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degré le niveau social de la musique on lui jiiénageant son entrée, dans ce cercle magicjue où elle allait se rencontrer avec la poésie, la littérature et la vie politique de son temps. De ce que l'art y perdit, la cause de l'intelligence en profita. H est certes permis à notre époque de déplorer qu'on n'y sache plus peindre aussi naïvement qu'un Criolto ; mais, tout en déplorant ce grand malheur, on peut également s'en réjouir.
Scribe convenait à Meyerbeer. (ic n'était point, comme avec Auber, une association de deux esprits de même famille se complétant l'un par l'autre; c'était une sorte de commerce indépendant entre consommateur et fabricant. Poêle autant qu'on peut l'être, Meyerbeer n'avait besoin que d'un metteur en onivre habile cà donner force de situation à l'idée qu'il apportait. Cette idée. Scribe ne la comprenait pas toujours du premier coup ; il la (lésoriginalifiait, lui donnait couleur bourgeoise, et c'était au tour de Meyerbeer, la reprenant de ses mains, de lui rendre sa virtualité
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première. On eût dit une pierre précieuse, énieaude, rubis ou diamant, devenue terne sous le souffle du lapidaire, et dont l'art de ce Ceilini rallumait l'éclat naturel.
Ainsi s'étaient faits Robert le Diable^ les Huguenots ; ainsi se forma V Africaine. Ce grand esprit, incessamment en voie de recherches, aimait à se poser des problèmes en apparence inabor- ■'lables à la musique. E pur si muove ; il semble que de cette parole de Galilée en prison soit sorti son Yasco de Gama, l'homme de l'idée implacable, de la protestation démoniaque, l'inspiré, l'halluciné, qui sur la paille des cachots entend des voix qui l'appellent de l'autre côté des océans. Il va sans dire que ce personnage tout de convention ne se rattache par aucun point à l'hisloire. La figure, telle que d'abord on nous la représente, offrirait plutôt certains traits de ressemblance avec Christophe Colomb. Scribe, à la rigueur, pouvait confondre, et pour les besoins de la pièce passer au compte de son héros les persécu-
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tinns dont lui l'olijol rilliislrn navigateur génois. Qwe Vnsco de Gama, qui jusqu'à la mort no connut que les faveurs des hommes et de la fortune, supporte ici mille désastres, que l'inquisition et le pouvoir temporel l'accablent de leurs anatlièmes et de leurs supplices chaque fois (ju'il veut ouvrir la bouche pour la gloire future de sa patrie, le ciel me garde de prétendre récriminer, au nom d'un ridicule pédantisme, contre de pareilles licences qu'il faudrait inventer à l'Opéra, si de tout temps elles n'avaient existé. Cependant, si avec Scribe je renonce volontiers à discuter un point d'histoire, j'entends, lorsque j'ai affaire à Meyerbeer, (jue la loi des caractères soit respectée. Ainsi, à mesure que nous avançons dans l'ouvrage, le personnage de Yasco se complique d'éléments trop étrangers à sa nature ; il y a, qu'on me passe le mot, bifurcation. Jamais ce martyr de sa découverte, ce fou sublime que nous avons connu aux premiers actes, ne saurait ouvrir son âme aux extases embrasées des deux derniers. L'inten-
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site de l'idée exclut ici la domination d'un sentitiment. Un Christophe Colomb, un Galilée, un Vasco de Gama, mis au théâtre, ne peuvent intéresser que dans les conditions particulières de leur lutte avec la destinée. Lorsque Meyerbeer place entre deux femmes ce héros qu'il vient de peindre à si grands traits dans la magnifique scène du conseil, Meyerbeer manque à la logique du caractère de son Yasco, et le musicien, dominant chez lui l'esthéticien, cède à cette loi fascinatrice qui veut que dans un opéra le héros soit toujours un ténor et que le ténor soit toujours amoureux. Or, ce n'est pas simplement d'une femme, mais de deux, que Vasco de Gama est amoureux. Il met à passer de la blanche à la noire et de la noire à la blanche une légèreté d'évolution faite pour déconcerter rintérèt qui s'attache à un jeune premier, à plus forte raison incompatible avec la grandeur du type proposé d'abord. «Sire, vous êtes vous-même une cérémonie ! » Sans aller jusqu'à cette apostrophe que le pinceau d'un Titien
