LE GOUVERNEMENT MEXICAIN
populations indiennes et ladinas. Grâce aux jongleries qu’il emploie, il parvient à fanatiser et à Corrompre l'esprit du peuple et à le tenir dans un état de dépendance qui le rend docile à la voix du moine et du prêtre, et le dispose à être l'instrument aveugle de ses passions. L’immoralité du clergé mexicain ést incontestée. Il est rare qu'un prêtre n'ait pas une maîtresse, plus rare encore qu'il n’en ait qu’une. On peut voir dans chaque village où il y a un curé plusieurs enfants de diverses femmes qui s’intitulent tout naturellement « los hijos del padre. » Les prêtres, spéculant sur la crédulité d’un peuple peu éclairé et fou de spectacles, inventent des fêtes, forment des congrégations dont le but est toujours de faire entrer des piastres dans leurs caisses. Le pauvre Indien ne sait rien refuser à son curé. Il est toujours prêt à lui acheter son eau bénite et ses absolutions: mais sa dévotion ne Île moralise pas. Il croit que le padre a le pouvoir d’absoudre tous les crimes, et qu'avec quelques piastres il pourra toujours lui acheter un passe-port pour le paradis. C’est cette croyance qui le mène hardiment aux pieds du prêtre, tenant d’une main son couteau souillé de sang et de l’autre la puissante poignée de piastres qui doit lui obtenir le pardon du meurtre qu’il a commis.
Le gouvernement, pour avoir l'appui du clergé, est obligé de fermer les yeux sur ses vices et de le laisser pervertir et fanatiser l'esprit du peuple. Il
passe la rhubarbe au clergé, et le clergé lui passe le sené.
J'aurai, durant le cours de ces notes, plus d’une fois l’occasion de reparler des prêtres de l'Amérique espagnole, et je dois me borner à dire ici que tout gouvernement qui prend pour auxiliaire un clergé corrompu et ambitieux est un gouvernement qui ne peut amener dans son pays que l’anarcliie et la dépravation. |
Les Mexicains, malgré la fréquence de leurs révolutions, ne manquent pas de patriotisme. Leur nation est, à leurs yeux, la nation la plus glorieuse qui existe sur la terre. Qu'un ennemi puissant menace leur patrie, vous les verrez accourir de toutes parts, brandir leurs armes, huiler leurs lazos et chanter, dans des vers qui ne manquent ni d’énergie ni de beauté, la gloire des ancêtres et des héros mexicains. Mais tout ce bel élan populaire est toujours sans résultat. Il n’est point de chef qui sache utiliser l'enthousiasme de ce peuple, brave jusqu’à la folie et féroce jusqu’à la bestialité.
Le Mexicain est orgueilleux et vaniteux. 11 aime à être et surtout à paraître magnifique. L'or et l'argent reluisent sur son costume; il coud le long de ses larges pantalons de velours toutes les petites monnaies d’or qu'il peut se procurer; sa veste, trèscourte et très-ouverte, est chamarrée de broderies : son chapeau, ‘en feutre jaune, est orné d’un large galon d’or avec des grelots de même métal de cha-