TULA
Tula, la belle fille, aux dents blanches, aux yeux d’or, Aimait à courir dans les bois, dans les bois d’alentour ; Les fleurs qu’elle cueillait pour orner ses cheveux Sous l'éclair de ses yeux paraissaient plus charmantes. Tous les petits oiseaux, tout vêtus de lumière,
En la voyant, venaient baiser sa jolie bouche;
Ils se posaient chantant sur son épaule ronde
Et de leurs ailes d’or rafraichissaient son sein.
Les tigres accouraient et lui léchaient les pieds ; #1 Ils cachaient avec soin leurs ongles pour la toucher... Tula, la belle fille, était l’amie des bêtes:
Oiseaux, tigres, serpents adoraient sa beauté.
Mais un jour au village vint un beau cavalier : Il donna à Tula un collier de corail.
C'était un don maudit; car elle perdit son âme
Et se prit à aimer l'étranger de malheur.
Celui-ci l’emmena bien loin dans son pays,
Et pour d’autres amours bientôt il la quitta.
Tula, la jolie fille, aux dents blanches, aux yeux d’or, Revint comme un fantôme errer dans ses vieux bois. Les oiseaux qui jadis jouaient dans ses cheveux
ESCUINTLA.
Et qui venaient baiser sa jolie bouche
Ne la reconnurent plus, tant elle était changée.
Et les tigres, jaloux qu’elle eût donné son cœur
Au maudit étranger, soudain la dévorèrent.
— Il faut aimer dans son pays et fuir les séducteurs!
Cette chanson a un refrain que je ne peux rendre en français. Il n’est, en quelque sorte, qu'une suite de notes sans signification et qui n’a pour effet que d'exprimer un sentiment triste. Maximo m'a assuré qu’il n'avait aucun sens et qu'il ne le pouvait rendre
en espagnol.
Le voici tel qu’on le dit:
Tile, tileque Machixil oukla milexchixtil !
Tile, tileque Machixil oukla milexchixtil !
Les Indiens chantent tout bas des chansons contre les gens du gouvernement de Guatemala. Il y en a une sur M. Carrera que je regrette de ne pouvoir transcrire ici. Elle est remplie de gros mots que ma plume ne pourrait écrire ; mais je vais Copier la traduction d’une satire contre les padres. On me l'a chantée à Escuintla, et tous ceux qui l'ont entendue et comprise l'ont fort applaudie :
Petites filles, jeunes femmes,
Allez vous baigner dans la rivière,
Mais battez bien l’eau pour que son écume Couvre vos beautés que le curé guette.
Chuhoch machli, hunaæilitique æiloteque.
Chuhoch machli, hunaæilitique æiloteque.
426 MEXIQUE, HAVANE ET GUATEMALA. à
Petites filles, jeunes femmes,
Mettez des fleurs dans vos cheveux ;
Mais que ces fleurs aient des épines
Où le curé piquera ses doigts,
Chuhoch machli, hunaæilitique æiloteque.
Chuhoch machli, hunaxilitique xiloteque.
Petites filles, jeunes femmes,
Ne dormez pas près de l’église,
Car le curé vous ferait voir
En‘Songe:. 2%... nee
Chuhoch machli, hunaæxilitique æiloteque.
Chuhoch machli, hunaæilitique xiloteque.
Petites filles, jeunes femmes,
Ayez des réaux et des piastres,
Et le curé vous offrira
Les clefs de son vieux paradis.
Chu'och machli, hunaxilitique xiloteque.
Chuhoch machli, hunaxilitique æiloteque.
On a dit que la poésie était un ingénieux non-sens, et c'est Newton, le grand Newton lui-même, qui a dit cela. La poésie est l'expression des sentiments d’une nation, et méconnaître la puissance qu’elle a exercée sur le monde, c’est commettre une faute que tous les philosophes ne sauraient couvrir. La poésie a fait des héros, le positivisme n’a fait que des négociants.
Les Indiens ont des poëtes et même des poëtes fort malicieux, et tout ce qu’on a dit de leur stupidité, de leur déraison, est tout à fait stupide et HÉAISONNADIE A RE Ne tn nt