‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 47 sur 80 · CS · texte numérisé non relu

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4. M, Carrera n’entrevoyait rien du tout, Il fut l'instrument dont se servirent les prêtres pour anéantir le parti de Morassan, et le pauvre Indten a dû être bien étonné de s'entendre appeler l'ange Raphaël par les moines et les curés et surtout de voir les saints faire des miracles à son profit.

« rendaient d’ailleurs l’entreprise facile, et le code « Lewingston ne s’y opposait pas. Les portes res- « tèrent donc ouvertes pour laisser sortir, d’un côté, « les troupes fédérales, et entrer, de l’autre, les « bandes armées que Carrera entraînait après lui. « Ces hordes sauvages d'hommes, qui semblaient « porter avec eux toutes les vengeances des défaites « qu'ils avaient essuyées et les longues souffrances « de l’exil, avaient frappé la ville d'une terreur « profonde.

« On craignait de payer par de nouveaux dé- « Sastres le triomphe sanglant des premiers vain- « queurs, et l’on attendait en silence la terrible «résolution de ces hommes inconnus et de leur «chef. Mais bientôt l’effroi se dissipe, l’étonne- « ment succède à la crainte, à la vue de ces barbares « proslernés au pied des autels! qui leur étaient « rendus, etentonnant des hymnes d'actions de grâces « à la gloire d'un Dieu vengeur. Si la brutalité et des « tentatives de pillage s’essayèrent après ce premier « mouvement, elles furent bientôt arrêtées par Car- | «rera lui-même, qui, dirigeant seul cette foule | « égarée, se posa devant elle, arrêtant dans leur 1 « dernier élan ces instincts qu'il avait soulevés, et

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1. Les cachurecos (les hommes de M, Carrera) ne s’agenouil- À lérent que sous le commandement des prêtres et après qu’ils eurent égorgé leurs ennemis qui étaient les vrais défenseurs de l'État, (Voyez le livre de M. Stephens sur le Centre-Amérique.)

« les sacrifiant comme un premier gage donné à « l’œuvre de pacification qu’il commençait déjà!. « Carrera avait ainsi dès le premier jour compris « sa mission : le barbare avait déjà, dans son igno- « rance, l'intuition des nécessités sociales qu’il devait « satisfaire ?; mais il n’osa pas l’entreprendre encore, «et il se retira, laissant entrevoir aux hommes « d'ordre et de paix® qu’ils sauraient où trouver « désormais celui qu’ils avaient si longtemps attendu.» Cette biographie stupidement élogieuse a étéécrite, avec beaucoup d’autres faussetés, pour faciliter l’obtention de la concession du territoire de Santo- Thomas que la Compagnie belge sollicitait alors du gouvernement de Guatemala . . On a dit que M. Carrera était doué d’une intelligence supérieure, qu'il comprenait toutes choses. Cet homme a la ruse du sauvage, l’instinct de tous les habitants des forêts vierges. Administration, économie, politique, tout cela est naturellement de

1, L'œuvre de Pacification de M. Carrera était une œuvre de destruction.

2, Los nécessités sociales, M. Carrera les ignore encore aujourd’hui, tout chef d'Etat qu’il soit.

Tout cet éloge du Courrier belge est un tissu de mensonges. Je ne l’ai copié tout au long que pour en démontrer le ridicule et la fausseté.

3. Les moines avaient fait un ange de M. Carrera; voilà le Courrier belge qui en fait un messie.

4. Nous dirons quelques mots de cette compagnie et de la colonie qu'elle a fondée,

l’hébreu pour lui. On à dit qu’il avait des talents militaires; mais comment en peut-on juger? Il fait la guerre comme les sauvages la font, sans règle, sans plan , et il est absolument incapable de comprendre les lois les plus élémentaires de la stratégie. Dans un pays où il n’y a ni géneraux ni soldats, mais des chefs de bandes et des bandes indisciplinées, on à pu croire que les petits succès de Carrera étaient dus à son génie militaire, et on s’est empressé de lui décerner le titre de grand capitaine : on l’a comparé, dans les écoles, à César, à Frédéric IF, à Charles XII de Suède et à Napoléon [*. C'était assurément bien absurde; mais la peur que les Guatemaliens avaient de leur grand homme leur a fait lui prodiguer l’encens et la flatterie.

Un ministre guatemalien me disait un jour :

— Nous savons bien que M. Carrera n’est pas un aussi grand général qu’on le dit; mais enfin, tel qu’il est, il pourrait bien être sous-lieutenant dans l’armée française.

— Àh ! monsieur, répondis-je à l'Excellence, vous avez une bien mauvaise opinion de notre armée! M. Carrera non-seulement ne pourrait pas être souslieutenant, mais il ne pourrait pas même entrer comme simple soldat dans un régiment français.

— Et pourquoi cela ?

