JANE ET GUATEMALA
turaient en toute liberté. Le bétail d’une hacienda est marqué au fer chaud et peut aller se nourrir partout où bon lui semble; dans ce pays on ne trouve pas d'herbe, et ce sont toujours les feuilles des arbres qui servent de nourriture aux vaches et aux Chevaux qu’on laisse libres. Un propriétaire ne peut jamais dire combien il a de bêtes sur ses terres. Ge qu'il perd de chevaux et de vaches chaque année est énorme. Quand on a besoin de chevaux, on envoie des mozos courir la plaine, et ils doivent saisir au lazo toutes les bêtes qui passent à leur portée. La coutume de marquer les chevaux au fer chaud les défigure beaucoup; car si un cheval passe dans les mains de vingt maîtres, il aura sur les flancs tout autant de brûlures.
Je n'ai vu dans toute la république de Guatemala que deux ou trois fermes bien régies, et encore laissaient-elles beaucoup à désirer, sous le rapport de l’ordre et de l’économie. Les terres qui, très-sûrement et dans beaucoup d’endroits, pourraient produire des fourrages excellents, sont laissées en friche. Personne ne se sert de charrues, de herses, de rouleaux. On laboure avec la bêche et le pic toutes les terres. Il y a des cours d’eau qu’on laisse se répandre en pure perte et qu'il serait pourtant bien facile d'utiliser pour améliorer la nature du sol ; jusqu’à présent, personne n’a songé à en tirer parti. En un mot, l’agriculture est, dans le Guatemala, tout à fait
à l’état d'enfance, et, pour mieux dire, elle n’existe
pas. Quand on veut cultiver un terrain nouveau, on l'incendie et après on le fait piocher par les Indiens; c'est là tout l’art agricole que l’on pratique au Guatemala.
Les grandes haciendas de San Geronimo, du Capetillo, du Naranjo, sont toutes administrées par des majordomes aussi peu intelligents que peu probes. Les propriétaires résident à la ville et ne consentent à venir visiter leurs terres qu’autant qu'ils y sont absolument forcés. 11 résulte de cette apathie que les majordomes font ce qu’ils veulent et que leur administration échappe à tout contrôle.
Les Indiens qui vivent sur les haciendas sont à peu près traités comme les serfs le sont en Russie. Ils doivent fournir tant de journées de travail par semaine et encourir tous les abus de pouvoir du régisseur. Il est vrai qu’ils se vengent quelquefois de ses duretés en l’assassinant; mais ces cas sont heureusement assez rares.
Si le gouvernement de Guatemala s’efforçait de développer l’agriculture en favorisant l’établissement de petites colonies européennes dans l'intérieur de la république, il reverrait, en peu d'années, sa prospérité s’accroître, et il pourrait entièrement civiliser son peuple si malheureux et si digne d’intérêt; mais le gouvernement guatemalien n'aime pas les étrangers, et les soins qu'il met à paralyser leurs efforts ne sont pas de nature à leur donner envie de s'établir dans le pays.
ESCUINTLA. — CHANTEURS INDIENS.