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LES HUGUENOTS. - LE CAMP DE SILÉSIE. - STRUENSÉE

Prèsdeciii([ années st'[)arent A.r\ If/z'/ur/iu/s de liohi'rt . Nombre des mélodies composées par Meyerbeer à divers moments et publiées en 1841) sous forme de recueil, datent de cette époque ou l'ont précédée. On n'y retrouve, à vrai dire, (jue jjimi de ses grandes (jualités, qui avaient besoin d'une scène et d'une action suivie pour se développer à l'aise ; et plusieurs de ses défauts, comme le manque de suite dans l'idée mélodi(|U(', s'v moiiti'eiitsensibles.Mais (lUfliiuespagesoUit'iil encore un intérêt captivant, soit qu'un sentiment sincère les rehausse, soit qu'une éuiotion et une ampleur vraiment di'amati(|ues évotjuent pour elles la scène même.

Je citerai ainsi, iTune part : les deux lieder de llcine. Die Rose, die Lilie..., et, surtout, Komnt (guide au bt>rd ta nacelle), vifs et légers; la barcarolle de Mii'hel Heer, Mina, d'un rvtlune populaire tri's heureux ; la Canzona

italienne, qui a une grâce délicate ; la ballade de Méry, La Fille de l'air, dont la finesse rapide est pittoresque ; Les feuilles de roses, d'un tour piquant : Sur le balcon, élégant, avec ses effets de théâtre; Fantaisie, dont la légèreté est soulignée par un curieux accompagnement; — de Tautre : des scènes développées comme Le Poète mourant, aux accents très variés; La Chanson de Maître Floh, bouffonnerie très réussie et dun rythme original; Le Vœu pendant l'orage, dune grande ampleur svmphonique ; Le Pénitent, plein de caractère ; La Dame invisible, chanson persane, sorte de scène romantique à deux personnages, fort originak* d'accompagnement ; Le Ranz des vaches d'Appenzell. chanson suisse à deux voix, dun tour amusant, mais un peu trop développé...

Je note encore dans le recueil quelques inspirations toutes religieuses, d'un beau caractère, comme l'austère Cantique du Trappiste, la Prière d'enfants, pour trois voix a capella, et le Chant du Dimanche, qui a de l'ampleur.

Les Huguenots ont été entrepris au lendemain même de Robert. Meyerbeer en emporta le livret à Berlin, et se mit aussitôt à l'ouvrage. C'est à des circonstances spéciales qu'est dû le retard qui fit attendre la première représentali(»n jus(ju'au 26 février \KM\. Le docleur Véron avait jugé bon de lier l'artiste par un traité qui stipulait un dédit de 30.000 francs en cas de retard. Prétendre assigner des délais fixes à Meyerbeer était le pire moven d'obtenir l'achèvemenl diinc o'uvre. Mais d'ailleurs le hasard s'en mêla : M""" Meyerbeer tomba malade, ri, [»our sa guérison. un séjour en Italie fut

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juii'é nécessaire. Meyerbeer n'iiésita pas : il déclara qu'il conduirait lui-même sa femme à Milan, et (jue les études, à l'Opéra, attendraient son retour. Véroncrut le retenir en réclamant le dédit... Le maître pava sans mot dire, mais il reprit sa partition, (ju'il venait justement d'apporter, à peu près achevée. Et pour la ravoir, dès lors, ce fut toute une affaire ! En fait, jamais Meyerheer ne l'aurait livrée si Yéron était resté directeur. 11 fallut, pour le décider, que Duponcliel, dont il avait déjà pu apprécier la collaboration ingénieuse et fidèle, prît à son tour les rênes du théâtre : encore ne fût-ce pas sans peine. Une lettre de Meyerheer à Scribe, en date du 2 juillet 1834, laisse entendre (|u"il songeait à porter son œuvre à rOpéra-Comi([ue.

