un autre sujet de préoccupation non moins sérieuse , car ce château momentanément tenu par le prévôt de Hombourg et par un gentil homme de Fenestranges qui en avaient acheté le droit, excitait l'envie d’un autre gentil homme de cette derniére localité nommé Bourquin qui le réclamait les armes à la main. Le sire d'Apremont implorait l'assistance d'Adémare , Adémare celle de la république. Enfin aprés beaucoup d’indécision, le conseil des Treize assemblé décida que Bourquin serait débouté de sa demande; que le prévôt de

* Le détail des pièces monnoyées provenant de cet emprunt offre beaucoup d'intérêt comme appréciation de la valeur numérique: >» Jehan « Neichet delivra aux sept les pieces cy apres desclairées, qu’on disoit & lors florins , cest assauoir six vingt escuts du coing le roy de onze solz « et trois deniers l’escut; item, trente-neuf pawillons et une chaiere < d’or, douze solz et demey la piece; item vingt escutz a laigle de onze « solz et ung denier la piece...

Hombourg et son alé conserveraient la garde du château , et

que s'il leur arrivait de le livrer en des mains étrangères, ils paieraient à la république cent livres messines, sans préjudice aux droits de Jean d'Apremont. La commission des sept, chargée l’année précédente du ravitaillement de la ville, fut maintenue dans ses fonctions ; et comme on apprit que Bourquin de Fenestranges, puissant, bien allié et homme de cueur, secondé par le sire de Boulay, le comte de Deux-Ponts et d’autres seigneurs, assiégeait Albestroff, sans qu'Adémare eût l'air de s’en préoccuper le moins du monde, la république nomma sept commissaires chargés d’y pourvoir, ainsi que deux capitaines pour conduire les chevaucheurs ; mais le château s'était rendu par composition avant l’arrivée du secours des Messins, « de quoi l’euesque de Mets, la cité et leurs aydans « et alliés en furent marris et courroucés, et eulrent entre « eulx delibération de eulx vengier d'icelluy oultraige. » A cet effet, Ze mercredy deuant feste S.'-Luc, on investit treize commissaires du soin d'apprécier les ressources de l’état, afin d'éviter de nouvelles tailles; à la fin d'octobre, les mêmes commissaires firent exécuter tout le matériel nécessaire, nommérent des maîtres-bombardiers et canonniers chargés d'y veiller ; puis ils passérent en revue la force armée de la république, parcoururent les villages pour faire battre les grains,

rassembler les bestiaux et approvisionner la ville. Une autre commission de sept personnes s'enquit avec exactitude de l'état des fournitures en hommes, en chevaux, en voitures etc. , que les maisons religieuses ou les familles riches devaient produire, de sorte qu’à la fin de novembre on avait en la

cité une belle et honnorable bande a pied et a cheual.

Il était fâcheux que le clergé ne fût point alors en parfaite

harmonie avec la république, et que l’évêque se tint éloigné

de la ville ; mais la duchesse régente de Lorraine ayant repris les hostilités contre Adémare, et lancé comme éclaireurs, les sires de Lunéville, de Rodemack et de Salm, qui ravagérent sans pitié toute la partie allemande du diocèse, notre prélat, rentré précipitamment dans Metz, y renouvela ses anciennes alliances , rassembla de grandes forces , et marchant à leur tête, battit l'armée lorraine sous les murailles de Saint- Avold qu’elle tenait investie. Deux mille trois cents ennemis périrent ; Saint-Avold dont la bourgeoisie s'était vaillamment défendue, fut délivré, tandis que d'autres troupes épiscopales assiégérent Château-Salins et le détruisirent. Gaucher de Châtillon, général en chef de l’armée d'Adémare, voulait que ce dernier, sans accorder ni repit, ni trêve, forcçât les Lorrains jusque dans leurs derniers retranchements, et leur fit mettre bas les armes ; mais l'évèque prit un moyen terme qui ne pouvait lui réussir; et Gaucher dépité quitta notre pays pour regagner le Dauphiné. Deux arbitres, Jean de Mengue du côté de la duchesse; Gérard de Warnesperg du côté d’Adémare, réunis à Pont-à-Mousson, le 26 décembre 1548, accordérent les différents. IL fut convenu que le prélat mettrait en gage, entre les mains de Winchard d'Amance, son chàteau de Beaurepaire, jusqu'à ce que la duchesse eût fait rebâtir celui de Château-Salins, et qu'elle eût retiré sur les

salines épiscopales six mille écus que lui devait Adémare.

L'année 1549 fat caractérisée par deux épidémies terribles ; et par l'introduction à Metz d'une secte nouvelle et bizarre , celle des flagellans, circonstances de la plus haute gravité dont les historiens messins ne disent pas un mot. L'une de ces épidémies consistait en une fiévre putride, adynamique ; l’autre infiniment grave, commençait par un crachement de

sang , Suivi, en peu d'heures, de Ja gangréne du poumon,

Personne n'échappait- à cette derniére affection. Le tiers de la population périt disent les chroniqueurs.

D'’aussi profondes calamités n'empéchaient pas les hommes de s’entredéchirer pour des biens éphémères que la mort allait peut-être leur ravir. Plusieurs troupes de brigands armés parcouraient le pays; ils avaient leur réfuge dans les maisons fortes d'Amélécourt, de Domévres > d'Ethingoille, de Saint-Epore, Liecourt, Thiacourt >» Lagarde devant Vic, Dudelange prés de Forbach, etc. Les Messins n'hésitérent point à les attaqner. Presque tous ces repaires furent envahis et forcés. On usa de sévérité, car à Dulange, sur quatorze prisonniers, deux chevaliers furent décapités, onze varlets pendus. Leur ménestrel qu'on avait nommé d'office exécuteur

de cette œuvre patibulaire, conserva seul la vie.

Adémare, Marie de Blois, entrés dans la ligue contre les brigands, s'en étaient bientôt detachés Pour recommencer leur propre querelle. L'évêque ayant fortifié Nomeny et Saint- Avold qu'il ferma de murailles, bâtit le château de la Garde ei voulut rentrer dans celui de Beaurepaire ; mais la duchesse régente répondit qu’on ne le lui rendrait qu'autant qu’il paierait une somme convenue. Adémare compta la somme. Ce furent alors nouveaux prétextes , nouveaux délais, Jusqu'à ce qu'enfin la duchesse ne pouvant différer plus long-temps une

restitution consentie, rasa le château et n’en délivra que les ruines.

Justement indigné d'une telle insulte, Adémare attaque Château-Salins, Amelincourt, Donjeu, Saint-Epvre , ravage, renverse, incendie toutes ces forteresses, achète la tour du sire Voué de Baccarat pour avoir de ce coté un pied sur la

Lorraine, construit les salines de Rédange et méne sérieusement la guerre. Marie de Blois, appelant à son aide le comte de Wurtemberg ainsi qu'un grand nombre de soldoyeurs licenciés des armées de France et d'Allemagne; arrive en l'année 1331, jusques sous nos murailles messines, décidée d'en faire le siège. La bourgeoisie fait plusieurs sorties vigoureuses: un jour elle remonte la Moselle, brûle fermes et villages , investit Frouard, l'emporte et ramène certain nombre de prisonniers; un autre jour, elle fourrage au loin le duché de Lorraine, tourne Nancy. attaque Rosière-aux-Salines, s'en empare ; brûle, détruit toutes les habitations , même les deux maisons fortes qui défendaient cette ville. « Couchont la « nuyt ceulx de Mets dedans le Jay le Duc”. Et le sire Thie- « bault de Blamont, chiualier, qui estoit capitaine de ceulx « de Mets, conduisoit les boutte-feux, et estoient en tout « ceulx de Mets trois cents homes. Et les gentilz homes, « capitaines et officiers de Lhoraine, pour eulx deffendre , se « assemblont environ sept cents homes d'armes du pays de « Lhoraine et attendont les Metsains, et se combatirent à « eulx ; et combien que les Lorains fussent sus leurs pays et « fumiers , ilz furent battus et desconfits: et y eult bien cent «quarante homes morts de ceulx de la duchié de Lhoraine, « et de la partie de ceulx de Mets ny eult qu ung home mort, « mais il en y eult plusieurs des blessés. Puis apres, les « Metsains auec leur buttin et victoire retournont a Mets

« joyeusement. »

Sans le secours inespéré du comte de Blâmont, qui survint

avec trois cents chevaux lorsque le comte de Linanges, mari de la duchesse régente, fermait à l'armée républicaine l'issue

* Dans Le parc ducal d'Einville-au-Jard.

de la veille, cette dérnière eût peut-être succombé, tandis qu’elle remporta un nouveau triomphe.

