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le lils rompt à la liàle l'enveloppe et lit, c'cbt la bénédiction biblique dans la simple majesté de son texte : « Dieu te bénisse et te garde! Qu'il fasse luire vers toi sa face et soit favorable. Qu'il te regarde et te donne la paix. » Puis an bas de ces lignes, la signature de sa mère.
Cette lettre, Meyerbeer ne s'en sépara plus, il la portait sur lui comme un talisman. Il avait beau voyager, courir le monde, l'auguste dame, de loin, veillait toujours. Qu'il fût h Milan, à Paris, à Londres, ou dans une de ces jolies petites résidences d'Allemagne et de Belgique dont les eaux l'attiraient tour h tour, partout les encouragements, les conseils, les leçons do sa mère savaient où le trouver.
Chez un grand artiste, rien pour l'œuvre n'est perdu : ses instincts, ses sentiments, se transforment souvent sans qu'il en ait conscience. Cette idée de vénération (iliale déjà si profondément exprimée dans Robert le Diable : — Va, dit-elle ! — Lorsque pour moi le soir ma mère priait Dieu!
— et qui sert de mol if à l'adinirnble trio du dénoûment, — cette idée, nous la verrons s'aflirmer davantage encore, el, vivante alors non plus seulement pour les yeux de l'esprit, s'appeler Fiçlès dans le Prophète.
Des deux frères de Giacomo Meyerbcer, l'un, Guillaume, se rendit plus tard célèbre par ses découvertes astronomiques , et l'autre fut cet aimable, poétique et si regrettable Michel Béer, l'auteur du Paria et de Struensée, âme rêveuse et sympalbique, esprit plein de savoir, de charme et de distinction, à qui le temps seul a manqué pour se placer au premier ran;^.
Conime son frère Mcyerbeer, il voyageait presque toujours. Ame chaleureuse , esprit agréable et cultivé, on le rencontrait beaucoup au Théâtre- Français, où s'agitait, brûlante alors et sitôt re-
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IVoidie, la question romantique; aux Italiens, où grandissait déjà, par le Crociato, cet aîné, gloire de la maison, devant lequel si volontiers il s'effaçait. Michel Béer mourut en 1851, d'une fièvre nerveuse. Tout commerce de l'intelliiience le charmait, et c'était une vive joie pour lui, au sortir de quelque chaleureuse causerie avec les amis présents, d'en informer aussitôt les absents, son cher Immermann, par exemple. Quel empressement on mettait à se faire des confidences, quelle curiosité à les recevoir ! Les poëtes, dit-on, ne se lassent pas de chanter le printemps et l'amour, mais ne sontelles point le printemps et l'amour de l'âge mûr ces heures où deux graves esprits échangent leurs idées?
Cette correspondance d'immermann et de Michel Béer, qui dura près de cinq années (1827-1851), n'est même point sans quelque analogie avec la célèbre correspondance de Goethe et dç Schiller. On en conçoit d'avance les textes favoris, beaucoup de confidences littéraires, de questions et de
i:t son temps. it
réponses à propos (1*11110 lliôoiin clmmatiquc, dos plans et des projets, ravénement au lliéàlrc d'une pièce longuement élaborée et l'histoire de ses vicissitudes. A tout moment les grands noms de l'auteur d^Eymout et du chantre de Don Carlos leur reviennent à la plume. On dirait deux fervents disciples écrivant chacun sous l'invocation d'un apôtre. L'apôtre d'Immermann est Goethe, tandis que sur le pupitre du frère de Meyerbeer il me semble voir jdutôt s'incliner, comme un autre saint Jean, la douce et mélancolitiue ligure de Schiller. Outre cette intéressante correspondance et diverses compositions littéraires justement appréciées, l'Allemagne lui doit deux bonnes tragédies, l'une en cinq actes, Struensée, l'autre en un acte, le Paria^ et qui, avec la nouveauté du cadre, em' pruntait aussi au Vingt-quatre Février de Werner le secret d'un immense succès. Je ne pense pas qu'il puisse être question ici de prédestination ; Michel Béer aimait les lettres, la poésie ; il en avait le dilettantisme. Loisirs studieux, passe-temps
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choisis et délicats au sein de la fortune, tout porte à croire que Meyerbeer, en abordant la musique, n'entrevoyait pas auti^e chose. Mais ici l'artiste préexistait; la génie couvait sous la mine; une étincelle, et l'explosion eut lieu. Michel Béer n'avait rien de ce feu qui dévore, de cette vocation qui vous enipéche de sortir une heure de vousmême pour aller prendre l'air chez le voisin. Poète ingénieux, aimable causeur, un peu sceptique, passionné connue vous et moi dans l'occasion, il était fait pour aimer les lettres et pour en discourir.
