‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 9 sur 53 · ME À · texte numérisé non relu

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ÉTAT SOCIAL. AN 1000 a 1095. 75

essentiellement mauvaises quand les vices du monde eurent ébranlé les croyances, altéré les plus saintes institutions; je la retrouve encore à-travers les luttes d'intérêt qui divisaient

entre eux les chapitres, les monastères et les évêques.

Ainsi, par exemple, aux premiers siècles de la chrétienté, quand chaque abbaye représentait une phalange industrielle et pieuse entée sur les ruines que la barbarie avait laissées derrière elle, on voyait des femmes, classées suivant leurs attributions respectives, unies aux établissements d'hommes par un régime commun de services réciproques et de prières; il y avait des #ncluses ou recluses ; des converses ou données; des vouées à& Dieu. Les recluses vivaient solitaires, sous la direction de l’abbé ; les converses, femmes qui servaient en choses nécessaires étaient occupées de la basse-cour, du blanchissage, etc. ; les vouées à Dieu se donnaient au monastère corps et biens, et n’exigeaient, en retour, qu'un simple protectorat. Nous voyons de ces femmes à Saint-Arnoul, à Saint Symphorien, à Saint-Clément* ; de même qu'on remarque des hommes attachés aux monastères de filles, d'après des principes

analogues**. Or, ce rapprochement des deux sexes ne pouvait

* Nous avons cité précédemment une charte d'Hérimann en date de 4075 , où figure le nom d’Hodierne , recluse du monastère de Saint-Arnoul. Le nécrologe de la même abbaye fait mention de femmes pieuses, distinguées en i1cluses, en récluses, en converses et en vou£es : xvi kal. Marti, Dominica inclusa. xur kal, Jul, Adelaidis reclusa. Nonis Augusti, Elisabetha conversa. Idibus Januarii, Maria Deo vota.

** Quelquefois une famille entière se donnait ou était donnée à une abbaye par celui ou celle à qui cette famille appartenait. Voici un acte d'Aguès 11, abbesse de Sainte-Glossinde, au commencement du xrr.° siècle, qui confirme ce fait. « Au nom de Ja sainte et indivisible Trinité, qu’il « soit connu à tous les fidèles de Jésus-Christ, que moi Agnès qui, sans « l’avoir mérité, suis abbesse du couvent de la vierge sainte Glossinde, « j'ai selon le droit paternel que j'en ai recu, donné au seigneur et à la

exister sans de graves inconvénients. Maintes fois les conciles ont tâché d'y porter remède. Le scandale n'a cessé qu'après une défense absolue d'admettre, à quelque titre que ce fût,

des hommes et des femmes en communauté.

Sous le point de vue des intéréts matériels, le désordre et la lutte prenaient leur source ordinaire dans la possession des personnes, moines. cleres et serfs qui se trouvaient attachés aux établissements religieux. En 1047, quelques moines abandonnent sans autorisation l’abbaye de Fécam, dépendante du diocèse de Metz; l'abbé les réclame comme une propriété; un autre moine quitte Saint-Arnoul pour aller vivre à Fécam, maison dont l’opulence excitait l'envie, tandis qu'un juif converti devenu moine de Fécam vient ici, se soumettre à la règle arnulphine. Ces actes d'insubordination avaient lieu dans tous les monastères et faisaient naître une correspondance très-vive entre les abbés, surtout quand il s'agissait d'individus distingués qui pouvaient imprimer quelque lustre à la communauté*.

Les chefs ecclésiastiques ne soutenaient pas avec moins

4 0 Say. y d d'ardeur leurs droits de propriété sur les serfs. Ils n'autorisaient guëre une aliénation territoriale sans y mettre la con-

< sainte vierge, au service de laquelle je me suis dévouée, une partie de < ma famille de l’un et de l’autre sexe , au nombre de douze, dont voici « les noms: Jobes, Roboald, Albert, Garsile, Gérard , Falcuin , Alberic, < Gilla, Reisa, Vianne, Ava , Frédelinde. Fait à Metz, dans le monastère < de la bienheureuse vierge Glossinde, au temps du seigneur Étienne, « évêque de Metz. Les témoins de cette donation sont, l’avocat Albert, € Bertrand, Théodorik de Florey, et plusieurs autres serviteurs de Dieu.» Anc. arehives de Sainte-Glossinde , liasse EF, n.° À.

* Voyez, au sujet des contestationes entre Warin, abbé de Saint—

Arnoul, et Jean, abbé de Fécam, Mabrill, veter. analeci., p. 451 et seq., ed, 1723, in-folio.

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