Les répétitions, d'autre part, lurent longues et miiuitieuses. Meyerbeer ne laissait rien passer ([ui ne fût au point, et plus d'une page sul)it des remaniements, parfois une refonte complète. On sait qu'il récrivit ainsi tout le finale du (juatrième acte, le fameux duo qui reste l'une de ses plus pures inspirations. C'est à Nourrit qu'il en dut en quelque sorte la conception : ce grand artiste avait une sûreté de goût inappréciable, aux répétitions, et déjà sa collaboration à l'une des pages capitales de La Juive s'était montrée décisive pour l'œuvre de Halévy. La scène (|ui rapproche, à cet endroit de l'action des HugiiPiiots, Valentine et Raoul, lui parut si maladroite et même si iiiconx cnanlt', qu'il se refusa absolument, et M"" Falcon avec lui, à la jou«'r telle quelle. En même temps, il indiqua de quel carac-

tt'i'e, selon lui, elle devrait être empreinte et quelle évolution elle devrait suivre. Scribe ne voulut (Tailleurs rien modifier ; il fallut qu'Emile Deschamps se chargeât d'écrire toute la nouvelle scène, service dont Meverbeer, enchanté, sut lui tenir compte, en lui attribuant discrètement une part d'auteur sur ses propres droits.

D'assez nombreuses coupures furent pratiquées , d'autre part, dans les rôles de Yalentine et de Saint- Bris, dans les jeux des seigneurs, au début, dans les danses... ; sans oublici- le pcrsoiniape de Catherine de Médicis, destiné d'abord à présider à la Bénédiction des poignards, et qui disparut complètement. Meverbeer avait d'ailleurs une tendance naturelle à composer plus de musique (juil sentait n'être nécessaire, ou à écrire plusieurs variantes duii même morceau, (juitte à sacrifier ou choisir, selon l'elfe t de scène.

Le livret des Huguenots ne brillait guère plus que celui de Robert par l'unité et l'harmonie de l'action. Ce n'est pas sans fondement (ju'oii a pu diie (jue si cet opéra a quehjue chose d' « histori(jue », dans son genre, c'est Meverbeer qui l'y a ajouté ; non pas au moyen des recherches d'une vaine archéologie musicale, mais en évoquant l'impression d'une ambiance hist()ri({ue . L'œuvre est surtout humaine; et c'est dans la tenue des caractères et l'expression des passions qu'elle est le plus vivante, qu'elle olfre le plus de véritable intérêt (lramali(|ue. Et celte éhxjuence inconleslable. irrésistible en (inel(|ue sorte, c'est bien ;i Mex crbecr seul (|u'elle le doit. \'A\ ce sens, il \' a un progi'ès ('\ ident. de foi'Ce

et d'aiiipleur, sur Robert le Diable ; il v a plus de sûreté aussi et une couleur plus séduisante dans l'effet théâtral, l'emploi des hors-dVje Livre pittoresques, l'épanouissement des niasses vocales... Avec ses «auclieries et ses invraisemblances, le sujet prêtait au musicien une étoile dont celui-ci a tirc' tout le parti imaginable.

Pres(|ue tous les peisonnaucs ont une tenue musicale et une homogénéité d'expression qui les rendent intéressants en eux-mêmes ; ils sont vivants, ils restent gravés dans la mémoire comme des types. 11 y a conformité parfaite entre leur caractè-re et le style de leur expression lyrique : ils chantent ce qu'ils doivent chanter. Ce n'est pas un petit mérite, et Meyerbeer l'a rarement eu au même degré qu'ici. Mieux encore, au surplus, que dans Robert, avec plus de souplesse et de variété, l'orchestre ajoute à cette caractéristique des personnages, à cette éloquence des sentiments ou des situations. Non seulement ttdle combinaison ingénieuse de timbres, telle alliance nouvelle de sonorités offre à l'analyste de ces jouissances que Berlioz savourait en gourmet et proposait comme sans précédents dans son Traité cl instriunentat io n ; mais elle est ici un trait de vérité de plus, la touche décisi\ e, qui donne la vie au tableau.

C'est, en somme, la justesse d'expression qui donne tant de prix et de relief aux maîtresses pages de la partition. Les deux premiers actes, tout de préparation, sont assez vides; pourtant, les ensembles des seigneurs ont beaucoup de vie, et leur empressement soudain

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autour lit' l»;ioul est d'une observation très amusante : il"ailleurs. la grande liaure de Marcel, dont le caractère est 1 un des pliis entiers, en ses moindres nuances, (jui aient été mis à la scî-ne. les traverse de façon à en rtde- \('i- siniiulièi'ement la mollesse 'témoin ce Te TJeum lancé à travers l'excitation g-énérale) : enfin, la fzi'àce de la irinc di' .Navarre <'l l'humeui' enthousiaste de liaoul v trouvent, pour sexprimer, des accents (l'uiii' éli'iiance parfois charmante.

