‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 27 sur 80 · ÉTAT DE NICARAGUA. DIEU! — UNION! — LIBERTÉ · texte numérisé non relu

ÉTAT DE NICARAGUA. DIEU! — UNION! — LIBERTÉ

Ministère des relations extérieures « Maison du gouvernement. « du suprême gouvernement.

« Léon, le 24 mai 4849.

«Monsieur,

« Mon gouvernement apprécie infiniment votre agréable «lettre du 4 de ce mois, et il regrette beaucoup que vous « n’ayez pas reçu, soit qu’elle ait été interceptée, soit qu’elle «se soit égarée, la copie du traité conclu le 144 mars dernier «entre l’État et M. David Brown et dont il vous envoie au- « jourd’hui un nouvel exemplaire, avec le texte en regard d’un «autre traité arrêté par M. le licencié don Francisco Castillon, « chargé d’affaires du Nicaragua près la cour de Londres. | « Il faut, monsieur, que vous n’ayez reçu que des renseigne- « ments inexacts relativement au traité Brown, pour penser que « Nicaragua ait pu oublier, en le faisant, les sentiments phi- « lanthropiques qui l’ont toujours animé. Son chargé d’affaires envoyé en France en 1844 eut pour instructions spéciales de

ouvrage, s’est principalement attaché à rendre compte des monuments indiens; son livre ne manque point d'intérêt, mais il est, avant tout, un

« solliciter du gouvernement français l’envoi d’une commission « qui étudierait l’isthme de Nicaragua. Il avait en outre l’ordre « de chercher de préférence des entrepreneurs français pour « le percement du grand canal interocéanique; mais toutes ses « démarches demeurèrent sans résultat. Cela peut vous prou- «ver, monsieur, toutes les prédilections de Nicaragua pour la « France. On peut voir d’ailleurs que, dans tous les divers «traités projetés, il a toujours été établi, en principe, que « le canal de Nicaragua serait ouvert à tout le monde. Le

ctraité conclu avec la compagnie Brown n'exclut pas ce sen- « timent.

« La lecture de ce traité vous convaincra de la sincérité de « ces idées, et les relations d'amitié que mon gouvernement a « conservées avec la France vous persuaderont que vous étiez « dans l’erreur en croyant que le canal devait être uniquement « profitable aux États-Unis.

« J'ai l'honneur, etc. À « Signé : S. SALINAS, »

La distance à parcourir entre l'Atlantique et le Pacifique, par l’État de Nicaragua, est d'environ 220 kilomètres. Elle comprend trois sections : le Rio-San-Juan, 140 kilomètres; le lac de Nicaragua, 60; l’isthme entre ce lac et le Pacifique, 20.

La pente totale du Rio-San-Juan est de 39" 01, ce qui fait 0"22 par kilomètre. Or, comme la limite maximum de la navigation à voiles sur les rivières est de 095 par mille mètres, cette navigation est possible sur le Rio-San-Juan, moyennant quelques corrections à son lit. Le lac de Nicaragua est également navigable pour des navires de quatre à cinq cents ton-

neaux, Du lac à l'Océan Pacifique, la différence de niveau est,

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ouvrage d'archéologie. Il faudrait, pour l'avantage de la science, qu’un grand gouvernement comme celui de la France ou de l'Angleterre envoyät dans l'Amérique centrale une commission d'hommes spéciaux pour étudier et faire connaître à l’Europe cette riche partie du continent américain. Il est certain qu’une telle commission serait en mesure de

faire plusieurs découvertes en géologie, en phytologie, et même en œuvres d’art. Il n’est pas rare de

comme on l’a dit, de 39"01; mais sur le territoire intermédiaire se trouve un point culminant de 148"74 au-dessus du lac où 187" 75 au-dessus de la mer. Il y a par conséquent lieu à faire un canal à deux versants dont la montée serait, d’après le nivellement, d'environ 61 mètres et la descente de 100 mètres, ce qui nécessiterait la construction de cinquante écluses pour racheter une pente totale de 161 mètres.