Les Treize, les paraiges et le peuple voyant que la guerre trainait en longueur, et pensant avec raison que le secret des affaires est l'âme du succès, choisirent sept magistrats, des plus nobles, des plus sages et des plus braves, pour conduire les hostilités : c'étaient Jehan Chawerson ; Collignon Drowin ; Jehan Baudoche ; Jeoffroy Xappez ; Wiriat Noiron; Jehan Belamy ; Nemmery le Sablez. Sept autres commissaires traitaient de l’échange des prisonniers , veillaient sur l'approvisionnement de la ville, la süreté des communi-

cations, etc.

Las enfin d’une guerre sans résultats, les deux partis se prêlèrent aux vues conciliatrices proposées par des gens qui ne voulaient la ruine, ni des uns, ni des autres. Différentes érunions furent assignées pour arrêter une trève. On eut d'abord de la peine à s'entendre ; mais six commissaires , parmi lesquels Jehan Baudoiche et Wiriat Noiron pour la république, ayant été chargés des vœux de tous, une suspension

d'armes s’opéra.

Depuis Poince-le-Gournais, les sires Thiebault Lambert, l'aman ; Jehan Renguillon ; Gille-le-Bel avaient été successivement maitres-échevins. En 1552, Nainmerey Baudoiche leur succéda. Ce dernier, ami de la paix, fit tout son possible pour l'obtenir. Ce fat sans succès. À peine s’il réussit à prolonger la trève; mais les fMessins et leur évêque, sentant plus que jamais le besoin d’être unis, conclurent une alance nouvelle : Metz s'imposa d'énormes sacrifices; les registres des comptes de la ville le témoignent ; et cependant peut-être

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rgrere

ces efforts patriotiques n’eussent produit aucun résultat, sans la diversion puissante opérée par Fo/and de Flandres ,; dame de Cassel et comtesse de Bar qui guerroya contre l'évêque de Verdun et contre la duchesse régente de Lorraine. Yolland implora le secours d'Adémare, lequel accourant aussitôt avec des troupes aguerries, fit pencher la balance du côté de son alliée. Mais Yolland avait dans son armée des bandes vallonnes , allemandes, francaises fort nombreuses, qui se répandirent sur les terres épiscopales, pillant , rançonnant le pauvre villageois comme si elles eussent agi sur pays ennemi. On éprouva toutes les peines du monde de s’en débarrasser, et jamais la comtesse n'indemnisa les vassaux des pertes considérables qu'ils avaient essuyées.

Grâce à l'entremise de Jean 1, roi de France, alors en guerre avec Edouard, roi de la Grande-Bretagne , et qui, pour ce fait même, avait tout intérêt de voir les princes lorrains unis entre eux, afin de les attirer dans son parti; la

paix eut lieu, On la signa en 1553, sous le maïître-échevinat de Jehan Drowin*.

IL était temps que la paix se fit, car la ville s’épuisait; on avait entretenu sur pied, moyennant des frais considérables, une armée nombreuse où figuraient les sires de Forbach, de Wolmeranges, de Serières, de Raville, de Monclerc, de Condé, de Ludes, de Létricourt, de Mulneheim, de Rembaupierre; et quantité d’autres moins connus. Nos

archives possèdent la minute des Zettres de convenances qui

* Dumont, corp. diplom., t. 1, part. 1, p. 526 et 327 ; archives de Lorr. sur Metz, p. 156, 160, 473, 474; chron. de Praillon et de Philippe Gérard; hist. bénédictine de Metz, t. 11, p. 46 à 548.

leur furent accordéés. La cité paie à l’un 1200 écus d'or, à l’autre 1000 , à celui-ci 500, 400, 500, selon le nombre des écuyers, gentils hommes ou vassaux qu'ils s'obligent à fournir, sans préjudice de l'entretien et des appointements journaliers, montant ordinairement à trente sous par semaine pour un chevalier et vingt-cinq sous pour un écuyer.

On ne conçoit pas comment la ville pouvait remplir tant d'obligations. Le chapitre épiscopal, composé de soixante chanoines, s'était imposé à 1040 livres; mais les bourgeois marchands, lombards et autres payaient proportionnellement bien davantage. Chacun était fatigué de sacrifices. Aussi, les bourgeois de Marville et divers seigneurs ayant arrêté quelques Messins dont ils exigeaient rançon, l'administration républicaine, loin de recourir, comme d'habitude, à la force des armes, chargea sept commissaires de négocier. La même administration brisa les chaînes de la plupart des prisonniers de guerre, notamment du sire {ue de Rosieres et de son fils. Marie de Blois et plusieurs seigneurs déclarérent la cité messine quitte envers eux des dommages pour lesquels ils réclamaient indemnité, de sorte que les esprits se trouvaient trés-bien disposés pour la paix, comme le prouve un traité d’alliance signé le 24 mars 4555, par Charles IV, roi des Romains , Adémare de Monteil ; Winceslas, duc de Luxembourg ; Robert, comte de Bar; Bertrand de la Tour, évêque de Toul, et les maîtres-échevins de Toul et de Metz. Tous font serment de contraindre à la paix quiconque s'y refuserait*. La duchesse de Lorraine elle-même, fut obligée

de l’accepter. Charles 1V désirant venir dans nos murs

* L'original de ce traité existe aux archives municipales de Metz.

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tenir une diète solennelle, sans doute pour intimider la France et fasciner les regards du peuple lorrain en déployant toute la magnificence de l'appareil impérial , il écrivit au mois de janvier 155%, la lettre suivante à ses Amez et Feaulx ly maistre eschevin, ly Trezes et les communeteit de nostre cité de Mes :

« Karles li quart, par la faueur divine, empereur de Rome, adès acroissant l’Empire , et Roys de Boeme. Nos Amez et Feaulx , nous auons receu et oy uos messaiges, nostre amé et Feal Conseiller Puince de Vy. et Guillaume de Huy, chivelier, et bien entendu ce quilz nous ont dit de par uous ; si sachiez que pour bonne paix mettre par-tout le pais de Loherenne et ailleurs, où mestiers sera, nous, en nostre grant conseil de Nuremberg, où estoient tuit li Princes Esliseurs de IEmpire, et grant foison daultres, auons ordené, à layde de Dieu, de estre et de tenir nostre court general en nostre cité de Mes, on mois de Pasques prochiennement venanz, Où seront auecques nous ly dessusdis Princes Esliseurs , et plusieurs aultres afin de amender touz tor fais, de honorer les bons et de pugnir les maulvais, selonc leurs meffais. Si uous pourvéez dartillerie et daultres choses, ensy come vosdiz messaiges ausquiez nous lauons commis, uous diront de par Nous. Et uous mandons et comandons que la comyne paix de Loherenne, laquelle uous ordonnasmes piéça pour bien de paix et de iustice, uous tenez et gardés en touz ses poins, en la maniere que iuré et scellé lauez ; si gardés que par uous ny ait deffaut. Et aussy auons nouuellement ordené nostre Amé et Feal Cosin, le Seigneur de Blammont, nostre vicaire és parties de Loherenne, auquel nous auons commis principalement aydier, garder et deffendre, pour nous, et en nom de nous, la-

« dicte commune pais, nous et les aultres qui iurée lauons. « Donné a Nuremberg le x1 iour du mois de ianvier *.»

Les Messins, enchantés de recevoir un souverain qui s'était entremis avec zéle pour leur procurer la paix, firent aussitôt de grands préparatifs. Il arriva dans le courant de mars. La noblesse électorale et quantité de chevaliers l’accompagnaient. Ce fut à Metz qu'il déclara duchés le comté de Luxembourg en faveur de son frère Winceslas ; le comté de Bar au profit du comte Robert, son cousin, et marquisat de l'empire le marquisat de Pont-ä-Mousson. Dans la même réunion , le duc Jean de Lorraine, mis hors de tutelle, fers de Mainburnie, reçut pour gouverneur le comte de Wurtem-

berg dont Bourquin de Fénestranges devint le lieutenant.

Charles 1v quitta Metz pour retourner en Allemagne, se réservant d'y revenir plus tard quand il aurait recu la couronne de Lombardie et celle de l'empire ; mais à peine était-il à Nuremberg que les ennemis de la républiqne messine s’agitêrent. On prit aussitôt des mesures répressives; on défendit aux bourgeois de vendre des chevaux aux forains, à moins qu'ils fussent amis de la cité; d’aliéner des immeubles au profit d'étrangers, sous peine de perdre le prix de ces immeubles; on convoqua les Treize , les paraiges et le peuple pour opérer une répartition égale des charges publiques; on promit à ceux qui paieraient immédiatement, de ne point les comprendre pendant une année, dans le contingent des recrues républicaines ; enfin, comme il arrivait souvent que les pou-

ores gens du pays, signamment les gens des champs et vi-

* L'original de cette lettre existe dans la riche bibliothèque de feu M, le comte Emmery.

ré

gnerons estoient assaillis, pilliés, battus, rançconnez ou prins prisonniers, on leur défendit, sous peine de vingt sols d'amende, d'aller travailler dans les vignes sans être armés

d’un dard, d'une pique, ou d’une arbalète avec un carquois.

