‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 15 sur 80 · LES EMPLOYÉS DE LA HAVANE · texte numérisé non relu

LES EMPLOYÉS DE LA HAVANE

— Maintenant, cria-t-il en s'adressant à moi, vous décoifferez-vous ?

— Non, monsieur! lui répondis-je.

— Mais je vous parle tête nue, ce me semble.

__ Vous me faites en effet l'honneur de me parler tête nue; mais le ton avec lequel vous me parlez commence à m'impatienter, je vous en avertis.

— Voulez-vous, monsieur, viser nos passe-ports ? dit M. Bordier. Si vous le voulez, hàtez-vous donc de le faire.

Un aide de camp du gouverneur entra. Il s’informa du motif de ce bruyant et ridicule débat, et, après avoir ordonné au commis de le suivre chez le gouverneur, il nous dit avec une grande politesse :

— Quelqu'un va venir pour viser vos passe-ports, messieurs. Veuillez vous asseoir et attendre encore quelques instants.

Nous sortimes bientôt du palais, avec nos passeports visés par un vieux employé fort cérémonieux, fort méticuleux, et nous rentràmes à notre hôtel, riant encore de la ridicule querelle qui nous avait été faite par un jeune fat.

La plupart des employés havanais sont inabordables. Gare au pauvre diable qui est obligé d'en passer par leurs écritures ! |

Nous avons eu un peu plus tard une autre dispute avec les employés des douanes; mais cette dispute n'avait d'autre but que de nous arracher quelques piastres. Nous nous exécutàmes de bonne grâce el

nous pûmes sortir nos malles sans y laisser mettre les doigts crochus des gabelous. Pour une piastre, vous pouvez fermer les yeux de tous les petits douaniers et emporter vos cigares et vos confitures sans en payer les droits de sortie.

J'ai vu tout ce que j’avance.

Toute la bureaucratie havanaise est d’une vanité tout à fait bouffonne. Elle à ordinairement de beaux habits, mais pas toujours du pain pour son diner.

Les honnêtes voleurs abondent à la Havane. Sous ce nom, il faut reconnaître tous les valets d'hôtel, tous les officieux qui s'emparent des étrangers et qui, sous le prétexte de leur épargner quelques ennuls, se chargent de faire débarquer leurs bagages, viser leurs passe-ports, etc. Gardez-vous de ces tirelaines en habits noirs et en gants glacés.

Les Espagnols de l’Espagne traitent les Espagnols de Cuba un peu comme les Parisiens traitent les provinciaux. Il suffit d’être né à Barcelone, à Cadix, à Séville ou ailleurs pour avoir, à la Havane, droit de suprématie sur les colons. Les Espagnols sont là, comme partout, superbes et pleins d'eux-mêmes.

Il y a à la Havane des maisons de banque et de commerce qui jouissent avec justice d'une haute réputation d'honneur. Ces maisons sont espagnoles.

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