Toutes les nations maritimes et commerciales du monde sont intéressées à la réalisation de cette entreprise à laquelle, assure-t-on, S. M. l'empereur Napoléon III avait donné son approbation alors qu’il était prisonnier à Ham. Quand le canal de Suez sera percé, on pourra revenir à celui de Nicaragua et mettre ainsi toutes les mers en communication. Ce sont là des œuvres dignes de notre temps et qui, si elles s’accomplissent, amèneront une révolution heureuse dans le commerce des nations. Le canal de Nicaragua percé, on pourra éviter le passage par le cap Horn, et c’est là un avantage qui a sa valeur. Le canal de Suez mettra en communication les Amériques avec la Méditerranée,

J'ai pris les chiffres que j'ai donnés plus haut dans le rapport de M. de Puydt sur la colonisation belge de Santo-

Thomas. (Paris, 1844, chez Rignoux, rue Monsieur-le-Prince,

20 bis.)

LE

trouver, relégué dans quelque coin d’une chapale

indienne, un tableau de maître espagnol. Les mis d’Espagne étaient assez libéraux des œuvres de leurs grands peintres, et, pour obtenir quelques sacs d'onces de leurs capitaines généraux, ils s'ingéniaient à les séduire par toutes sortes de présents dont la valeur artistique était souvent peu appréciée par eux. L'un des grands propriétaires de Guatemala, M. Carlos Meany, a eu le bonheur de découvrir dans un des petits villages de la Vera-Paz le portrait original du vénérable Las Casas. — Mais, rien que pour étudier la flore du pays, l'envoi d’une commission serait utile. On ne se doute pas, en Europe, du nombre de plantes médicinales qui existent dans le Guatemala et dont les Indiens tirent toujours un bon parti pour leurs maladies. Dans l'État du Salvador, on assure qu’il existe une plante qui guérit de l’hydropisie. Voici, à propos de cette plante, la curieuse histoire que l’on raconte :

Il y avait à Sonsonate un pauvre homme hydropique que tous les Esculapes de l'endroit avaient condamné. Il ne suivait plus de traitement depuis qu'il avait entendu formuler sa sentence de mort. Il allait par les rues, se traînant comme il pouvait, cherchant à se distraire par la conversation de ses amis qui l’exhortaient charitablement à mourir en bon catholique. Le malade était jeune, il avait quelque fortune et ne

voulait quitter ce monde que le plus tard possible. Un jour qu’il s'était fait conduire par un domestique au

Mani Rp bord d’un petit bois, il fut saisi de frayeur en voyant passer devant lui un horrible serpent, long de deux ou trois mètres, et traînant un abdomen gros comme un tonneau. Ses yeux, dilatés par la terreur, restaient pour ainsi dire cloués sur l’affreux reptile qui, se roulant de droite et de gauche, semblait chercher une chose qu’il ne pouvait trouver. Le malade s’imagina que le monstre était atteint du même mal que lui : sa frayeur se dissipa peu à peu, et avec un véritable intérêt il suivit du regard toutes ses évolutions. Au bout d’un quart d'heure de recherche, il le vit se ruer sur une plante rampante et en dévorer les feuilles avec une joyeuse gloutonnerie. Peu de temps après, 1l vit repasser son serpent : il avait perdu son gros ventre, il était léger et vif comme un écureuil et il s’enfonçait en sifflant dans le petit bois. Quand il eut disparu, l’hydropique se traîna jusqu’à la place ravagée par le reptile : cette place était inondée d’une eau gluante, albumineuse. Il trouva quelques tiges de la plante curative, il en mâcha quelques feuilles et en cueillit une grosse botte qu’il emporta chez lui. Au bout de huit jours, notre malade reprenait sa promenade à travers la ville, et ses amis, surpris de le voir redevenu mince et bien portant, criaient au miracle.

