‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 64 sur 80 · QE RP TT · texte numérisé non relu

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L'ANTIGU A. 381

bon! c’est bon! mêttez ça là! » et il oubliait trèssouvent de le ramasser.

M. Pivaral était un original, mais un original d’un grand cœur. Si un malheureux se présentait à sa porte, lui si paresseux, si méditatif, si grognon, il se levait avec un empressement tout juvénil, trouvait moyen de se composer un visage souriant et allait recevoir le nouveau venu. Puis, après avoir causé avec lui, il courait à ses buffets, en tirait des aliments toujours bons et les donnait en riant au mendiant. On m’a assuré que cet excellent homme nourrissait presque tous les pauvres de la ville, qu’il les habillait et leur donnait sans compter tout l’argent dont il croyait pouvoir disposer sans trop nuire à la marche de son hôtellerie.

Je veux dire un mot d’une aventure assez désagréable que j'eus à l’Antigua. J'avais pris à Guatemala un domestique ladino, nommé Severino. Ce domestique n’avait pas une très-bonne réputation. On le disait voleur, ivrogne et coureur de mauvais lieux: mais ces défauts-là, les autres domestiques ne les avaient pas moins que lui. Un jour que je lui rendais compte des renseignements que j'avais obtenus sur sa conduite, il me répondit avec un Cynisme qui, dans sa bouche, était presque de la candeur :

— Oui, señor, j'ai été en effet tout ce qu'on s’est plu à dire Votre Grâce; mais aujourd’hui, je suis bien changé. J'aime à vous servir et, depuis trois

mois que je suis chez vous, vous n’avez pas encore eu de reproches à me faire.

— C'est vrai! mais en sera-t-il toujours ainsi ?

— Oui, votre figure me plait, et je ne veux pas que vous me chassiez.

J'étais véritablement satisfait des services de don Severino. Il était propre, actif, intelligent et ne me volait pas ; c’étaient bien des raisons pour que je le gardasse, malgré tout le mal qu'on me disait de lui.

Je l'avais amené à l’Antigua.

Un matin, je vis entrer M. Pivaral dans ma chambre.

— Monsieur, me dit-il, il y a ici des hommes de police qui désirent vous parler.

— Eh bien! monsieur Pivaral, il faut les faire entrer.

Le chef des alguazils arriva bientôt et me dit que don Severino venait de donner un coup de couteau à un domestique. R

— Cela n’est pas possible: m’écriai-je. Où est-il ?

— Il est là, dit l’alguazil. Votre Grâce veut-elle le voir ?

J'allai au-devant de Severino.

— Qu'as-tu fait ? lui dis-je tout de suite.

— Ah! monsieur, me répondit-il, jai fait ce que ces chiens-là vous ont dit (il montrait du poing les alguazils). Mais ne craignez rien, l’homme ne mourra

pas.

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