— C'est que, pour être admis comme soldat dans notre armée, il faut avoir ce que n’a point M. Car-

renarse

— I] lui manque assurément beaucoup de choses ; mais que voulez-vous, ces choses-là, on ne les achète pas avec des piastres!.…

M. Carrera est marié à une Indienne qui, dans les premiers temps des exploits de son mari, l’a fidèlement et bravement secondé par son courage et son intrépidité. Cette brave héroïne faisait le coup de pistolet, frappait d’une lance les ennemis, et coupait, coupait elle-même le nez et les oreilles aux

1. On me saura gré à Guatemala, du moins je le suppose, de ne pas mener plus loin cette étude sur M. Carrera. Il est des faits qu’un étranger ne peut pas rapporter, et je laisse, encore une fois, aux écrivains guatemaliens le soin de donner de leur président une histoire complète et véridique. Je n’ai jamais eu rien à débrouiller avec M. Carrera ; je ne l’ai vu que deux ou trois fois, et je dois avouer qu’il a toujours été pour moi aussi aimable que possible. Un jour que j'étais à diner à côté de lui, il m’apprit qu'Anvers était la capitale de Bruxelles; et comme je n’en savais rien du tout, je fis à Son Excellence les plus sincères remerciments pour la leçon de géographie qu’elle avait bien voulu me donner,

Si l’on veut en savoir plus long sur ce personnage, on peut lire les ouvrages de MM. Squiers et Stephens sur l’Amérique centrale. On y verra de curieux détails sur l’entrée de Carrera à Guatemala, et ces détails, parfaitement vrais, feront frissonner d'horreur et d’indignation plus d’un lecteur.

Voyez : Incidents of travel in Central America, Chiapas and Jucatan, by John L. Stephen. New-York : Harper and Brothers, 82 Cliff Street New-York, 1846. (Chap. 1, 2, 3, 4, D 6)

Voyez : État de Nicaragua, par E. G. Squiers, chargé d’affaires des États-Unis, Dernier chapitre du livre.

maîtresses de son mari!. Toutes les dames de la ville vont faire leur cour à madame la présidente Carrera, et, pour la distraire, elles lui racontent avec beaucoup de verve les petits scandales de la ville.

Les ministres de la République de Guatemala changent si souvent qu’on ne saurait les saisir avec leurs portefeuilles. J'ai, pendant la durée de mon séjour dans ce pays, connu tous les hommes politiques qui tour à tour s’attellent au coche de l’État, et qui, bientôt fatigués d’une tâche au-dessus de leurs forces, se retirent sans avoir pu faire le bien qu’ils out eu réellement le désir de faire. Ce serait se tromper grandement que de croire que les hommes manquent à Guatemala. Sans vouloir leur reconnaître une valeur exagérée, on peut dire qu’ils ont tous des qualités positives. Le parti servile et le parti libéral? comptent l’un et l’autre des hommes

1. Madame Carrera se vante elle-même d’avoir mutilé plusieurs femmes aimées de M. Carrera.

9. Le parti servile est le parti opposé aux idées libérales. Le vilain nom dont il se pare est tout à fait acquis à l’histoire. On dit à Guatemala : « Je suis servile, » comme on dit en Angleterre: « Je suis tory, » comme on dit en France : « Je suis légitimiste.» Mais un servile n’est ni un tory, ni un légitimiste.

Le parti servile est très-ridicule dans ses prétentions à la noblesse, On verra dans un chapitre prochain combien les Guatemaliens sont peu en droit de se croire nobles.

Le parti libéral ne mérite pas du tout son nom. Il n’est libéral que par opposition au parti servile.

Dans tous les pays où il y a des races différentes, il existe

honorables et instruits, et qui, s’ils étaient libres de leurs mouvements, pourraient remettre leur pays en bonne voie. Mais ces hommes ont tous une grande faiblesse de caractère, et ils sacrifient toujours leurs idées au profit des petites coteries qui s’'établissent autour d’eux.

La race indienne, si intéressante qu’elle soit, ne nous paraît pas avoir d'avenir, et c’est pourtant elle seule qui forme le peuple proprement dit du pays. Les Espagnols ou descendants d’Espagnols sont en si petit nombre qu'ils ne sauraient prétendre à former par eux-mêmes une nation centro-américaine. Il faudrait donc admettre franchement les Indiens comme citoyens du pays ; mais l'éducation qu’on leur a faite, mais les préjugés de race, encore vivants et tout-puissants à Guatemala, rendraient assurément leur admission dans l’État presque impossible. Les gouvernants cherchent une nation et ne peuvent la trouver. Là est toute la difficulté de leur tâche.

MM. Mariano Rodriguez, Manuel Arroyo, Luis Batres, Pedro Aycinena, Urruela, Matheu, Saravia, Pavon, Nagera, sont des hommes qui, bien que divisés dans leurs opinions, ne manquent ni de patriotisme ni d'intelligence des affaires ; mais que peut le bon vouloir, et même le dévouement de

toujours une sorte d’aristocratie de couleur. À Guatemala, il n’y en a pas d’autre.

quelques hommes, contre une barrière d’impossibilités infranchissable ? Tout le monde voit les abus, tout le monde voit la misère du peuple, tout le monde en souffre, en gémit; mais tout ce monde est impuissant à y porter remède.

Je ne veux pas étendre plus loin ce chapitre, pour ne pas être tenté de faire tomber de leurs piédestaux beaucoup, beaucoup de célébrités guatema- ; liennes.

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