Cette histoire fit grand bruit dans le pays, et l'autorité espagnole chargea plusieurs médecins de rechercher cette herbe précieuse et de rédiger un mémoire sur ses qualités thérapeutiques ; mais les

médecins, jaloux de ce qu'un reptile en sût plus qu'eux, conclurent que l’hydropique avait été guéri, non par l'herbe du serpent, mais par une grâce toute particulière de la bienheureuse vierge Marie à laquelle il s'était souvent recommandé, lui promettant, si elle le guérissait, de lui offrir une lampe d’or et une tunique de soie.

Tout apocryphe que l’on puisse trouver cette histoire, il est certain que le gouvernement espagnol ordonna une enquête sur l’herbe au serpent, et tous les rapports des savants (pauvres savants du pays) sont encore actuellement déposés dans les archives de l’État du Salvador.

Il existe une autre plante dont on pourrait tirer de grands avantages en Europe. Cette plante a la propriété de tuer tous les insectes, tous les parasites qui pullulent ordinairement chez tous les enfants des pauvres; on la nomme d’un nom peu poétique mais qui dit énergiquement son mérite : matapiojos. Les gens du pays ont grand tort de n’en point faire usage.

La chaleur étant un peu tombée, je m’habillaï et priai M. Baily de me faire conduire chez M. le commandant militaire du port. J'arrivai bientôt dans une espèce de rancho assez propre. Quelques bas officiers, assis à une table, griffonnaient quelques papiers : je demandai à l’un d’eux où était leur com-

mandant, et il me répondit qu’il était dans une pièce voisine occupé à prendre son chocolat. Au

IZABAL.

bout de quelques minutes, je vis arriver un petit homme coiffé d’un feutre jaune orné d’un galon d'or: il portait un pantalon de coton blanc, une veste ronde en drap vert avec des attentes d’épaulettes en galon. Il avança vers moi avec empressement, me tendit une main noire et me dit d’un ton un peu agaçant:

— ]] y a bien longtemps, monsieur, que je vous attends.

— Mais, lui répondis-je en riant, vous avez eu bien de la bonté.

—— Monsieur, fit-il avec majesté, il est de votre devoir dé venir me saluer, et ce devoir, vous ne pouviez vous dispenser de le remplir.

— Ainsi, c’est pour vous saluer que je suis ici, mon cher commandant ?

— Je le présume.

— Eh bien! détruisez vite cette douce erreur; car je ne suis venu dans votre corps de garde que pour vous réclamer mon passe-port.

— Ainsi, ce n’est pas une visite que vous me faites?

— Pas le moins du monde.

— Mais je suis la première autorité de la ville.

— Qu'est-ce que cela me fait?

— C'est bien! monsieur, je rendrai compte à mon gouvernement...

— À votre aise! Seulement, rendez-moi mon passe-port,

Le commandant alla à une table où les officiers écrivaient, il prit mon passe-port, y mit sa vilaine signature, un gros cachet, et me le rendit sans dire un mot.

Je retournai chez M. Baily. Une heure après, M. le commandant d’Izabal venait, avec sa suite, me rendre la visite qu’il ne me devait pas.

Ge commandant était pour moi un assez curieux échantillon des autorités de Guatemala.

On à peu de notions certaines sur l’Amérique centrale avant la conquête de Fernand Cortez. L'empire du Mexique, que plusieurs écrivains ont fait s'étendre jusqu'à l’isthme de Panama, semblerait, suivant d'autres, avoir eu des limites plus étroites et s’être arrêté au sud de Guatemala. Il est presque prouvé aujourd’hui qu'il existait, au nord du Centre-Amérique, plusieurs provinces qui avaient su résister aux kaciques (princes) de Mexico. C’étaient les territoires de la Chiapa et de Quiché; ce dernier est, dans beaucoup de vieilles chroniques, qualifié de royaume, et l’on pense que le département de la Vera-Paz en faisait partie. La Vera-Paz fut conquise à l'Espagne en 1534, par Barthélemy de Las Casas, dont la parole douce et charitable avait été plus

puissante sur les Indiens que le fer des aventuriers espagnols.

