‹ Mexique: quatre lettres au maréchal BazaineChapitre 3 sur 25 · TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE

Du 2 juin 1865.

Je reprends et j'attaque ma thèse. Pour établir Tordre compatible avec les conditions d'interruption et de décousu où j'écris, j'essayerai de traiter séparément les divers chefs de son énoncé.

L'Intervention était absurde. — Ici j'entends strictement, par intervention, l'invasion dfu pays en vue d.'y établir un ordre de choses à la guise de la puissance envahissante. Cela va de soi.

Quel but se proposait l'Intervention?

La critique, qui veut être raisonnable, doit être libérale, et peut-être même ne serai-je que juste en admettant, parmi les motifs intégrants que je vais rechercher, une vue élevée, appartenant véritablement à la haute politique.

Les deux races, la mexicaine et Tanglo-saxonne, sont contrastées en mineur et en majeur. La dernière, dans l'état encore fort grossier de développement où elle se trouve, surtout vers les frontières par où elle accomplit sa rude conquête sur la nature sauvage , dévore ce qu elle rencontre. Malgré les intentions généralement bienveillantes et les mesures protectrices du gouvernement central envers les Indiens, l'Indien disparaît comme le Buffalo devant la marche de Yindividu anglosaxon. C'est le fait. La race mexicaine est donc menacée d'engloutissement par le flot qui avance sur elle.

La pensée de détourner ce flot, de préserver, sur le continent américain, l'existence et l'avenir des races, je ne dirai pas latines, mais de langue latine, constituait donc en elle-même une vue élevée et de politique vraiment humanitaire, — ce mot n'étant nullement susceptible ici d'un sens sentimental et sur lequel il soit donné à l'ironie de MM. les gens d'esprit de la politique pratique de mordre le moins du monde, ils y useraient leurs petites dents, — il signifie la politique qui a en vue l'aménagement des grands intérêts de l'espèce humaine sur son globe; — politique qui est, à cette époque, et sera de plus en plus à l'avenir la

seule qui 'payera — dirai-je, pour parler la langue et les sentiments de la politique pratique — et pourvu qu'on ne tienne pas exclusivement compte des payements au comptant, qu'on songe aux échéances.

Cette idée supérieure, je ne demande pas mieux que de l'inscrire au crédit de l'intervention (soit (7^.); malheureusement, je le montrerai, tout à l'heurei il y a à peu près vingt-sept ans que la politique pratique a laissé échapper la helle occasion d'accomplir cette œuvre.

B^, Si la critique doit être libérale, il faut aussi qu'elle soit stricte, c'est pourquoi à côté de la vue supérieure que j'ai, sans discuter, inscrite au crédit de l'Intervention, j'en dois inscrire, à son cl^éhity une inférieure, et celle-ci, acquise et prouvée : Une jalousie formelle de l'extension des États- Unis, un désir avéré de contre carrer l'accroissement de leur grandeur et de leur puissance.

L^, Malheureusement encore, ce dernier énoncé est, en ces termes, incomplet et simpliste, et il faut inscrire sur le même sujet cet autre chef au débit : L'envie de détruire cette puissance, d'aider à la diviser et d'inoculer à ce Continent le virus constitutionnel qui, sous le titre pompeux à*équilihre européen^ est, çn politique générale^

la cause de la diathèse épileptique des États du vieux inonde, de ses guerres et de ses misères.

I)^, L'intention de se faire, directement ou indirectement et du plus au moins, ce que j ai appelé ses Grandes-Indes en Amérique : vue probablement mal définie, sujette à être modifiée par les éventualités, les futurs contingents, mais très caressée à l'état d'espoir vague.

Peut-être quelque bénéfice, en Europe, du cadeau d'une couronne en Amérique, fait à une famille souveraine avec laquelle on était en compte courant (mémoire).

i)^. L'intention d'occuper les esprits, de faire rimer gloire et victoire, d'avoir son petit pendant à l'expédition d'Egypte , et enfin , pour vous- MM. les enfants gâtés, les militaires, d'entretenir la culture des épinards — spécialité du portegraines.

D^. Celle de donner, en ayant l'air de venir au secours de l'autel et du catholicisme au Mexique, une satisfaction (passagère, un leurre) à la cour pontificale et au parti dit religieux en France, dans le vain espoir de la rendre plus traitable en Italie ou en France même.