Mais, avec le troisième acte, IVeuM-e prend une am|)leur et une él(ji|iHMir<' (|irt'!lt' sDiiliriidra di's lors jusqu'au bout. Les nuances variées de ce tableau de Pai'is, ces ensembles qui s'opposent sans se confondre, constituent vraiment, selon l'expression de Bei-lioz, « un magiiilique tissu musical », dont il n'y avait pas encore eu d'exemples Le chirur de la dispute, vers la lin de l'acte (malheureusement déparé parla malencontreuse vulgarité du cortège nuptial. nCst pas moins neuf, avec des hardiesses de dissonances tout à fait curieuses. Le septuoi' est d'un tdan et d'une carrure superbes ; et (juant h la scène de N'alentine et Marcel, si différente «lun «liio proprement dit, I émotion de sa dt'Mdaiiialioii. l'oriL; inaliti' de son orchestre, la beauté iindodiqui' de la [dirase priiiripiiU'. v\\ bnil I une des conceptions les plus ex[)i-essi\('s de Me\ erlicrr

Cette émotion mélodi<|ue s'exalte encore, au (|uatrième acte, jus(|u'à une énergie iiicoiii|iaiable, a\ec les ensembles de la conjuralion. si piiissammriit rxtbmés l)ar les phi-ases de Saint-liris..., jus(iu"a uiif tdo(|iience

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de passion inouïe, avec la grande scène de Valentine et de Raoul, oi^i l'amour trouve des accents si tendres, riionneur une révolte si liévreuse..., et oi!i l'orchestre apporte encore un élément si actif à la sincérité de l'impression. Le bal de lliôtel de Nesle (premier tableau du cinquième acte) vaut surtout par l'effet de terreur que répand peu à peu le son inattendu et lugubre des cloches. Mais on a hâte d'arriver au trio final, conclusion hors de pair où sépanouit avec une ampleur magnili(jue Faustèi-e figure de Marcel, où les chœurs religieux font l'efFel le plus saisissant à travers les cris de mort, où la dissonance brutale des trompettes « resplendit comme une épée nue », selon le mot de Berlioz, « cl ce n'est })as une des moindres inventions d'une oeuvre où, à côté de tant de beautés d'expression, les combinaisons nouvelles brillent en si grand nombre ».

Le succès des Huguenots fut éclatant, mais non sans des velléités d'opposition, d'ailleurs vite submergées par l'enthousiasme uiii\ersel. Je nv parle pas des haines systématiques (({u'atteste lierlioz) déjà organisées autour de Meyerbeer, et plus acharnées encore après l'homme (ju'après son œuvre. Mais Roherl le Diable avait éveillé des goûts (jui ne trouvaient plus à se satisfaire ici, évoqué un pittoresque impréx u cl prestigieux qu'on était dépité et comme dérouté de \ oir remplacé par une sorte d'étude historique et humaine aux couleurs sobres, au (lt''\ eloppenu'ut lent. Il laul aussi, mais en Allemagne surtout, faire la part des scrii]iules ou du parti pi'is religieux, tels (juils pouvaient amener

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un Schumann. par exemple, à prendre complètement le change et à attaquer, aunoni du protestantisme insulté, une pièce qui en est, en réalité, la glorification enthousiaste; — tels également, tout au contraire, qu'ils exigeaient changements et coupures partout oii la royauté et le catholicisme étaient en cause... Plus d'un public applaudit Les Hi/f/uenots>iOus le titre prudent de Guelfes et Gibelins ou de Les Gibelins à Pise ! Une lettre de Meverbeer prouve même qu'il refusa un arrangement intitulé : Les Si/édois devant Prague 1

Comme Robert. Les Huguenots tirent aussitôt leur tour (lu iDûMile ; on les réclamait partout. A Bcilin. la première représentation n'eut lieu qu'en 1842, sans doute parce que Meverbeer, occupé ailleurs, ne pouvait V donner lui-même ses soins. Les années 1837-1841 sont marquées par des séjours aux eaux, pour sa santé (k Baden-Baden notamment, les lettres de cette époque le montrent constamment malade), puis à Berlin, auprès de sa mère (il y écrivit une cantate à quatre voix et chœur d"hommes. (jui fut exécutét' à .Mavence pour l'inauguration de la statue de Gutenberg , et surtout à Paris, où, dès 1838, — après avoir abandonné ^tout un acte fait) certain Ci7iq-Marsàe Planard et Saint- Georges, — il apportait à Scribe l'idée de L'Africaine, et en commençait même la partition.

