LA MARCHE AUX FLAMBEAUX. SCHILLER MARSCH
Nous arrivons à des œuvres de moindre envergure, significatives toutefois, et qui prouvent, jusqu'à l'évidence, que plus Meyerbeer approche de la vieillesse, plus il se désintéresse du drame.
Ne nous embarrassons point, dès lors, de raconter \ Étoile ni le Pai'don. Le style du premier ouvrage a des vertus militaires de premier ordre : et si, chaque fois qu'il dut aborder le genre pittoresque, le compositeur s'en était tiré comme il lui arriva dans le Pardon de Ploënnel, nous aurions quelques pages de moins à déplorer ou à regretter des Huguenots ou du Prophète.
L'ouverture de V Etoile duNord est un triptyque . Au centre, une large mélodie développée avec aisance. Aux deux extrémités, le même tempo di
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marcia sert de cadre à différents épisodes. La péroraison, comme dans la Marche du Sacre^ n'est rien de moins ni de plus qu'une fanfare éclatante ; ici, toutefois, d'ingénieuses modulations soutiennent l'intérêt musical. Le premier acte, au demeurant, est assez « écrit ». On sait que le Camp de Silésie avait été composé de manière à multiplier pour Jenny Lind les occasions de se produire. Aussi Catherine n'aura-t-elle pas moins de trois morceaux à nous chanter. Celui qu'elle chante déguisée en sorcière, et où nous retrouverons un des motifs d'ouverture (ÏEmma de Rohsba/'g ^^aitendra^ pour être à sa vraie place, le quadrille que l'on ne manquera pas d'arranger sur VEtoile du Nord. Le dernier, que l'on a déjà entendu dans l'ouverture, reparaît vers la fin de l'acte, allongé et aggravé d'inutiles vocalises. Je donne la préférence au récit de Catherine racontant à son frère comment elle vient de lui obtenir une fiancée. Je citerais volontiers ce morceau parmi les rares qui ne seraient aussi bien à leur place, ni à l'Opéra, ni dans une opérette. Les étapes du récit sont marquées par un double changement de ton et de forme; et comme le sujet n'est rien de moins qu'un succès de diplo-
1 . Je parle du motif mineur chanté par Catherine, au moment où pour apprivoiser le cosaque Gritzenko et ses compagnons, elle les fait danser au son du tambour de basque.
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matie féminine, on sait gré au compositeur de la manière dont il a conduit sa narration musicale en lui imprimant une animation progressive et en évitant de pousser jusqu'à l'hilarité l'épanouissement de gaieté qui la termine *.
Les tableaux militaires qui remplissent le deuxième acte avec les couplets de l'infanterie, de la cavalerie, la chanson des vivandières, attestent ce que l'on savait depuis le Rataplan ! des Huguenols, à quel point Meyerbeer a l'imagination scénique. Nul mieux que lui n'écrirait un ballet s'il ne comportait que des « motifs de mouvement». Il en comporte aussi de « danse ». Dans V Etoile du Nofd, on ne danse fortheureur sèment que derrière le rideau, c'est-à-dire pendant Fentr'acte. Une fois le rideau levé, on y manœuvre ; l'un claironne de la voix ; d'autres imitent de la voix le tambour qui roule avec accompagnement de gestes appropriés. Puis c'est une chanson de cantinière; elle sentla garnison. Puis c'est un délicieux quintette dans le style classique. Enfin, c'est le final de la révolte que jalonnent les accents de la «Marche sacrée». L'armée ne veut plus de son chef : les jours du czar sont « proscrits ». Le beau récit de Pierre s'offrantaux coups des révoltés et, par sa hardiesse,