D^. L'intention, enfin, que l'on chérissait certainement et tenait pour une vue capitale, de

haute politique européenne et de haut avenir A' inoculer la monarchie à V Amérique septentrionale,

C^. Terminons maintenant, comme nous avons <3ommencé, par un article au crédit : le désir bénévole et incontestable de donner au Mexique de la stabilité, de l'ordre matériel, de ladministration régulière, de la justice quelque peu juste, etc., enfin des améliorations civiles et économiques tant qu'on le pourrait.

Telles ont été — sauf les vues spéciales qu on pourrait tirer par détail ou subdivision, comme la possession d'un passage d'Atlantique en Pacifique par le Téhuantepec, etc., etc., — tels, dis-je, ont été les chefs principaux de la pensée de l'Intervention ou qui la couvrent suffisamment. — Eemarquez que je n'ai pas dit un mot des petites raisons féminines, ni des gros pots de vin eu perspective, ni des spéculations des hauts et bas personnages, ni des dignes intrigues de those aiout one, ni enfin de toutes les spttises et de toutes les vilenies qui ont amené, déterminé, Câ^î^^^ la guerre; nous serions tombés dans l'immonde, et je n'ai pas besoin de tout cela pour ma thèse. Je ne fais que de la politique, restons parlementaire. L'histoire, d'ailleurs, n'est-elle pas une bégueule qui prétend

marcher tout à travers les hautes choses de cette société-ci sans mettre jamais le pied dans — disons dans l'ordure? Respect à son cothurne immaculé ! — Examinons les articles.

Le premier article du crédit C est tout à fait selon mon cœur et compte même au nombre de mes anciennes amours. Quelque temps après la déclaration d'indépendance du Texas, les États- Unis en ayant refusé l'annexion, les envoyés de la jeune république en vinrent demander la reconnaissance à Y Angleterre, et, plus tard, un traité d'alliance offensive et défensive (vis-à-vis le Mexique) à la France et à l'Angleterre. Parmi les nôtres, en ce temps-là, il en était un qui avait l'œil sur tout et sur bien d'autres choses encore, mais particulièrement sur l'Amérique espagnole, qui passait même pour un rêveur dans notre monde de rêveurs, mais dont les fouillis d'idées contenaient souvent, à mon sens au contraire, des diamants et des perles , — l'empereur , par parenthèse , est en train d'exécuter plus ou moins correctement, pour refaire Paris, depuis dix ou douze ans , les plans palingénésiques que nous rédigions ensemble, il y en a plus de vingt, sur rédilité de la capitale. Avisé, donc, par mon

pauvre Per , j'eus la chance de développer

alors les vues du crédit C dans des articles qui ne furent pas sans produire quelque impression, et que Lamartine, entre autres, voulut bien traiter avec beaucoup d'honneur. Lamartine, il est vrai, quoiqu'il fût alors dans toute la force de son esprit et de ses plus nobles aspirations, peut être classé aussi dans les visionnaires, et je me ferais peut-être en l'invoquant une pauvre recommandation. Cependant comme il a, en trois mois, fait» sauvé et perdu une Eépublique, on ne saurait lui refuser absolunjient toute place dans la politique pratique.

Quoi qu'il en soit, c'était alors, — il y a 27 ans à peu près, vous disais-je — le moment d'élever, sans hostilité aux États-Unis, la digue protectrice des races de langue latine en Amérique. En effet :

Le Texas était un pays capable d'une grande population et d'une grande richesse, ayant retendue de la France.

La population qui en avait déclaré l'indépendance et l'avait maintenue contre le Mexique était mêlée d'Américains, d'Européens et de Mexicains.

La république texienne pouvait attirer directement, des États-Unis et d'Europe, un flot consi-

dérable d emigrants, d'Europe surtout si Ton y eût un peu aidé en détournant une partie du flot normal que l'Europe envoie annuellement en Amérique — ce qui était facile comme ce serait facile à prouver.

La population américaine elle-même ne se souciait pas trop de l'annexion ; elle ne l'avait demandée que contrainte et forcée, et la moindre protection européenne contre un retour offensif du Mexique eût assuré l'existence indépendante de la république du Lonestar^

Aux États-Unis un parti très fort, celui qui triomphe en ce moment de la formidable insurrection de l'aristocratie du Sud, ne voulait de l'annexion à aucun prix.

Il était donc très facile à la France et à l'Angleterre, — aidées par l'Allemagne qui, à elle seule, était prête à remplir le Texas de ses emigrants, — d'y fonder un empire puissant, une République neutre , naturellement interposée entre les États-Unis et le Mexique, couvrant celui-ci, en pleine sympathie avec ceux-là, ouvert, sans tarifs quasi prohibitifs comme ceux de la

* L'Étoile solitaire, par opposition aux étoiles dont est semé le drapeau de l'Union en nombre égal à celui des États.