On s'accorde généralement à croire que le Yucatan et la côte du Pacifique, jusqu'aux limites de l’État du Salvador, étaient les seules dépendances de l’empire du Mexique.

Peu de renseignements touchant les gouvernéments des.peuples de cette contrée ont été recueillis. Une vieille chronique, sans nom d'auteur et presque illisible, mentionne dans ses pages lacérées le nom d'un roi des Kachiquels qui aurait eu sa capitale au petit village de Misco. Ce roi, dont au reste il est fort peu parlé, se nommait Apotzozil. Il était ennemi du roi des Quichés, et le chroniqueur qui le cite lui fait gagner une grande victoire sur ce dernier qu’il ne nomme pas. Il est fâcheux que l’on manque de renseignements sur l’histoire des Indiens centro-américains, et que, à l’aide des quelques monuments qu’ils ont laissés, on soit forcé de donner Cours au Conjectures et de bâtir toutes sortes d'hypothèses que le moindre document authentique viendrait évidemment détruire. Les Conquérants espagnols auraient sans doute pu recueillir beaucoup de matériaux intéressants pour l’histoire des peuples qu’ils avaient subjugués ; mais Cortez et ses lieutenants étaient, avant tout, des aventuriers à qui l’histoire des Indiens importait fort peu. C'était de l'or qu'il fallait à ces hommes avides et sans pitié, et, pour l’arracher aux habitants, ils ne man-

quaient point d'employer contre eux les plus cruelles persécutions, les plus horribles tortures.

Les monuments de Palenqué, de Quiché, de Mitla et de Coban, dont MM. de Humboldt et de Varden ont décrit les ruines, ceux de Quirigua, découverts il y a une vingtaine d’années par M. Frédérick Catherwood, font présumer que des peuples antérieurs aux fondateurs des empires du Pérou et du Mexique en ont été les édificateurs, et l’on peut croire que les Indiens existant dans l'Amérique centrale, au moment de son envahissement par les Espagnols, n'étaient point les habitants primitifs de cette riche contrée, mais peut-être bien une race d'hommes venus de l'archipel océanique ou du continent asiatique. Cette dernière hypothèse pourrait à coup sûr se soutenir si l’on voulait bien jeter un coup d'œil sur une mappemonde et reconnaître que le détroit de Behring, tout encombré d'îles et d’écueils à fleur d’eau, a pu ne devoir son existence qu'à une convulsion volcanique. Cette opinion une fois acceptée, il est facile de relier le continent asiatique au continent américain, et de placer sur le premier des hordes conquérantes qui, dans un temps très-reculé, seraient venues ravager les territoires de leurs voisins et les en auraient ensuite expulsés ou détruits pour s’y établir.

Plusieurs voyageurs ont élevé leurs conjectures jusqu’à donner aux habitants primitifs de l'Amérique centrale une origine hébraïque. Les uns ont trouvé

dans les diverses langues qu’emploient encore aujourd’hui les Indiens des rapports avec la langue de Moïse, les autres ont soutenu leur opinion sur d’anciennes traditions qui, rapportées par des écrivains contemporains de Cortez et d’Alvarado, feraient descendre les peuples du Mexique de la grande famille israélite. — Plusieurs tribus d'Israël, après leur expulsion d'Égypte par les Pharaons, se seraient séparées de Moïse, et, traversant la mer des Indes, la mer de la Chine et l'Océan Pacifique, sous la conduite d’un chef nommé Tanub, seraient venues dans le Mexique fonder la ville et le royaume de Tula. * Ces proscrits alors, et toujours d’après les traditions, se seraient multipliés à l'infini, et, après un espace de plusieurs siècles, ils seraient venus s’établir dans l’Amérique centrale avec un chef descendant de Tanub et qui s'appelait Nimaquiché. Ce serait le nom de ce roi qui aurait fait donner à une partie du Guatemala le nom de royaume des Quichés. La tradition va plus loin : elle donne à Nimaquiché trois frères avec lesquels il partagea son empire.

