‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 46 sur 80 · DURÉE DES JOURS ET DES NUITS A GUATEMALA · texte numérisé non relu

DURÉE DES JOURS ET DES NUITS A GUATEMALA

Les jours les plus longs de l’année sont de... 12h. 59m. Les nuits les plus courtes sont de... ....,...... . 11h 8m.

Le climat de Guatemala est donc bon. Les maladies qu’on observe, soit dans la ville, soit dans les villages qui l’environnent, sont les mêmes qu’en Europe; mais les fièvres, si dangereuses à Ja côte, le typhus, le vomiüo negro, n’ont jamais avancé dans l’intérieur au delà de dix à douze lieues. Le plateau de Guatemala, à cause de son élévation, de l'air vif qu’on y respire, pourrait néanmoins être un

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séjour dangereux pour les personnes affectées de maladies de poitrine.

Il y a dans la ville de Guatemala et dans toute la République un nombre considérable de goîtreux. Les Européens n’ont pas à craindre de le devenir.

Mentionnons les arbres utiles qui croissent naturellement à Guatemala :

L'oranger, gros comme nos pommiers de Normandie, est toujours vert, toujours chargé de fleurs et de fruits à différents degrés de maturité;

Le citronnier ;

Le cocotier ;

L'avocatier, qui donne un fruit très-gros renfermant une pulpe qui a le goût du beurre frais : on l'appelle dans le pays : beurre végétal ;

Le jocote, espèce de prunier ;

Le zapotillier;

Le manguier ;

Le bananier ;

Le platanier.

Des milliers de fleurs inconnues en Europe croissent sans culture dans ce pays. Plusieurs personnes en ont envoyé quelques espèces à Londres et à Paris.

Les fruits les meilleurs et les plus communs, Sont +

vage. Son fruit était aigre, immangeable. Je crois pourtant que l'on pourrait cultiver le raisin sur les plateaux de l’Antigua-

| 4. J'ai trouvé, dans le bois de Capetillo, la vigne à l’état sau- |

L'ananas, très-gros, très-sucré, très-parfumé ;

L’anone, espèce de pulpe sucrée et parfumée, qui a le goût de la crème fraîche ;

La pitaya ;

La tuna, fruit du nopal de la cochenille ;

Le jocote, espèce de petite mangue , au goût légèrement térébenthineux ;

L'arbre à pin;

Le caïmito ;

Le nispero;

L'avocat ;

La banane, le platane : ces deux fruits sont le pain des Indiens;

Le citron;

L'orange ;

La lima, citron doux ;

La pasièque (sandilla) :

La goyave, fruit délicieux ;

Le chou-palmier ;

Les fleurs d’ysote ;

La grenadille, fruit gros comme un œuf d’oie, et qui renferme une pulpe d’une saveur fraîche, parfumée, sucrée, délicieuse.

Tous ces fruits poussent naturellement, sans aucun soin. On les trouve partout, dans les bois, dans les barancos et dans les chemins.

Guatemala et peut-être sur les contours du volcan d’eau. Les pommes et les poires sont très-mauvaises, les fraises sans sa-

veur et sans parfum.

Les légumes sont abondants et généralement bons. En voici la liste :

Les haricots noirs, petits comme des perles , d’un goût exquis ;

Les haricots blancs, roses;

Les pois, les choux, les choux-fleurs, les fèves, les oignons ;

Les melons sont mauvais, mais on les cultive mal ;

Le riz, le maïs, croissent très-bien : le maïs est très-beau, il est blanc, rouge, jaune, noir, et réunit quelquefois toutes ces couleurs sur un seul épi;

La pomme de terre, le manioc, l'igname, etc.

Je ne puis étendre plus loin cette nomenclature. | Pour mentionner tous les arbres utiles, tous les | fruits, tous les légumes que l’on peut trouver à Guatemala, il faudrait faire un livre spécial.

Les chevaux sont de petite taille ; ils manquent presque tous d’encolure. On les emploie pour le port comme les mules. Les chevaux de selle et de voiture viennent du Mexique. Les chevaux du pays valent de 20 à 30 piastres en moyenne. Les mules de selle sont fort belles et se vendent plus cher. Les bœufs, les vaches, sont de très-petite taille. Le prix d’un bœuf maigre (ils le sont tous) est de 40 à 15 piastres. Les porcs ne valent pas plus de 4, 5 ou 6 pias- | tres. Les volailles sont très-abondantes.

