LES HABITANTS DE GUATEMALA
moins beaux que ceux qui vivent dans les montagnes. Leurs mœurs sont plus dissolues ; ils s’enivrent presque continuellement et dépensent dans les estancos les quelques réaux qu'ils ont gagnés dans la journée, soit en portant des fardeaux, soit en faisant la grosse besogne des maisons de la ville. Il n'est pas rare de trouver des hommes et des femmes de cette race étendus dans les rues et dans un état de complète ivresse.
Il y a toutefois, dans le petit village de Jocotenango, qui n’est pour ainsi dire qu’une extension d'un des faubourgs de la ville, de bons et honnêtes Indiens qui travaillent, gagnent de l’argent et savent l'employer avec sagesse et économie. Quelques-uns ont de très-belles maisons, des champs qu’ils cultivent, de petits troupeaux de vaches, de chèvres, de porcs et de moutons. Ils vivent à peu près comme les bourgeois, ont une table bien servie et s’habillent avec du drap, au lieu de s'habiller avec de la manta. Leurs enfants vont aux écoles de la ville, apprennent l’espagnol, le latin, et se font prêtres, avocats, médecins ou marchands.
La race indienne n’est donc pas, comme l’ont prétendu certains écrivains espagnols , à l'exception du Père Juarros , qui leur a rendu plus de justice", une
4. Il a dit dans ses chroniques : « Il est surprenant que ces « Indiens aient pu se gouverner par des lois si sages et si in- « génieuses, et il serait même à désirer que plusieurs chefs de « républiques civilisées en eussent de pareilles, » — Se nos
LR
race dépourvue d'intelligence, une race incapable de comprendre et de s'identifier avec notre civilisation. Les Indiens de Jocotenango, ceux de l’Antigua-Guatemala, qui sont, en grande partie, des négociants fort à leur aise, des propriétaires de terre, des cultivateurs de nopals, des charpentiers, des maçons, des orfévres et même des sculpteurs, donnent un démenti formel aux écrivains qui se sont occupés d’eux, et qui, pour justifier la détestable administration des gouverneurs espagnols, ont cru devoir aflirmer dans leurs écrits que le peuple indien était un peuple aussi dégradé que le peuple nègre. Ils auraient dû ajouter, pour être justes, que cette dégradation était l’œuvre de la sainte inquisition, et dire qu’il est encore, au fond des villages de l'Espagne et de l'Italie, beaucoup de pauvres paysans qui, sous le rapport de l'intelligence, ne sont pas beaucoup mieux doués que les Indiens des Andes ou des deux côtes.
Je rapporterai dans le cours de ce livre plusieurs conversations que j’eus avec les Indiens de la république de Guatemala, et j’espère qu’on y trouvera la preuve que ces braves gens ont su débarrasser leur esprit de toutes les ténèbres que les prêtres et les
« hace muy difficil de concebir que estos Indios tuviesen para «Su gobierno unas leyes tan bien dispuestas y prudentes
« pudieran adoptarlas y agregarlas a sus codigas las repu- «blicas mas bien gobernadas. » (Voyez le livre du Père Juarros, p, 177.)
moines espagnols se sont constamment efforcés d'y répandre.
Les étrangers babitant Guatemala sont des Espagnols, des Français, des Anglais, des Allemands, des Belges, des Suisses. Ils s'occupent tous d’affaires de commerce et s'appliquent à faire fortune aussi vite que possible pour retourner en Europe. Il est pourtant quelques étrangers riches qui persistent à séjourner à Guatemala. Ils ont su s’y créer une certaine influence, ils y sont des personnages et ils trouvent dans leur vanité satisfaite de bonnes raisons pour ne point regretter leur patrie, où ils com- | prennent que leurs sacs de piastres ne leur donneraient pas l’espèce de considération dont ils jouissent dans le pays qu’ils ont adopté.
La plupart de ces étrangers sont gens très-honorables et très-laborieux.
Les mendiants de Guatemala sont affreux à voir. Couverts de haïllons fétides, les pieds dévorés et tout gonflés par des niguas, ils rampent dans Îles rues par bandes, laissant partout après eux une exhalaison infecte. Jamais la misère ne m’a paru plus saisissante, plus hideuse et plus horrible que dans cette ville. La charité publique nourrit toute | cette multitude de malheureux, et, disons-le bien haut, à la louange des habitants, jamais un pauvre n'est repoussé de la maison qu’il honore de ses visites dangereuses,
Le grand commerce de Guatemala est tout à fait dans la main des étrangers et des descendants d’Espagnols.
La France, l'Angleterre, l'Espagne, divers États de la Confédération germanique, la Belgique et les États-Unis, envoient des marchandises à Guatemala.
La France expédie des vins de Bordeaux, des eaux-de-vie, des huiles de Provence, des articles de modes, des soieries, de la fausse bijouterie, des draps légers, de la parfumerie, des articles de bureau, des produits chimiques et des médicaments. Son importation s’est élevée en 1855 à 562,670 piastres, soit environ 2,813,350 francs.
L’Angleterre envoie des étoffes de laine, de coton,
de soie, des faïences, de la verroterie, des draps, des jambons, du beurre, des vins de Porto et de Madère, des harnais, des selles, du cuivre ouvragé, de la bière, des articles de mercerie et de quincaillerie, etc. Son importation a été, en 1855 :
Par l’Atlantique, de. . 2,092,157 piastres, Et par le Pacifique, de 927,650 »
En tout ...,. 3,019,807 piastres.
L'Espagne fournit des vins de San Julian, de Xérès, des huiles, des fruits secs, des cotonnades, etc. Elle à importé, en 1855, pour une valeur de 184,709 piastres par les deux mers, c’est-à-dire par Izabal et par Istapa.
L'Allemagne envoie de la quincaillerie, des papiers peints, de la porcelaine, etc., etc. Son importation s’est élevée, en 1855, à 249,087 piastres.
La Belgique envoie des cuirs préparés, des armes de chasse, des objets de toilette, du linge, de la toile, de la coutellerie, des glaces, de l'horlogerie, de la brosserie, etc., etc. Son importation a été, en 1855, de 93,966 piastres.
Les États-Unis expédient des salaisons, des légumes conservés, de la farine, du beurre, des graisses, du fer, des clous, des machines, de la serrurerie, des outils, de la passementerie, de la mercerie, du papier, etc,, etc. Son importation, en 1805, a été :
Par l'Atlantique, de. . 107,604 piastres, Et par le Pacifique, de 54,461 »
Entout : 4", 102 009 'prastres.
Le Guatemala exporte :
De la cochenille, de l’indigo, du baume du Pérou, des bois de teinture et d’ébénisterie, de la vanille, de la salsepareille, du cacao, du café, des gommes, des résines, des chapeaux de joncs ou d’écorces, du tabac, des cuirs de bœuf, des peaux de jaguar, des mèches à briquet, des cornes, des minéraux, des cigarettes, des pierres précieuses (émeraudes et opales), des plantes, etc., etc., etc.
Voici un tableau comparatif des importations et exportations t :