Je reviendrai sur l'évolution subie par cette œuvre de prédilection ; mais il convient dénoter ici, sans attendre, ce qui en arrêta l'essor et CdiiiiiitMit rlN- devait porter, en somme, le poids dune conception a\ortée. Loi'S(]ue

Scribe, la même année, lui eut remis son livret, Meyerbeer en fut si déçu 6t y réclama de tels changements, naturellement refusés (Scribe, on l'a vu, était fort entêté sur le chapitre), qu'une brouille, et très vive, s'ensuivit. L'appel du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV, et la question des études des Huguenots à l'Opéra de Berlin, vinrent opérer une heureuse diversion. Mais L'Africaine, qu'on disait déjà avancée, fut pour longtemps remise en portefeuille.

Le soir du 20 mai 1842, première apparition des Hugue?iots, Meyerbeer put se dire vraiment prophète en son pays. Jamais triomphe pareil, depuis le Freischiitz, n'avait ému Berlin et rAUemagne entière. Déjà des exécutions partielles à la Cour, avec Liszt au piano, avaient quelque peu trompé l'attente fébrile où cinq mois de répétitions arrêtaient tous les esprits. Frédéric-Guillaume, qui tenait absolument à retenir près de lui ce continuel voyageur, transforma la représentation en un véritable gala en son honneur. Il lui octrovait, d'autre part, l'Ordre « pour le mérite », et ne tardait pas à le nommer (le il juin) au poste, devenu vacant par la retraite de Spontini, de Generalmusikdirektor \

Cette situation le fixait à Berlin, au moins une partie de l'année, et c'est ce que voulait le Roi. Au surplus, Meyerbeer prit très au sérieux, pendant les premiers

' Mundolssolin a porte aussi If litro do Goneraliiiusikdireklor (4 déccinhre 1842) mais pour la musique sacrée seulement. On voit d'ailleurs dans ses lettres qu'il ne cunsidorait sa charge ([ue comme un honneur, auquel il renonea dès qu'il put.

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temps, ses fonctions de directeur de la musique. Il en prolita pour remettre en honneur, avec cette perfection dans l'exécution qu'il exigeait pour ses propres partitions, quelques-uns des plus purs chefs-d'œuvre de l'art. Son déhut à la tête de l'orchestre fut une reprise à'Armide. Don Juan eut ensuite son tour; et Ipliigénie en Taur'ide, La Flûte enchantée, Fidelio ; puis l'école romantique : Eurj/anthe, Le Freisc/tiitz, ainsi que le Faust de Spohr, un souvenir reconnaissant. Mais les œuvres nouvelles ne furent ])as moins hien traitées par lui. On sait qu'il s'entiemil activement pour faire jouer Le Vaisseau fantôme, sous la direction même de Richard Wagner. Celui-ci a ra[)pelé (jue. seul, Meyerheer avait accueilli cette partition, sitôt achevée, pour Berlin, alors que Munich et Leipzig la refusaient comme « ne convenant pas à l'Allemagne ».

Ces diverses reprises se placent entre les années 1843 et 1845, qui donnèrent à l'Opéra de Berlin un éclat exceptionnel. Meyerheer, toutefois, cessa peu à peu de diriger l'orchestre : son hesoin de perfection s'y trouvait Iroj) en contlit avec son tempérament naturel. Il était adoré des musiciens (à Paris, ses façons exquises à leur énard étaient célèhi'es) : mais justement, il manquait de Taulorilé nécessaire.

(i (]{' ii'esl pas que je sois li'n|i |iiili avec les iiiiisicioiis de l'iirrlieslre (rcrivait-il pins lai'il a nu ami . tiii ilil i]uiiu i)uu kapeliiiii'isU-i' dnil se iiuiuir d nue iMuiue |in>visinii de i;i'(issièrelé : j'ai iDiijoufs eu lliorreur de celle grossierelé-là. Nulle iiupressiou plus désagréaide (pic d'cnlendre traiter des arlisles connue on ne pai'le pas a des (huiiesliiiues. .le ne ré( lunu' ilom- pas de la iii'os-

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siéreté d'un dier d'orchestre, mais de réiiergie, pour roriuulor de sévères admonestations, toid en gardant beaucoup de Ijonne humeur. En somme, on doit Taimer et le craindre à la fois... Moi, je ne peux pas me montrer aussi énergique, aussi tranchant qu'il faut l'être quand on travailli'. I]| puis les répfHilions me rendent malade. »

]1 se ])orna donc sui'loiil à lonii' la haute main sur les études du théâtre royal, à en être eornme l'inspirateur et le guide. Mais son action n'en fut pas moins féconde, et pour Fécole allemande spécialement, témoin le décret qu'il lit signer au Roi, d'après lequel l'Opéra était tenu à la représentation dau moins trois onivres nouvtdles allemandes clia(|m' année (1845). Il ne rej)i-it la direction personnelle d'une exécution ((ue dans les cas exceplionntds, connue une soirée au hé'nélice du monument de Weher, à Dresde, en 18i5 (pour hi(|uelle il composa aussi la musifjue d'un prologue déclamé), ou la représentation solennelle de Hiotzi en 1H47.

