EPILOGUE
L'AFRICAINE A L'OPÉnA
Mcyeibcci' cl Scribe. — Leurs rapports iulcllcclucls. — Coiiinient se forma l Africaine. — Les caractères : Vasco de Gaina, Sélika, Nélusko, le grand Inquisiteur, le grand Uralimine. — La parution : effets de couleur. — Le premier acte et le quatrième.— L'élément politique, religieux, pittoresque. — LeCantabilede Vasco. — Le duo. — Valentinc, Fidès et Sélika. — Les seize mesures de Symphonie dans la scène de Mancenillier. — L'iustrumentation de Meyerbeer. — Les chanteurs : M. Faure, M. Naudin, madame Marie SaS. — Quelle place occupe l'Africaine dans l'œuvre de Meyerbeei . — Le beau musical.
« Un musicien est responsable du sujet qu'il traite, et vous ne vous imaginez pas peut-être qu'on mette un l'ibretto dans la main d'un compositeur comme dans celle d'un enfant l'on
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met une pomme. » Déjà, du temps où Weher se prononçait de la sorte, la musique ne suffisait plus à faire à elle seule l'intérêt et la fortune d'un opéra. On n'en était point encore à cette prescription toute récente de l'école de l'avenir, à savoir qu'en bonne règle et forme il ne pouvait y avoir dans un opéra qu'un texte unique, lequel, paroles et musique, devait sortir de la même main ; mais le précepte allait s'affirmant chaque jour en Allemagne, et tandis que nos voisins l'exploitaient à leur manière en y cherchant Vahsolu^ le système, nous qui l'avions inventé, nous nous contentions d'en user librement. On a prétendu que, plus encore qu'Auber, Rossini et Mcyerbeer, Scribe était le véritable auteur de l'opéra moderne ; c'est sans doute beaucoup dire. Je ne saurais nier pourtant que cet esprit si chercheur, si adroit, si inventif dans ses comédies de genre, ait apporté dans les combinaisons de ses grands ouvrages destinés à la musique un sens du romantisme le plus dramatique, un art jus-
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qu'alors inconnu do porlor aux masses, do les entraîner.
Scribe, dans l'acception littéraire du mot, n'cxéculait pas : dans ses drames les mieux réussis du Théâtre-Français, le Verre d'eau, une Chaîne, un stylo impossible gâte souvent les meilleures scènes ; mais dans un opéra le drame ne \aut que par la conception, et, quant au style, le musicien se charge d'en avoir pour tout le monde. Ce n'est pas en vain qu'on dit : « le maître. » Qu'importent le vers, la prosodie? Des éléments dont ailleurs vit la poésie, images, nombre, rimes, — il fait un bûcher des cendres duquel, comme un phénix, la musique va naître. Métastase, qui fut le Scribe de son temps, donnait tout à la forme, à la plasticité du poome, sorte d'échafaudage pour servir à l'édifice du compositeur. Chez Scribe au contraire, c'est la situation qui domine, la forme ne compte pas, l'œuvre ne vaut ni par le style ni par la couleur ; mais comme matière à contrastes, comme programme musical, c'est quelquefois ad-
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mirable. Vous y retrouvez jusqu'aux tendances politiques du moment.
On conçoit quel immense parti dut tirer d'un pareil ouvrier le génie d'un Meycrbcer avec sa double vocation de critique et d'artiste. Meyerbecr ne fut jamais un simple musicien. Ni ses conditions de naissance et de fortune, ni le mode de son éducation n'étaient de nature à faire do lui ce qu'on appelle un spécialiste. Il arrivait à la musique par la grande route de la vie et non par le chemin de l'école. De là ses variations d'esthétique, son cosmopolitisme, de là certaines contradictions douloureusement ressenties au fond de l'être qui furent comme les revendications tragiques du destin dans son existence d'olympien. Je ne pense pas qu'on doive jucer un grand artiste uniquement d'après la mesure absolue de son art. S'il fut le moins naïf des inventeurs, sa haute raison, la vaste culture de son esprit le mirent à même de faire pour cet art plus que nul autre n'avait fait, et d'élever en quelque sorte d'un