Les bandes d'écorcheurs, Guiscars, dont nous avons parlé précédemment ; les gens des sires de Boulay, de Fénestranges , de Volmerange, de Varize étaient, parmi les coureurs du pays, ceux que les Messins redoutaient le plus; aussi la république se joignit-elle aux ducs de Luxembourg et de Bar, à l’évêque de Metz pour attaquer le sire de Boulay jusques dans ses derniers retranchements. Les châteaux de Varize et de Volmerange furent presque aussitôt enlevés; Boulay allait

succomber également quand les seigneurs confédérés implorérent la paix.

Adémare , qui avait depuis 1352 une vicille querelle à vider avec la duchesse Yolland de Bar et son fils Robert, profita des premiers loisirs de la paix et de la présence sous les armes d'une nombreuse armée, pour aller attaquer le château de Conflans-en-Jarnisy. Les troupes républicaines l’accompagnérent; Conflans se rendit; tout le pays fut dévasté; peut-être le mal eût-il été plus grand encore, si Charles IV, par un mandement signé le 23 septembre à Nuremberg, n'avait pas enjoint aux évêques de Metz, de Toul et de Verdun, au duc de Luxembourg, aux comtes de Sarrebrück, de Deux-Ponts et de Bitche, à Henri de Bar, à Geoffroi et Jean d'Apremont, aux magistrats messins, toulois et verdunois, de maintenir la paix générale, jurée naguëres entre ses mains.

Le 23 septembre 1554, l'empereur informé qu’un parti puissant cherchait à détacher les Messins de l'alliance impé-—

riale, leur écrivit qu'il désignait pour le représenter dans la journée qu’on allait tenir à Thionville, son amé et féal con seiller le comte d'Eutanges, et qu’il les engageait à maintenir la foi jurée*, Les choses s'arrangérent : un traité de paix, suivi d'un traité d'alliance , fut conclu peu aprés entre la république et les sires de Fénestranges et de Boulai**, Des conventions amiables eurent également lieu entre le comte de Luxembourg et les Messins , par l'entremise de l'empereur

qui leur écrivit pour cet objet, le 26 novembre 1355 ***,

Sire Nicolle Baudoiche occupait le maïitre-échevinat en 1554. ILeut pour successeur Thiebautt Bugleis qui réprima, par des mesures sévéres, les brigandages dont souffraient depuis long-temps les environs de Metz, et qui conduisit avec vigueur une guerre contre le comte de Sawerden aidé de plu-

sieurs autres seigneurs allemands. À Thiébault Bugleis succéda Joffroy Mine.

* « Chiers amez et feaulx ; NOUS envoions a la iournée qui est accordée a Tyonville, par les gouuerneurs de la comune paes de Lorhenne et < cheus de Fenestranges, nostre ame et feal Consillier le Conte de Eu- < tanges, por et en leu de nous, pour garder, deffendre et soustenir loneur, € le droict et l’estat de ladicte comune paes et de uous ; laqueille chose nous « desirons et volons ersi estre faicte ; et sachez por certain, que uos ane- « € &

mis se sont vantéi, en nostre presence et alleurs, en disant quilz ont

grant aiewe pooir et grant partie en la cyté de Mes, et especialement en

aulcuns des iustices, laqueille chose s’il estoit ensy, porroit torner a

< tres grant domage a ladite cyté et a tous cheus qui ladite iomune paes

« ont faicte et iurée; su y pourvées, par tele maniere come uous i estes

< tenus par uos sermens, et cree led. Conte de ce quil uous dira de par € NOUS... >

Gopiée sur l'original existant chez feu M. le comte Emmery.

** Paul Ferry, observ. sécul., m.n.s. £. 115 fo. xt, recto, num. 100; archives municipales de Metz.

*** Cette lettre cn latin est datée de Nuremberg , comme les précédentes. Elle se trouve chez feu M. le comte Emmery.

Deux catastrophes inattendues, la bataille de Poitiers où périrent plusieurs messins illastres, un tremblement de terre qui ruina grand nombre d'édifices le long du Rhin et de la Moselle, avaient classé l'année 1356 parmi les années fatales *, lorsque l’empereur Charles IV revint à Metz, publier au milieu des grands électeurs réunis, sept chapitres additionnels aux vingt-trois dont la bulle d’or était composée. L'impératrice l'accompagnait. Leur entrée solennelle eut lieu Ze yeudy, apres la Sainct-Martin d'hyver. Is logérent & la cour et maison episcopalle de leuesque de Metz. situées à l'extrémité de la grande église. Les jours suivants, on vit arriver le cardinal de Périgord, avec 400 chevaux ; Charles, dauphin et régent de France, accompagné d’un frère beaucoup plus jeune et suivi de deux mille chevaux, parmi lesquels deux cents archers à sa livrée. L’affluence était immense, tellement qu’au jour de Noël, on comptait dans notre ville au moins cent ducs, comtes, marquis, archevèques ou évêques, trois mille trois cents chevaliers et grand nombre d’autres

étrangers.

Le dauphin était venu pour entretenir son oncle Charles IV de la captivité du roi Jean, et pour faire entre ses mains la reprise du Dauphiné, fief fmpérial mouvant. L'empereur lui donna des conseils très-sages sur la conduite à tenir en ces circonstances difficiles ; il tâcha, par de longs entretiens, de

* « Le iour de la Sainct Luc en hyveir fust le tremblement en Mets teil et si grant, que tout crolloit en plusieurs lieux par la cité, et sembloit que les maisons deussent cheoir, et heurtoient les tuppins des maisons et cuisines où ilz estoient pendans pres lvng de laultre ensemble, dont plusieurs gens avoient peur; et nestoit mie de merveille, car ilz navoient jamais veu teil temps, et crolla la terre plusieurs fois. » Chron. de Praillon.

rapprocher les princes hostiles les uns vis-à-vis des aulres; et mit au ban de l'empire Bouchard de Fénestranges, Jean de Boulay, ainsi que plusieurs autres chevaliers, dont la sentence fut publiée sur la pierre bourdelesse avec le cérémonial usité. Heureusement pour ces derniers, le comte de Salm, l'évêqne de Strasbourg intervinrent, et Charles 1v

révoqua cette condamnation.

Nos chroniqueurs rapportent que la semaine avant Noël, deux malvais garsons demeurant à Mets en Fornelrue, lung nomé Gudelloz, qui estoit sellier et boin ouvrier de son mestier, et laultre auoit nom Cinerel, larbolestrier, furent trouver l’empereur et lui dirent que le jour où il devait aller manger au Champ-ä-Seille, les messins avaient l'intention de l’attaquer et de le couper en morceaux avec tous les siens ; accusation calomnieuse, au moyen de laquelle ils espéraient détourner les esprits d’un autre complot ourdi par eux avec quelques étrangers, pour piller la bourgeoisie messine un soir, au moment du souper. L'empereur n'ajouta pas grande croyance à des propos émanés de personnages aussi peu marquants ; il se fit néanmoins accompagner d'une escorte três-nombreuse ; il prit toutes les mesures nécessaires pour éviter une surprise, et mit dans ses rapports avec les magistrats une réserve, un sentiment d'’igquiétude inhabituelle qui dut les surprendre.

Pendant le séjour de l'empereur, trois cérémonies remarquables ont eu lieu à Metz; d’abord, le dimanche précurseur de Noël, la reprise des fiefs que les princes ou seigneurs tenaient de lui; le chant des Matines, le jour de Noël, ou l'empereur , revêtu de la kaulte couronne d'or, l'espée nue en la main, dit la septième leçon; enfin la cour plénière,

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le repas électoral et la promulgation des chapitres additionnels de la bulle d'or, au Champ-ä-Seille, cérémonies sur lesquelles nous nous étendrons davantage dans le volume ‘suivant.

Lorsque l’empereur se fut assuré des intentions pacifiques du peuple messin, il jugea convenable de le prévenir contre les intentions perfides de Gudelloz et de Cinerel. En conséquence, ayant fait venir Poince de Vy et Jehan Renguillon, bourgeois qui estoient lors bien prisés et estimés, il leur raconta l'histoire de ces conspirateurs, tandis que les sergents de ville arrêtaient Gudelloz, lequel devant l'empereur répéla ce qu'il avait dit précédemment. Mais grande fut sa surprise quand Poince de Vy et Jean Renguilion sortant tout-ä-coup du lieu où l’empereur les avait priés de se reürer, respondirent quil avoit faulsement menti > come malvais garson quil estoit ; et que eulx, ne aulcuns des cttains navoient pensé trahison, mal, ne villonnie encontre lemperour ne les siens... Charles 1v demanda qu'on ne fitrien aux coupables. Peut-être eussent-ils été graciés , sans une autre conspiralion non moins grave dont l'empereur luimême éprouva quelque envie de profiter.