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semble adresser à la figure d'un Philippe II, j'aurais voulu plus d'esprit de suite dans Tattiludo de ce caractère, je m'attendais à plus de fanatisme dans l'idée. L'homme qui brave l'anathème pour donner un monde à son pays n'a point de ces velléilés à la Faublas. H est vrai que, si le portrait historique perd beaucoup à cette circonstance, la partition y yayne d'incomparables trésors de mélodie, évidemment, sans cette entorse donnée n la composition systématique du personnage de Vasco, le splendide duo du nualrièmc acte n'aurait pfis vu le jour, une page éclatante celle-là, qui, dès l'entrée en matière, tourne au chef-d'œuvre, et va se développant dans une gamme telle que, lorstjuc vient la lin, vous vous dites: Le duo de Valentine et de Raoul dans les Huguenots a trouvé j^on pendant, s'il n'est dépassé! — D'ailleurs, proclamons-le tout de suite, la richesse mélodique fait de cet opéra un ouvrage à part entre les meilleurs du maître. Le flot ici coule à pleins bords ; c'est inspiré, puissant jusqu'à l'exubérance, d'une
abondanco, tl'unc plénilmle de formes, de couleur et de vie à la Yéronèse. J'entendais raconter d'avance que Meyerbeer avait pour cette fois moditlé sa manière, donné davantage à la voix des chanteurs. Ce qui s'était dit d'un changement de style avant Guillaume Tell se publiait au sujet de l'Africaine. L'opinion, les dispositions du personnel d'un théâtre, quand ce théâtre est l'Opéra, comptent pour beaucoup dans l'effet que l'ouvrage qu'on répèle doit produire. De la scène et de l'orchestre, cette opinion se répand dans la ville, et souvent c'est elle qui décide du premier applaudissement, lequel à son tour décide du succès de la. soirée. Je sais que tout ce monde-là d'habitude juge individuellement, et que la question d'art l'intluence moins que la question de ses convenances particulières. Cependant cette fois ces dispositions ne pouvaient que parler en faveur de l'ouvrage, car avec Meyerbeer on était bien sûr qu'elles ne seraient pas achetées au prix de reprochables concessions.
Ce n'est pas seulement de ses forces, mais aussi et surtout de ses faiblesses qu'iiri esprit vraiment progressif prend oonseil. On lui avait tant dit : « Vous n'êtes pas un mélodiste, » qu'à la fin il se lassa de l'objection et voulut répondre par une de ces évolutions de la dernière heure qui sont faites pour confondre la critique en lui venant montrer sous un point de vue tout nouveau l'artiste qu'elle s'imaginait avoir une fois pour toutes caractérisé. Qui jamais aurait cru avant Guillaume Tell que le Rossini de Tancrède et à'Otello serait capable de s'élever à ce sentiment de là vérité dramatique ? De même du Meyerbeer de r Africaine ouvrant Técluse à des flots de mélodie qui ne tarissent plus. Ampleur, élégance, une variété de rhythmes, un luxe de timbres dans l'orchestre à vous éblouir ! D'ordinaire les mélo-
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liies d'un maître se reconnaissent à certaine désinvolture ; sans se ressembler, elles ont l'nir de famille, comme ces filles de grande maison toutes belles et charmantes, dont le type, à quelques modifications près, se retrouve dans tel portrait d'aïeule peint au quinzième siècle. Ici pourtant la mélodie affecte d'autres tours, d'autres formes : sans tourner à l'italianisme, elle devient vocale. On sentqueMejerbeera dû se dire que, si l'orchestre a pris de nos jours des proportions gigantesques, la voix humaine reste ce qu'elle était au temps do Mozart, et d'un autre côté cet intérêt tout spécial n'est jamais acquis aux dépens de l'idée. Pour occuper une plus grande place dans l'œuvre du maître, le beau musical n'exclut pas, tant s'en faut, le beau esthétique, L'Africaine et Nélusko sont deux figures qui déjà ont pris rang à c«jté des plus vivantes créations de ce Titien de la musique. Si dans le caractère de Yasco divers traits se contredisent, si la débordante imagination du musicien met en fauté la logique du penseur.