Tout le monde connaît la musique composée par Meyerbeer pour cette tragédie de Struensée, vieillie dans sa forme, et qui, en dépit de l'assistance que lui prêta la piété fraternelle, n'a jamais pu se maintenir au théâtre: La musique a cela d'heureux, qu'elle sait au besoin vivre de sa propre vie. Exilée de la scène, il lui reste la salle de concert. Entre elle et son poëme, le divorce est souvent possible. On s'est mésallié, on se sépare: tout est dit. Depuis (juinze ans l'admirable ouver-
ture cl les cntr'actcsde Moycrbccr charment TEurope musicale, et de la pièce pour laquelle cette ouverture el ces entr'acles furent écrits, il n'est pas plus question que de l'opéra du Jeune Eenri et du poëmc des Chaperons blancs. Meyerbecr, làdessus, ne se faisait point d'illusion. Ce merveilleux sens dramatique qui jamais ne l'abandonna lui disait que la pièce de Struensée, telle que son frère l'avait conçue et exécutée dans les formes admiratives de l'ancienne tragédie classique, n'était aujourd'hui plus possible, et d'autre part il aurait cru commettre un sacrilège en livrant l'œuvre de Michel aux remaniements vulgaires de quelque dramaturge bien acclienté. A ces raisons déjà fort suffisantes pour expliquer comment, du vivant de Meyerbeer, nulle traduction du Striiensée ne fut consentie, il faut encore joindre celle-ci très-caractéristique, à savoir que l'auteur des Huguenots et du Prophète n'aimait pas à revenir sur ses anciennes compositions.
Ceux qui l'ont vu, il y a quelques années, lors
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(le la reprise du Crociato au Théâtre-Italien, savent quel embarras et quel ennui lui causaient ces demihalailles à livrer devant le public, sans profit cerlain pour sa gloire. Esprit éminemment spéculatif, jusqu'à la lin en progrès sur lui-même, il ne se plaisait qu'à la recherche du nouveau; plus il avançait en âge, plus cette passion des découvertes le possédait, le dominait. En travaillant huit et dix heures par jour, il croyait encore ne point assez faire, et tandis que le chœur des gens avisés, des Philistins j comme on dit en Allemagne, ne se lassait pas de bourdonner à ses oreilles : « Vous vieillissez, maître, profitez du temps qui vous reste pour classer vos anciens manuscrits, » lui, toujours pensif et méditant, au lieu d'achever, commençait, commençait encore, oubliant les périodes parcourues, dédaignant les mesquines besognes où le génie n'a que faire, où le talent suffit. Qui ne sait l'histoire du moine Féhx? — Il était sorti le matin pour aller écouter chanter l'oiseau du bois. Et le soir lorsqu'il veut rentrer au couvent, le portier
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lui refuse la porte. Il se noiimio, personne ne le reconnaît. Cent ans se sont écoulés pendant qu'il écoutait chanter l'oiseau mystique.
Un clerc au bois iKissnil.
Un bel oiseau dianlait.
Quel trille et quelle g^iunncl — Oiseau bleu de mon âme, Gentil chanteur, oh! dis, Viens-tu du Paradis?
De l'aurore au couchant,
Ainsi dura le chant :
A la fiu il s'achève ;
Illusion et rêve !
Le clerc, pendant ce temps,
Avait vécu cent ans !
L'inspiration ressemble à cet oiseau de la légende; elle aussi vous' attire vers son iiioiide, l'iiifini. Elle a|)pelle, et vous la suivez, la poursuivez sans relâche, et la vie, à ce jeu, se passe. Au moyen âge on disait un siècle.
L'école lie l'obbc Vogler. — Meyerbeer et ^Ycber. — Les oraiorios : Dieu et la nature, la fille de Jephtc. — Tournée à Vienne. Rencontre avec Hunimel, Salieri. — Voyagea Venise. — llaendel, Gluck et Mozart, compositeurs italiens. — L"aulcur du Frrijscliï(t: et ses querelles d'allemand. — Marguerite d'Anjou. — L'Esule di Cranata. — Emma di Resburgo. — Meyerbeer et le prince Ponialowski. — Fin de la période italienne ; le Crociato. — L'influence française.
Toul ce qui dans Tart peut être enseigné, Meyerbeer l'apprit des meilleurs maîtres. Lanska et Clementi furent ses professeurs de piano, Zelter riii.4ruisit dans l'harmonie, l'abbé Vogler dans la composition. « L'art ouvre devant vous son magnifique avenir ; venez chez moi à Darmstadt, vous y serez reçu comme un enfant de la maison, et
pourrez étancher aux sources mêmes celle soif de connaissances musicales qui vous dévore. » Ainsi lui écrivait l'abbé Vogler, l'organiste et le théoricien par excellence de celle période, le digne maître, dont l'enseignement, après avoir formé tant d'élèves célèbres, lesWinter, lesRilter, lesKnecht, devait un jour donner au monde l'auteur du Freyschutz ci celui des Huguenots.
