DUR SEURE DE BORHEUK. K
— Ha position était plus triste et plus misérable que celle du plus misérable esclave , interrompit Valentine ; mais sais-tu ce que c'est que de Tivre comme j'ai vécu pendant près de deux ans? Jamais seule! toujours vis-à-vis d'un bomme qui ne laissait libres ni mes actions, ni mes paroles, ni mes regards. Je devais ne plus aimer, ne plus voir que lui au monde; il croyait avoir tout fait pour moi en me comblant des témoignages de son amour égoïste , brutal... et il ne s'apercevait seulement pas que je me consumais de langueur et d'ennui... Parce que je ne résistais pas , il croyait m'avoir soumise , soumise de corps et d'âme... Ob! jamais, jamais!... je ne pouvais plus vivre ainsi! Vois-tu, Mézélie, si cette nuit il s'était éyeillé, si je n'avais pas réussi à m'écbapper, je me serais tuée !
. — Oh! mon Dieu, s'écria la jeune fille en levant les yeux au ciel , toutes deux si malheureuses !
— Je sais bien qiie toi, tu serais restée, reprit Valentine ; tu as plus de courage , de résignation que moi; tu es plus sage...
— Obi non, non, dit Mézélie en secouant tristement la tête; moi aussi je suis faible... et j'ai bien souffert!
— Crois-tu que je ne le voyai& pas? toujour»
«M URE ICimik DB BOflHBOB.
seule el comme one élningère daos celle maisoD... pas un momeni de liberté où noua pussions nous Toir, nous parler oomme autrefois. Oh! comme j*ai soufent pleuré, la nuit» en me soafenant d'Acayucan, de la bonne dona Pepal qnenons étions heureuses alors!
— Oui, mais c'est fini à présent ! dit Mésélie en levant un long regard vers le ciel.
— Pourquoi 7 s'écria impétueusement Yalen* tine; je me sens, au contraire, le cœur pleia d'espoir. Le monde me parait si vaste, si beau. Je suis libre I nous vivrons à Paris; c'est une si grande ville , il est aisé de s'y cacher...
. — Mais don Antonio, crois-tu qu'il ne viendra pas te chercher jusque-là? Crois-tu qu'il nesepré* ^ntera pas chez mon père pour te redemander?
— Mais je n'irai pas, non je nuirai pas! s'écria Valentine: je me cacherai, je lui échapperai!...
Elle s'interrompit en frissonnant; et murmura :
— Il me cherche à présent !
Puis elle se leva , alla regarder à travers les stores de la fenêtre : la mer était d'un bleu sombre, et le navire laissait derrière lui un sillage éblouissant ; déjà la terre n'apparaissait plus que comme une ligne grisâtre , sur laquelle se détachaient çà et là quelques points noirs.
ONE HEURE DE. BONBEUR. i65
— G^estfini ! dit Yalentine en levant les mains et les yeux au ciel , . comme le captif dont les chaînes viennent de tomber; on ne peut plus m^atteindre à présent? Mézélie, regarde, la terre disparaît là-bas , et nous allons en France !