{Note de V éditeur.)

fédération , au commerce et aux influences légitimes de TEurope, etc. La digue était posée au Sud des États-Unis et de la race anglo-saxonne et le flot de la marée montante dérivé tout entier vers rOuest.

Que si alors l'Europe eût aidé les races américaines de langue latine, par une influence intelligente et bienveillante, à dépouiller la robe du centaure que leur avait laissée la domination espagnole en expirant sous leurs coups, le continent américain tout entier, adonné à la production et au développement des immenses richesses virtuelles qu'il contient, devenait un immense atelier dé travail bien divisé, une source énorme de richesse pour le monde, un champ sans limite ouvert au trop-plein des populations de la famélique Europe et était ainsi tout préparé, sans sacrifier ou léser aucun des éléments de sa variété y mais au plus grand bien de tous au contraire et par voie de fédération pacifique, à réaliser son unité. — Cette unité se réalisera toujours, sans aucun doute ; mais il est à craindre aujourd'hui que ce ne soit par la voie brutale de l'usurpation ou de la conquête et au prix de la subjugation effective, du submergement et peut-être de l'extinction, dans un temps donné, de ses races mineures.

Et pourquoi ces petits accidents? Parce que la chose a dépendu de la Politique sérieuse; que M. le comte Mole, M. Guizot et lord Palmerston, qui l'ont eue entre les mains, ne Vont vue que de son méchant petit côté négatif (empêcher un agrandissement des États-Unis); qu ils ont conséquemment perdu le temps à des méticulosités et à des niaiseries, et que les États-Unis s'étant ravisés, (une ou deux voix de majorité je crois dans le Congrès) ont escamoté à la poste — oui, à la poste! — Talliance offensive, défensive et trop tardive de ces messieurs. — Toute cette histoire est fort curieuse et mériterait d'être racontée.

Il y a donc 27 ans que la belle occasion de réaliser l'objet du premier article du crédit a été manquée, et, pour en finir avec le crédit tout entier, je dirai, d'un temps, qu'en accordant volontiers à l'Intervention la pensée des articles C^et C^ portés à son Avoir, ces articles n'y doivent figurer qu'à titre d'intentions bienveillantes et d'accessoires. L'intérêt égoïste est encore trop exclusivement le principe recteur de la Politique sérieuse pour qu'il soit permis de faire, h son bénéfice^ de ces sortes d'intentions, des motifs déterminants : elle pourrait, suivant les cas, s'en fâcher ou en rire.

Mais où vais-je, bon Dieu! Je cause, et mon

sujet à ce train-là demanderait un volume. Écrivant de bric, et de broc, je ne puis le tenir en bride comme un travail continu. Je vois que la discussion abrégée de tous les motifs de Tlntervention articulés ci-dessus me mènerait trop loin, et je vais essayer de bloquer seulement les principales raisons parmi celles dont l'examen établirait, plus en détail, l'absurdité qu'il s'agit de démontrer.

1° Les sympathies des populations mexicaines avant la guerre étaient toutes pour la France et les Français, les antipathies pour les Américains au premier chef, au deuxième pour les Espagnols et, presque ex œquù^ pour les Anglais. — Les Réformes du gouvernement libéral, d'ailleurs, étaient la reproduction de l'œuvre française de 89. Par voie d'amitié et, au besoin, d'alliances, ce peuple et son gouvernement, aidés et appuyés par l'empereur, eussent fait spontanément, en pleine liberté de volonté et de gaieté de cœur, tout ce que celui-ci pouvait désirer en Amérique en faveur des races de langue latine et dans l'intérêt spécial de la France elle-même. Influence prépondérante, avantages de commerce, concessions, champ d'émigration, réorganisation du pays, tout était

ouvert, grand ouvert et facile à Tempereur par cette voie au Mexique. On peut presque dire que s'il voulait un Mexique français, par cette voie il le pouvait avoir. C'était là le chemin des bonnes Qrandes-Indes en Amérique.

Faire la guerre pour enfoncer une porte ouverte, première absurdité. Faire cette guerre quand la guerre ne peut que faire fermer cette porte, deuxième absurdité. — Ne comptons que pour une bonne.

