SCÈNE 00 i " ACTE l) L" P II O 1' Il E T E
I Lilliograpliic du temps. BibIiotlici|uc Je l'Opéra.;
môme et concerte avec elle. Meyerl>eer semble positivement avoir cherché, dans l'utilisation de ces acrobaties vocales, un moyen d'expression de la lit'vrr (|ui exalte ces deux femmes, soit pour maudire, soit pour sauver, celui qui est toute leur vie... Essai mallieureux (qu'il n'a pas renouvelé), c'est la fausse note de cette partition, mais elle revient trop souvent.
Elle est heureusement rachetée par des inspirations de premier ordre, non plus parées de charme et de tiràce lamour est presque absent ici), mais d'un élan plein de flamme ou d'une émotion sincère, née de situations fortes. Meyorbeer y utilise d'ailb'urs, avec plus de bonheur que jamais, ce système du rappel des motifs, qui lui a déjà réussi dans quelques pages de ses partitions précédentes : le thème de la prière de Fidès pour son fils, celui de l'amour de Jean pour Bertha, et surtout celui de la marciie du roi-])r()phète, qui surgit d'abord avec le re\ e inspiré du jeune hôtelier, pour le suivi'e jus((u'à l'heure de son fatal couronnement..., font, par leurs réapparitions discrètes, un effet aussi juste que plein de goût.
Le second acte, où naissent ces di\ers thèmes, en même temps que prennent corps les différents caractères, est un de ceux oi^i l'inspirai ion est le plus soutt'nur. Le récit du songe, qui n'est en somme qu'un récitatif, mais tel que .Meyerbeer sait si bien les faire, et oi!i les instruments prennent une part essentielle, apparaît d'une expression intense, dont la vérité n'est pas altérée par la « pastorale » où Jean chante sa lianct'e avec la eràce
naïve qu'il doit avoir encore. La scène oîi il se voit contraint de livrer Bertha, puis l'arioso de Fidès qui le bénit de sapiété liliale, sontégalement d'un grand caractère; et il faut y joindre, dans le llnale, au milieu des rvthmes vulgaires qui soulignent partout, dès ([u'ils cessent d'entonner leur psaume, l'aniitilion grossière des trois anabaptistes, le moment où Jean écoute dormir sa mère, et pleure de la (juittcr...
L'impression d'effervescence populaire, qui est peutêtre ce que le premier acte otfrait de plus réussi, se retrouve heureusement rendue au troisième, que dominent, non sans éclat, les larges phrases de Jean arrêtant la révolte, sa prière, les sonneries de trompettes éclatant tantôt de la ville et tantôt du camp, enfin l'iivmne triomphal. Le ballet des patineurs avait, d'autre part, commencé l'acte avec beaucoup de grâce pi([uaiile et originale. Quant au fameux trio boulfe qui arrive entre deux, en repoussoir, il est sans doute curieux comme couleur et comme elfet d' « instrumentation vocale » (dii-a lierlioz). mais coiiiljicn lourd v\ déplacé dans rensemi)le!
Le tableau du sacre, point culminant de la partition, est d'une ampleur de conception dont il y a peu d'exemples. Ces elfets multiples dOrcheslres variés, de fanfares, d'orgue, de clid-urs, ces combinaisons de sonorités, de voix d'un sentiment opposé, Meyerbeer les maniait en (|url(|ue sorte avec une sûreté extraordinaii'e. Mais il \ a joint l'exjirt'ssion d'émotions sincères et vibrantes, dont rflfct a plus de gi-andrin- encore : im[ti-t''ca[ions de l''i(b"'s ii tra\ers les chanls lilui-gi(jues
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(le la loLile. chœur des ciifanls. reconnaissance suijite (lu lils pai- sa mère, et douleur ii'idiiziiée de celle-ci, puis son apaisement comme fasciné sous le regard el la parole mesurée de Jean..., ici hMi'riti' <le l'accent est constante et sans faiblesse.
Elle se soutient encore avec le dt'hutdu deiiiier acte et le pardon que lanière adresse si noblement à Dieu pour son (ils. Elle se perd, je l'ai dit, maliiré tout l'élan de la pitié de Fidt's ou de l'horreur de Bertha, dans les scènes (jui sui\ tMit, comme elle a\ait disparu de celles qui précédaient le tableau du couronnement. Le linale, du moins, les phrases de Jean consonnnant sa vengeance et même l'énergie fougueuse du chant de joie (ju'il entonne, terminent l'a'u\re en pleine couleur.