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quelle vérité d'expression, de mouvement, d'attitude, ne se retrouve pas dans les personnages de second plan, toujours si curieusement étudiés, si nettement présentés chezMeyerbeer! Prenez l'inquisiteur portugais et le grand-prêtre de Brahma, et voyez comme les deux têtes se profilent sur le fond du tableau, chacune marquée d'une sorte d'individualité de fanatisme. L'antithèse, à mesure qu'on avance, élargit son domaine. Deuxreligions, comme dans 1rs Hiifiueiinls, ne lui suffisent plus, il lui faut deux mondes. Si quehpie chose en celle œuvre de tant de vie et de force pouvait trahir la vieillesse d'un maître, ce serait l'entassement des beautés qu'on y rencontre. Les idées s'y enroulent avec une luxuriance de forêt vierge. Ne vous attendez pas au ne qu'ul nimis d'Hornce, mais bien plutôt à toute espèce de développements, de surcroit. Ce génie, oubliant l.i mort, thésaurisait en se disant qu'après tout il en serait quitte à un moment donné pour jeter à la mer quelques poignées d'or.
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I.a si've, débordant d'abondance et de force, Sortait en gouttes dor des fentes de lûcorce.
Séve trop puissante, trop vigoureusement productive, et dont en mêtne temps que le chêne suj)erbe se nourrissait le gui. L'émondeur de la dernière heure a manqué. Là est le mal. Ne l'exagérons pas.
C'est bien vile fait de se récrier. On regarde à sa montre, il est minuit, et le cinquième acte commence à peine: donc il y a desjongueurs. Va pour les longueurs ; mais pour abréger comment s'y prendre? Meyerbeer seul eût pu raccourcir, couper, parce que lui seul pouvait recoudre. L'eiit-il fait, s'il eût vécu ? On en douterait presque, lorsqu'on songe aux conditions d'une œuvre si profondément méditée, calculée, élaborée, où l'effet savamment combiné d'un passage trouvé lïublime ressort souvent de tout un système d'engrenage dont le travail, objet d'admiration pour le vrai juge, échappe aux regards du vulgaire. Connne Molière préparant par des scènes courtes
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ses grandes srènos, Meyerbeer a dans l'économie de son architecture dramatique des juxtapositions qui sont le secret du génie. Le mieux est donc de ne se prononcer qu'avec réserve et de prendre en patience ces prétendues longueurs, qui, pour devenir des beautés de premier ordre, n'œit besoin que d'être entendues assez de fois. Vous ne comprenez pas, c'est possible ; en ce cas, ouvrez vos oreilles, ouvrez surtout vos intelligences, et apprenez à comprendre. « Le diable est vieux, » dit le Méphisto du second Faust à ses petits amis de l'auditoire, et il leur conseille de tâcher de vieillir à leur tour pour le comprendre. Ce serait en effet trop magnifique d'entrer ainsi de plain-picd dans tous les sanctuaires de la pensée. Il semble, à voir la hàle de certaines gens, qu'il n'y ait qu'à payer sa slalle à l'orchestre pour avoir droit à la révélation immédiate de tout ce que renferme une partition. C'est le temps, ne l'oublions pas, qui fait les chefs-d'œuvre. Il faut qu'à leur esprit se mêle l'esprit d'une génération
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qui, les fréquentant, les expliquant, s'imprègne de leur vie et leur communique la sienne propre. On s'étonnera sans doute dans quinze ans que la partition de l' Africaine ait pu paraître obscure à bien des critiques, de même qu'aujourd'hui nous nous étonnons qu'un pareil blâme ait pu jadis être adressé aux Huguenols. Au reste, plus l'œuvre est magistrale, et moins elle échappe à cette destinée. La conscience de leur valeur, de leur autorité désormais incontestée, inspire aux natures énergiques le goût des tentatives difficiles. Le possible ne leur suffit plus : c'est à leurs yeux désormais quelque chose de trop quotidien, de terre à terre. Le vulgaire, qu'en avançant toujours vers l'idéal mystérieux ils ont fini par perdre tout à fait de vue, cesse bientôt de les comprendre. Le second Faust, la neuvième siimphonie, l'Africaine, œuvres de vieillard! s'écrie-t-il. Œuvres de maîtres qui, forts du droit qu'ils se sont acquis par vingt chefs-d'œuvre consacrés de commander à la foule, dédaignent de s'informer de ses besoins,
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tic SCS caprices. Où en scrail-oii, et que deviendrait la cause du progrès dans l'art, si ceux-là que leur génie autorise ne -^e servaient d'une ^^i- I liai ion exceptionnelle jtour faire œuvre d'initiateur, et par des tentatives neuves, hardies, douteuses même quelquefois, ne travaillaient à préparer l'avenir ?
