‹ MeyerbeerChapitre 5 sur 24 · PÉRIODE ALLEMANDE. L'ORATORIO DIEU ET LA NATURE · texte numérisé non relu

PÉRIODE ALLEMANDE. L'ORATORIO DIEU ET LA NATURE

Avant de résumer l'œuvre de Meyerbeer dans sa période italienne, la seule qu'il soit permis de juger puisque de la première période — on pourrait lui donner le nom de période allemande — on ne connaît à peu près rien, profitons d'un heureux hasard pour donner notre impression sur Gott und die Natiu\ eine lyrische Rapsodie von Herni Aloïs Schreibei\ in Masik geseltzt von J. Màyerbeer.

Le titre qu'on vient de transcrire est celui d'un manuscrit donné par Charles Malherbe à notre bibliothèque du Conservatoire. L'écriture du manuscrit n'est pas de Meyerbeer. Le manuscrit provient de Gottfried Weber, l'un des

condisciples de Meyerbeer à Darmstadt, et date de 1811. Meyerbeer avait alors vingt ans.

On sait que cette rapsodie îwlV œuvre de début du jeune maître, la première sur laquelle il consentit à se produire et à se laisser juger. Schucht a résumé les impressions du public. Et ces impressions, plutôt favorables, exemptes d'enthousiasme, toutefois, convenons-en, correspondent assez exactement au genre de valeur de l'œuvre. Elle est née à Darmstadt. Elle s'est formée, elle a grandi, selon toute vraisemblance, sous l'œil vigilant et attentif de l'abbé Vogler. Et vraisemblablement aussi le digne abbé la consacra de son approbation.

C'est en effet un chef-d'œuvre que nous avons là ; chef-d'œuvre au sens corporatif du terme, l'équivalent d'une excellente thèse de doctorat, le travail d'un élève aspirant à devenir un maître, n'ayant, dès lors, plus rien à apprendre de ses maîtres. L'élève est avisé, instruit, averti, prompt àtirer parti de ses ressources, hardi à l'occasion, mais sans impatience, non point avare de ses effets, tant s'en faut, capable de les ménager néanmoins, au besoin, même, de les faire attendre. Habile au maniement de l'orchestre, il en espère beaucoup, car il sait tout ce qu'on en peut obtenir et il sait l'obtenir. Ce qui manque le moins est de l'ordre des choses qui s'apprennent. Mais

de ce qui ne s'apprend pas, si Ton ne saurait aller jusqu'à dire notre jeune auteur dépourvu, il n'en est guère prodigue : plus de vigueur que de fougue, plus de clarté que d'élan et, pour me servir des vieux termes en usage, plus de savoir que d'inspiration véritable. Comparez la première œuvre de Meyerljeer, celle-ci, avec le Demetrio e Polibio, écrit par Rossini au moment où il ne savait encore rien, pour ainsi dire, et vous sentirez la différence. De l'auteur du Demetrio on peut tout espérer ; c'est l'œuvre d'un adolescent de génie. Le Gott iiiicl die Naiiir est l'œuvre d'un esprit musical déjà mùr et qui pourra, peut-être, se passer de génie.

A ceux qui se demanderaient dans quelle mesure ce jugement sur l'ouvrage du début d'iui grand homme ne se ressent point de ce que l'on sait ou l'on croit savoir, sur l'ensemble de son œuvre et de sa carrière, je répondrai, très franchement, que l'histoire d'un grand homme doit être préparée à reculons, et que si l'on s'intéresse à tout ce qui est sorti de sa plume, c'est parce qu'il en devait sortir des œuvres importantes et significatives. On ne saurait rien de l'auteur de Dieu et la Nature en dehors de cet oratorio, qu'on serait moins sensible à ce que j'appellerai ses « tendances excentriques ». En maint passage, nous sortons de l'oratorio et nous

passons les frontières du poème symphoniqne. Il n'est guère de page où ne se manifeste l'aptitude du jeune musicien à mettre un texte en musique, à traiter un sujet en s'inspirant du sujet lui-même, sans en avoir rien composé ou même esquissé d'avance. Le style manque souvent de souplesse et d'aisance : même il côtoierait la trivialité . Il n'est jamais ou presque jamais banal : point de recours aux lieux communs. Point d'affectation non plus. J'en atteste ces lignes d'introduction où se montre le souci de bien rendre ce qui est donné à rendre et de se conformer à son texte. 11 s'agit d'un chant d'action de grâces, quelque chose comme d'un Gloria in Excelsis :

Ainsi débuta la période allemande de la carrière d'un artiste qui, fidèle à la méthode et aux leçons d'un maître renommé d'Allemagne, était destiné à ne jamais réussir en pays germanique que par des œuvres acclamées ou applaudies à l'étranger.

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