Des bouchers et d’autres gens du commun, parents d'Huguignon et de Collin de Bossange noyés précédemment pour s'être révoltés contre l'administration municipale, avaient sollicité de l’empereur un entretien secret, et promis de lui livrer la ville s’il le désirait. L'empereur demanda des détails et fixa certain jour pour repondre. Mais avant d'aller plus loin, il jugea convenable de mettre en repos sa conscience timorée, et de se confesser au boin cardinal de Piergort, qui l'obligea

de révéler cette trahison à qui de droit. L'empereur hésitait p)

dans la crainte d'exposer la vie des conspirateurs; mais le cardinal lui dit qu'il valait mieux que sept ou huit personnes périssent , pour l'exemple général, que de voir une noble cité perdue , un emperenr parjure et deshonoré. Charles IV, en

conséquence , fit appeler les représentants du pouvoir et leur parla de la manière suivante :

« Biaulx seignours, faictes que vous ayez vos sergents prests et armez, et boin luminaire près dicy, le plus secretement que vous polrez, affin que, quant il sera temps les mettiez en œuvre, quilz soient prests.» Ces magistrats suivirent les conseils de l’empereur. Revenus au palais, i7 Zes fist cacher dairier ung lit de pairement encortiné, fit chercher les traitres et leur dit: « Par cy deuant auez parlé à moy se— cretement seul à seul, vous complaignant et remonstrant coment vous me feriez gaingnier la uille si ie volloie. Et pourtant vous ai mandez par loisir, au plus secrettement que jaye pue, pour parler de ceste maliere et uous remercie et prie que me veuillez advisoir par quelle manniere que la chose se puelt faire. » — Les bouchers répliquérent : « Mon seignour, vous auez noble compaignie en ceste uille, et estes fort et puissant. Nous auons advisé que nos seignours de la uille uont tous les soirs en la compaignie; et seroit bon que nous eussions quantité de gens habillés secrettement pour mener deuant lesdictes compaignies, à heure de souper, et que chascun de nous eust ung nombre de gens auec Juy et que nous sceussions où debverions aller. Et quant nous venrons à heure de soupper, deuant lesdictes compaignies, nous crierons au feu! et tantost ils isseront hors pour scavoir que cest. Et adès, à faict quils ysseront hors, nous les tuerons, femes et enffans. Et en ce fesant, il faulroit que vous

eussiez gens par les rues pour le ery qui se feroit, que si le

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peuple sen volloit mesler, a faict quils ysseroient de leurs hosteilz, que on les tuast. Et par ceste manicre seroit tantost faict. » « Adoncque, répondit l'empereur, vous auez tres bien

dict; mais il nous faulroit adviseir journée de ce faire. »

Le jour une fois convenu, Charles 1v demanda aux conspirateurs les noms et surnoms qu'ils portaient , leur prescrivit le secret et les congédia. Ayant alors appelé les commissaires municipaux cachés derrière le lit: « Biaulx seignours, s'écriat-il, vous auez oy que cest; je vous prie que en faictes gracieusement tant come ie serai icy. » Les commissaires le promirent et se hatèrent de regagner le palais des Treize, d'assembler leurs sergents, de les munir d'armes et de flambeaux, et d'aller, vers sept heures du soir, arrêter les coupables pour les conduire au palais, où ils demeurérent em-

prisonnés jusqu'au moment du départ de l'empereur.

Ce départ approchait. Déjà le mercredi aprés Noël, le dauphin de France et son frère, suivis des bandes armées qui les avaient accompagnés, regagnaient leur pays ; le lendemain le cardinal de Périgord en faisait autant, dans la crainte sans doute d’obérer la contrée; Charles 1v, qui durant son séjour, du 8 au 10 décembre, avait fait une excursion à Thionville, reprit la même route Ze samedy apres l'apparition des TOYS, mais ce fut par eau, en raison du peu de sûreté des routes, eu égard au grand nombre de seigneurs de sa suite qu'il avait

congédiés.

À peine Charles 1v se trouvait-il arrivé devant la ferme de Saint-Eloy, que l'exécuteur des hautes-œuvres précipitait du haut du Pont-des-Morts les bouchers perfides dans la Moselle, Quant à Gudelloz et Cinerel, on les pendit tous deux au gibet de Metz quelques jours aprés.

Dans un temps où le désintéressement était si rare, on s’estime heureux de pouvoir signaler celui de l'empereur, qui ne demanda rien à ja cité; mais les magistrats, inspirés d'ailleurs par un sentiment de gratitude, reconnurent cette délicatesse, et le priérent d'accepter trente queues de vin d'Alsace, tenant la queue deux meudz et demey ; trente bœufs, cinquante pores et mille quartes d'avoine. L'impéra-

trice reçut, en vaisselle d'or et d'argent, une valeur de

500 livres.

La bonne amitié qui semblait unir les messins à l'empereur leur devint trés-favorable. On craignit de les attaquer : aussi, dans les années suivantes, le comte de Deux-Ponts fut-il le seul prince assez osé pour ravager le territoire de la république, Repoussé vivement avec des pertes considérables, il accepta bientôt les conditions d'alliance qu'on lui proposa. Dame Yolland de Cassel, duchesse de Bar; Marie de Blois, duchesse de Lorraine ; le comte de Würtemberg; le sire Borquart de Fenestrange, es sires Loys de Beuvange, Thiedrich de Xeline et lours ay dans , les bourgeois de Liége , de Dynant, de Tongre, de Marville, terminérent également d'anciennes querelles à la satisfaction de l'évêque Adémare et des messins qui se trouvaient liés par des intérêts réciproques”*. On trouve, dansles anciennes archives dela chancel. lerie épiscopale de Vic transportées à Nancy, et dans celles de notre maison commune, quantité de reprises faites par di-

vers seigneurs entre les mains d'Adémare et des magis(rats

* Archives de l’Hôtel-de-Ville, Ce traité d'alliance conclu entre les gouverneurs du duc de Lorraine et la ville de Metz, porte la date du 41 septembre 1557; celui que signa l'évêque Adémare avec Yoland, comtesse de Flandre, est du 27 février 1358. Le traité de paix entre Îles citoyens de Metz et ceux de Marville est du 95 avril 4559.

municipaux pour les fiefs que ces seigneurs tenaient d'eux. Il serait fastidieux de les énumérer. Leur ensemble prouve 1.° que l’évêque avait agrandi sa juridiction temporelle, quoiqu'il eût engagé temporairement, pour subvenir aux frais de guerre, des terres considérables, parmi lesquelles nous désignerons le comté de Castre, les seigneuries de Neuviller, de Longchamps, Tunechay, Turquestein et Sarrebourg ; 2.° que. la souveraineté territoriale de la république n'était point limitée, comme l'ont prétendu divers écrivains, à ce qui constitua depuis le ban de la ville et des! Treize.

Les chroniqueurs signalent comme calamiteuse l'année 1558: par la grant chaleur quil fist; car les raisins devinrent tout crailis et sechoient en vigne; et vendoit on «a Mets quatre solz et cinq solz le stier de vin. Cette circonstance n’empêcha point les Messins de déférer aux désirs de l'empereur ct d'aller, sur sa demande, porter un utile secours aux fils

de Jean mn qui défendaient, avec plus de courage que de bonheur, le sol de la patrie*.

Dans les années suivantes, la chéreté ne diminua guére, car il résulte d'une inscription gravée contre le Pont-des- Grilles, qu'en 1560 la quarte de froment se vendait onze sous de Metz et trois deniers; l’avoine six sols et trois deniers; le vin quinze deniers la quarte: cela se conçoit quand on pense aux ravages exercés sur le Barrois, la Lorraine et je Pays-Messin par quinze ou seize milles soldats

étrangers licenciés aprés la paix de Bretigny, qni venait d'être

* La lettre de l’empereur aux Messins , écrite en latin et signée à Karlstein, le 45 septembre 1558, se trouve dans le cabinet de feu M. le comte Emmery.

signée le 8 mai entre Jean I, roi de France, et Edouard, roi d'Angleterre. Pour réprimer ces brigands, Adémare répondit à l'appel du monarque barrisien, et marcha lui-même suivi de quinze cents hommes, qui lui rendire

nt les plus grands services. Mais le duc Robert s'é

tant conduit avec peu de loyauté, Adémare assiégea de nouveau Conflans , obligea le duc de payer une indemnité considérable, montant à 57,000 livres, et fit sa paix au mois de janvier 1561. Peu aprés, le 25 mars, un traité d'alliance conclu pour trois ans avec Wen-

ceslas , roi de Bohême, duc de Luxembourg ; Jean, duc de

Lorraine; Robert, comte de Bar, et trente-cinq seigneurs

voisins, clotura, d'une maniére solennelle, la tumultueuse

carrière d'Adémare*, La république messine ne fut pas comprise dans cet arrangement, mais notre évêque, qui sut toujours lui demeurer fidèle, déclara qu’en toute circonstance, il ne porterait jamais les armes, ni contre ses amis les cilains, ni contre le comte de Flandre, ni contre le duc de Bourgogne.