Le gibier est rare aux environs de Guatemala, et | pour trouver des cailles, des perdrix, des grives (il y à de tous ces oiseanx dans l’Amérique centrale, et

ils diffèrent peu des nôtres par le plumage et par la taille), il faut s’éloigner de cinq ou six lieues de la ville. Le gros gibier se trouve dans les forêts ou dans les montagnes. Il consiste en chevreuils, daims, cerfs, sangliers (pecaris); mais la plupart de ces | animaux exhalent une odeur musquée qui rend leur | chair peu facile à manger. | Les animaux dangereux, tels que tigres, panthères , léopards, etc., ne se rencontrent que rarement et dans les parages peu fréquentés.

Les serpents sont rares. Il existe pourtant des serpents à sonnettes et des corales en assez grande quantité; mais ces reptiles se tiennent ordinairement dans les forêts, et ce n’est que par hasard qu'on en rencontre dans les chemins fréquentés. Les lacs et les rivières sont peu poissonneux. On ne mange guère à Guatemala que des poissons de mer, salés ou fumés.. On trouve des caïmans dans toutes les grandes eaux; ces reptiles exhalent tous une odeur de musc très-forte et très-désagréable, Les oiseaux des forêts sont merveilleusement beaux. En première ligne, il faut citer le queizal, que nous appelons couroucou. Il a les aïles et le dos d’un beau vert d'émeraude, avec des reflets d’or, le ventre couleur de feu, et la queue longue d’un mètre quand il est adulte. Ce magnifique oiseau appartient à la famille des grimpeurs. — Les perroquets, les perruches, les guacamayas, les toucans, les colibris, les oiseaux-mouches, sont très-nombreux. Les

sanates, les clarineros (espèces de sansonnets) sont

perchés par myriades sur les toits des maisons de la ville. On trouve aussi, dans la campagne, le vautour royal. On le nomme dans le pays le roi des zopilotes, car lui seul paraît avoir le pouvoir de mettre en fuite ces vilains oiseaux, qui sont véritablement la canaille de l'espèce ailée. L'œil du roi des zopilotes a les couleurs de la cocarde française.

Il n’y a point de moustiques à Guatemala; mais il y a des puces, des niguas, des garapates, des SCorpions et des centopies. Les fourmis causent souvent de grands ravages dans les fermes".

La nigua est un petit insecte invisible qui perce le cuir du soulier, entre sous la peau du pied, y grossit, y pond et s’y reproduit à l'infini. Les Indiens sont souvent rendus impotents par l’accumulation de cette vermine sous leurs pieds.

4, Il y a une espèce de fourmi à la côte qui est un véritable fléau. Elles entrent partout, se fourrent partout et font des dégâts considérables. Cette espèce est très-petite.

Dans l'intérieur, on trouve de grosses fourmis qui font leurs nids sur les arbres.

A San Salvador, M. Mahélin a dû abandonner plusieurs grands bâtiments qu’il avait fait construire et dont, malgré tous ses efforts, il n’avait jamais pu chasser les fourmis.

Plusieurs malades à la côte ont été attaqués et dévorés viyants par des fourmis.

J'ai vu des fourmillières qui n’avaient pas moins de 5 mètres de hauteur et dont la circonférence mesurait un demi-kilomètre.

La confédération du Centre-Amérique, constituée le 29 mars 1893, ne dura que seize années. Elle fut brisée le 17 avril 1839, et les provinces de Guatemala, du Salvador, de Honduras, de Costa-Rica , reprirent chacune leur indépendance. Guatemala et Costa-Rica s’intitulèrent des républiques, tandis que le Salvador, le Honduras et le Nicaragua ne prirent que le titre d'État.

J'ai dit dans un chapitre précédent que la révolution faite dans la capitainerie générale de Guatemala n’avait eu pour but que de mettre le pouvoir dans les mains de certaines familles d’origine espagnole. On devait dès lors s'attendre à ce que la confédération centro-américaine aurait une courte durée.

Les rivalités de provinces, les jalousies des partis, les ambitions des hommes hissés à la tête des divers gouvernements, leur manque de capacités, de patriotisme, les tiraillements, les luttes qui s'ensuivaient, toutes ces causes devaient en peu de temps amener la dislocation de l’Union et remettre chaque membre de cette Union en possession de lui-même.

