‹ MézélieChapitre 2 sur 27 · URE FEHHB HE0REUSE · texte numérisé non relu

URE FEHHB HE0REUSE

servi' à étendre les opérations de banque qui avaient commencé sa fortune, et au bout de quelques années , il passait pour être fort riche. Ses dépenses augmentèrent en proportion de ses bénéfices ; mai9 c'était toajours hors de sa maison qu'il satisfaisait ses goâts d'ostentation et de plaisir.

Louise ne se permit aucune observation sur cette manière d'être, et sans demander compte de rien elle jouit selon ses goûts de sa richesse. Elle ajouta quelque chose, non à son luxe, mais à la satisfaction de cette molle paresse qui dominait dans ses inclinations; une propreté minutieuse, un ordre parfait, et toutes les recherches du confortable se retrouvaient dans les moindres détails de sa maison ; elle tourna le peu d'activité dont la nature l'avait douée sur les soins de son ménage , elle l'employa pour le bien-être de tout ce qui l'environnait. Il est inutile d'ajouter qu'une telle femme resta irréprochable devant Dieu et devant les hommes; jamais elle n'eut une pensée qui ne pût s'avouer en face du ciel et de la terre.

Au bout de quelques années de mariage, Louise eut deux filles jumelles; leur naissance l'eût consolée si elle avait été tentée de remarquer qu'il manquait quelque chose à son bonheur. Ses enfants devinrent son unique amour; toute sa sol-

s UMejFEHlUE EBUBEUSB.

licîtade, tootes ses joies » toutes ses peines devaient désormais n^avoir plus d*atttre objet. Elle les enyironna.de cette surveillance indulgente et attentive à Tabri de laquelle les enfants sont si heureux , elle ne les quitta plus , et renonça au monde qu*eUe n^avait jamais pris que comme une insignifiante distraction.

Madame d'Effanges avait de nombreuses et iMiilantes connaissances; mais deux personnes seulement viraient dans son intimité , c'étaient M. Yalanger, son tuteur, et madame Yalanger. Elle les aimait tranquillement, profondément» selon son cœur, et jamais elle n'avait mis en doute la réciprocité d'une si véritable affection : pour Fun des deux du moins elle avait raison.

M. Yalanger était libre quand il maria sa pupille. Un sentiment de délicatesse Tempécha de se proposer lui-même , bien qu'il eût la certi* tude d'être agréé. Il avait près de quarante ans, une très-médiocre fortune et deux enfiints d'ui.

10 UNE FEMME BEDREUSE.

premier mariage; sa profession de médecin ne lui donnait pas un gros revenu , car il Texerçait avec conscience et désintéressement ; somme toute , il ne pouvait se considérer comme un bon parti. Il donna donc Louise , avec sa belle dot, à M. d'Ëffanges, et il épousa une demoiselle bien née, bien élevée et bien pauvre , qui , sans lui , serait probablement restée toute sa vie sous-maîtresse dans un pensionnat. Ce mariage ne fut pas heureux ; M. Yalanger était un homme bon , sérieux , tout occupé des devoirs de son état; il ne voyait d'autre monde que ses malades , et n*avait d'autres joies que celles de son intérieur. Sa femme, au contraire , avait une de ces organisations actives que le repos ronge; elle était belle, pleine de vie et de passions qui n'sittendaient qu'un souffle pour éclore ; les habitudes qui Fenvironnaient la gardèrent longtemps; mais c'était une grande imprévoyance de croire qu'elles pourraient la garder toujours.

Madame d'Ëffanges était la confidente des deux époux ; son intervention maintenait les apparences, elle amenait parfois des concessions passagères, des raccommodements sincères d'un côté, calculés de l'autre ; mais son influence n'était pas assez puissante pour rétablir la paix et le bonheur, là où se heurtaient tant d'éléments de discorde.