Ce séjour à [)eu prés constant à Berlin fut d autre j)art assez riche en œuvres. L'année ISi:^ surtout apparaît féconde. On y relève d'ahord iiomhre dhynmes. de psaumes et de motets pour la cluipelle royale, que Meyerheer avait organisée sur le moilèle de la Sixtine à Rome. Puis, pour une fête donnée par le Roi, une sorte de cantate sur une iloiuit'e ilalieiiue, pittores(jue et somptueuse, avec danses et tahleaux vivants, /.«/'rs^rt nella Corte di Ferrara. Puis une autre encore, pour solo, chœur et instruments de cuivre, sur une poésie du roi LouisdeBavière. D'autrejiart.une marcheaux llaud)eaux, le |»i'emier de ces ([ualie F(irl,clti'inz<' jjour musi(|ue

d'harmonie, qui comptent parmi les plus célèbres et les meilleurs morceaux du genre; celle-ci (en 5Z bémol majeur) à l'occasion du mariage du prince Max, plus tard roi, de Bavière, et de la princesse Maria de Prusse (1842).

A cette époque encore se place un essai que Frédéric- Guillaume, très amateur de reconstitutions de la scène antique, avait poussé Meyerbeer à tenter : des chœurs pour les Euménides d'Eschyle. Mendelssohn, on le sait, composa ainsi, sur le désir royal, de la musique de scène et des chœurs pour Antigone et OEdipe roi. Meyerbeer fut moins docile et réussit à passer outre : sa partition, à laquelle (dit Mendel), il travaillait encore en 1850, est demeurée en somme inachevée. Il ne pouvait concevoir, explique-t-il dans une lettre très intéressante où toute l'affaire est racontée, que cette adaptation d'une musique et d'une déclamation lyrique modernes, à des tragédies, à des vers antiques, fût une façon vraiment artistique de les mettre en honneur, de les réhabiliter, comme l'espérait le Roi.

Une autre tâche de circonstance, mais plus importante, lui incomba dans le même temps et devait obtenir un succès très prolongé. Le Grand Théâtre de Berlin, la salle historique de Frédéric II, avait brûlé, et il s'agissait d'en inaugurer solennellement une nouvelle.

Pour cette soirée, qui fut célébrée le 8 décembre 1844, le poète Rellstab bâtit une sorte d'opéra-spectacle militaire en trois actes, où paraissait le Grand Frédéric, où même il jouait de la flûte, et ([ui porta pour titre : Le Camp de Siiésie (Ein Feldlager in Schlesien).

En voici la donnée. Le premier acte se passe chez un vieux capitaine en retraite, serviteur fidèle du Roi, et dont la demeure est voisine du tiiéàtre de la guerre. Poursuivi de près par les troupes hongroises, Frédéric y vient chercher asile, et le capitaine donne le change à l'ennemi en revêtant du costume royal Conrad, le fiancé de sa lille, tandis que le Roi se présente comme un modeste flûtiste, et, après avoir prouvé son talent, s'échappe sans être reconnu. Le second acte n'est qu'un tahleau réaliste de la vie <les camps. Mais le troisième conduit à Postdam le capitaine, sa fille et son futur gendre, que Frédéric reconnaissant comble de ses faveurs.

On remarqua dans la partition, au premier acte, le récit, l'ait par Conrad, des dangers que court le Roi dans la bataille, son duo avec la jeune Vielka, et la scène où celle-ci s'efforce de distraire les soldats hongrois en leur disant la bonne aventure, enfin le finale de la fuite du Roi ; au second, le quadruple chœur, avec le quadruple orchestre, épanouissement sonore de tout le brouhaha du camp ; au troisième, l'air de Vielka accompagné par deux flûtes et le trio final. On s'accorda cependant à trouver l'ouvrage un peu encombré et certains morceaux trop développés.