Les États-Unis de l'Amérique centrale, bien gouvernés, eussent pu former un corps de nation respectable. Une population de deux millions et demi d'habitants, répandue sur un territoire immense et d'une richesse merveilleuse, aurait certainement pu prospérer et jouir des bienfaits de la civilisation ; mais il eût fallu pour cela qu’elle fût conduite par de bons chefs, et que ces chefs se préoccupassent moins de leurs intérêts personnels que de ceux de la nation. Il eût fallu aussi qu’on n’étouffât pas la lumière, mais qu'on s’efforçàt de la répandre dans la masse du peuple; il eût fallu que les étrangers, au lieu d’être traités en ennemis dans les divers États du Centre-Amérique, fussent encouragés à s’y établir, à y fonder des établissements utiles ; mais, loin de là, on s’est appliqué à les vexer, à les gêner dans toutes leurs transactions, etl’on n’a rien négligé | pour les dépouiller des biens qu'ils avaient acquis à | force de travail, de courage persévérant et même d'intelligence. Les confiscations, les impôts arbitraires, les emprunts forcés, étaient les moyens

employés pour leur arracher la fortune qu'ils étaient

venus chercher loin de leur patrie, et qu'ils avaient gagnée honnêtement, soit en vendant leurs marchandises, soit en livrant les produits de leur science ou de leur industrie, Les archives du consulat général de France au Centre-Amérique sont remplies des réclamations des Français qui ont vécu dans cette contrée, où la justice est en quelque sorte une plante délicate pour laquelle le terrain n’est pas bon t.

Quelques hommes de cœur et d'intelligence ont pourtant tenté d'imprimer à leur pays un mouvement de progrès ; malheureusement l'esprit de parti, l’égoïsme de certaines familles et le fanatisme despotique du clergé ont bientôt paralysé leurs efforts généreux. La guerre civile, née tout naturellement de ces divisions, a décimé en peu d'années une grande partie des habitants des campagnes, et elle à usé tous les hommes politiques qui, tour à tour, s'étaient mis à la tête des affaires publiques. Les prêtres ont prêché la discorde, ils ont fait parler les saints et les saintes en faveur de leur opinion, et ce beau pays est retombé, en peu d'années, dans un

1. J'ai entre les mains une foule de documents qui pourraient prouver ce qne j’avance. J'ai des lettres du sieur Jean Lapoulide auquel les soldats du Salvador cassèrent les bras à coups de fusil. Jai des lettres d’une dame Leclercq que le gouvernement de Honduras dépouilla de la manière la plus scandaleuse, Mais je ne juge pas à propos de publier ici ces diverses pièces.

état assurément pire que celui où il se trouvait au jour de sa séparation de l'Espagne.

Le général Morassan fut le dernier président de la confédération centro-américaine. Get homme qui, encore à l’heure qu’il est, vit dans la mémoire de beaucoup de Guatemaliens honnêtes, était un bon citoyen qui voulait sérieusement , franchement travailler pour le bien de son pays; mais pour arriver à son but, pour régénérer l’Union, il dut faire la guerre aux abus qu'il trouvait sur sa route. Ces abus étaient plus forts que lui; car ils étaient la vie du clergé et aussi celle des quelques familles qui s'étaient habituées à regarder la patrie comme une ferme. Morassan fut vaincu par les prêtres et par le parti servie, et, après bien des luttes qui mirent en feu et en sang la moitié de l'Amérique centrale, il tomba entre les mains de ses ennemis et fut par eux impitoyablement mis à mort. L’assassinat du général Morassan rappelle, par la férocité de ceux qui l’ont commis, celui des frères de Witt en Hollande.

Je ne veux point écrire l’histoire des guerres qui se sont succédé entre les divers États de l’Amérique centrale après la mort de Morassan. Le Salvador, le Nicaragua, le Honduras, furent presque toujours unis contre la république de Guatemala, qui, avec raison, était accusée de vouloir dominer le Centre-Amérique et de l’empêcher par sa politique rétrograde de se gouverner d’après les idées

libérales que chacun de ces États avait inscrites dans sa Constitution particulière. Raconter les luttes, les insurrections, les révolutions, les guerres fratricides qui eurent lieu depuis la mort de Morassan jusqu’à l’année 1851, nous obligerait à écrire plusieurs volumes. Il faudrait entrer dans de minutieux détails, nommer des personnes, les juger avec sévérité, en un mot, arracher leur masque aux hypocrites et aux traîtres, et c’est là une dure besogne que nous laisserons faire aux futurs historiens du Centre-Amérique.