A cette école du bon abbé Vogler, Giacomo Meycrbeerel Charles-Marie de Weber, suivant les mêmes cours, mangeant à la morne table, couchant dans le même dortoir, ne lardèrent pas à se lier d'amitié. La vie qu'on menait là était des plus actives et pour l'esprit et pour le corps. C'était entre le professeur et les élèves un assaut continuel d'exercices de tout genre, un incessant déli qu'on se portait du matin au soir. Après la messe, que servait ^Vebcr, en qualité de catholique, avait lieu la classe de conlre-point, puis on se partageait un tbème que chacun travaillait à sa manière ; et le soir l'abbé Vogler passait en revue les divers Ira-
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vaux dans une sorte de conférence où l'élève développait ses intentions devant le maître, qui les discutait familièrement. On composa de la sorte, en se distribuant la besogne, tout un opéra en un acte intitulé/^ Procès dont l'abbé Vogler avait reçu la commande du duc de Nassau, et qui ne fut jamais représenté. '
Cependant, vers la lin de ses études, et tandis que AYeber éparpille ses forces, Meyerbeer, déjà circonspect, rassemble les siennes. Un oratorio, Dieu et la Nature., fut son premier essai; à ce début, que déjà signale une tendance très-caractéristique vers le pathos religieux, succède une œuvre dramatique affectant également le style de l'oratorio, la Fille de Jephté, et dans laquelle on semble voir que le jeune compositeur s'était trop hâté de vouloir montrer au public tout ce qu'il avait appris.
Meyerbeer, parmi tant d'avanlagcs dont habilement il sut tirer profit, eut celui de pouvoir, dès le début, s'instruire autre part (jue sur les bancs
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(le l'école. De Irès-boiinc heure il voyagea, éliulia les styles, les publics^ parcourut l'Allemagne, vint à Vienne.
On sait ce qu'était pour la musique la capitale de l'Autriche à celle époque. Les autorités de toute espèce, compositeurs, exéculanls, critiques s'y multipliaient. Ilummel, le grand Ilummel, y brillait dans l'éclat de sa gloire, et ce fut avec ce représentant illustre des principes de l'école viennoise que le jeune élève de l'abbé Vogler osa lier partie, se fiant à sa jeunesse, à son génie et à cet art de démenti dont la nouveauté allait prévaloir.
Vaincre Hummel, Meyerbeer n'y pensait pas ; c'était assez pour sa renommée qu'il se posât comme son rival, et tel (ut l'entraînement de la mode, qu'à ce jeu il faillit succomber. On ne se figure pas, en effet, quelle dépense ces improvisations sont pour le cerveau d'un musicien, et que d'idées précieuses s'en vont en pure perte par ce jet continu, pour la plus grande joie d'un di-
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lellantisine, partout curieux de voir jpuer les grandes eaux. Meyerbeer, avisant que c'était faire un métier de dupe que de tirer son imagination en pareils feux d'artifice, eut le bon goût de s'arrêter à temps, et se remit à composer de plus belle une partition à' Ahimeleck, dont ses récents succès de pianiste lui avaient valu le libretto.
Cet Abimeleck, écrit à Vienne dans le style de l'ancien o})éra allemand, semblait une gageure contre l'esprit nouveau qui venait d'Itaiic, et n'eut point meilleur sort que la FUle de Jephté.
Ces deux échecs, arrivant coup sur coup, étaient de nalure à compromettre l'avenir d'un artiste, et le découragement s'en fut mêlé sans l'intervention de Salieri, qui, tout en relevant le moral abattu du jeune maître, lui conseilla vertement de s'en aller bien vite faire un tour en Italie, et de séjourner en cet heureux pays où les citronniers fleurissent, jusqu'à ce qu'il y eût appris comment on écrit pour les voix.
Meyerbeer profita de la leçon ; il vint à Venise, entendit le Tancrède de Rossini, et se convertit à la musique italienne, qu'il n'avait, à vrai dire, connue encore que par les ouvrages de Nicolini, do Farinelli et de Pavesi, qu'on représentait alors à Munich et à Vienne, et dont le style banal, routinier et plat n'avait point en effet de quoi séduire une intelligence formée à l'école de l'harmonie allemande et nourrie de la moelle des lions.
Celte conversion, après quelques mois d'études nouvelles, donna pour résultatRomi/c/rt e Costauza^ ouvrage représenté sur le théâtre de Padouc en 1818, et dans lequel une mélodie élégante se mariait à un orchestre d'une harmonie plus riche et plus travaillée; puis vint, l'année suivante, la Semiramide riconosciuta^ écrite pour madame Caroline Bassi, une tragédienne lyrique de ce temps.
28 MEYERBEEIl
dont on so serait souvenu davantage sans la Pasta; puis enfin, à Venise en 1820, Emma di Resburcjo^ un succès d'enthousiasme, qui, avec l'Ediiardo e Cristina de Rossini, exécuté vers la même ^époque, entraîna tout sur son passage. Meyerbeer tenait la fortune, son nom déjà populaire éveillait mille sympathies.
