‹ MeyerbeerChapitre 17 sur 24 · I. Au premier acte · texte numérisé non relu

I. Au premier acte

rence de ses procédés. Sa méthode est partout la même, quitte à ne point donner partout les mêmes résultats. Les vertus évocatrices des timbres sur lesquelles cette psychologie musicale repose, ne le sont point toutes au môme defifré. Elles chanoent avec les instruments. Les timbres glissants et doux vont droit à Tâme, ou nous en donnent l'illusion, parce qu'ils nous pénètrent sans heurt. Les timbres des instruments de cuivre nous « prennent » et nous « frappent ». Ne dit-on pas un « coup » de clairon ? Ne dirait-on pas tout aussi bien un « coup » de trombone ? Et plus la sensation de choc est ressentie comme telle, plus elle accapare l'attention, cela, non point toujours, mais souvent pour le plus grand dommage de l'imagination psychologique \

On prêtera donc assez vraisemblablement à Meyerbeer des procédés constants d'évocation. Il les applique avec le même souci de vraisemblance aux situations et aux personnages. Le trombone, le basson, la contrebasse, voilà les instruments qui conviennent à Bertram : sans oublier la trompette au moment du : « Roi des Enfers, c'est moi qui vous appelle. » — Les ins-

I. J'appelle du nomd' « imagination psychologique» la faculté de se représenter un sentiment. Le plus souvent ce genre d'imagination opère directement. On ne dit point que le son du cor nous rend triste. On le sous-entend. Mais on affirme d'abord la « tristesse » du cor.

CONCLUSIONS 2o5

trumentsen bois, la flûte entre autres, feront cortège à la naïve Alice quand il nous sera permis de ne voir en elle que la fiancée de Raimbaut. Dans les moments où elle assistera Robert, à la façon d'un ange tutélaire et sauveur, le cor (1" acte) et la trompette viendront compléter le petit orchestre qui lui sert d'accompagnement. Ailleurs, le violoncelle exprimera la tendresse maternelle de Fidès ; nul autre instrument ne le doublera, au second acte, pendant les toutes premières mesures de VArioso^ à Tacte quatrième, pendant l'exorcisme. Quand Meyerbeer voudra exprimer la « profondeur dans la tendresse », alors, seulement, il fera signe aux bassons. Et ne vous figurez pas qu'il se servira des instruments éclatants partout où il s'agira d'annoncer un moment tragique. Au début du Septuor du duel dans les Huguenots^ au début de la Conjuration — qu'à bien des égards le Septuor du duel annonce si l'on veut bien prendre garde à la similitude des rythmes — les instruments à cordes, seuls, donnent le signal d'attaque. Tant il est ou parait vrai que Meyerbeer, s'il ne dédaigne pas de nous secouer ou de nous faire frémir, n'abuse pas des effets inutiles!

Ajouterai-je , et la remarque ira peut-être

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