Le gouvernement de Guatemala est un gouvernement qui s'intitule républicain, je ne sais pourquoi. Le chef de l’État porte le titre de président. Il est nommé à vie par un décret de l’Assemblée nationale. ses pouvoirs sont limités par une constitution dans laquelle, il est vrai, il peut courir toutes les bordées qu'il lui plaît de courir. Il commande les armées de terre, et pourrait aussi commander les armées de mer, s'il y en avait. Il est capitaine général, il préside le conseil de ses ministres, reçoit les agents diplomatiques, ratifie les traités; il décrète, ordonne, gouverne, a une espèce de cour, un budget qu'il élargit à sa fantaisie; on l'appelle un homme de génie, un grand capitaine, un grand politique: il sait lire un peu, il écrit passablement son nom et joue, dit-on, très-bien de la guitare. L’excellentissime président de la république de Guatemala se nomme don Rafaël Carrera: il est commandeur de

l'ordre de Léopold, grand’croix de l’ordre pontifical de Saint-Grégoire le Grand, grand’croix de l'ordre de Sainte-Guadalupe du Mexique. Si vous voulez savoir pourquoi l’excellentissime président a reçu ces trois croix, je vous répondrai comme le major de Léon Gozlan dans la Fin d'un roman : «Il « a eu la troisième parce qu'il en avait déjà deux ; «il a eu la seconde parce qu'il en avait déjà «une, et il a eu la première parce qu'il n’en « avait pas. »

M. Pafaël Carrera est un Indien, un pur Indien, n’en déplaise à ses flatteurs (qui n'a pas de flatteurs?) qui lui veulent absurdement donner une origine espagnole. Les traits de son visage, son teint, ses gros cheveux noirs, sa barbe clairsemée, sa taille, ses mains, ses pieds, toute sa personne enfin porte les caractères indélébiles de la race aborigène. En vain on l’a vêtu à l’européenne, en général espagnol, on n’a pu cacher sous ce costume l'enfant des forêts vierges ou des llanos du nouveau monde.

On trouve dans un rapport de la Compagnie belge de Santo Thomas publié chez Rignoux, rue Monsieur-le-Prince, à Paris (1844), la note biographique suivante :

«Victime des persécutions de Morassan, un simple « ouvrier, Carrera, dont le nom n’était guère connu «que des propriétaires dont il dirigeait la ferme,

« vivait au fond des montagnes qui lui servaient « d'asilet.

« Surpris par les soldats de Galvez, il vit sa femme « violée par eux et conçut une vengeance implacable « contre ses premiers ennemis. Des outrages et des « malheurs communs rassemblèrent bientôt autour « de lui quelques partisans dévoués appartenant à « cette race croisée de blancs et d’Indiens nommés « Ladinos?; il exerça par sa résolution une influence « décisive sur les hommes de couleur et entreprit

1. Ceci est assez embrouillé : si M. Carrera dirigeait une ferme, il n’avait pas besoin de vivre au fond des montagnes qui lui servaient d'asile.

Cette notice à été reproduite dans le Courrier belge (n°* des 1% et 16 novembre 1842).

M. Carrera à été valet de basse-cour chez un Français, M. Laumonier, propriétaire de nopalières à l’Antigua. M. Laumonier m'a souvent assuré qu’il ne se serait jamais douté que son gardeur de porcs pût devenir un chef d'État, Il prétendait que Carrera ne ressemblait en rien à Sixte-Quint.

2. M. Carrera est un Indien, un pur Indien. Il est étrange que ceux qui veulent le flatter se croient obligés de le faire sortir de sa race, Au reste M. Carrera lui-même se croit un Espagnol. M. Pavon (Manuel)* nous racontait un jour en riant que l’excellentissime président, quand il dinait en ville, disait : « Ah! vous avez des fourchettes d'argent pareilles à celles de « mes ancêtres, » Les ancêtres de M. Carrera mangeaient ayec leurs doigts; c’est là un fait bien certain.

* Don Manuel Pavon, ministre des affaires extérieures de la république de Guatemala, nous racontait cela chez M. Fourcade, consul général de France au Centre-Amérique.

«avec eux cette lutte héroïque (sic) dont lui seul

« peut-être entrevoyait déjà la fin merveilleuse. On « a dit que Carrera devint ainsi le chef d’une guerre « nationale, entreprise en haine de la domination « étrangère et destinée à servir d’expiation aux pre- « mières barbaries de celle-ci; c’est d’abord une « assertion que les faits ultérieurs démentent, et qui «ne peut s’autoriser d’ailleurs de sa qualité origi- « nelle.

« Le ladino n’est point, en effet, un Indien, mais « un intermédiaire entre celui-ci et la race blanche ; « de sorte que, si la couleur devait exercer une « influence sur le caractère politique de Carrera, ce « ne serait point au profit exclusif de l’une des deux « races, mais naturellement à celui de l’une et de « l’autre entre lesquelles il se trouve placé comme « une transition naturelle. Nous croyons même que « c'est à cette mission de conciliation qu’il semble « particulièrement destiné.

« Les partisans du nouveau chef lui donnèrent « donc, par leur nombre, une importance réelle, et «il put bientôt tenter de pénétrer avec eux dans la capitale même de Guatemala. Le découragement «et la faiblesse du pouvoir, l’absence de Morassan,

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