‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 7 sur 80 · LE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT

L'ESPRIT NATIONAL DES MEXICAINS, LEUR CARACTÈRE, LEURS MŒURS, LEURS GOUTS, LEURS DIVERTISSEMENTS.

Depuis que le Mexique a secoué le joug de l’Espagne, plusieurs formes de gouvernement y ont été essayées. Tout naturellement, et à l'exemple des États-Unis, on adopta la forme républicaine ; mais bientôt le général Iturbide se fit proclamer empereur. L'empire mexicain fut presque aussitôt jeté bas et le malheureux empereur fusillé. Après plusieurs années de luttes sanglantes, le gouvernement républicain fut repris, et il dure encore aujourd'hui, malgré les sculèvements, les pronunciamentos et les révolutions qui se succèdent dans cet État extraordinaire.

Parmi les nombreux présidents qui ont gouverné

le Mexique, Santa-Ana est le seul dont le nom ait eu quelque retentissement en Europe. Bien que proscrit à l’heure où j'écris ces lignes, il compte encore beaucoup de partisans parmi les Indiens ‘et les Ladinos. Quelques Européens m'ont vanté la fermeté de ce chef d’État. Santa-Ana avait un certain talent militaire propre à la guerre de guerillas qu'il soutenait, mais il était un politique et un administrateur pitoyable. Pendant le temps de sa puissance, M. l'amiral Baudin vint bombarder et prendre le fameux château d’Uloa. Le prince de Joinville, simple capitaine de corvette à cette époque, lança plus d'une vigoureuse bordée contre la vieille forteresse, et il eut le plaisir de Jui faire autant de dommages que le désirait son jeune courage.

Le général Santa-Ana, en apprenant l’arrivée de notre escadre à Vera-Cruz, était accouru, menant à ‘sa suite quelques régiments de l’intérieur, destinés à renforcer l’armée assiégée, et ce fut en poursuivant nos marins sur le môle, pour les forcer à se rembarquer, qu’il fut atteint par un boulet qui lui fracassa la cuisse.

Cette cuisse coupée fut enfermée dans une châsse d’or, promenée processionnellement dans toutes les rues de Mexico et déposée enfin dans une chapelle de Ja cathédrale jusqu’au jour où Santa-Ana dégringola du pouvoir. Les Leperos, qui avaient été adorer la jambe du président, furent les premiers à

LE GOUVERNEMENT MEXICAIN. &l la traîner par les rues, se vengeant ainsi du despotisme de leur ancien maître.

Ce général se faisait appeler Altesse, tout président de république qu'il était. Il vit aujourd’hui dans une petite île des Antilles et fait tout ce qu’il peut pour se faire rappeler dans sa patrie. Nous ne doutons pas qu’il ne parvienne à remonter au pouvoir pour en tomber une seconde fois.

Le gouvernement du Mexique a eu un ministre fort habile. C'était M. de la Peña y Peña. Cet homme d'État a publié quelques ouvrages de droit international et soutenu une très-longue discussion diplomatique avec le ministre de France, M. le baron Allaye de Cyprey.

Depuis Santa-Ana, dix ou douze présidents ont tour à tour essayé de faire le bonheur de la république. Ils ont paru et disparu comme des météores et sans donner à l’histoire le temps d'inscrire leurs noms dans son livre d’or.

Il n’existe pour ainsi dire pas d'armée au Mexique. Le gouvernement emprunte sa force à quelques bandes d’Indiens qu’il tâche d’enrégimenter et qui, dans les jours de tourmente, ne manquent presque jamais de se ranger du côté de l’émeute. Ses offciers, à part quelques exceptions, sont peu instruits, peu militaires. Leur nature les pousse toujours du côté d'où vient le désordre. Les généraux aspirent tous à devenir présidents et se disputent entre eux dans les jours de danger. C’est ce manque de toute

discipline et de toute Capacité qui a amené les Américains du Nord victorieux au sein de la capitale du Mexique. La vieille tête du e général Taylor savait concevoir un plan et le faire exécuter par ses hardis aventuriers.

Le soldat mexicain ne manque pas de bravoure : mais il manque de ce courage froid qui fait la solidité des armées européennes. En plaine, il est incapable de tenir une heure contre le choc d’une armée , fût-elle d’un nombre très-inférieur à la sienne, et ce que j’avance ici a été cent fois prouvé pendant la dernière guerre du Mexique avec les États-Unis. M. le comte Radusset de Boulbon a luimême pu, avec une poignée d’insurgés, tenir en échec les troupes du gouvernement pendant bien des mois. Quand on a lu le charmant roman : Une Conversion, on ne peut s'empêcher d’être profondément afigé en songeant à la malheureuse fin d’un écrivain qui, poussé par un esprit aventureux et un caractère chevaleresque , avait été guerroyer contre les Mexicains sans but ni raison et pour le seul plaisir de procurer à son âme de poëte de vives émotions qu’il ne pouvait plus trouver dans sa patrie. — Les Mexicains sont d'excellents cavaliers, propres à poursuivre une armée en déroute, propres surtout à la guerre de partisans ; mais on ne saurait entreprendre avec eux une guerre agressive.

Le gouvernement s'appuie encore sur le clergé, très-riche, très-nombreux et très-influent parmi les

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