Le premier État donna naissance aux Quélénès et aux Chapanecos ;

Le deuxième, fondé dans la Vera-Paz, vit naître les Zocotepiquilès ;

Le troisième, établi on ne sait où, produisit les Mames et les Pocomanes :

Le quatrième enfin, celui que s'était réservé Nima-

quiché, vit naître tout naturellement les Quichés, les Katchiquels et les Zutugiles.

Ce dernier royaume était le plus vaste. Quinze souverains descendant du premier roi le gouvernèrent successivement, et à l’époque de l'invasion espagnole le dernier s'appelait Tecumuman.

Cette tradition, admise comme vraie par certains chroniqueurs et repoussée par d’autres comme une fable ridicule, vaudrait assurément la peine d’être examinée avec soin si l’on pouvait trouver quelque indice qui pût conduire à sa source avec un peu de certitude. Plusieurs voyageurs ont, dans un but de | curiosité scientifique, fouillé tous les couvents; mais | là non plus ils n’ont pu trouver de bons renseigne- : | ments pour l’histoire des Indiens. La plupart des moines espagnols étaient, à l’époque de la conquête, ce qu’ils ont été depuis, des hommes fort ignorants, pour lesquels toute recherche historique avait peu de charmes. Cependant quelques livres ont été écrits par Juan Torres et Juan Macario, tous deux descendants du dernier roi des Quichés, et convertis, un peu malgré eux sans doute, à la religion des Espagnols. On trouve encore les ouvrages de Francisco Gomez, du père Juarros et de Fuentes; mais il est à regretter que ces écrivains aient manqué d’érudition et qu’ils n’aient cru pouvoir intéresser leurs lecteurs qu’en les entretenant de leurs propres préjugés et qu’en leur faisant valoir leurs efforts pour convertir les Indiens. En 1580, le roi Philippe Il ordonna aux

autorités de la Nouvelle-Espagne de rechercher tous les matériaux qui leur paraîtraient de nature à faire connaître l’histoire des Indiens; malheureusement cet ordre du roi fut mal exécuté et ne produisit aucun résultat.

Aujourd’hui, vingt-six langues ou dialectes sont encore en usage chez les Indiens de l’Amérique centrale. Voici les noms que le père Juarros leur donne :

Quichè, — kachiquel, — zubtugil, — mame, —

pocomame, — pipul, — pupuluca, — sinca, — mexi-

cana, — chorti, — aluquilak, — lenca, — aquaka-

leca, — caiki, — pochonchi, — itil, — zotzil, —

izendal, — chapaneca, — joque, — coxhoh, — cha-

nabal, — chol, — uspanteca, — maya, — quiichi.

Le licencié Palacios, dans son mémoire ! adressé au roi d'Espagne, en 1576, dit que les habitants de l'Amérique centrale parlent des langues différentes, « ce qui, sans aucun doute, n’est autre chose qu'une

ruse du dèmon pour pouvoir plus aisèment semer la

discorde entre eux. »

Voici les noms diaboliques qu’il donne à ces langues :

(1) M. Ternaux-Compans a publié en 1840 un Recueil de documents et mémoires originaux sur l'Histoire des posses-

sions espagnoles dans l'Amérique. Le premier mémoire inséré

dans son Recueil traite de la province de Guatemala; il a été

écrit par le licencié Palacios et envoyé au roi d’Espagne

en 1576. Voyez l'ouvrage de M. Ternaux-Compans (Paris, chez

Gide, rue de Seine-Saint-Germain, 6 bis),

Dans la province de Chiapa, on parle les langues chiapaneca, hoque, mexicana, zozi, seldaquelen;

Dans la province de Soconusco, la mexicaine corrompue, et l’uebellateca qui est la langue du pays;

Dans celles de Suchitepeque et de Cuahutelema, les langues mamey, achi, cuahuichmalteque, chienauteque, hutateque, chirichota ;