Aux louanges cependant devaient bientôt se mêler les critiques, et les plus rudes allaient lui venir de sa propre patrie, de cette Allemagne où la traduction d'Emma dlReshUrgo avait apporté la nouvelle de son apostasie. Comme si en modifiant son style, en abondant davantage, vis-à-vis d'un public italien, dansles qualités qui constituent le vrai charme de la musique italienne, le jeune maître avait fait autre chose que ce que firent avant lui Haendel, Hesse, Gluck et Mozart, qui, eux aussi, jugèrent expédient de composer en Italie des opéras italiens et de s'approprier certains dons naturels à ce beau pays de la mélodie et du chant. Weber, qui ne goûta jamais la musique italienne, à qui même cette mu-
siqne fut loujours profoiKlôment antipalliiqiio, Wehor publia, à ce propos, dans la Gazette de Dresde, contre son ancien camarade, un article plein decolèreet de sainte conviction.
L'auteur du Freyachiïtz et d'Oberoii avait dans l'àme de ces emportements passionnés. On sait quelle guerre im[»lac3ble il mena en Allemagne contre Rossini et de quelles féroces diatribes il poursuivit longtemps letriomphateur. A. Meyerbccr non phis, il no ménagea pas lesapostroj)hes; il se fàcliait surtout de voir son condisciple, son ami^ tourner le dos à l'école allemande, dont il comptait bien, lui, défendre les grands principes jusqu'à la mort.
En attendant, Meyerbccr s'emparait do toutes les scènes d'Italie ; à Marguerite d'Anjou^ représentée à la Scala en 1822, et qui de Milan s'en allait bravement l'aire son tour d'Europe, succéda bientôt VEsuIe di Granata pour Lablacbc et la Pisaroni. Puis après, un opéra à'Ahnanzor, dont il y a peu de cliose à dire, et, comme couronnement
TiO MEYERBEER
suprême, le Crociato, un chef-d'œuvre que d'autres chefs-d'œuvre devaient suivre, et qui fut représenté, non point à Trieste, ainsi que l'écrivait Wel)er à son frère Godcfioid, mais à Venise, le 20 décembre 1825, par Yeluti, Crivelli, Bianchi et madame Méric-Lalande.
« Vendredi dernier, j'ai eu une grande joie;
« Meyerbeer est venu passer toute une journée
avec moi ; les oreilles ont dû te tinter. C'a été vrai-
« ment une journée de bonheur, un souvenir des
« heureux temps que nous vécûmes ensemble à
« Manheim.Nous ne nous sommes séparés que fort
« tard dans la nuit. Meyerbeer se rend à Trieste
w pour y monter son Croc'uito; il doit revenir dans
« un an à lierlin pour y écrire celte fois un véri-
« table opéra allemand, Fasse le ciel qu'il tienne sa
« promesse! Quant à moi, je lui ai parlé en con-
« science. » On voit par ces lignes que l'amitié qui
unissait les deux anciens élèves de l'abbé Vogler
n'avait du moins pas souffert des dissentiments de
doctrine.
1791-1864. Entre ces deux dates, combien de travaux, de chefs-d'œuvre! Quelle digne et noble vie passée tout entière dans le commerce des idées! VUam impendere vero. Musicien, il cherche le vrai dans son art : le vrai, le grand, le beau! Au premier livre de Samirel, la Bible nous montre la harpe de David apaisant les troubles de Saiil, probablement qu'il ne s'agit pas ici de musique de chambre et d'agréables morceaux à découper ei#uile eu contredanses. Meyerbeer fut ce maître puissant qui par'c aux hommes le langage de l'inspiration. Il chassa l'esprit de mensonge ; et s'il ne parvint pas à guérir son siècle des défaillances qui l'accablent, au moins le força-t-il, par moments, à se courber sous le pressentiment de J'infini. Il y a des heures où la matière, si brute qu'elle soit, doit obéir à Tenthou-
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siasme qui commande, à la domination du Verbe musical, et la légende antique d'Amphion est en ce sens une admirable idée. Sans Meyerbeer, nous en serions encore à la virtuosité italienne, aux roulades, cvtsceudos, da capo al fine, à tous ces opéras écrits sans convitlion sur les mêmes invariables ritournelles — ecco il fiero instante ! — mi hifjnero tacendo — il mio tormento — il sno tradimento ! et morir mi sento ! — pbrases de pacotille enfilées à la queue les unes des autres, et (jui, n'ayant aucun rapport avec le texte, pouvaient du jour au lendemain changer de titre et s'appeler indilféremment sur l'affiche tantôt Malek-Adel et lîAtôl la Chute du Rhin à Shaff- Itonse.
El cependant, on vient de le voir, à cette école de ia cavatine le futur auteur des Huguenots avait appartenu d'abord. Romildae Costanza, Emma dï
Reshurao, MartjuerUe (V Anjou, VEsuIe (U Granata lurent les efforts incertains de cette période de jeunesse parcourue sous le charme des ouvrages de Rossini.
