M8 LE D^E&T
n'étiez pas là j'y meUrais da mien plotdt que de la laisser manquer de quelque chose... Mais, allez, ce n'est pas cela qui la tourmente, ai quelque folie d'amour non plus , j'en réponds.
— Qu'est-ce donc alors? pensa le médecin; le départ àe sa sœur, mais puisqu'elle doit revenir!
Le médecin revint le même soir, il revint tous les jours, et Mézélie ne tarda pas à éprouver l'effet de ses soins. Il s'appliqua surtout à guérir cette âme malade , et ses paroles si pleines de calme, de raison , d'affectueuse bonté eurent une influence encore plus ^lutaire que ses prescriptions. Il avait inspiré à Mézélie un sentiment spontané de confiance , d'estime , de reconnais* sance profonde ; elle comprenait d'instinct le cœur de cet homme; elle sentait qu'il était poar elle un ami auquel elle pouvait se fier et dentelle n'aurait pas, plus tard, à craindre l'amour. Ce qu'elle n'avait osé dire à personne, elle le lui avoua ; elle lui raconta le malheur et la faute de Valenline , toute sa position enfin.
Le médecin était un de ces hommes qui seeoarent le malheur d'aulrui plutôt par leurs actions que par leurs conseils; il essaya de découvrir ce que Valenline était devenue , mais ses démarches n'eurent point de succès; il apprit seulement que
LE BÉSEET. t»
M. Ytttfer avait quiUé Paris defmia quelque tempfe* Quand on allait le demander à son domî» «île, aes geaa répondaient qu'il était en Toyage «t qa*oe ignorait Tépoque de ton retour.
Mécéiie domaiidait tous les jours au médeciii de lui iidiqaer les moyens de retrouver sa sœar.
«^ Si je pouvais la revoir , je suis sûre qu^elle reviendrait avec moi, disail*elle en pleurant; ^tivie Virienttne! peut-être elle se repeiit de sa iknte à présent, et elle n^ose pas retourner!..* Slle croit que je lui reprocherais son malheur t «h! non Dieul je ne lui dirais rien... jlrais à «Ile les bras ouverts, et jauiats, jamais nous ne parlerions de celai... Mais, reviendra *l-elle> monsieur? Si je pouvais Taller chercher I
Une fois le médecin lui répondit :
•*— l*ai tâché de savoir oA cet homme Ta emmenée, mais c'est impossible ; je pense qu*ils m sont pas à Paris. D'ailleurs, voyez^vous, ce n*est pas à présent que votre sœur reviendrait ; à présent Tafifection qu'elle a pour vous n*a pas tant d'empire que Tamour qu'elle a pour lui% Cela passera!
—Dieu le fasse! mais il Aint qu*elle Taime bien profondément pour lui avoir tout sacriflé avec tant de résolution ! .. .
-^ Oui| il semble que Id passiiMi qui fait faire
▲ASàOD. — TOaS II. 30
•SSO LE DtSERT.
^e telles fiiotes doit élre éternelle ; mais le ecesr des femmes esl si plein d^inconséqoences ! JTettai eonnn une qui avait sacrifié à sen amoar sa position et Jes préjugés de son rang, qui aimait son amant au point de le faire assassiner par jaloQsie, et qui, un mois plus tard, se mariait tranquillement avec un homme plus riche et mieut placé dans le monde. J*en ai connu une autre qui aima le même homme pendant six ans, qui le regretta. Je pleura tant que dura cette longue absence, et qui , en le revoyant , trouva qu*il avait yieilli et s^aperçut. qu'elle ne Taimait plus... pourtant il Tevenait de Tautre bout du monde pour Tépoiiser... , -^ C'est impossible cela J s'écria Mézélie > vous ne l'avez pas vu.
— Hélasîsi, je l'ai vu, répondit le médecin avec un sourire calme, car c'est à moi que cela est arrivé*. b
— Ëst-il possible ! oh I comme vous avea été malheureux !
— Moins que vous ne le pensez peut-^tre; je dois vous l'avouer pour que vous ne me plaigniez pas trop ; non , cette peine-là ne fut pas la plus vive... une autre plus terrible venait de in*accabler.
A ce souvenir le médecin soupira profonde^ ment : l'accent de sa voix était devenu si triste
LB DtaRT. Ut
qneMéiélie, frappée de le voir ainsi, loi ordi* Baireniani ai calme « 8*écria :
— Vous aviez perdu quelqu'un qui ? eus était bien cher?
— Oui, un ami, mon meilleur ami ; Thomme que j'aimais et estimais le plus au monde, et avec lequel j'avais espéré passer le reste de ma yie.
— EtilesimertI
— Oui, il est mort, après avoir éprouvé toila les revers qui peuvent s'accumuler sur la des» tinée d'un homme, après avoir subi toutes les souffrances qui peuvent briser un cœur noble, aimant, généreux. Une horrible fatalité le prit par la main à son berceau et le mena jusqu'à la tombe, et dans le cours de cette misérable vie, il n'a peut-être pas eu un seul jour de bonheur.