Respecté des ennemis habituels du diocèse, aimé des messins, Adhémare ne survécut guère au dernier traité qu'il av conclu, car il décéda le 12 mai 1561, aprés

ait trente-trois an— nées d’un épiscopat brillant. On déposa ses restes à la cathédrale, dans la chapelle des évêques, bâtie par lui. Ce fut

assurément un des plus illustres pontifes qui aient honoré notre église.

En regard de sa grande figure , la figure des maitres-échevins sires Thiébault Bugteis, Joffroy Mine, Burthe

* Un premier traité porte la date du 4 mai 4360. Ils existent dans nos archives municipales.

Faixin, Jehan Eullecol, Aubert Bollay, Pierre de Laitre, Geraird Papperel, qui se sont succédé depuis 1555 jusqu'en 1564, semble bien pâle. Ils avaient cependant du mérite.

On ne pouvait, au milieu des voleurs dont le diocèse était infesté , le laisser sans direction temporelle; aussi, huit jours aprés le décès d'Adémare, les chanoines nommérent-ils sept des leurs pour l’administrer. Thiébaut, sire de Blamont, demeura sous eux ce qu'il fut sous Adémare, lieutenant-général de l'évêché; mais le doyen lui fit prêter un nouveau serment.

Le siège épiscopal ne resta pas long-temps vacant. Urbain v y transféra Jean de Vienne, issu d'une des meilleures familles bourguignones, et qui était alors pourvu de l’archevêché de Besancon. Jehan, beau parlant, saige et riche, arrive à Metz au mois de septembre 15361; contracte divers engagements avec plusieurs seigneurs, afin de multiplier ses forces*; s'allie aux ducs de Luxembourg, de Lorraine et de Bar, à l'évêque de Strasbourg, aux villes impériales d'Alsace encontre les gens con appelle compaignie**, et montre en toutes choses les plus sages dispositions.

Malheureusement, la guerre que se faisaient le comte Henri de Vaudémont et le duc de Bar, allait attirer sur notre pays

des calamitès nouvelles. Le comte Henri, trop faible pour

* Tels Geoffroy de Serrières, Perrin de Devilly, Henzelin de Fontois. Ils promirent, moyennant 100 livres de pension annuelle pour chacun

d'eux, de servir l’évêque avec deux écuvyers, dans toutes ses guerres ; EST AR ; PUCrRESSS excepté contre le roi de France et l’évêque de Verdun. Le 30 août 1369,

Jean de Vienne fit également un accord avec Thiébaut, sire de Blämont.

** Une copie authentique de ce traité d’alliance existe dans les archives de feu M. le comte Emmery.

résister, eut la malheureuse idée d'appeler à son secours les grands Bretons, compagnies franches formant soixante mille hommes, qui ravageaient l'Europe sous les ordres d'Arnaud de Scervole, surnommé l'Archiprêtre. Cetoient touttes maulvaises gens sans foy et sans loy, lesquelles ne prisoient leur

vie une angevine*.

En 1565, au printemps, l’archiprêtre se jeta d’abord sur les états du duc de Lorraine, au secours duquel marchèrent quelques Messins distingués avec des soldoyeurs; mais les pluies étant venues, on ne put tenir la campagne davantage, et nos compatriotes reuntrérent chez eux. Les hostilités cependant reprirent quelque temps aprés: vers l’automne, Henri de Vaudémont conduisit une partie des bandes à sa solde dans le val de Metz: Elles pillérent Moulins, Sainte-Ruffine, Vaux, Jussy, Ars, Ancy, Novéant, Jouy, brülérent quelques maisons et s’en allérent, sans avoir fait grand mal, car elles craignaient la mortalité qui régnait à Metz, ainsi qu'aux en-

VIrons.

Profitant de ces circonstances malheureuses, quelques seigneurs du voisinage attaquérent le territoire messin. La république leur fit une guerre implacable. Depuis la fin du mois de septembre 15063 jusqu'au mois de janvier suivant, elle rassembla sous ses drapeaux grand nombre de gentils hommes, chevaliers, écuyers et varlets qui la servirent, les uns pendant six mois, les autres pendant une année. Tout chevalier, accompaigné dung boin varlet bien armeixz en cote de fer et en chaippel de fer, recevait par mois vingt,

vingt-cinq et trente florins d'or de Florence ou telle somme

* Petite pièce de monnaie.

au

équivalente une fois payée. J'ai sous les yeux plusieurs quittances de 2000 florins d'or, touchées par des gentils hommes qui avaient servi la république avec huit à dix de leurs gens.

L'année suivante, sous le maitre échevinat de sire Vicolle Françoys, qui avait succédé à sûre Pierre PFessault, les Treize se brouillérent avec Jean de Vienne , à l’occasion de l'emprisonnement arbitraire d’un citoyen fait sur la place, devant la grande église, par le garde-scels de l'évêché. Les Treize , aprés d'inutiles réclamations , forcérent les prisons de l'officialité ; ce qui fut cause que le garde-scels partit pour Vic, emportant les sceaux avec lui; de sorte qu’il n’y eut à Metz, pendant une année, ni grande cour épiscopale, ni cour archidiaconale. L'évêque tint son siège à Vic, où les curés messins ne vou lurent pas comparaître. Jean de Vienne les excommunia ; mais ils étaient soutenus par les Treize, et tandis que l’évêque portait ses plaintes devant le trône pontifical, nos magistrats y trouvaient un généreux appui dans la personne de l’empereur. « Saiuct Pere, écrivait alors Jean de Vienne au pape Urbain v, nous uous saluons et supplions, pour lamour de Dieu , que uous nous vucilliés pourveoir par vostre graice en aulcun aultre benefice de saincte eglise ; car vrayement en leveschié de Mets ie ny peulx plus estre ne demourer ; car ce sont gens sans foy ny loy, et qui ne croient mie en Dieu, ains sont telles gens que ie ne uous polroise raconter de lour estat ne de lour clergie, et plus n'en dis. > — Un jour que Charles 1v était allé voir le souverain pontife, ce dernier sachant qu'il connaissait le peuple messin, lui lut la lettre envoyée 4 la cour pontificale sous le couvert du cardinal de Clugny, oncle de notre évêque, et demanda son avis. — « Jay esté en plusiours cités et en plusiours uilles, respondit l'empereur, ne iamais ne vis cité ne uille où la clergie fissent guaire plus beau seruice

nez quilz font a Mets. Et quant au regard des bourgeois, ne de la comune, ie ny vis oncque que tous biens et toutte honnour et reucrence, et sont gens fort obeyssans a leur sou-

ucrain et seruant deuotement Dieu, nostre Seignour, come il me semble. »

Le pape fut trés-étonné d'un semblable témoignage , et l’empereur Songeant aussitôt à l’un de ses clercs, nommé Thiedrich de Bopart, sus le Rin, demanda pour lui l'évêché de Metz. Urbain ne put immédiatement satisfaire aux désirs de l'empereur, parce qu'il n'existait pas un siège vacant pour y placer Jean de Vienne, mais bientôt après on le pourvut de l'évêché de Bâle, et Boppart vint à Metz.

Pendant que ces choses se passaient au loin, une contestation trés vive avait lieu entre Pierre de Bar, sire de Pierrefort, et les Messins. Le sujet du différent était la terre de Norroy-le-Veneur que Robert, duc de Bar, avait vendue deux mille florins à Poince de Vy, citoyen de Metz. Pierre de Bar prétendait rentrer dans cette terre en remboursant la dite somme à l'acquéreur; mais comme il n'était que substitué aux droits de son cousin Ferry de Bar, Poince de Vy et la justice de Metz déclarérent que la cession de ce droit était nulle, et que Pierre de Bar ne pouvait en jouir, attendu que, suivant la coutume de Metz: Quand aucun veult retraire, ce doit estre a son proufit, et ne peult retraire on proufit daultruy. Pierre de Bar mécontent, déclara la guerre aux Messins, et comme les Grands Bretons se trouvaient alors en Alsace sous les drapeaux du comte de Blamont, qui était en hostilités contre le prince de Salm, l'évêque de Strasbourg, etc., Pierre les appela dés qu'ils eurent fini leur expédition.