Toutefois n'exagérons rien ; si en dépit des Zelter, des AVeber et des Vogler il composa en Italie, dans le style italien du moment, son rossinisme ne fut jamais d'un vrai croyant comme celui dunMercadanle, par exemple. Sa conviction n'était point là; oîi était-elle? Lui-même sans doute l'ignorait à celte heure, explorant, cherchant le succès, demandant à des formules étrangères, dans Emma di Resburcio et le Croclato, des applaudissements que n'avaient pu lui valoir dans son pays ses premiers essais, trop allemands pour l'Allemagne même. Los cnnehiis de Piossini, prompts à s'illusionner, s'imauinèrent tout de suite dcTéricer en rival du niaîlre; comu:e Sylla, dans cg jeune César, ils se figuraient déjà voir plusieurs Marins. Ils se trompaient :Meyerbeer possédait trop de critique en son esprit pour se prêter à pareil jeu.
D2LCÂIÏ0]
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Lutter de verve, d'improvisation mélodiques avec l'auteur de Tancrède n'était point son affaire. Dès cette époque, on ?ent qu'il s'achemine vers d'autres buts. Il compose dans le goût du jour, il italianise, mais avec ses réserves d'Allemand. Son rossinisme moins étourdissant, moins inventif, moins lancé, s'étudie davantage à l'instrumentation, à l'expression dramatique. Il y a dans Emma di Resburgo, dans le Crociato, une caractéristique qui dans le Meyerbeer italien annonçait déjà l'auteur de Robert Je Diable et des Huguenots. Car à travers tous ses changements de style, toutes ses variations, Meyerbeer, en somme, s'est toujours resté fidèle à lui-même. Sans rien désavouer de ses anciens principes en ce qu'ils pouvaient avoir de bon, il a su mettre à profit les nouveaux en ce qu'ils pouvaient avoir d'utile et aussi de bon: s'arrange;int de manière à voir incessamment s'accroître ses ricbesses et passant d'une esthétique à l'autre à peu près comme ferait un musulman converti qui, tout en goûtant en bon
chrétien aux plaisirs désormais permis de la vigne, se voudrait réserver- néanmoins un coin du paradis de Mahomet.
En musique, les bonnes inspirations rarement se perdent. Tout compositeur sait au besoin veiller au snuvctnge ; et si, dans une chute, un sinistre, on fait la })art des éléments, on a soin de s'arranger de manière que le meilleur du bagage ne disparaisse pas sans retour. Que de charmants trésors sont ainsi, après le nauhage d'un opéra, heureusement revenus sur l'eau. Rossini, dans le Comte Onj^ utilise divers morceaux du VicKjgio a Pieims] d'une cavatine perdue dans je ne sais quel ouvrage de circonstance, Boieldieu fait l'air d'entrée du téuor dans la dame Blanche ; Auber enrichit Frd Diavulo des épaves du navire sombré qui porta les Chaperons blancs et Jeur fortune. Meyerbeer, sur ce point, agit comme tout le mondé
et ne se gêna pas, lui non plus, pour extraire de ce répertoire voué à l'oubli et remettre industrieusement en lumière autre part, les idées qui lui semblaient assez bonnes pour devoir survivre.
Un soir, c'était aux environs de la première représentation du PanldU de Ploërmel^ le prince Poniatowski,renconlranlMeyerbeer dans lemonde, s'assit an piano, et, tout en causant avec lui à l'écart, commença à lui débiter, sotto voce, toute une suite de motifs, parmi lesquels, s'il y en avait d'ordinaires, il y en avait aussi de piquants et d'originaux.
— Que fredonnez-vous là? dit Meycrbeer; il me sendjie que je reconnais ce militaire.
— Je crois bien, répliqua le prince en continuant à chantonner, et vous l'avez vu sur le champ d'honneur.
— En Italie, alors, car c'est de la musique italienne.
— Oui, pardieu! de la musique italienne de Giacomo Meyerbeer dans Emma dï Resburgo.
— Ail 1 fit Meyerbeer, légèrement interloque, vous connaissez donc ces péchés de jeunesse?
— Quorum hodie pudel ac pœnilet. Vous auriez tort, cher mailre, car c'est ravissant.
Un mr '"«mt encore Meyerbeer écouta souriant et pensif , puis, la main doucement posée sur le bras du prince :
— Eh bien, cher confrère, soupira-t-il, puisqueyvous me jouez ce mauvais tour de savoir par cœur mes opéras italiens, j'espère que vous ne vous scandaliserez pas trop haut en reconnaissant au passage les morceaux que j'ai fait resservir dans le Pardon !
Jusqu'ici, on peut le dire, Meyerbeei n'était point parvenu à la pleine et entière possession de lui-même; son génie, en quête de sa propre individuaUté, n'avait su encore comment s'y prendre
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pour se débrouiller au milieu de tant d'éléments
étrangers qui l'encombraient de toutes parts.
