‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 26 sur 80 · UN SERPENT HYDROPIQUE. — UNE AUTORITÉ · texte numérisé non relu

UN SERPENT HYDROPIQUE. — UNE AUTORITÉ

GUATÉMALIENNE.

Izabal est un petit village composé d’une trentaine de grandes maisons en bois, habitées par des négociants anglais ou espagnols, et de deux cents méchantes cases où vivent les Indiens et les Ladinos. La lagune sert de miroir à ce village, et les hautes montagnes au pied desquelles il est assis lui servent pour ainsi dire de paravent. Izabal est le port principal, et je pourrais même dire le port unique de la république de Guatemala; car ceux ouverts sur l'Océan Pacifique et qui se nomment Istapa et Champerico ne sont guère connus des marines européennes, Il est même bon nombre de Guatémaliens

qui n’ont jamais entendu parler du port de Champerico, sans compter que le gouvernement, qui en a décrété l'ouverture, serait fort embarrassé pour transmettre aux divers consuls accrédités auprès de lui le moindre renseignement sur sa position géographique {.

MM. Baïly et Castillo m'ayant offert l'hospitalité de la manière la plus gracieuse, et s'étant en outre chargés de me louer des chevaux, des mules et des Indiens pour aller à Guatemala, je me retirai dans la chambre qu’ils m’avaient donnée, pour étudier un peu ce pays où je venais d'arriver et où je devais demeurer plusieurs années. Il y avait cinq minutes que j'étais seul lorsqu'on frappa à ma porte; j'allai ouvrir et je me trouvai en face d’un soldat.

— Que me voulez-vous, mon ami? lui dis-je en espagnol.

— Señor, me répondit-il, le commandant m'a

4. — Où donc est votre port de Champerico? demandai-je un jour au ministre des relations extérieures de Guatemala. — Le port de Champerico? fit-il avec étonnement. Ah ! je

sais : c’est un port dont nous avons décrété l’ouverture en 4849... Il doit être sur l'Océan Pacifique.

— Je l'ai entendu dire, mais où, sur l'Océan Pacifique ?

— Ma foi! je n’en sais rien. Un voyageur qui revenait du

Sud nous à dit: « Vous avez à Champerico un port excellent,

il faudrait le faire reconnaître. » Nous avons fait un décret, et

c’est à ceux qui peuvent avoir intérêt à savoir ce que c’est que

le port de Ghamperico à aller l’étudier.

— C'est juste! répondis-je en riant.

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envoyé à Votre Gràce-pour lui dire qu’il attend sa visite.

— Ah! fis-je avec étonnement. Eh bien! mon ami, retournez dire à votre commandant que je suis très-fatigué, et que, lorsque j'aurai dormi un peu, j'irai lui porter en personne mes très-humbles compliments.

Le soldat se retira. J'ouvris une caisse où étaient mes livres et j'en tirai plusieurs ouvrages de géographie. Malte-Brun et Balbi ne m’apprirent rien du tout. Ces deux savants géographes n'ont jamais mis les pieds dans l'Amérique centrale, et ce qu'ils ont cru en devoir dire est tout à fait sans valeur historique. Je feuilletai le Voyage dans les deux Amériques, de M. d'Orbigny, mais je ne trouvai encore rien de ce que je voulais savoir, dans le livre pourtant si intéressant de ce savant voyageur.

Guatemala et tous les autres petits États dont se composait la capitainerie générale de Guatemala, toute cette contrée, resserrée entre le Mexique, auquel elle à appartenu en partie, avant la conquête d’Alvarado, et pour un peu de temps encore après qu’elle eut secoué le joug de l'Espagne; toute cette contrée, dis-je, resserrée entre le Mexique et l’isthme de Panama, baignée à lorient par la mer des Antilles, et à l’occident par l'Océan Pacifique, est encore actuellement peu connue des voyageurs européens. M. de Humboldt a lui-même parlé d’une manière générale de ce pays, mais il ne

s’est guère occupé que de l’État de Nicaragua, et cela pour dire son opinion sur le projet de la jonction des deux mers que plusieurs savants voyageurs qui l'avaient précédé avaient mis en avant et déclaré, avec beaucoup de raison, tout à fait réalisable".

1. Ce projet de réunir l'Atlantique au Pacifique date de Fernand Cortez; mais c'était par l’isthme de Tehuantepec que ce conquérant le voulait réaliser.

En 1833 ou 34, M. le colonel Mercher, Français établi dans l'Amérique centrale, avait repris cette grande idée, et il avait su y intéresser le roi de Hollande Guillaume I.

L'ingénieur anglais, M. Baily, a écrit un ouvrage intéressant pour recommander le canal interocéanique par les lacs de Nicaragua et de Managua, et M. Squier, envoyé des États-Unis au Centre-Amérique, a démontré la possibilité de cette entreprise par un ouvrage fort remarquable qu’il a publié en 1852 ou 53. Ce diplomate est même parvenu à faire un traité avec le gouvernement de Nicaragua dans ce but. Voici à ce sujet la correspondance échangée entre M. Salinas, le ministre des affaires étrangères de Nicaragua, et moi:

« Guatemala, le 4 mai 1849.

« Monsieur le ministre,

« J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que j’ai appris, « par voie indirecte, la conclusion d’un traité que le gouver- «nement de Nicaragua vient de faire avec une compagnie des « États-Unis.

« Ce traité, d’après ce que l’on m’en a dit, ne me paraît pas atteindre la hauteur politique, embrasser le même but, qu'un autre traité proposé et arrêté, en un autre temps, entre Nicaragua et le royaume des Pays-Bas, aurait atteint et embrassé, si on eût voulu le ratifier et pu en exécuter les hardies et généreuses conceptions.

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Quelques écrivains des États-Unis, notamment M. Stephens, ont décrit plus ou moins complétement ce vaste et beau pays. M. Stephens, dans son

« La position, l'importance et l’intérèt même de votre pays « permettaient d'espérer que le gouvernement de Nicaragua « n’aurait jamais consenti à concéder exclusivement à une « seule nation un passage qu’il eût été politique d’accorder à « tous les peuples, L'intérêt de tout le monde eût ainsi garanti «à votre pays son indépendance, et aucun flibustier n’eût

« songé à s’en emparer.

« Je n’ai pas vu le traité et je n’en parle que d’après ce qu’on «m'en a dit, C’est là assurément beaucoup de témérité, mais qui, j'ose le croire, ne déplaira pas trop à Votre Excellence, « Veuillez, etc. »

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