‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 9 sur 80 · LE GOUVERNEMENT MEXICAIN · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT MEXICAIN

que côté; sa chemise est toujours fort belle et fort blanche; ses éperons très-longs et très-lourds sont toujours en argent. Ne vous imaginez pas que ce costume théâtral soit seulement porté par les riches. Le simple arriero s'impose tous les sacrifices pour se le procurer, par le vol — et même par le travail. Rien ne l’arrête quand il s’agit d’avoir un bel habit.

Le Mexicain est toujours amoureux. Tout en cou-

rant les mauvais lieux, il récite des madrigaux à l'intention de celle qu'il aime. C’est souvent une belle dame de Mexico qui l’a charmé; il passe devant son balcon, soupire, joue de l’œil, se hasarde quelquefois à lui pincer un air de guitare et à lui couper un bout de sa mantille quand elle va s’accroupir dans les églises. Malheur au rival heureux qui se laisse surprendre par lui dans quelque carrefour ou le soir sur l’Alameda; un bon coup de couteau lui fera bientôt expier son bonheur.

Le Mexicain aime le jeu à la fureur; il jouerait sa part de paradis au monte. C’est toujours au fond d’un sale estanco (cabaret) qu’on le voit se livrer à sa terrible passion. Assis sur un banc de bois, la main sur son cœur qui bat à se rompre, l'œil hagard, il suit avec d’effroyables émotions le mouvement des cartes, prêt à fondre comme un tigre sur l’ami qui aura eu l’indélicatesse de lui faire une mauvaise passe.

Il aime encore énormément les combats de coqs et de taureaux. La vue du sang chaud qui coule lui

réjouit le cœur ; il s’enivre de la douleur des bêtes qui tombent dans l’arène; leur agonie, leurs convulsions lui causent des transports et, dans son exaltation, il jettera sa bourse, pleine ou vide, aux pieds du vaillant torreador qui laura le plus — amusé. Il aime aussi les spectacles religieux. Le chant des orgues, la fumée de l’encens, la pompe des prêtres, l'or qui couvre les saints et les saintes, les yeux noirs des belles femmes qui lancent des flammes sous leurs fines mantilles de dentelle, le parfum des fleurs et des fruits dont les autels sont chargés, tout cela irrite ses sens, exalte son imagination et lui donne des jouissances infinies.

Il y a du don-quichottisme énormément dans le caractère du Mexicain; mais sa folie n’est pas sans poésie.

Les femmes sont belles, amoureuses, jalouses ; elles aiment le luxe à la fureur et tous les spectacles qui les émotionnent fortement. C’est à peine si elles savent parler correctement leur langue, il est tout à fait douteux qu’elles sachent l’écrire sans en estropier l’orthographe. Leur conversation est décousue, frivole ; elles ne parlent pas, elles égrènent des paroles ; elles ne causent pas, elles bavardent. Coquettes au delà de toute mesure, elles lancênt

leurs œillades enflammées à tous les beaux cava-

liers qui caracolent devant leurs balcons ou sur les promenades. Elles ont plus de plaisir à séduire qu’à se faire aimer véritablement. Le but de toute leur

LE GoU VERN E MEN T MEX ICAI \. 87 vie est la coquetterie et la vanité. Ne pas leur faire la cour, ne pas leur brûler de l’encens est un crime impardonnable à leurs yeux. J’ai connu une dame, et une dame du très-grand monde mexicain, qui, désespérée de voir un étranger ne pas s'occuper d'elle, vint le trouver et lui reprocher, en termes fort rudes, son impertinente inaltention. L'étranger, qui connaissait sa Mexicaine, resta indifférent pour elle, et il sut par cette politique arriver au but qu'il s'était proposé en entrant dans son salon. — Quand elles ont perdu l’âge et le pouvoir de plaire, elles se lancent à fond de train dans tous les désordres du jeu et de la dévotion. Elles volent leurs maris pour habiller les saints et les vierges, font agréer mille petits présents à leurs confesseurs qui n’ont garde de les refuser, et finissent toujours par introduire, sous un froc blanc ou brun, le diable dans leur ménage.

Après cet exposé, après ce tableau que nous croyons fort exact, n'allez pas conclure que toutes les dames mexicaines sont des démons. Loin de là, elles sont des femmes que l’on pourrait prendre pour des anges si elles faisaient seulement semblant d’en avoir la pudeur et lingénuité charmante. Tout imparfaites qu’elles sont et peut-être même à cause de leur imperfection (morale, bien entendu), elles plaisent énormément, et plus d'un pauvre papillon d'Europe a, hélas! brûlé ses pauvres ailes grises aux éclairs de leurs regards toujours pleins d’un amour qui n’est pas dans leur cœur.

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