A ce compte, la partition du Crodatu est une date, et l'œil exercé voit déjà, bien qu'indécise et tremblotante , poindre dans cet ouvrage la clarté du fou créaleur. Quiconque étudiera le Crociato avec intelligence sera frappé du caractère magistral qui s'y révèle. Plus d'hésitations, de tâtonnements, l'auteur sait maintenant ce qu'il veut, où il va, et dans cette mélodie italienne, se rapprochant de plus en plus du grand style allemand, dans cette fusion systématique des deux styles, vous pressentez de loin ce qui sera un jour le secret du génie de l'auteur de Robert le Diable^ dos Huguenots et du Prophète,
Quoi de plus grandiose au point de vue dramatique, de plus beau que l'introduction? Sans doute j les trois actes ne sont pas tout entiers écrits de ce style ; mais laissez ce vigoureux esprit se dévelop- * per librement, laissez agir sur lui l'influence française^ et vous verrez ce qu'il en adviendra. L'iu^
fluence française, en effet, personne n'y échappe ; sans elle vous eussiez vu Rossini s'arrêtera la Semiramide, et Mcyerbeer au Crociato; sans elle point de Guillaume Tell, ni t\c Robert le Diable, ni de Hiujuenols ; et dire avec cela que nous sommes la nation la plus antimusicale !
Oui, certes; mais les idées que la France remue incessamment, ces germes de fécondation universelle, littérature, histoire, philosophie, qui flotlent disséminés dans sa vivifiante atmosphère, agissent à leur manière sur l'âme pleine de résonnances de ces bardes sacrés que l'Italie et l'Allemagne nous envoient, et c'est ce qui fait que notre glorieuse pairie se peut vanter d'avoir inspiré en musique les plus fameux chefs-d'œuvre, tout en continuant à revendiquer l'immense honneur d'avoir créé le vaudeville.
J'ai connu jadis à l'étranger un ministre passé maître dans l'arl de îa représentation, et qui prétendait que, dans toute maison bien tenue, il fallait avoir pour maître d'hùlel un Allemand, des
Anglais pour valets de pied, un Français pour cuisinier, un Italien pour confiseur, et des Slaves pour gens d'écurie.
Je crois, révérence parler, qu'on en pourrait quelquefois dire autant pour nos musiciens : tirons-les d'Allemagne ou d'Italie, mais qu'ils viennent composer en France.
Paris. — Son influence ciimalériqiie sur l'arl et les artistes. — Les opéras français de maîtres étrangers. — Meyerbeer à Paris. — Premiers rapports avec les représentants de l'école française : Cherubini, Reiclia, Lesueur, Boieldieu, llérold, M. .4uber. — Meyerbeer et Rossini. — De gentleman à galant' uomo, de souverain à .souverain. — Le dernier diner cliez Hossini. — Les stances à mon pauvre ami Meyerbeer. — L'ài,'e d'or de iSifi.
Meyerbeer avait connu Rossini en Italie; à Rome (l'abord, puis à Venise, à Pologne, à Milan, s'étaient rencontrés et liés ces deux hommes, dont le premier régnait déjà en maître dans ces villes que l'autre ne parcourait encore qu'en étranger de distinction, en pianiste amateur, en riche et curieux dilettante. Rossini soupçonna-t-il , dès
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cette époque, l'avenir de Meyerbeer? dans cet élégant compositeur d'ouvrages en tout point recommandables, mais oîi l'originalité faisait défaut, l'auteur de Tmwredi, du Barbier et de la Gazza reconnut-il la prédestination? J'en doute. Je gagerais plutôt que Rossini, à celte heure de distractions, de travaux, d'entraînements sans nombre, ne se posa même pas la question. Il vit en Meyerbeer un homme aimable, un musicien de talent, et cela lui suffit pour ne plus l'oublier.
De Paris, où dès 1824 il allait prendre la direction du Thécâtre-Louvois, le grand maître l'appelait bientôt avec empressement, et de cette même voix sympathique et si généreusement persuasive dont il devait plus tard encourager les Bellini, les Donizetti et les Mercadante.
Meyerbeer, apportant à la France son premier chef-d'œuvre, subissait l'action irrésistible de Paris.
Pariïï, je le répète, est devenu le centre de l'opéra moderne, et cela non point à cause du plus ou moins grand nombre de chefs-d'œuvre qui s'y sont produits, mais uniquement parce que c'est à Paris qu'a pris naissance le nouveau système de drame musical qui régit le monde. Qu'était-ce que l'opéra français pendant les vingt premières années de ce siècle? Avec les beaux jours de l'empire s'en était allé le style des Lesueur et des Spontini, style héroïque, pompeux, en harmonie avec les sentiments déclamatoires d'une génération exclusivement vouée aux palmes de Bellone et qui se rapportait à la grande manière de Gluck à peu près comme la peinture de David se rapporte à l'anliqne. S'il y a au monde un genre de production qui porte en soi le caractère cosmopolite, c'est à coup sûr l'opéra, en ce sens que les
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varit'ti's nalionalos du stylo musical y disparaissent toujours plus ou moins. Co que furent jadis Rome, Naples et Vienne comme centres où venaient se réunir tous les fils de cette trame singulière, Paris l'est aujourd'hui. Ici, en effet, les nuances caractéristiques s'effacent, les aspérités se dérobent, les styles se confondent. On dirait l'immense caravansérail où fraternisent, sur le chemin de la Mecque, toutes les nationalités errantes, le champ de mai universel où l'Italie et l'Allemagne échangent leur originalité respective sous les yeux de la France qui n'a garde de manquer à s'en attribuer la meilleure part.