Vers la Pentecôte, Arnauld de Cervole, auec sa grande compaignie, arrive dans la vallée messine, passe la Moselle à Moulins, et vient camper sur les hauteurs de Magny. Les magistrats messins, réunis aussitôt pour voir quels moyens défensifs il convenait d'adopter, décidérent qu’on brülerait les faubourgs, ce qui fut immédiatement executé, du moins en partie; qn'on disposerait la ville à résister avec vigueur; et que pour éviter les ravages qu’Arnauld n’eût pas manqué d'exercer autour de Metz, on lui offrirait une certaine somme, ainsi que l'avait fait l’empereur, en Alsace. Les députés envoyés vers l’archiprêtre, lui promirent la somme exorbitante de dix-huit mille florins d’or, et le soir même, dans la grande église, le conseil souverain réuni aux représentants des paroisses arrêla les moyens d'emprunter cette somme, qui fut payée le lendemain. Quant aux contestations pendantes entre la ville et Pierre de Bar, touchant Norroy, le comte de Sarrebrück choisi pour arbitre les termina le 2 juillet 1365*, après deux années d'hostilités durant lesquelles la république entretint une armée considérable**, composée de gentilshommes allemands , ardennais et luxembourgeois.

L'archiprêtre qu'un sentiment de grandeur d'ame et de loyauté chevaleresque animait par intervalle, fut esclave de la parole qu’il avait jurée aux députés messins, et respecta le ter-

ritoire de la république; mais, d’après les conseils de quelques P ; ; queiq

* Les pièces originales de cet accord existent à l’Hôtel-de-Ville.

** Nous voyons une obligation de 9500 florins d’or envers le sire Bourcard de Fénestranges ; une de 5000 florins envers l’écuyer Thirion de Manonville; une de 4500 florins au profit du jeune comte de Salm; une de 4000 au profit du même, et quantité d'autres moins considérables, mais qui forment un total énorme.

personnes hostiles à l’évêque, bien que Jean de Vienne fût déjà parü pour Bâle, sa nouvelle résidence, Arnauld de Cervole détacha quelques bandes qui coururent certaines parties du diocèse. À cette nouvelle, Thierry de Boppart envoya prier l'archiprètre de venir le trouver à Vic. Arnauld y consentit non sans peine. Après des paroles mielleuses dites avec adresse, il lui donna quelques chevaux d'un grand prix, fit d’autres présents aux principaux officiers de sa suite, et sut tellement se concilier l'estime respectueuse des grands Bretons, qu'ils disoient iceulx Bretons que cestoit lung des biaulx prelatz quilz eussent oncques veus. Le diocèse fut donc épargné comme le Pays-Messin.

Aux courses des Bretons succédérent d'autres calamités : le 17 juillet, la foudre tombe sur Juifrue, consume ving-deux maisons habitées par des israélites ; et le peuple superstitieux persuadé qu'ils ont attiré le courroux céleste, demande à grands cris que le magistrat les chasse de la ville, exil injuste auquel il est forcé de consentir pour éviter de plus grands maux; au mois d'août, un ouragan terrible déracine quantité d'arbres, enlève la toiture des grands édifices, fait tomber en partie la voûte de l'église Saint-Pierre-aux-Images. Des dévotions extraordinaires , des pélérinages sans nombre furent

la conséquence naturelle d'événements aussi majeurs.

Thierry-Bayer de Boppart avait alors quitté son évêché de Worms. Il attendit à Vic une occasion favorable pour se présenter aux Messins, fort-irrités contre les gens d'église, depuis l’injuste délation portée en cour de Rome par Jean de Vienne. Les esprits s'étant un peu calmés, le nouveau prélat fit son entrée solennelle le 2 novembre 1565. C'était un

homme digne de la mitre, doué d'une taille très- élevée,

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d'une figure aimable , d'un sens droit, de beaucoup d'expérience dans les affaires, connaissant les langues latine, tudesque et romane, aimant les arts ainsi que ceux qui les cultivent. Le clergé l'a blâmé de ne point avoir tenu tête aux Messins, ni continué les procédures intentées contre eux par son prédécesseur ; mais il voulait la paix, et sensible aux présents que lui firent les magistrats , il consentit à un accord juré de part et d’autre le 24 janvier 1366*. Le même sentiment d'équité, joint au désir de bien vivre avec ses Voisins, lui fit rechercher l'amitié de Jean, duc de Lorraine , et de Robert, duc de Bar. Le 26 janvier il conclut avec eux un traité d'alliance ou de confédération, qui devait durer Jusqu'au 1.7 mai 1568. Les signataires promettent de s’entr’aider à grandes et petites forces, envers et contre tous, excepté contre le pape, l'empereur, le roi de France, l'archevêque de Trèves, les ducs de Brabant et de Luxembourg, le comte de Flandres et la république messine qui pouvait même être reçue dans la confédération *.

L'empereur préparait une expédition contre le duc de Milan. L'évêque de Metz, beaucoup de chevaliers lorrains et messins coururent se ranger sous ses étendards ; mais ce fut moins comme guerrier qu'en qualité d'ambassadeur à la cour pontificale, que Bayer de Boppart signala le zèle dont il était animé pour Charles 1v.

Pendant cette guerre transalpine, Metz assailli par Henri de Bar, sire de Pierrefort et par d’autres seigneurs voisins, les attaqua jusqu’au fond de leurs retraites. Henri de Bar

* L’original existe aux archives de l’Hôtel-de-Ville.

Archives de Lorraine sur Metz, p. 28 et 29.

s’échappa difficilement des murs de Bouconville ; les châteaux de Mandre et de Heys se rendirent; le sire Henri de Heys, pris avec sa femme et son frère, moine de Gorze, fut conduit le lendemain devant notre cathédrale’, où le bourreau lui trancha la tête pour avoir pillé les passants. Sire Arnoult Lambert, successeur de Louis Crowelet, tenait le maitre-échevinat.

En 1568, sous Micolte Noiron, te ieudy aprez lanonciation Nostre- Dame, le village et le château de Mussey furent brülés par les Messins. Ils appartenaient au duc de Bar, qui venait d'épouser ostensiblement les intérêts du sire de Pierrefort. Jean de Mars commandait les troupes ducales. Notre ville, ménagère du sang de ses enfants, opposait à l'ennemi Robert d'Hervilliers, seigneur étranger. Après plusieurs actes d’hostilité qui ne terminaient rien , les deux chefs se défiérent en un combat singulier; on désigna la cour du comte de Saint-Pol, à Ligny, pour servir de champs clos; et le tournois d’où devaient dépendre certains intérèts d’un ordre majeur, fut fixé au 4 avril.

Sorti de Metz avec cent-vingt cavaliers qui l’accompagnaient

dans le seul but de lui faire honneur et d'assister, comme témoins au combat, Robert d'Hervilliers vit un astrologue qui s’approchant d’un des cavaliers, lui dit à l'oreille : « Mon < ami, situ m'en crois, tu ten retourneras et prendras ton & harnois ; car je l’assure qu'aujourd'hui il y aura batterie. » Tous suivirent cet avis et s'en trouvérent bien; car Jean de Mars n’était pas même à Ligny; et lorsque les portes de la ville demeuraient fermées aux Messins, le duc de Bar manœuvrait aux environs avec un corps de iroupes assez considérable. Robert d'Hervilliers ordonne aussitôt à ses cavaliers

de mettre pied à terre, de couper les courroies de leurs épe-

rons, d'abandonner les chevaux à la conduite des pages, et de s'embusquer près de là, derriére un ruisseau. Le duc de Bar, persuadé que ce sont les gens d'armes de Robert d'Hervilliers qui s’enfuient , les poursuit et tombe dans l’ambuscade. Parmentiers, Parmentiers, criait aux Messins le jeune comte de Salm, pour les insulter, et les autres répétaient Parmentiers; mais ils en furent cruellement punis; çar, en quelques minutes , le comte de Salm, Humbert de Bulgnéville, Raoul de la Cour, etc. , eurent mordu la poussière. Soixante autres demeurèrent prisonniers, parmi lesquels le duc de Bar luimême et son frére comte de Petite-Pierre, les sires des Armoises, de Stamville, du Châtelet, etc. On les amena tous à Metz où ils demeurérent prisonniers pendant deux années *.

Après cet heureux coup de main, nos ancêtres , secondés par le comte de Saint-Pol, allérent assiéger une forteresse située près de Goudrecourt, dans laquelle étaient retirés Colard des Armoises et Francque Delaitre avec une troupe de bandits. N'ayant pu la prendre d'assaut, malgré quinze jours de tranchée, ils la minérent. Elle allait s’écrouler quand les assiégés demandérent merci. Le sire des Armoises eut la têle tranchée , et treize de ses compagnons furent pendus.

