‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 69 sur 80 · BAINS MAGNIFIQUES · texte numérisé non relu

BAINS MAGNIFIQUES

Je ne crois pas qu’il existe dans le monde un lieu plus charmant, plus délicieux et plus admirable que le petit village indien d'Escuintla. La chaleur y est un peu forte; mais on y peut trouver des ombrages élyséens à chaque pas. C’est à Escuintla que les riches Guatemaliens vont passer la temporadà. Hs n’habitent pas les maisons des Indiens ; ils se font construire des cabanes en feuillage que l'on décore de fleurs et de fruits, et c’est dans ces cages charmantes et embaumées qu'ils se tiennent le jour et

la nuit, se balançant dans leurs hamacs, s’enivrant de chocolat et fumant le petit cigare en paille de maïs.

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Tous les matins, la place du village est remplie de jeunes Indiennes apportant des provisions. Elles n’ont, pour tout vêtement, qu'un petit jupon rouge ou jaune et qui ne descend pas plus bas qu’il ne faut. Leurs cheveux, noués par un ruban de couleur vive, flottent sur leurs épaules. dorées ; elles ont la poitrine, les bras et les épaules nus. Il est certain que si l’on passait une crinoline à ces jolies fillettes, on nuirait considérablement à leur beauté. Leur costume est simple, commode, léger, et en parfaite harmonie avec l’ensemble du paysage.

Escuintla est un lieu de plaisirs pour les Guatemaliens. Les Indiens se prêtent à tous leurs caprices, à toutes leurs fantaisies qu’ils leur font d’ailleurs payer assez cher. Une hutte en feuillage ne coûte pas moins de deux cents piastres par mois; un joueur de marimba se fait payer quatre ou cinq piastres par soirée.

Maximo m'avait logé chez l’alcade du village. J’y étais fort bien. Sept ou huit fois par jour, la belle Concha, fille de mon hôte, venait m'apporter des sorbets, du tiste ou du chocolat. Elle avait des dents | de nacre, des yeux de velours et des épaules de | Vénus, de Vénus coulée en bronze.

| Un soir que je me balançais dans mon hamac, | humant l'air frais et embaumé par les fleurs de | citronniers, Maximo arriva avec deux jeunes garçons qu’il fit arrêter à la porte de ma chambre.

— Señor, me dit-il, ces garçons savent chanter,

et si Votre Grâce veut les entendre, je crois qu’ils pourront la distraire un moment.

— Mais, Maximo, je n’entendrai pas ce qu’ils me chanteront, répondis-je.

— Oh! que si! répliqua-t-il. Ils ont la voix belle et douce, écoutez-les, je suis sûr que vous y trouverez du plaisir.

— Fais-les donc entrer!

Maximo donna ses ordres aux chanteurs qui prirent leurs guitares de dessous leur sarap etse mirent à en tirer cles notes pour les accorder.

La fille de l’alcade entra bientôt, et elle me dit de sa douce voix :

— Oh! cantan mug bonito, señor ! (Oh! ils chantent joliment, monsieur.)

— Eh bien! dis à ton père et à tes petites sœurs de venir les entendre.

Toute la famille arriva bientôt sur l'invitation de Conchita ‘.

Je n’ai pas à déclarer ici que la musique des chanteurs d’Escuintla ne vaut pas celle de l'Opéra. Ils chantaient en indien et en faisant gémir sous leurs doigts leurs détestables guitares. Tout le monde applaudissait à leurs cris et reprenait les derniers mots de chaque couplet.

Quand le concert fut terminé, je priai Maximo de

1. Conchita est un diminutif de Concha. Presque tous les noms espagnols se modifient ainsi. Conception fait Chon, Josefa fait Pepa, Manuel fait Lico, Jose fait Pepe, etc.. etc.

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me traduire les chansons qu’on avait dites ; ii le fit de très-bonne grâce, et je puis en donner ici une reproduction presque littérale.

Voici la première. Elle est très-populaire dans tous les pueblos, et on la chante particulièrement à la cote":

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