A aucune époque, l'opéra français n'a joué un rôle aussi considérable que pendant les vingt-cinq années qui viennent de s'écouler. Et ce rôle, pour peu qu'on veuille y réfléchir, à qui le doit-il, si ce n'est à des étrangers? Je me hâte de proclamer le mérite de deux ou trois ouvrages supérieurs dus à l'inspiration de maîtres nationaux, lesquels ouvrages, bien qu'ils soient signés de noms tout français,
ET SON TEMI'S. Ti
n'en porlent pas moins reiupreinte celui-ci de l'influence Rossiuienne, cet autre du système introduit par Meyerbeer. Mais si nous exceptons la Muette et la Juive^ quels titres voyons-nous figurer parmi les chefs-d'œuvre (pii font chez nous comme au dehors la renommée de notre première scène musicale? Guillaume TelL les Huguenots, la Favorite ! opéras français , d'auteurs allemands et italiens. Je dis opéras français, parce qu'il est incontestable que la France et Paris ont des droits à revendiquer sur ces ouvrages qui, dans les conditions où nous les admirons à différents degrés, n'auraient pu naître ni à Vienne, ni à Naples, ni à Berlin. En ceci l'action de la France est comme ce morceau de levain dont parle ri'^angile ct/pii suffit pour mettre on l'ermontalion une masse tout entière.
Meyerbeer s'était installé rue Vivienne, à l'hôtel (le Bristol : on le voyait partout, an théâtre, dans le monde, à ces séances de qnainor de l'hôtel Pillct-Will, où M. Baillot avait tant de peine à réunir alors trente personnes pour leur faire entendre les chefs-d'œuvre de Haydn, de Mozart et de Beethoven. C'était d'ailleurs, parmi les plus haut placés, les plus illustres, les plus influents, à qui lui ferait fête. Tant d'empressement, de bonne grâce relevaient son air; un si vif désir devoir, de connaître, le possédait, qu'on eût recherché l'homme pour lui-même, et que l'attiait du talent et de la renommée n'était en quelque sorte qu'un surcroît. Des beaux esprits qui régnaient à cette heure dans le monde des sciences et des lettres, Meyerbeer en avait déjà rencontré plusieurs : M. (lousin, par exemple, qu'il avait vu à Berlin
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chez les Ilumboldt. Avec les autres les relations furent bientôt nouées. Pour se mêler à la pléiade romantique n'avait-il pas sous la main son cher Michel, le poi'te si répandu, si bien venu partout, chez Victor Hugo, chez les Deschamps, chez Delacroix, et dans celte famille Bertin où l'attendait, au milieu d'une société d'élite, une musicienne de l'ordre le plus élevé.
Remarquons, en passant, que ce goût des choses de l'intelligence chez Meyerbeer ne devait plus se démentir. Rien d'intéressant, de méritoire, à quelque titre que ce fût, n'échappait à son information. Et dans ces derniers tcm|)s encore, combien de fois ne Tavons-nous pas vu auK Ilnlicns, à l'Opéra, à l'Opéra-Comique, au Théâtre-Lyrique, écoutant la Patti, mademoiselle deMaësen, lesMarchisio,mademoiselleSax,et,tout en se faisant un régal de ces voix renommées, les étudiant, les mesurant, les scrutant au point de vue de la manière dont il les pouvait utiliser! Jamais sa pensée n'avait été plus puissante, sa
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cuiiosité plus éveillée. Tout Tinléressait, (oui I'ogcupait ; on le rencontrait chez les libraires, feuiU letant les romans nouveaux pour y chercher des sujets d'opéra.
En 1820, celte activité jetait ses premiers feux.
Meyerhcer fut bienlôt lié avec tout ce que la musique, les lieaux-arts, les lettres et la société parisienne avaient de notabilités: plein d'une respectueuse déférence pour les illustres vétérans du Conservatoire, simple et affectueux pour les renommées de sa génération, affable et encourageant poni" la jeunesse encore obscure. 11 visita les ponliiVs 'le r.iithc sainte; M. Reicha, le maîlre de la l'ui^iic et tlii conlre-pn.nl; M. Cherubini, le génie dt; la scleiico, Jiommc considérable à tous les titres, m;iis (pii no i)éc'l!ail point, en général, par
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excès de bienveillance, espèce de Royer-Collnrd musical qui vous égorgetaït le mieux du monde en ayant l'air de n'y pas toucher. Eu dehors de ce cercle des patriarches, auxquels il faut adjoindre l'honnête Lesueur, talent à velléités épiques, excellent cœur, d'une bonhomie à vous rappeler la Fontaine, il y avait le groupe des compositeurs en communication plus directe avec le public ; Boieldieu, esprit aimable et souriant, âme courtoise et pure, vrai chevalier de la muse française; Hérold, physionomie rêveuse et languissante, complexion maladive, que guide au ciel l'étoile de Mozart; M. Auber, le plus ingénieux, le plus cliarnianl causeur, s'il est permis d'appliquer ce lerme au langage des sons, le Rivarol du motif d'opéracomique. — Meyerbeer connut et fréquenta ers hommes. D Halcvy, on ne s'en occupait point encore, et quant à Rossini, je l'ai gardé pour en parler tout à mon aise.