Pierre de Bar, fils du sire Henri de la Petite-Pierre, tenait la campagne pendant la captivité de son père, de son oncle et d'une partie de sa famille ; il luttait à la fois contre la république messine et contre le duc de Lorraine , car ces deux puissances voisines, qui s'entendaient si rarement, avaient trouvé bon de demeurer unies pour purger leurs terres des

* Chron, du doyen de S.t-Thiébault , ann. 1367 — 1568 ; antiq. de la Gaule belg. par Vassebourg, liv. vi, fol, 434.

brigands titrés qui les infestaient. Le château de Belleville, prés Dieulouard , assiégé par eux , fut emporté de vive force, grâce à l’intrépide audace des deux fils du bourgeois messin Jennat Symon. Suf vingt - cinq personnes, presque toutes écuyers préposés à la défense du château, vingt furent pendues immédiatement et cinq échangées contre d’autres prisonniers.

Le siège du château de Pierrefort, entrepris au mois d'octobre par le duc de Lorraine, le sire de Fenestranges et les Messins , offrait à ce qu'il paraît des difficultés plus grandes, car aprés trois semaines d'attaques infructueuses, aprés qu'ils l'eurent ruiné de toutes parts, i7s s'en partont a grant confu-

sion et y laissont ioutte leur artillerie et plusiours armures de fer.

Ce fut sans doute en revenant de cette expédition que, la veille de la Toussaint, les troupes messines brülérent le neuf bourg de Briey. Elles ne s’en tinrent point là ; le bourg sous Mousson, aujourd'hui Pont-ä-Mousson, fut également brûlé et la forteresse de Sorcy démentelée.

& Tout était alors dans un tel désordre, disent les Bénédictins, que quoique Thierry de Boppart fût resté neutre et en paix avec la Lorraine, cela n’empêcha pas divers seigneurs de ce duché de commettre des actes d’hostilité sur ses terres. Îls firent des dégats considérables dans le ban de Rémilly, dépendant de l'évêché.

« Au commencement de l’année suivante 1369 , trois autres seigneurs lorrains, Bertrand de Noviant, Simonin de Marchéville et Gérard d’Alcey ou d’Autrey, marchérent vers Marsal avec une certaine quantité d'hommes d'armes déguisés

I LG

en paysans; ils s'emparérent d'une des portes dés la pointe du jour, et se readirent maitres de la place. Thierry de Boppart qui était alors à Vic, n'eut pas plutôt appris cette nouvelle, qu'il envoya contre eux vingt cavaliers avec bon nombre de gens de pied, dont il donna le commandement à son beau-frère Jeaa de la Petite-Pierre. Ce seigneur entra dans la ville par une fausse porte à laquelle les ennemis n'avaient point mis de garde; il les attaqua, en tailla en pièces au moins quatre-vingt; en prit quarante, sans qu'il leur fut possible de se rallier, parce qu'ils étaient dispersés par les rues et occupés au pillage; la ville fat reprise l'aprésmidi du jour même que les seigneurs lorrains s’en étaient emparés; ce qui donna lieu au proverbe : c’est la joie de Marsal, pour désigner un plaisir de peu de durée*.» Simooin échappa presque seul.

Pendant que cette affaire avait lieu, Henri de Bar, ayant obtenu sa liberté, dévastait l'évêché, sous prétexte des arrérages de 100 muids de sel qu’il prétendait lui être dûs sur les salines de Marsal et de Moyenvic; mais il respectait le territoire républicain dont les magistrats avaient eu la générosité de relâcher, sur leur parole, depuis /e diemanche deuant l'Ascension jusques a la S.'-Jehan-Baptiste apres, tous les prisonniers faits avec le duc de Bar**.

Ces mêmes administrateurs se montraient inflexibles vis-àvis de ceux qu'on savait être entrés au service d'Arnauld de Cervole, ou qui continuaient le système de brigandage

armé contre lequel plusieurs confédérations avaient eu lieu.

* Hist. bénédictine de Metz, t. 11, p. 570—574.

** Archives de Lorr. sur Metz, p. 51 et 618.

On ne leur faisait aucun quartier : ils étaient décapités ou pendus,

Gardienne non moins vigilante de la vie que de l’honneur et de la fortune de ses enfants, la république messine ravagea les environs de Boulay, jusqu’à ce que le seigneur auquel appartenait cette ville eût promis de payer le prix du sang de Robert Périllart, tué par uu de ses sujets. Îl baanit le meurtrier, et donna deux cents livres pour fonder une chapelle expiatoire*. Sire Nicolle Marcoult teaait le maître - échevinat. Jehan Baudoiche, et Joffroy cueur de fer lui succé-

dérent en 1370 et 1371.

Malgré plusieurs tentatives d'évasion, Robert, duc de Bar, élant demeuré prisonnier des Messios, on lui promit enfin la liberté, à condition qu'il paierait comptant soixante mille florins ; qu'il en verserait soixante mille autres dans Ja caisse municipale, par groupes annuels de 7500 florins, et qu'il fournirait quarante pleges ou cautions, savoir : dix chevaliers, dix écuyers et vingt bourgeois, qui viendraient, à défaut de paiement, tenir otage à Metz, à leurs dépens, huit jours aprés en avoir élé requis. Le duc devait s'y rendre avec dix chevaux ; les chevaliers avec trois ; les écuyers avec deux ; les bourgeois avec un, et demeurer quarante jours, au bout desquels la république pourrait veadre les chevaux en déduction de ce qui serait dû, et ces mêmes otages seraient forcés de se fournir d’autres chevaux qu’on vendrait également après quarante jours, et ainsi de suite, jusqu'à l'extinction de la dette.

* Archives de Lorraine sur Metz, p. 641. Le traité porte la date du 8 février 1369,

Pour hâter l'élargissement du duc de Bar, le duc de Lorraine avait conclu avec les Messins une trève qui devait durer depuis le jour de la Pentecôte 1370 jusqu’à la Pentecôte suivante, et il s'était porté lui-même caution des soixante mille florins, dans une réunion qui eut lieu le 9 août 1370, à Pont-à-Mousson*.

« Le même jour, disent les Bénédictins , le duc de Bar et les bourgeois de Metz firent un traité, lequel portait amnistie générale pour toutes les hostilités commises de part et d’autre, notamment , lors des sièges mis par les Messins devant Gondrecourt, Belleville et Pierrefort; on arrêta que toutes les prises de biens ou de corps, faites par ceux de Bar sur les Messins, et réciproquement par les Messins sur les sujets du duc de Bar, seraient rendues de bonne foi, et que les parties se pourvoiraient par devant les juges et les magistrats respectifs ; que le duc Robert déclarerait nulles les gardes et bourgeoisies que lui ou ses prédécesseurs avaient prises des Messins et des sujets des églises de Metz; qu'il laisserait passer librement sur ses terres les denrées et marchandises qui viendraient à Metz, même des pays étrangers, en payant les droits et les péages anciens et accoutumés; que toutes les rentes et les revenus appartenant aux Messins et provenant du duché de Bar, seraient amenés librement en tout temps dans la ville de Metz; qu'en cas de querelles et d’actions personnelles pour dettes, obligations ou marchandises que les Barrisiens auraient contre les Messins, et réciproquement les Messins contre les Barrisiens, on ne procéderait point par arrêts, mais bien par requêtes, suivant les anciennes coutumes du Pays. Ce traité fut scellé et signé par

* Archives de Lorr. sur Metz, p. 58, b9, 298.

