MINES, COMMERCE E, AGRICULTURE
Le commerce d'exportation est de beaucoup inférieur à celui d'importation. Les capitaines de navires européens chargent des bois de teinture et d’ébénisterie qu'ils vont prendre dans la baie de Campêche ou de Tampico et qu ‘ils font débiter en courtes billes de manière à pouvoir les arrimer en guise de lest dans leurs cales. Ils reviennent ordinairement à Vera-Cruz pour compléter leur chargement avec des surons de cochenille, des groupes de piastres, des caisses de vanille, des peaux de bœufs, un peu de salsepareille, d’écailles de tortues et autres objets de plus ou moins de valeur.
Le commerce d'importation est très-considérable. Londres, Parist, Bordeaux, toutes les villes manufacturières et vinicoles de l'Europe inondent le Mexique de leurs divers produits. Les États-Unis lui fournissent de la farine, des salaisons, des voitures de luxe.
La mauvaise rade de Vera-Cruz est toujours encombrée de navires portant tous les pavillons du continent européen. L'argent roule de toutes parts. Un navire n’a pas sitôt débarqué son chargement qu’il l’a vendu fort cher aux négociants de Vera-
1. J'ai souvent entendu des Parisiens regretter que la ville de Paris ne soit pas un port de mer. Pour moi, je serais bien fâché qu’elle le devint. Le jour où elle deviendrait une place de commerce, elle perdrait sa véritable grandeur. Elle est la capitale de l'esprit, de la science, et elle n’a rien à envier à Londres.
Cruz ou de Mexico. Si le gouvernement ne paralysait pas le commerce par les hauts tarifs de sa douane, le chiffre des affaires s’augmenterait du double en très-peu de temps; mais, outre l’éléva-
tion des droits à payer, les capitaines ont encore à en passer par toutes les vexations et les fantaisies des officiers de la douane. Il est vrai qu’ils s’entendent souvent avec eux et que, pour une somme toujours assez ronde qu’ils leur font accepter, les difficultés s’aplanissent bien vite. Il n’est pas de
douanier qui résiste à un cadeau; c’est là un fait prouvé par tous les capitaines et commerçants de Vera-Cruz. On connaît si bien la vénalité des employés que l’on ne se gêne nullement pour marchander leur concours. C’est ordinairement dans les hôtels ou les cafés que l’on règle avec eux le plan d’un débarquement clandestin. Tous ces abus, le gouvernement ne les ignore pas, mais il est impuissant à les réprimer.
Un négociant me disait :
« Le jour où il n’y aura plus de voleurs au Mexique, ce jour-là il n’y aura plus de Mexicains. »