Chez les Izalcas et sur la côte de Guazacapan, les langues popoluque et pipil;

À la Vera-Paz, les langues poponchi, calchi et colchi ;

À San Salvador, le pipit et le chontal;

Dans la vallée de Cacacevaselan et dans celle de Chiquimula de la Sierra, les langues hacacebastleca et apay ;

A San Miguel, les langues poton, taulepa, ulua ;

Dans la province de Gholuteca, les langues manque et chontal ;

À Honduras, les langnes ulba, chontal et pipil ;

À Nicaragua, le pipil corrompu, le mangue, le marimbio, le poton et le chonial;

Dans la province de Taguzgalpa, la langue du pays et le mexicain ;

Dans celle de Costa-Rica et Nicoya, la langue du pays et le mangue.

Tous ces noms sont bien différents de ceux énumérés par le père Juarros; mais il serait assurément fort difficile de décider qui de lui ou de Palacios les

a écrits avec exactitude. Ce qui est un fait certain,

c’est qu'un grand nombre de dialectes sont encore parlés par les Indiens du Centre-Amérique, et ces dialectes ont souvent si peu de rapport entre eux qu'il arrive fréquemment que les habitants d’une province ne comprennent pas la langue qui se parle dans une autre.

Quoi qu’il en soit des traditions rapportées par les Chroniqueurs espagnols sur l’origine de ces peuples, il est un fait principal qu’on ne saurait contester, c’est que les habitants de l'Amérique centrale et du Mexique étaient arrivés à un degré de civilisation fort élevé à l’époque où les Espagnols s'emparèrent de leur pays. Cette civilisation, déjà fort ancienne, avait eu plusieurs époques. Les monuments qui couvrent le pays semblent le confirmer d’une manière indubitable, et l’état de ruine dans lequel les ont trouvés les compagnons de Cortez pourraient faire supposer qu'ils étaient de plusieurs siècles antérieurs à Montézuma.

Les caractères hiéroglyphiques dont beaucoup de monuments sont Couverts pourraient, si on parvenait à en trouver la clef, mettre en lumière l’histoire primitive des diverses races qui se sont succédé en Amérique. Je ne crois pas inutile de mentionner ici les différents monuments qui existent à Quirigua, et dont M. Catherwood a donné la description suivante :

« On trouve à Quirigua quatre bâtiments séparés « les uns des autres, mais formant un vaste carré

«au centre duquel s'élève, sur une éminence, un « édifice circulaire bâti en cailloux du fleuve et dans « lequel on descend par des gradins très-rappro- « chés; au milieu de l'arène centrale de ce cirque, « se trouve une table ronde en pierre dont le pour- « tour est chargé de dessins hiéroglyphiques. Cette « table est soutenue par deux têtes d'hommes sculp- « tées, plus grandes que nature.

« D’autres monuments sont épars aux environs du « grand carré; deux statues, de dix pieds de dimen- « sion, gisent à terre, recouvertes de végétation. « Elles représentent des prêtres ou des chefs en « grand costume. Une autre statue, haute de huit « mètres, est à moitié enfouie en terre et plus pen- « chée que la tour de Pise; une statue de femme, de « trois mètres de hauteur, et qui, comme la célèbre « hermaphrodite de la villa Borghèse, ou, mieux « encore, comme la statue qui représente une des « incarnations de Wishnou, est femme par un côté «et homme par l’autre; une tête gigantesque, de « deux mètres de diamètre, deux autels ornés de « sculptures , et deux obélisques, dont l’un, encore « debout et tout chargé d’hiéroglyphes, a plus de « huit mètres de hauteur perpendiculaire, sont aussi «au nombre des monuments découverts à Qui- « TIgua. »

Ce fut en 1524 que l’un des lieutenants de Cortez, don Pedro Alvarado, put, sans autre armée que trois cents fantassins, cent cavaliers espagnols et

environ quatre mille auxiliaires de Tlascala, faire la conquête des provinces de Guatemala, du Salvador et de Honduras. Ce conquérant fonda la première ville espagnole au pied de plusieurs volcans, et l'on peut encore en voir les vestiges dans le nordouest de l’Antigua-Guatemala, au petit village de Ciudad-Vieja, qui n’a guère à montrer aux antiquaires que les fondations du premier établissement espagnol.