QUATORZIÈME SIÈCLE. 365 les parties , par Philippe de Bourgogne, fils du roi de France et beau-frére du duc de Bar; par Winceslas, duc de Luxembourg, son oncle; par son cousin Jean, duc de Lorraine ; par Guy de Luxembourg , comte de Saint-Pol; par Thiébaut, comte de Blämont et par Jean, seigneur d'Apremont. Le premier paiement se fit entre les mains de Poince de Vy, de Poinsignon Dieu-Amy, de Bertrand-le-Hungre et de Hennequin de Tournay, au nom d’'Yolande de Flandres, mére du duc Robert. Les autres versements eurent lieu d'année en année, jusqu'en 1575, que le maitre-échevin, les Treizejurés et la communauté de Metz donnérent à ce prince quittance de vingt mille petits florins qui restaient à payer sur les soixante mille dont nous venons de parler*. »

Dans le cours de l'année précédente , la cité messine avait conclu la paix avec Robert des Armoises; Georges de Serriéres; Thierry de Xarpille ; Henry de Hettanges; Wauthier et Werry de Wimsperch dont les terres et les forteresses ravagées ou renversées offraient la plus grande désolation **; et la veille de traiter pour la rançon du duc de Bar, qui clôturait en quelque sorte cette grande querelle, nos magistrats s'étaient déclarés satisfaits des soumissions du sire de Pierrefort et l’admettaient dans leur alliance**. Un

* Hist. bénédictine de Metz, t. un, p. 572—575 ; Dom Calmet, hist. de Lorr., t. 11, pr. col. peuiv—ncrxr, 1."° éd,

** «€ Le lour quictte et remés, dit le sire de Pierrefort, la destruction

et ruyne de la forteresse de Nonsairt, et de la forteresse de Belleville, en tant come il me touchet, et puet touchiet, pour cause de ce queille mestoit prestée par Joffroit de Serieires, et por aultre cause, por mon faict, et touttes aultres destructions de uilles, de masons et tous damaiges qui m'ont esteit fait en ma forteresse de Pierrefort , et aultre part... » Le sire de Pierrefort cite ensuite tous ses amis aydans, etse porte pour eux garant, excepté pour Monsignor Jehan de Mart et Gerart de Gombervals. I] résulte de cette nomenclature que tous les seigneurs qui se sont

autre traité de paix fut alors signé entre ce seigneur barrisien, son fils, Jehan de Mort, et Hugues de Fenestranges, abbé de Gorze, qui s'étaient battus à outrance pendant une année, de sorte qu'un avenir plus heureux semblait se préparer ; espoir trompeur dans ces temps d'’orages*.

Les deux affaires de Marsal et de Ligny; l'accord qu'on savait exister entre les Messins et leur évêqué, avaient readu facile l'administration diocésaine ; Thiecry de Boppart s'était concilié les esprits des habitants de chaque ville épiscopale, en confirmant leurs privilèges; le chapitre l’estimait davantage depuis qu'il avait versé daos ses coffres six vingt florins d'or, pour l’indemniser de certains dommages causés par les officiers du palais; mais cette quiétude cessa du moment que le prince de Bar eut recouvré sa liberté. Ayant fait une double course à travers le diocèse et la privcipauté de Salm, il causa d'immenses dégats; lesquels n'approchéreot point toutefois de ceux des grands bretons, traversant au nombre de 1500 le Pays-Messin pour aller au secours de Walleran, comte de Spanhein, etreveaant par la même route aprés l'expédition, sans qu'on ait osé leur en disputer le passage **. Cette invasion n'offrait riea de directemeat hostile à la république, car, depuis 1567, Walleran était son allié, mais les compagnies d'écor-

cheurs ne marcbaïent pas autrement ***.

montrés hostiles aux Messins dans les années 1568, 1569 et 1570, obéis— saient à l'impulsion du sire de Pierrefort. L’orisinal de ce traité de paix existe dans les ob:erv. sécal. de Paul Ferry, t.1t, fol. 18, rectd, num.193. * Cartul. de Gorze, fol. 52, versd ; fol. 57, 38, recrà. Les Bénédictins ont publié ces pièces carieuses parmi lears preuves, t. iv, p. 248 etsuiv. ** Ancieas titres de la cathédrale ; chron. du doyen de Saint-Thiébault; D. Calmet, hist. de Lorr., t. 1, ann. 4369—1370 , 1571.

*** Le traité avec les comtes de Spanheim et e bourgeoïs messin Wil—

Une guerre fort-sérieuse était sur le point d’éclater entre la république messine et le sire Pierre de Bar secondé du duc de Lorraine. La république menacée prend à sa solde i LES Yvain de Galle, chef d’aventuriers , qui lui fournit sept vingts glaives et quatre-vingts archers; 2.° Jean Rollin et Biauls Ruis, autres partisans qui viennent à la tête de deux cents glaives et de cent acchers, la plupart allemands. * À l'aide d’un tel renfort, les Messins courent presque toute la Lorraine, prennent Létricourt et les forteresses du Saulnoy, incendient Neufchâteau, ruinent la moitié de Rosiéres, rasent le château de Grals et reviennent à Metz chargés d’un butia considérable,

Le duc de Lorraine, justement irrité, les suit de très-prés. 11 arrive devant Metz pour en faire le siège ; assied son Camp sur les hauteurs de Queuleue ; tente quelques attaques infructueuses, puis reprend le chemin de ses états. Revenu deux ou trois mois après , avec des forces plus imposantes , il envoie vers les assiégés un héraut chargé d'un gantelet ensanglanté pour les défier au combat. « Nous ne sommes point d'humeur répondent les Messins, à prendre conseil de nos ennemis , ni à choisir les armes qui peuvent lui convenir. S'il nous attaque , nous saurons nous défendre. » La véritable raison de leur refus étaitle peu de confiance qu'ilsaccordaient aux troupes allemandes, et la crainte d’en venir avec elles à une bataille rangée où le moindre insuccès pouvait compromettre l'état. Il y eut cependant une joûte, hors des murs, entre deux

laume Poujoize , entré dans la même querelle , est du 44 février 1367. Les originaux existent dans nos archives municipales,

* Le traité passé entre Yvain de Galle et les Messins est du 8 juillet

4571. Il existe dans nos archives municipales, ainsi que d’autres traités de même nature,

écuyers, un Lorrain et un Messin. Les champions essayérent leurs forces par trois coups de glaive, trois coups de dague et trois coups de hache sans se faire le moindre mal; alors les juges du combat fermérent la lice, et, comme la saison était avancée, le duc de Lorraine leva le siége aprés avoir fait avec la république une trève qui devait durer depuis la Toussaint jusqu'à la Pentecôte de l’année 1372. Le samedi après la Toussaint, il n’y avait plus d’ennemis dans la vallée messine.

Thierry de Boppart, les ducs de Lorraine et de Bar voulant réprimer {ous ces aventuriers qui ravageaient le pays , conclurent entre eux, pour six années, un traité d'alliance en vertu duquel ils jurérent de défendre et de protéger les églises, les personnes consacrées à Dieu, les marchands et les passants; d'empêcher les incendies, les vols et les autres violences qu'on pourrait exercer dans l'étendue de leur domination ; de punir sévérement ceux qui commettraient de tels désordres , et de laisser, par terre et par eau, libre passage à tous leurs sujets respectifs, en payant les droits établis depuis trente ans. Le même traité porte que les contractants n’entendent déroger en rien aux anciennes franchisses, aux droits , coutumes et libertés du pays; que si l’un d'eux a des réclamations à présenter, au lieu d'en venir aux voies de fait, il devra s’adresser aux juges compétents ; que s’il survient certains débats, à l'occasion d’une prise ou d’une saisie, les mêmes juges en connaîtront et jugeront l'affaire sans longue procédure. Les Seigneurs contractants promirent de ne. faire aucune alliance contraire à celle-ci, et déclarérent qu'elle ne préjudicierait en rien aux alliances formées antérieurement avec le pape, l’empereur, le roi de France et ses frères, le comte de Brabant et

le comte de Flandres. Ces conventions furent jurées à Pont-

ä-Mousson, sur l'autel de Saint-Antoine, le dimanche aprés l'Épiphanie 1572*.

Lorsque la saison permit d'entrer en campagne, Pierre de Bar recommenca la guerre contre les Messins. Il S'avança jusqu'aux portes de Metz, mit le feu à la Horgne, et vint inopinément dépouiller de leurs couronnes, de leurs écharpes et de leurs joyaux, les dames qui dansaient un jour de dimanche*", après souper, au Champ-à-Panne***, Les Messins le poursuivirent; et la semaine suivante , l'ayant attendu devant Pierrefort, ils lui tuërent cinq personnes et firent sept prisonniers. Plusieurs furent noyez a vaul lyawe , en fuyant ; et si ce ne fust esté la nuyt qui les surprint, ilz les eussent

LÉ à. 0.4

tout decoppez ;

Immédiatement après, les Messins marchérent contre Solgne, prirent d'assaut la forteresse, firent décapiter cinq de ceux qui la défendaient et en pendre vingt-neuf autres. Ils attaquérent ensuite Sampigny, mais avec insuccés. Deux écuyers de Metz, Rennon de Meltry et Joffroy Grongnat y furent tués.

< Comme cette guerre intéressait toute la Lorraine le Barrois et la province des Trois-Évêchés , Parceque les uns etles autres, sous le même prétexte, faisaient des courses sur les terres voi sines , les évèques de Metz, de Toul et de Verdun, le duc de Lorraine et celui de Bar s'employérent pour les accommoder ,

* D. Calmet, hist. de Lorr., t. nr, p.371.

** L’octave du Saint-Sacrement.

*** Hist. bénédictine de Metz, t.ur, p. 576.

**** Chron. du Doyen de Saint-Thiébaut, de Praillon et de Philippe Gérard.

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