UN£ FEMME BEOaEUSE. ff

Lorsque madame Yalanger pleurait et boudait son mari , madame d'Effanges lai disait doucement:

— Mon Dieu! Lëonide, vous voilà encore malheureuse! Et pourquoi? pour des vétilles qui ne devraient pas vous préoccuper seulement. Voyons, de quoi vous plaignez-vous? votre mari vous aimé.

— Qui s'en douterait à le voir près de moi, je vous le demande?

— Vous êtes injuste ; il vous aime , vous le savez bien. L*affection qu'il a pour vous est profonde» dévouée. Mais que voulez-vous? ce n'est pas sa faute s'il n'exprime pas son amour aussi bien qu'il le sent. D'ailleurs, Léonide, c'est un homme dont vous devez être fière ; voyez comme on l'apprécie , comme on l'estime ; il a un nom dans le monde savant...

— Hélas! que m'importe qu'il ait quelque jour place à l'Institut! j'aimerais mieux qu'il fût, comme tant d'autres, plus aimable et moins enterré dans son savoir.

— Mais , ma chère Léonide , quelle idée vous faites-vous donc d'un mari? ils sont tous comme cela et souvent bien pires. Allez, ne nous plaignons pas; il y a tant de compensations à ces petits chagrins.

It UNE FBmiE HB0RE08E.

— Ah! c*est que vous n'étespas diffieilisen fait de bonheur. Poar la satisfaction de tous les maris , il faudrait que toutes les femmes vous ressemblassent; mais ce serait, en vérité, trop heureux pour ces messieurs.

D'un autre côté, M. Valanger disait parfois à sa pupille : Ma chère enfant, je ne sais pas heureux , j'ai fait une grande sottise. Léonide est une petite femme bien sage , bien irréprochable , sans doute , mais nous nous convenons comme Teau et le feu. J'aurais dû voir que ses dix*hiiit ans étaient mal assortis avec ma quarantaine. Nous n'avons pas les mêmes goûts ; elle ne sait apprécier que ce qui me manque , et s'il y a un côté par lequel je vaille quelque chose , elle ne saurait m*en tenir compte, car elle ne le comprend pas; elle est bien frivole, Léonide I

— Mais elle est sage , elle est bonne femme , répondait madame d'Ëffanges.

— Je le crois, et j*espère qu'elle le sera toujours, disait en soupirant le pauvre mari, et il se figurait que celle certitude le consolerait en6ii de ses longues tribulations.

Le seul défaut de madame d'Ëffanges c'était la mollesse ; il faudrait même dire la paresse , si un être si doux et si parfait pouvait être accusé d^an péché capital. Jamais femme ne sut mieux vivre

inmS FEMME HEUREUSE. fS

aa coin dn feu; elle passait sa vie entre ses deux enfants; doucement occupée de mille petits soins, qui avaient pour but la satisfaction et le bien-être d^autrui. Sa chambre à coucher offrait un ravissant tableau d*intérieur. Deux petits lits blancs étaient aux côlés du grand Ht, tendu en damas bleu , et une belle madone suspendae au chevet semblait veiller sur Theureuse famille. Louise s'établissait dans un fauteuil profond et douillet pour travailler à quelque léger ouvrage de femme : ses enfants jouaient à ses pieds; tout était riant, frais, paisible, autour d'elle, ses yeux et sa pensée ne rencontraient que les images d'un long et inaltérable bonheur.

Souvent saisie de reconnaissance envers Dieu* qui l'avait privilégiée entre tontes , elle songeait à tant d'autres femmes malheureuses, pauvres, sans enfants, et les larmes lui venaient aux yeux* Alors Louise attirait à elle ses deux anges, et joignant leurs petites mains, elle disait : Priez le bon Dieu, mes filles, remerciez-le de ce qu'il nous rend si heureuses !

M. d Effanges entrait tous les soirs un moment chez sa femme, il disait un mot, embrassait ses enfants avec distraction , et s'en allait sans avoir en le temps de s'asseoir; il est vrai qu*on le revoyait à table, car il dfnait chez lui une ou

Page 1