HISTOIRE D'UN FRANÇAIS. —— DÉPART
L'Aurora est un bateau grand comme la moitié d'une noix de coco. Gette jolie petite goëlette est commandée par un vieux pilote anglais, et manœuvrée par une demi-douzaine de Caraïbes. La brise est douce et fraîche, nous filons de cinq à six nœuds. Notre traversée est tout à fait charmante. Au fur et à mesure que nous avançons, le paysage s'agrandit et offre à nos regards émerveillés les plus séduisants tableaux. Nous avons à notre gauche de belles montagnes boisées, à notre droite de jolis petits îlots tout verdoyants qui forment une sorte d’archipel en miniature dans cette partie du golfe de Honduras.
Nos matelots fument sur le pont, chantent ou jouent
dans une conque marine des airs qui semblent composés tout exprès pour ces lieux sauvages.
Il est cinq heures du soir. Le patron de la goëlette s'approche de moi et me dit :
— Voulez-vous, monsieur, saluer un de vos compatriotes ?
— Quel compatriote? répondis-je étonné.
— Vous voyez, reprit le patron, cette petite pirogue qui se détache de l’île qui est devant nous; dans cette pirogue il y a un homme, cet homme est de votre pays.
— Comment le nommez-vous?
— On l'appelle le Français; c’est là le seul nom auquel il réponde.
— Vous le connaissez?
— Chaque fois que je passe près de son île, il monte à*bord pour m'offrir des œufs ou du poisson. Tenez, le voici! Il va amarrer sa pirogue à la goëlette et monter à bord.
Le patron avait à peine achevé sa phrase qu’un homme, jeune encore et vêtu comme les Caraïbes, parut sur l'arrière de notre navire, tenant d’une main un panier de bananes et d’ananas.
— Aqui estoy, señor capitan‘! dit-il en s’approchant du patron.