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Acclamé de l'Europe entière, objet de rcnipressement des souverains, fêté, gâté, idolâtré, l'auteur de Tancvedi et du Barbier régnait sans partage. Au bruit naturel de toute vaste renommée, la mode celte fois mêlait le tapage de ses millions de grelots. On sait à quel point, lors du passage à Vienne de Rossini, Beelboven fut importuné de cette gloire toute mondaine qu'il ne comprenait pas, lui, le sublime Alceste-musicien.
Meyerbeer aborda le maître comme il convenait, plutôt en riiilintc qu'en rival. A des rivalités, qui pouvait y songer à celte beure? On se vit, on s'aima : de (jenlleman à (jakint'uomo les relations s'établirent; d'ailleurs l'olympien Rossini, il faut qu'on le sacbe, se montra toujours fort bienveillant, bénévole même pour ses plus acharnés ad-
versaires. Quand Charles-Marie de AVeber, l'auteur du Freyschutz et (lEitnjanthe, après l'avoir longtemps si cruellement attaqué, voulut, sur le tard, s'excuser :
« Pas un mot de plus, s'écria Rossini en l'interrompant; y songez-vous, monsieur de AVeber? Le jwUsson qui a écrit Tancrède doit s'estimer encore trop heureux qu'un homme tel que vous taille sa plume pour s'occuper de lui. »
Pour bien comprendre l'attitude de Rossini couvrant dans cet accueil sa magnanimité sous des airs de badinagc, il faudrait avoir lu certains pamphlets décochés contre lui parAVcber. Passe encore pour de la critique, mais des sarcasmes burlesques, dos parodies! On connaît le fameux sermon du père capucin dans le camp de Wnllensteiu. Dans un de ses articles, AVeber s'empare de ce texte qu'il s'évertue à travestir, dirigeant sur les trombones, les tambours, la petite flûte, la grosse caisse, toute cette artillerie d'invectives dont le moine narquois de Schiller se sert pour
battre en brèche les fléaux du temps. Autre part ce sont des épigrammes sous couleur de compliments, de vrais bouquets d'épines. « Mon aimable, mon irrésistible, mon divin Rossini ! — s'écrie un dilettante chargé d'égayer l'assemblée aux dépens du compositeur qu'on bafoue. — Qu'il apparaisse seulement ici dans cette chambre où nous sommes réunis, et voilà soudain tout sens dessus dessous. Quel feu dans ses regards I comme de sa main féconde va tomber sur ces dames une enivrante pluie de fleurs ! Qu'importe après cela qu'il marche sur le pioil au bon docteur, qu'il renverse un cabaret de vieux saxe, et brise même le miroir où nous aimions tant à voir se refléter la natnre? Cher enfant! Cherubino d'amore! c'est à qui le prendra dans ses bras pour le couvrir des plus folles caresses. Et de quel joyeux éclat de rire en s'écbappant tout à l'heure ne saluera-t-il pas l'école où ses pauvres camarades, assis à la peine, suent sang et eau pour satisfaire un public qui eur marchandera quelques misérables morceaux
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ilo |).iin noir, Inmlis ([iio, lui, l'iiruroux enfant jj'âtô, lo jpune ospiè^le, on le nourrit des plus fines chnlteries! A vrai dire, je ne crains pour mon favori qu'une chose : c'est l'époque oij le jouvenceau cherche à devenir homme. Fasse le ciel que jamais cette époque n'arrive, et puisse la folâtre libellule trouver, parmi ces fleurs (ju'elle hante, une mort douce et fortunée ! i\e devient point abeille qui veut. Il est, hélas! si facile de s'arrêter en chemin do transformation et do finir par n'être, en dernière analyse, qu'un inqiorlun bourdon qui vous assourdit et vous assomme ! » Qu'aurait donc pensé de son persillage l'auteur du Freijschiitzcl à' Oberon, s'il eût attendu l'heure que marqua l'apparition de Guillaume TelH Cette heure solennelle, Weber ne l'entendit pas sonner. Ce fut lui que la mort ensevelit ilans les blanches nappes du clair de lune, lui ([u'elle coucha sous l'herbe humide trempée des larmes iVAtiel et de Titcmia.