Dî's la saison d'été de lîSi".), Le Prophète commençait sa tournée triomphale à l'étranger, et d'abord à Londres avec M'"" Viardot et Mario (à qui Meyerbeer avait aussi pensé pour la création du rôle de Jean). Ce n'est (ju'au cours de Tannée suivante (|u il ap[)arut à Berlin, lorsijue le nuiître, de letour, put présider lui-même à sa mise à la scène. Cette fois, auprès de M"'" Viardot encore, le [)rincipal personnage eut un interprète-type, l'excellent t<''iior Ticliaiclick, (jui l'incarna dès loi'S un peu partout, jus(jLi;i la lin de sa carrière.
Plus (jue toute autre, la partition a\ait dû subii" de regrettables coupures. Meyerbeer, je l'ai dit, s'inquiétait peu, en composant, des nécessités piatiques du théâtre, ou de la capacité des interprètes, (juitte à y faire droit au cours des l'épélilions. C'est ainsi (ju'on
donna au Conservatoire, dans le cours de l'année 1849, un chœur de femmes et une marche orchestrale qui avaient disparu. D'autres pages reparurent dans une édition plus complète de la partition, l'ouverture entre autres, qui avait du être sacrifiée et qui est un des hons morceaux symphoniques du maître.
A Berlin, Meyerbeer retrouva avec pUiisir ses fonctions de kapellmeister de la Cour. 11 y organisait chaque semaine un concert de musique ancienne; lui-même tenait souvent le piano pour accompagner quelque cantatrice. C'est là que divers artistes, qui l'entendirent et nous l'ont rapporté, purent vérifier combien peu il avait perdu de cette virtuosité et de ce grand style qui lui avaient valu tant de succès dès longtemps dédaignés.
De cette époque datent les œuvres suivantes :
Un hymne de fête à quatre voix et chceurs, pour les «Noces d'argent » du Roi (1849 ou 18o0) ;
La seconde des Marches aux flambeaux, en rai Ijémol majeur, composée à l'occasion du mariage de la princesse Charlotte de Prusse avec le prince George de Saxe- Meiningen (18 mai ISoO);
Une grande Marche des Archers Bavarrois, ù (juatre voix d'hommes et chœur, souleiuis par les cuivres (18-jO);
Une Ode au sculpteur Rauch, pour l'érection de la statue que cet artiste avait faite du Grand Frédéric ; cette vaste composition, avec soli, chœurs et orciieslre, fut un peu modifiée pour l'étranger, où on l'applaudit sous le nom moins spécial d' « Ode à Jupiter » (4 juin 1851) ;
\lni' cantate à quatre voix et cha'ur, intitulée « ^Marie
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et son génie », pour les noces d'arirent du prince Charles de Prusse (26 mai 18;J2^ ;
Un grand psaume (91) pour solo et double chœur à huit voix, sans accompagnement, sous le titre de « Consolation en danger de mort », écrit à l'occasion du 87" anniversaire de sa mère '8 mai 18o3) ;
Le troisième et If plus rciiiarqualjle des Fackrltanze, la marche en iit mineur, composée pour le mariage de la princesse Anne de Prusse avec le grand-duc de Hesse (26 mai 18-J3), et qui fut jouée à Paris, la même année, par la musique des Guides, sous la direction de Sax;
Une intruduition. un entr'acte et une jolie sérénade, pour une piècr jouée, en 1853 également, k la Comédie- Française, et (jui n'eut aucun succès : Murilio;
EnQn L" Etoile du Xord, cette même année.
Malgré ce tra\ail incessant, cette période est parmi celles où Meyerheerfut le plus constamment entravé par la maladie. Il vivait dans la solitude, et l'on ne le voyait presque plus ([uf l(irsi[u"il venait consulter quehjue médecin. Il passait iruiif plai:»' à une ville dt'aux, de Dieppe ou de Nice [i Enis ou Swalhacli. et séjournait surtout à Spa.
Il y avait longtemps (ju'il pensait à L Eloilc du Sord, et aussi à écriie un opéra-comi(jue. Dès 184o, k la suite des premiers succès du Camp de Silésie, l'Opéra et rOpéra-Comique lui avaient tous les deux demandé son nouvel ouvrage. Mais le sujet, d'ailleurs médiocre, n'était guère transportahle hors des frontières allemandes; il valait donc mieux en choisir un autre, quitte, si l'on