2° Le parti pris d'intervention , c'est-à-dire d'une guerre réalisant ici la situation du loup et de l'agneau, odieuse et par conséquent absurde, même en politique, par son odieux, quand elle ne se justifie par aucune nécessité ni aucune utilité, qu'elle est même moins que gratuite; le refus de traiter avec un faible contre qui l'on prétendait des réclamations auxquelles il se déclarait prêt à faire toutes les réparations qui seraient reconnues légitimes; les mensonges honteux, les effronteries accumulées les unes sur les autres pour se donner des prétextes, enfin toute cette immonde diplomatie des et des .... dont j'ai dit

un mot plus haut, constituaient un ensemble bien fait pour tourner contre l'œuvre proposée à l'opinion publique en France, pour déconsidérer dans

lopinion du inonde le gouvernement qui employait de tels moyens, et pour susciter contre son entreprise, au Mexique, tous les éléments qui n'y étaient pas radicalement pourris, c'est-à-dire toutes les forces vives du pays. Or, la politique est l'art de diriger les forces sociales vers le but proposé. — Absurdités considérables.

3° L'alliance, conséquemment forcée, avec cette pourriture, et l'indispensable nécessité où l'on se trouverait, aussitôt que l'on aurait réussi avec le secours illusoire et purement nominal de tels alliés, d'en trahir les passions et les intérêts, de tourner conséquemment contre l'œuvre, quand il s'agirait de l'asseoir et de la développer, les traîtres que l'on aurait trahis, le parti catholique qu^ l'on aurait leurré, tous ces intérêts et ces éléments enfin qui, insignifiants pour la conquête devaient devenir très embarrassants après; — autre absurdité des mieux caractérisée.

4° La certitude — on devait l'avoir avant l'entreprise, et l'ignorance, en politique, est déjà une absurdité — la certitude, dis-je, que Ton dresserait ainsi contre son œuvre, non-seulement l'opinion publique éclairée (celle qui compte toujours à la longue) de la France et du monde entier ; nonseulement tous les éléments intérieurs du Mexi-

que; non-seulement les mécontentements et les jalousies des alliés de la triple alliance, Espagne et Angleterre, que Tinsuccès pouvait seul ici contenter ; mais l'Amérique du Nord — Nord et Sud — qui à elle seule devait suffire, et au delà, pour empêcher, dans un temps donné, la France et n'importe quelle puissance européenne de rien foncier ici de stalle^ par la force, à côté d'elle et malgré elle. — Absurdité des absurdités.

Les avocats de la chose diront qu'on ne savait pas..., qu'on pouvait espérer.,., qu'il paraissait bien probable que l'Amérique du Nord allait se dépecer... Mais n'entrons pas encore dans l'examen de ces absurdités flanquées d'une autre plus grande encore dans la donnée de la chose, je veux dire la conduite que l'on a tenue vis-à-vis des États-Unis et celle que l'on n'a pas tenue avec les États soi-disant confédérés — Il faudra bien cependant l'aborder, cette question américaine qui se dresse à chaque pas et devant laquelle je recule par frayeur du ruisseau d'encre qu'elle doit faire couler sur mon papier si je m'y laisse prendre. Avoir compté sur le triomphe du Sud! et ce triomphe étant jugé indispensable à l'entreprise, n'avoir rien fait sérieusement pour l'attirer, quand il en pouvait paraître temps encore ! ! !

Dans les données de l'Intervention donc, les moyens étaient contradictoires au but, l'œuvre conséquemment impossible, c'est pourquoi je l'ai dite politiquement absurde. — Si je n'ai pas donné une démonstration aussi régulière et complète qu'on le peut faire, voilà du moins des énoncés suffisants pour indiquer comment on le pourrait établir. Passons au second chef de la thèse.

L'Empire de Maximilien, comme œuvre de l'Intervention , était absurde , c'est-à-dire

IMPOSSIBLE DANS LES DONNEES DE l'InTERVEN- TION.

En bonne logique, la démonstration de ce chef est implicitement contenue dans celle du précédent. Faisons-en cependant un examen direct et explicite.

Maximilien, arrivant au Mexique, avait pour tâche obligée, forcée, indispensable d'y réunir autour de lui les forces nationales. Très bien.

Les Bourbons rentrant en France y étaient des princes français. Ils avaient pour eux une tradition séculaire, un parti historique, un clergé sérieux et toutes ses influences. L'épuisement, les malheurs et les folies de la seconde et dernière

partie de l'Empire leur livraient la France. Le régime de la Charte, enfin, convenait bien autrement aux idées et aux intérêts de la Bourgeoisie que le despotisme de l'Empire. Mais ils étaient revenus — seulement revenus — avec l'étranger, et la Bourgeoisie elle-même ne le leur a jamais pardonné.

