MEYF.I'.BI'.EU ET SON TEMPS. HT
.'uissi son esthétique. Parler de Mozart et de Beelliovoii, de Wcber etdeMéliul, dai:s le ton dont on parle de Micliel-Ange on âe Corr. ille, de Lamartine ou de Delacroix, semblait ncyiiveau ; il v avait là des points de vue curieux, des idées, tout un système de critique. Grâce à Stendhal, à mon père, tontes ces questions, naguère abandonnées an caquetage, furent traitées littérairement, philosophiquement, et l'art musical, qui semble devoir être l'art {\u siècle, eut, comme la })oésie el la peinture, sa critique et sa philosophie.
Après s'être mù avec Robert h' Diahic dans les régions du fantastique, Meyerheer, par les Hii- (lueiwls^ touchait au domaine de l'histoire.
C'est surtout vei-s le milieu de l'ouvrage que le grand peintre se manifeste. Les deux premiers actes marchent lentement, la pièce va d'un train
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péiiiblf, rmharrassé , cp n'est quo par la gràro infinie des détails que le musicien vous intéresse. Il faut voir avec quelle variété luxuriante les arabesques s'enroulent , avec quelle aimable mollesse, quelle flexible distinction les lignes mélodieuses s'allongent et se contournent : vrai kaléidoscope musical où dans un contraste qui n'exclut point la symétrie, les formes et les couleurs se succèdent rapidement. Chacun de ces actes , pour la magie des arabesques, me représente un plafond d'Amboise ou de Fontainebleau.
Il va ainsi, en poésie comme en musique, certains chefs-d'œuvre auxquels semble échale don bien rare de faire voyager l'imagination à travers l'espace et le temps. Do ce nombre est VEijmont de Goetbe, de ce nombre sont aussi les Hiujuenots de Meyerbeer et YOteJlo de Rossini (le troisième acte si shakspearien!). Rien, en effet, ne sur passe à mon sens l'illusion poétique où vous plonge celte musique. La complainte du gondolier, Nessnu madgior ddlorc, le court récitatif, si admira-
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bicment instrumenté, qni précède l'élégie du Saule, la prière do Desdemone, Dell / calma, o ciel ; t'uliii la morno ritournelle qui fait pressentir la calastroplie du dénoùmont, ne sont point seulement des morceaux d'un ordre supérieur en musique, mais de sublimes pages où l'expression du sentiment pittoresque le plus romantique vient se joindre à ce que la passion humaine a de [dus touchant, de plus mélancolique et de plus chaleureux.
On en veut à Meyerbeer de ses tâtonnements et de ses scrupules ; bien des gens lui ont fait un crime des conditions qu'il imposait lorsqu'il s'agissait de l'exécution de sa musique. Et cependant quoi de j)lus légitime et de plus naturel, quand on réfléchit à la manière dont lui-même travaillait, à l'esprit de suile qu'il apportait dans les moindres détails de sa composition.
L'auteur des Hmjueuotti et du Pro\)hète n'ini-
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|jifivisp pas; tout ce (|u'il r;ii( a sa loi d'être, et, pour rendre diffiiemenf sa pensée, il faut beaucoup de voix, beaucoup de passion et infiniment d'intelligence, trois choses qui, en général, ne courent pas les rues. Ici tout se tient, chaque personnage a son importance. Sans parler de Raoul, si brave, si ému, si poétique surtout, et dont la physionomie a frappé tout le monde, regardez au second plan, prenez le comte de Nevers, physionomie avenante, courtoise, et qui rappelle les pUls élégants portraits de l'époque! Est-iî assez galant, assez relevé le ton de ce gentilhomme! Il ne s'aqit avec lui, je le sais, que d'une partie accessoire de l'ouvrage, mais j'y msiste, car c'est par les détails, par les coins que les vrais chefs d'oBUvre se font connaître. Telle phrase qui passait jusqu'alors inaperçue soulève un frémissement de plaisir depuis que M. Faure, jouant le rôle, l'a mise en lumière. — Il existe au British Musœum une statue, merveille de grâce, de fini, de rendu dans la force. Hercule, Thésée, Cécrops, Céphale : peu
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imporle lo noindi^it les arclié(;>loi:iios la dérorent : mais ce qu'on ne saurait constalor avec trop rlailniiralion, c'est le soin, le scrupule que l'artiste a mis à étudier, à caresser, à parfaire tout nn côté que la place occupée par le chef-d'œuvre dans le monument condamnait à ne pas être vu.
Quel intérêt avait Phidias à dépenser tant de soin à l'exécution d'une figure pour ainsi dire sacrifiée et qui, pour livrer aux regards des hommes son incomparnlilc perfection, devait attendre qu'après deux -mille ans lord Elgin vînt l'enlever à sa destination? Quel intérêt? Ce besoin de satisfaire à l'idée d'harmonie (|ui possède le grand artiste. Le chef-d'œuvre est là pour le chef-d'œuvre, indépendamment de l'effet à produire. — Meverbeer aimait certes beaucoup l'effet, nul mieux qiie l'auteur des HiKjueuots et du P/'o/)/i^k' n'a jamais possédé le secret de s'emparer du public et de le passionner ; ma^s son génie, en concentrant sa force sur certains points du drame marcpiés d'avance pour le succès, prenait à tâche de ne lais-