TOME I
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driez jaloux de notre Seigneur Jésus-Christ laiméme. Dona Ana est une de ces âmes dévotes qui placent les affections de la terre en seconde ligne et qui n'aiment qu'an ciel.
— Si j'étais son mari , murmura don Antonio , je Tempécherais bien de passer ainsi sa TÎe aax pieds d'un moine!
Il y eut encore un silice, M. de Gran?Hle réfléchissait. Ce que venait de lui dire don Antonio changeait tous ses plans. Il avait formé pour son propre compte un projet de séduction dont la réalisation devenait dangereuse, impossible; maiâ un autre dessein remuait dans sa tête et il se décida à l'expliquer sur-le-champ.
^ Mon ami, dit-il , votre exemple réveille en moi des idées que j'avais perdues depuis longtemps. Vous m'avez vu un fougueux ennemi du mariage, je craignais les ennuis, les déceptions, les malheurs qui le suivent ; mais je sens qu'une jeune fiîle m'a aussi converti , et si j'osais, dans ma position...
— Eh bien ! interrompit don Antonio fort surpris à son tour, vous voulez vous marier, mon amit
— La belle Mézélie est un ange comme sa sœur; mais je n'ai pas un titre, une fortune immense comme vous ; je n'ai pas même une certaine
aisance à lui offrir; tous le savez, et sans voire généreuse' amitié...
^Mon cher Paul, j*assurerai une dot à la soMir de ma femme, interrompit vivement don Antonio; vous serez dans une position heureuse; noos vivrons tous ensemble. Point de remercfments. Est-ce que je peux me passer de vous?
Ce mot peignait le caractère et la situation du comte de Bibar vis-à-vis de M. de Granville. Depuis deux ans oe dernier était arrivé àla Havane dans une espèce de dénûment. Le navire qui l'amenait avait naufragé, et ce malheureux événementexpliquait la détresse où se trouvait plongé on homme dont l'éducation et les manières annonçaient qu*il avait en une meilleure fortune. Admis chez le comte de Bibar, il était devenu, en peu de temps, son inséparable ami. Il avait un caractère souple, rusé, persévérant, une con« Mience large, une âme sans élévation, des passions brutales et contenues, à la satisfaction desquelles il avait depuis longtemps sacrifié dans son for intérieur tout sentiment de délicatesse et de dignité. Avec cette nature et ces habitudes, il ne lui fut pas difficile de se plier à une position dans laquelle un homme honorable n'aurait pu vivre.
Don Antonio de Bibar était au contraire un véritable gentilhomme espagnol, fier et plein de
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loyauté, incapable de dissimulatioo et de bassesse ; il ne soupçonnait pas ces vices chez autrui, et il disait toujours hautement et franchement sa pensée ; c*était là le seul bon côté de son caractère.
Une éducation incomplète n'avait rien ajouté à ses facultés ; il était crédule , opiniâtre et court d'intelligence; ses passions s'étaient assouvies par Texcès de toutes les débauches; avant trente ans il était vieux , à bout de toutesles jouissances. Mais cet allanguissement , cette atonie des facultés physiques avaient ravivé en lui d'autres facultés; il était plus capable de tendresse, d'attachement que dans sa première jeunesse, et à l'aspect de Yalentine, son cœur s'était réveillé avec l'ardeur et les illusions d'un premier amour.
Ce sentiment ne pouvait cependant modifier ce qu'il y avait de mauvais en lui ; rien ne devait jamais assouplir ces habitudes hautaines et despotiques, ce caractère emporté, ombrageux, cette âme égoïste et jalouse jusqu'à la frénésie. L'amour d'un tel homme était plus à craindre que sa haine ; mais il fallait l'avoir éprouvé pour le savoir.
U lendemain, â llieare de la sieste, les deux jeunes filles étaient comme de coutume dans la chambre de dona Pepa. La chaleur était ardente, tout faisait silence au dehors comme pendant la nuit, tout était immobile, endormi dans cette lourde atmosphère. Dona Pepa se balançait lentement dans son hamac, Hézélie et sa sœur, couchéespar terre sur de fraîches nattes, rêvaient les yeux ouverts; de temps en temps Yalentine se soulevait avec une inquiétude impatiente et elle écoutait si nulle voix ne se faisait entendre dans la maison. Alors Mézélie secouait la tête en souriant et forçait sa sœur à se recoucher.