Aussi n'obtint-il, tout d'abord, (ju'un demi-succès. Mais il était trop national pour ne pas se maintenir, surtout si (juelque interprète en relevait le brio ; et ce fut justement le cas, dès l'année suivante, lorsque Meverbeer y produisit cette artiste d'élite, celte exquise Jennv Lind, (\u"\\ avait découverte à Pai'is et dont il proléiiea

dès lors la carrière avec une sollicitiule toute paternelle. Le triomphe de l'interprète fut inouï, et celui de l'œuvre grrandit d'autant. Il est vrai (jue le musicien avait allég"é sa pai'tition, qu'il revisa encore pour les représentations de Vienne, en 1847, sous le titre nouveau de Vielka, toujours avec Jenny Lind, Aussi, d'une façon comme de l'autre, Le Camp de Silésic. que l'on croit trop volontiers annulé ^diV V Étoile du Nord, resta aux répertoires, et fut encore l'objet de reprises constantes. lon2:temps après l'œuvre nouvelle, et au moins jusqu'en 1862.

Struensée est cependant plus à llionneur de Meyerbeer. Encore ici, comme pour les tragédies antiques dont je parlais tout à l'heure, il ne s'agit que de musique de scène, en vue des représentations, demandées également par le Roi, du beau drame de Michel Béer, — une ouverture, quatre entractes, dont un avec chœur, et neuf mélodrames. — Mais cette fois le sujet est moderne, comme vivante l'émotion qu'il dégage. Et c'est une réelle inspiration (ju'on admire ici, avec une variété et une originalité pleines de verve, (|ui font vraiment une œuvre de cette petite partition.

L'ouverture est restée célèbre, et c'est sans doute l'iuie (les ])ages les plus heureusenu'ul venues de ce maître dr l'orchestre. Meverbeer avec une noiiNeauté de combinaisons remar([uable, a su cit'er iiiu' harmonie de couleurs d'un goût parlait. La pulunaise n'est pas moins originale, et sa verve est dune grâce pleine de charme ; L'auberge du village, o\x deu.\ iiidlils populaires évo- (|ueiit la plus piqiiaiile impression de couleui' locale, se

recoiiiiiiainli' encore par son rvlliino; et tontes les autres pajies musicales, la scène «le la révolte, le rêve de Sti'uensée, la marche funèbre, la bénédiction, ont ce rare mérite de tenir à l'action d'une l'acon très intime, connue si Meverbeer avait « revécu « l'inspiration poéticjue de son frère. Aussi bien avouait-il plus tard l'ardeur toute particulière qu'il avait consacrée à cette œuvre.

La première représentation en fut donnée le 19 septembre 184<), avec un succès complet, qui eut d'ailleuis (r;iiilaiit plus de durt'-e ((iir la tragédie a toujours été hautement prisée en elle-même par l'AUemaune. Plus tard, et surtout pour l'étraiiiier, la partition en fut détachée. Félis la fit exécuter ainsi pour la première fois à iJru.Xfllt's en 1(S"')2 . luui sans iiiifl(|LU's raccui-ils (l<- son cni li prétend que MevcrbriT aurait désiré que Scribe lui lit un opéra où toute eette uiusi(jue eût trouvé place. Ernest Reyer, qui, dans une étude sur Stnien^re (à propos de la première exécution [jarisieinic. eu IXO"), rapporte ce mot de Fétis, doute, non sans raison, (ju'il soit fondé, et même que Meverbeer ait rien fait pourencouratiei- l'exécution séparée de sa paît it ion. Il s'appuie sur lai'ilfiir i[ui' celui-ci niaiiilesta toujours à dt'dendre l'œuvre de son frère, sur cette cohésion iulinie t-nlre la tragédie et la musique (jue je signalais tout à l'heure, enfin sur le souvenir suivant (jui est précieux à retenir.

Meverbeer, ouvrant un jour devant lui une aruii»ire pleine de manusciits. s'exprima en «es termes :

« il y a la-iledans plus de musitiue do moi «lue vous uen connaissez, et, entre autres mon-^mx in.'dits lous ceux ijui ont été

retranchés de mes opéras : Le Prophète. Les Huguenots et Robeii le Diable. Tous ces morceaux supprimés font la valeur d'un opéra. Scribe m"a proposé bien souvent de les utiliser ; c'était chose facile pour lui que d'écrire un libretto sur de la musique déjà faite, et je ne doute pas qu'il eût réussi à mettre eu situation ces pages détachées d'œuvres différentes et à conserver à chacun de ces morceaux le caractère qui lui est propre : je n'ai jamais voulu v consentir. »

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