J'ignore encore aujourd'hui si l'Afr'uuine n'est pas le chef-d'œuvre de Meyerbeer, mais je sens que c'est un chef-d'œuvre. Dès la fin du premier acte, les amis du maître savaient à quoi s'en tenir sur la portée de celte musique, cl ses ennemis aussi, ceux qui, avec dix ou douze enfants perdus de l'Allemagne raisonnante et raisonneuse, affectent de méconnaître l'importance de ce nom et disent bouffonnement « la période y^'agner-Liszt » pour caractériser une époque où les Hiujuenols et le Prophète ont vu le jour. »II y a au théâtre de
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ces manifestations auxquelles bon gré mal gré on doit céder. Vous entrez, et tout de suite, après quelques mesures d'une large introduction établie sur deux thèmes de l'ouvrage, empruntés l'un à la romance d'Inès, l'autre au septuor, — après celte romance agréable et un terzettino bien conduit, d'un style élevé, contenu, — vous nagez en pleine atmosphère de génie. Interrogez Sciibe, il vous répondra qu'il s'agit du fret d'un navire. Le conseil du roi de Portugal va- t-il admettre ou rejeter l'offre de Vasco de Gama ? L'état fournira-t-il des subsides à l'hypothèse du navigateur? Une simple question de budget. Maintenant écoutez Meyerbeer et voyez ce spectacle : vous assistez au mouvement d'une grande assemblée, on délibère, on juge, on vote. Les têtes peu à peu s'échauffent, les passions éclatent. Yasco, repoussé, éconduit, se révolte, l'inquisition lance son anathème ; c'est la progression dramatique du premier acte de Roméo et Juliette, ayant pour cadre le sénat d'Othello, Je ne suis pas ici pour parler violons et clarinettes
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et chercher naïvemciit par (lucllc sorte de procédés techniques de semblables effets peuvent être obtenus. La science du rhythme et des conibniaisons enharmoniques, Spohr et Mendelssohn l'ont eue à l'égal de Meyerbeer ; l'instinct suprême des sonorités de l'orchestre assure à lautcurde Tannhàuser son meilleur litre à la renommée ; Rossini a le flot mélodique plus abondant; mais ce que nul parmi les contemporains ne possède à pareil degré, c'est l'art de poser une situation, de faire vivre et mouvoir ses personnages, d'entourer une action dramatique de tout l'intérêt historique, de tout le pittoresque qu'elle comporte. « Les ennemis sont où je les voulais, » écrivait Frédéric de Prusse; Meyerbeer eu peut dire autant de son public : il l'amène, le lixe où il veut. Vous êtes en pleine Europe du xv" siècle, au milieu d'un congrès de princes de l'Église et d'hommes d'Etat; laissez agir sa pensée plus rapide que le fil électrique, et tout à I heure elle vous aura transporté à des milliers de lieues, sous des climats dont vous
percevrez aussitôt la couleur et l'atmosphère. Chez Meyerbeer, le musicien ne se sépare pas du dramaturge ; même dans ses compositions de moindre importance, il s'attache au pathétique, à l'accent. Musices seminarium accentus; exemples, parmi ses mélodies, le Moine, Rachel et ISephtali, morceaux où la surcharge harmonique prédomine, oii le texte n'avance qu'à pas lourds, écrasé par le poids delà modulation. C'est qu'à ses yeux l'opéra seul existe. Toute musique instrumentale ou vocale n'en saurait être que le prélude; de ce principe unique toute vie procède. Il avait beau vouloir s'émanciper, tenter des digressions de côté et d'autre, force était toujours d'y revenir, car le théâtre exerçait sur son génie ,une sorte d'influence démoniaque. Invinciblement ses lectures les plus graves, ses méditations l'y ramenaient ; il poursuivait) relançait la situation jusque dans l'Evangile. « Lazare, lève-toi ! » que n'eût-il pas donné pour pouvoir mettre en musique ce cri sublime du Sauveur ! « Vous n'y songez pus, lui disions-
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nous à ce sujet : un opéra de Lazare est impossible, faites un oratorio. » Mais non, il eût voulu aussi le décor, le speclacle. Cette évocation surhumaine, c'eût été le rayon de lumière dans une toile de Rembrandt. Il fallait à son tableau le jeu des ombres, les combinaisons de la mise en scène ; l'idéal entrevu était de peindre au réel la vie d'un Dieu.
