‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 10 sur 80 · UN DERNIER MOT SUR LE MEXIQUE · texte numérisé non relu

UN DERNIER MOT SUR LE MEXIQUE

Nous résumerons ici ce que nous avons dit dans les chapitres qui précèdent; mais d’abord nous déclarerons que nous n’avons jamais eu l'intention d'exagérer les détails que nous avons rapportés. Nous sommes loin de croire qu’il n’existe au Mexique aucun homme honorable, aucun citoyen probe et dévoué au bien public. Ce serait assurément mal juger nos récits que d’en tirer des conséquences qui, aux traits généraux que nous avons tracés, n'admettraient point un certain nombre d’excep-

tions. On devrait, nous le savons, pour être juste, mentionner aussi bien les actes humains qui font l’honneur d’un pays que ceux qui compromettent sa

gloire ; mais il est presque toujours impossible de connaître la vertu, parce que la vertu véritable est modeste et se cache.

Tous les hommes que j'ai connus au Mexique, tout ce que j’ai pu voir par mes yeux, tous les faits qui m'ont été racontés, ont apporté en moi cette conviction, que ce beau pays était un pays perdu. Peut-être pourra-t-il encore se débattre quelques années dans les convulsions de l'anarchie; maïs tôt ou tard, il perdra son indépendance. Je ne serais pas éloigné de croire que, pour échapper aux Américains du Nord, il ne fût prêt à se rejeter dans les bras de l'Espagne. L’aristocratie et le clergé, lassés des révolutions et des guerres civiles, pourraient bien un jour vouloir se replacer sous la couronne espagnole. Il resterait à savoir toutefois comment l'Angleterre et les États-Unis accepteraient une telle solution.

Chaque année, les dépenses dépassent les revenus de la république. Les gouvernants pillent à pleines mains les deniers publics, ou bien ils les laissent piller par leurs agents, ce qui ne change en rien le triste état du trésor. Tous les mois s'élèvent des pronunciamentos qui Ôtent toute force et toute liberté d'action au pouvoir présidentiel. On dit que M. Errera, le président actuel, est un honnête homme; mais il manque de volonté, de savoir et d’audace pour gouverner. Pour vaincre les abus qui achèvent de perdre ce beau pays, il faudrait

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qu il se levät un homme comme le Mexique n’a pas l'habitude d’en produire. La population décroît tous les ans. Les infanticides et la guerre civile en expliquent suffisamment la cause.

Pour se faire un peu d'argent, le gouvernement entrave le commerce et tue l’industrie. La douane est partout, Sur tout et contre tout. La plupart des terres restent en friche, parce qu’elles sont mal réparties et qu’on n’honore pas le métier d’agriculteur. Tout le clergé est propriétaire de terrains immenses. Il y a des couvents qui possèdent des haciendas de dix lieues détendue, des généraux qui sont propriétaires de toute une province. Le général Santa-Ana, pour n’en citer qu’un, a été en possession de tout le département de Vera-Cruz.

Les étrangers ne peuvent se fixer au Mexique. Les injustices et les avanies qui leur sont faites les disposent peu à acquérir des biens dans un pays où il n'existe des lois que pour les tracasser etles ruiner. On ne leur pardonne pas de faire fortune à force de courage, de patience et d'intelligence. Le peuple mexicain, paresseux et jaloux, est peu porté à estimer les hommes actifs qui lui enlèvent l’or de ses mines et de ses maisons.

La cherté de toutes choses est prodigieuse. Un mètre de mousseline coûte une piastre ; un chapeau de paille de Guayaquil, vingt, trente et même cent piastres ; un verre d’eau sucrée, pris dans certains

cafés et au théâtre, ne se paye pas moins de quatre

réaux. Tout ce qui vient du dehors est hors de prix. | Il faut être un Rothschild pour boire une bouteille de bordeaux à son diner.

L'industrie des Mexicains est peu avancée. Il ne se fabrique guère dans le pays que des saraps de laine, des rebozos, espèces de voiles en soie ou en coton dont les femmes du peuple s’enveloppent pour aller à la ville. On estime beaucoup les figurines de cire que l’on coule à Mexico. Il est certains Indiens qui imitent d’une manière fort remarquable tous les types que l’on voit au Mexique. Leurs belles poupées se vendent de trente à quarante piastres. Les selles mexicaines sont fort renommées : elles ont la forme des selles turques ou arabes et coûtent fort cher.

J'ai déjà dit que le peuple se nourrissait de fort peu de chose. Les arbres des forêts produisent beaucoup de fruits qui suffisent en grande partie à son alimentation: en outre, il mange des galettes de maïs, de la viande séchée au soleil (tasajo ou cesina) et des haricots noirs qui sont délicieux. Les habitants des côtes de l'Atlantique et du Pacifique peuvent se procurer du poisson en grande quantité. Jai plusieurs fois admiré sur la plaza de Vera-Cruz de superbes poissons de toutes formes et de toutes couleurs. Le golfe du Mexique est très-poissonneux. IT a aussi des requins en quantité; j'en ai vu jusque dans le port de Vera-Cruz venir, à deux brasses du môle, ramasser les immondices dont ses abords sont toujours surchargés.

Le packet anglais étant revenu de Tampico, je dus faire mes préparatifs de départ. J’allai dire adieu à toutes les aimables personnes que j'avais connues, et presque toutes vinrent m'accompagner à bord du steamer.

J'étais entré à Vera-Cruz comme on entre dans un sépulcre ; le bon accueil que j'y reçus me fit trouver cette ville presque jolie, au moment où j'allais la quitter.

A BORD DU GREAT-WESTERN

APPARITION AMOUREUSE. — DÉVOTION DES ANGLAIS. — ARRIVÉE A L'ILE DES CHATS.

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