‹ Meyerbeer; biographie critiqueChapitre 6 sur 12 · ML:Yi;Rnr,i::R · texte numérisé non relu

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voulait utiliser quelques-unes des pag'es de la partition première, à leur ménager une occasion vraisemblable de reparaître. C'est ;i quoi Scribe semploya. non sans adresse. S il faut en croire la Kertie et Gazette nuisicalci [Le camp de Silésie. cbose étrange. n"a jamais été gravé), Meverbeer ne garda ainsi que quelques-uns des morceaux les plus pittoresques : une ronde bobémienne, au premier acte, linlroduction les deux cbansons de soldats) et une partie du linale guerrier du second acte, enfin le trio, entre la voix et deux flûtes, qui est à la fin du troisième.

C'est le 16 février l8o4 que la première représentation eut lieu à rOpéra-Comicjue ( salle Feydeau). Meverbeer était venu, comme d'babitude, pour mettre son œuvre a la scène. Mais les études furent, cette fois, beaucoup jdus rapides, si exceptionnel était l'ensemble des interprètes. Le succès se manifesta éclatant, et môme le plus prolongé, dans son premier feu, qu'on ait jamais vu sur cette scène ^164 représentations en deux ansl). L'Étoi/e du Nord n'était d'ailleurs pas un opéracomique selon la foiniule ordinaire. Comme le fait justement remar(jurr Albcrl Soubii's, c'est le premier (jui ail élargi le cadre traditioiiin'l <■! frayé la voie au genre (]iir nous avons vu Iriduiplicr depuis.

Lt' sujt't. d'un caractt're liisl(»rii|ui' drs plus fantaisistes, met en scène Pierre le Grand et la future Catberine, au temps où ils se connurent, elle canlinière des ouvriers de son village, lui sous les liabits d'un simple cbarpenlicr: clli' a\ ce la N'ivacilt- el la (b'cisioii de son caraclèi'e,

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lui avec sa facilité à s'emporter et à perdre tout jugement dans l'ivresse. L'étoile du Nord,c'estrastre(}ui préside aux destinées inouïes de Catherine et qui la conduit jus(ju'au trône. Mais après que d'aventures et de péripéties!...

Ici l'anecdote ne comportait plus ni étude de caractères, ni style spécial. C'était la vie, l'action fiévreuse et à outrance,^ la verve comique à côté du pittoresque historique, le sentiment vrai à travers la fantaisie..., qu'il s'agissait d'évoquer musicalement. 3Ieyerheer s'acquitta de cette tàciie avec une extraordinaire variété de moyens. Son œuvre est toute surface, et c'est incontestablement celle 011 il y a le moins de vraie musi(jue ; mais Ihahileté dans l'invention, la nouveauté dans la réalisation, limpréMi des effets, le brio et le picjuant des idées, donnent à l'ensemble une couleur chatoyante, qui vibre, et dont l'éloquence n'est pas douteuse. C'est par elle que les différents personnages, si étranges qu'ils puissent être, ont ce relief et celte vérité sans (juoi il n'est pas de vie au théâtre. A la flei'té de Pierre soppose l'énergie passionnéede (ialherine. Mais le conii(|ue si inconscient du caporal Gi'itzeidvo, la bonne humeur de Danilowilz, la grâce légère des deux fiancés, le timide George et la \ ive Prascovia..., sont loin d'occuper une place secondaire dans l'action.

Le récit de l'ambassade de Catherine pour marier sou frère, et sa spirituelle scène avec Prascovia, entre rires et larmes..., au premier acte ; au second, certaines parties de la grande scène de la tente, la harangue de Pierre aux soldats, puis l'efïet, successif d'abord, simul-

tané ensuite, du serment choral, de la niaiche sacrée, du pas redoublé et de la fanfare : au troisième, la scène du tsar et de Gritzenko, le pi(iuaiit duo de George et Prascovia, et ce finale où reparaissent, autour de Catherine étonnée, les thèmes du village du premier acte..., sont sans doute les pag^es les plus attachantes et vjai ment scéni(jues de la partition.

Les premiers succès de L Étoile du Nord furent attristés pour Meyerbeer par la dernière maladie et la mort de sa mère, cette confidente de toujours, près de qui nous savons qu'il séjournait le })lus de temps possible, et qui s'éteignit le 24 juin 18o4. La douleur qu'il en ressentit se traduisit, comme d'habitude, par un repli sur lui-même et un plus vif attrait de la nmsique religieuse. La maîtrise de la cathédrale, notamment, et son école de chaiil. furent alors l'objet constant de sa sollicitude, nous en avons des preuves dans ses lettres, et il mit tout son crédit, tout son appui, à en encourager les impeccables exécutions. Plus d'une composition de cette époque, spécialement écrite jiour elle, a été retrouvée dans les papiers du Maître. — G est aussi de ce moment (juillet; que date la cessation déhnitive de ses fondions de Generalmusikdirecktor,

Cette période esl encore mai"(|uée })ar un nou\eau séjour à Venise, après tant d'années d'absence. Quehjues jolies pages en ont gardé le souvenir : la barcarole À Venezia, la Chanson du pâtre avec cor, la Chanson du chasseur avec clarinette, et Ifs mélodies insérées dans les « Contes (h* la Forèl-Noire », d'Aueri)acli.