La province de Vera-Paz lutta dix ou douze ans contre les conquérants. Après des luttes inouïes soutenues contre eux par les Indiens, les missionnaires, que dirigeait alors le saint et noble apôtre don Barthélemy de Las Casas, parvinrent à les soumettre à l'Espagne.

Costa-Rica et Nicaragua avaient été envahis en 1522 par Gonzalès de Avila, qui les abandonna à son ami Alvarado.

Ces cinq provinces réunies formèrent alors la Capitainerie générale de Guatemala !, et furent gouvernées jusqu’à l’époque de leur émancipation (1821) par divers militaires, dont l’aveugle politique consistait à pervertir les Indiens pour mieux les domi-

(1) M. Alcide d’Orbigny dit, dans son livre sur les Amériques, que Guatemala signifie en indien : Vieux tronc pourri. Un écrivain du Mexique, Jorge Metzu, prétend que Guatemala signifie, dans la langue kachiquel : Terre heureuse. Cette étymologie serait plus juste que celle de M. d'Orbigny, si l’on voulait tenir compte de la fertilité et de la beauté du pays.

ner. Les moines qu'ils avaient traînés à leur suite ne négligèrent aucun moyen pour violenter la conscience des habitants, et, par le fer ou par le feu, ils jurèrent de les convertir au catholicisme.

Pour faire comprendre toute la barbarie des moines espagnols, il suffit de citer quelques fragments du Catéchisme qu'ils avaient imposé aux Indiens. Ne pouvant pas tuer tous les corps, on voulut tuer tous les esprits. Ce catéchisme, absurde et monstrueux, était l'arme d’abrutissement dont se servaient les missionnaires envoyés par la cour de Madrid, avec l’assentiment du pape, pour soi-disant éclairer, instruire et civiliser les habitants des terres conquises, mais en réalité pour les torturer dans leur foi naïve, les rendre fous à force de terreur et imbéciles à force d’absurdités énormes.

Voici quelques questions relatives à la confession :

« Premier commandement de Dieu.

« — As-tu aimé Dieu ?

« — As-tu cru aux songes, au tecolote, au pizho, ou à tout autre oiseau !?

« — Sais-tu quelque sorcellerie ?

4. Les Indiens, comme les anciens Romains, consultaient le vol des oiseaux et en tiraient des présages. Le fecolote est une espèce de petit faucon blanc qui, dans le pays, a la mauvaise réputation de porter malheur à ceux qui le rencontrent. Le pizho appartient à la famille des grimpeurs; son plumage est

fort beau : c'était un oiseau de bon augure.

« — Sais-tu te changer en tigre, en lion, en serpent, ou en tout autre animal?

«— As-tu brûlé des copals ou allumé des torches devant quelque bois, pierre ou autre chose ?

« — Sais-tu voler (comme un oiseau) ? »

Il est impossible de traduire, même en latin , les

questions qui roulent sur les infractions au sixième .commandement. Il n’est pas de lupanar, de bouge immonde où l’on puisse comprendre et employer un langage aussi obscène que celui dont se servent les prêtres espagnols pour interroger les Indiens.

Le catéchisme infàâme dont je viens de parler a été publié avec l’autorisation de l’évêque de Guatemala en 1795. Il est encore en usage aujourd’hui, et c’est un des prêtres les plus renommés du pays qui a bien voulu m'en donner un exemplaire.

1. Le copal est une résine odorante que l’on obtient d’une espèce de palmier nain. Les Indiens s’en servaient pour encenser leurs dieux. Ils l’emploient encore aujourd’hui comme parfum.

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