Contraint d'y renoncer, il revenait à l histoire, écrivait cette page admirable du premier acte de l'Africaine, dont la grandeur vous émerveille. Oue d'invention dans ce finale, de rhythmes, d'incidents ! Quelle puissance tour à tour et quelle distinction caractéristique dans ces périodes accompagnant, commentant, nuançant les divers mouvements de l'action ! Le Conseil entre en scène sur inie marche à rhythme pointé d'une belle ordonnance, |)uib l(jul au.s<:l(M l'clalo l'invocnlion des
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évÙLjues appelant les lumières d'en haut sur les travaux de l'assemblée : phrase imposante, d'une simplicité, d'une grandeur suprême, phisieurs fois ramenée et toujours heureusement au double point de vue de l'intérêt musical et dramatique, tout un chœur d'hommes vocalisant à pleine voix et à l'unisson ! Sur un de ces rhythraes brillants, superbes, qui sont comme des coups de pinceau d'un Véronèse, entre Vasco de Gama. Il raconte le désastre de la flotte, expose sa demande. Rien qui sente la prouesse, l'emphase du chanteur de cavatine : un récitatif excellent, plein de calme, de dignité, serrant le texte. Les esclaves sont introduits, le mode change. Un prélude bizarre les amène: pressentiment, ressouvenir de ces contrées lointaines dont Sélika et Nélusko sont comme les échantillons présentés au Conseil par Vasco. «Nommez votre patrie ! » leur enjoint le président. Us se taisent. Sélika pourtant va parler, séduite, fascinée par l'irrésistible supplication de Vasco. L'esclave l'en empêche. On renvoie tout ce monde, et
la discussion s'élablit : op|)Osilion des voix de basse du côté des prêtres représentant la droite et des voix de ténor formant la gauche. Entre le vieil esprit du passé et les idées nouvelles, la lutte s'engage, s'envenime ; la querelle menace de tourner au scandale, lorsque les évêques se lèvent sur leur banc et de nouveau entonnent ce splendide Veni Creator dont les trois dernières mesures, après limmense explosion de la phrase principale, ont la gravité solennelle de VAmen liturgique. Rentré en scène, Vasco apprend que ses projets sont rejetés comme insensés; il s'indigne, maudit ses juges, et l'anathème proposé par le grand inquisiteur est repris par les évêques dans un ensemble à l'unisson, dernier effort du génie et qu'il faut désespérer de rendre avec des mots.
Quant à moi, pareil début, j'en dois convenir, ne laissait pas de m'effrayer un peu. Qui n'a entendu parler de celte fameuse porte de Mindos que Diogène conseillait aux habitants de fermer avec soin de peur que leur petite ville ne passât
dessous pour s'en aller? Bien des œuvres, j'imagine, et des plusrecommandables de notre temps, courraient en pareil cas môme danger; mais, en construisant ce vestibule colossal, l'architecte avait d'avance calculé les proportions de son édifice. Pour ceux (pii ont entendu cette scène, c n'ajouterai rien maintenant, car ils savent ce qu'elle contient de beautés de tout genre, et pour l'immense majorité du public qui Tignore, je la renvoie au quatrième acte des Huguenots. Elle n'a qu'à se rappeler et à se dire que c'est quelque chose d'approchant, sinon de supérieur.
Au second acte, la gamme change ; mais l'intérêt musical ne faiblit pas. Les caractères se posent. Voici d'abord Sélika , l'Africaine , aux pieds de Vasco endormi dans sa prison. Elle veille, elle épie, inquiète, caressante, jalouse. Son amour, à