Dt'S le mois de mai IH-iO, Mcyerbeer était, <]e retour à Berlin, oi!i on le retrouve dirigeant les coneerts de la Cour et occupé de quel(|ue ouvrage de circonstance. — C'est une sérénade à huit voix, intitulée Lu Fiancée conduite à sa demeure, et destinée au mariage de la princesse Louise de Prusse avec le grand-duc de Bade (20 septembre 1836). — (Test un (|iialu(tr pour voix d'hommes : Amitié; un canon à trois \oix, La Devise du porte; une sérénade, en double chœui-, (jui resta dès lors aux répertoires. Adieu aux jeunes mariés (souvent chanté au Conservatoire île Paris); et diverses mélodies... — C'est la (juatrième Marche aux fkanheaux, en ?/^ majeur, pour le mariage du prince Frédéric! ruillaume de Prusse avec la princesse d'Angleterre, à Loiulres (23 janvier 1838). — C'est encore un remar({uahle Pater noster pour la chorale de la cathédrale de Berlin...

Cependant, les études d'une nouvelle tentative d'opéracomique devaient Je ramener à Paris à la lin de cette même année (1838) : Le Pardon de Ploërniel, ou plutôt Dinorah, pour lui donner le titre (|u"il a gardé jus(ju'au dernier moment, même à l^aris, et (jui a été conservé hors de France. Ce n'est plus Scrihe, cette l'ois, (jui avait eu l'idée de l'ieuvre. mais .Micdud Carré et iiarhit'r. Lcuiamour-propre lU' lut, d'ailleurs, pas nmins à lépreuNc, car Meyerbeer, tiès épi'is du sujet, à condition de l'élargir et d'en acîcentuer l'élément pittoi'es(|ue, ne tarda pas à composer heaut-oup trop de nuisi(|ue. En soi'te (|ue les remaniements successifs lui'ent [tlus nomhicux (|ui' jamais, f'tijue cette nécessitt''de l'aii'e place aux dÏNcrses

inspirations ajoutées par le musicien dans un but de couleur locale, chansons ou chœurs, n'est pas sans donner à l'ensemble un aspect assez décousu.

C'est k cette impression sans doute qu'est due l'incertitude montrée d'abord par le public parisien quand l'œuvre lui fut offerte, à l'Opéra-Comique, le 4 avril 1859. Cependant les qualités trî'S musicales de la partition, d'ailleurs confiée à des interprètes de premier ordre, à défaut du triomphe démesuré de L" Etoile du Nord, lui valurent en somme, à Tétranger surtout, un succès plus durable et plus universel. Un an ne s'était pas écoulé que 70 villes l'avaient représentée, dont 41 allemandes.

Il ne faut pas chercher dans Le Pardon de Ploërmel une grande élévation de style, ni une étude de caractères, mais c'est une charmante pastorale, empreinte dune grâce aimable et facile, avec des parties d'un comique très réussi, sans charge, des parties dramatiques et d'un sentiment sincère, enfin des pages qui, tout en ne tenant en rien à l'action, lui créent très heureusement comme une atmospiièrc j)iltoresque. Ce n'est ])as ])ar des effets d'éclat cl de lirio, mais par une expression juste, dans la verve ou dans l'émotion, que vaut cette intéressante partition. La virtuosité musicale (h' Dinorah csl comme la spontanéité naturelle de son Immeur folle, de sa joie (rcnfaiil : elle est nécessaire, La chaude couleur, l'assurance de ton, la somptuosité des scènes ou des mélodies d'Hoid, ne le sont pas moins pour caractériser l'ambition du clicrclicur de trésors et la sincérité pourtant dt^ son aiiioui-. La gaucherie plus

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apparente que réelle de Corenlin, le joueur de biniou, est indiquée à son tour avec esprit et légèreté.

Aussi, la plupart des scènes où paraissent ces trois personnages sont-elles aussi réussies au point de vue du caractère de la situation qu'à celui de l'invention musicale :les ébats naïfs deDinorab avec ses cbèvres ou avec son ombre, les souvenirs qui bantent son esprit égaré et qu'elle évo({ue l'omme inconsciemment (telle, la légende du trésor, motif d'une conclusion si saisissante...) ont un tour piquant et neuf; etles propos variés d'Hoël et de Corentin ont le rytbme ingénieux et la verve amusante de la bonne comédie lyri((ue. Quant au caractère spécialement pastoral de la partition, c'est dans lasympbonie que Meyerbeer l'a cbercbé, une symphonie aussi vocale qu'instrumentale, soit dans l'ouverture, morceau développé où les chœurs du pardo/t. interviennent à })lusieurs reprises, soit dans le paysage musical du troisième acte, où chasseur, faucheur, bergers, échangent leurs inijjressions de lorage de la nuit et unissent leuis voix en un hvmne matinal au Père céleste.

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