Maximilien est un prince étranger au Mexique, dont l'existence et le nom même y étaient absolument inconnus.

Une guerre, non point justifiable et logique comme la réaction de l'Europe contre la tyrannie européenne de Bonaparte, mais méprisable dans ses prétextes, méprisable dans ses procédés, odieuse atout ce qui était capable de quelque sentiment au Mexique, l'a imposé à ce pays.

Enfin, et comme si une origine de force franche n'eût pas suffi à le faire choquant et inacceptable au sentiment national, l'Intervention avait gratuitement ajouté, à l'adresse de ce sentiment, l'insulte et la force dans ce qu'elles ont de plus méprisant — mais aussi de plus méprisable. Une poignée de traîtres et de quelques pauvres diables, réunis bon gré mal gré par un Bilboquet diplomate, dont la main tenait ostensiblement les ficelles, n'a-t-elle pas été donnée au Mexique et au

inonde comme la représentation nationale de la volonté souveraine et spontanée du Peuple mexicain? — Ce n'est pas même l'Intervention qui a offert la couronne à Maximilien ; elle la lui a fait offrir par ce Pigman^ plus déconsidéré encore au Mexique qu'au Texas ; c'est par celui-ci qu'elle a fait baptiser Maximilien; et c'est là ce que le Mexique devait reconnaître comme son grand électeur, le représentant de sa nationalité!

Ce qu'il pouvait sortir de sentiment national au Mexique, l'Intervention et la guerre l'ont développé. En ce sens l'Intervention a été bonne au Mexique. Tout ce qui pouvait s'y allumer de fèu et s'y tendre de fibre nationale, l'Intervention et Puebla l'avaient allumé et' tendu.

De sorte que tout ce dont le Mexique était capable, en patriotisme et en résistance, par la guerre, par sa conduite de la guerre et par ses indignités diplomatiques, l'Intervention l'avait chargé et armé d'avance contre le trône qu'elle devait faire offrir par un valet à Maximilien.

Le parti opposé — les traîtres, le clergé, l'ancien régime et tous ses abus, — parti sans force pour soutenir , que Juarez seul , et de Vera-Cruz, avec le principe du droit et son frac noir, avait culbuté dans toute sa gloire • — , mais parti très

fort pour créer des embarras à qui ne le réduit et ne le tient pas ferme et délibérément, ce parti, l'Intervention le donnait pour allié et pour parrain à Maximilien dont le premier intérêt et le premier devoir ne pouvaient être autre chose que d'en trahir les expectatives et d'en faire ainsi Tenuemi le plus intime de son empire.

L'Intervention avait enfin ouvert de ses mains,, en y entrant de ses pieds et y faisant de sa tête, la porte du Mexique aux États-Unis, la porte la plus large et le chemin le mieux nettoyé pour y entrer, à leur moment, en pleine légitimité, enseignes déployées et en force irrésistible — irrésistible , l'Europe tout entière, je le répète, pûtelle se mettre d'accord pour s'y opposer. — Ce sujet, que je redoute, qui comporterait à lui seul des développements si considérables, donnerait aisément la valeur du terme [indiqué comme le produit des deux impossibilités dans l'énoncé de n[ia thèse. L'Intervention, en effet, devait susciter et a suscité au Mexique, contre l'empire, son œuvre : 1° Toutes les forces intérieures, les forces mves et les forces mortes (celles des deux partis) ; 2° les forces extérieures c'est-à-dire les forces américaines du Nord et même le sentiment continental américain at large ; 3** enfin, elle devait

unir ces forces jusque-là divisées, et les multiplier les unes par les autres. — Toutes les impossibilités réunies en facteurs.

Je voudrais bien savoir ce que l'Intervention, dans ses idées, dans la spbère de sa connaissance, dans le riche domaine de sa politique, laissait à Maximilien pour fonder un empire au Mexique et l'y soutenir ! Je voudrais, par Dieu, bien le savoir ! — Mais, en vérité, ce n'est pas bien difficile de le savoir et je le dirai tout au long tout à l'heure*

Je crois que, sur la première moitié de ma thèse, l'absurdité politique de l'Intervention et les impossibilités de l'empire de Maximilien dans les données intrinsèques de celle-là, j'ai indiqué assez d'éléments de démonstration et queje peux passer à la seconde. Abordons-la.

Page 1