-^ Votre amitié ne pouvait donc rien pour lui T
— Elle a pu le consoler parfois; elle aurait pu le sauver si j'étais arrivé à temps. Cet homme, cet ami s'appelait Pierre, ce fut aux Indes, à quatre mille lieues de notre pays que nous nous rencontrâmes ; nous avions été jetés tous deux dans cette espèce d'exil par une suite de tristes hasards. Vous qui avez vécu dans ces magnifiques contrées , vous comprendrez le projet que
ut i^ vêmwf»
je formai de m*y fixer avec Pieire» t« MtKee d*ODe de ces belles soKlodes qit plaiseal mi âmes iaasées di monde. C'est là que devait s*écouler dooeement le reste de notre TÎe; mais Pierre avait laissé eo Franoe la femaie qu'il aimail; il voulet la revoir encore; il revint à Maraeille aveo nn vagne eqMiir.
-^ Cette femme était donc libre t
— Non, elle avait épousé nn misérable , qd jeneur effréné»
•^ C'est une borrible passion que celle dn jeu , murmora Méiélie qui, en ee moment, se rnppeb M- de Granville^
— Oui, c'est un vice auprès duqoel Ions ks aatrea vkes sent des Yertus, dit le médecin avec convietien; Pierre avait laissé la femme qu'il aimait, ricbe et entourée de toute la considération que le monde accorde à une position brillante I il la retrouva panvre el déshonorée. Son mari avait été condanMié aux galères comme ftuasaire; mais il n'était pas an bagne , il 8*était évadé. Que se passait-il à cette première entre* vue d'un bpmme qnt revenait de l'aufte exlr^ mité du monde pour revoir la femme qu'il aimait, qu'il n'espérait jamais posséder, et qui la rettou* vail libre par le plus épouvantable malheur, par la mort civile du misérable dont elle poruii k
9 penoDM ne le sait : on lait aenlement que Pierre avait passé presque tonte la soirée près d*elie, et que le lendemain on le trouva couvert de blessures, dans un lieu écarté , sous des Koefaers au bord de la mer.
--* 11 avait été assassiné 1
-»— Oui , et le meurtrier lui avait volé tout ee qu'il possédait, une somme en or asseï forte. Dans le moment, on ne sut pas qui avait commis le erime; on ne soupçonna personne. Les blea* sures de Pierre n'étaient pas mortelles , il fut Uansporté dans un hospice, où il passa quarante jours entre la vie et la mort , sans jugement , aana mémoire , sans auemie conscience du malbenr qui Tavait jeté là. Enfin, ses facultés revinrent» et alors il apprit que la femme qu'il aimait était morte y morte de misère et de doule«L Après cette perte effroyable, Pierre sentît que toui était fini pour lui en ce monde , il m'écrivit pour me dire adieu. Le malbeureui venait de quitter l'bospice , paralysé des deux jambes , sans amis, sans ressources ; il demandait l'aumône. Un an plus tard, j'arrivai moi-même à Marseille; je croyais qu'il serait encore temps... je cherchai Pierre... il était mort depuis un mois, morte l'hôpital» sans avoir révélé le nom de l'assassin I
m LE bAscrt.
— El on ne Ta jamais sa ! dtl Méaélie les pleins de larmes.
— On Ta stt longtemps après; des péciiears, qni habitaient prés de Tendroit où avait été commis le crime, racontèrent divers faits dont la justice fut aussitôt informée. On rapprodia diverses circonstances qui se rattachaient à la même époque , et Ton finit par acquérir la certitnde que Pierre avait été assassiné et volé par le mari de la femme qu'il aimait, par le forçat échappé de prison. Cet homme vivait caché dans une grotte au bord de la mer, et c'est là... pendant la nuit... Personne n*a su ce qu'il était devenu ensuite; sans doute il s-est sauvé soos nn faux nom , avec un £iux passe-port, et tout ce que la justice a fait pour découvrir sa tnce a été inutile.
«— Hélas! dit Mézélie , Tâme contristée de ce lugubre récit, quelle destinée > elle ferait douter de la Providence , de la justice de Dieu !
— La justice de Dieu I répéta le médecin avec un sourire amer, elle ne s'est jamais manifestée à moi, ni à vous peut^tre.
— J y crois pourtant, répondit Héaélie en élevant lentement son regard vers le ciel ; elle récompense et punit dans l'autre vie.
— Ces croyances consolèrent les derniers
moBsenis du pauvre Pierre, dit le mëdeciii en arrêtant sur la jeune fille ses yeux pleins d*ane compassion mélancolique; elles tous soutiennent dans les peines qui vous ont frappée ; ce n'est pas moi qui chercherai à les flétrir, à les détruire* Que n*ai-je, comme vous, la foi qui montre au delà de cette vie une éternité de peines ou de bonheur ! Je saurais* vers quel but je marche , et au bout de toutes choses je oe verrais pas le néant.
Il se leva et marcha un moment dans la chambre , absorbé dans de tristes et désolantes pensées ; puis il revint vers Hézélie. Elle avait le front appuyé sur sa main , et des larmes roulaient lentement sur ses joues d'une pâleur transparente.
— J*ai eu tort de vous parler de tout cela , dit-'il ; ce récit vous a douloureusement impressionnée. Pourquoi donc me suis-je laissé aller à vous raconter mes propres peines I
— A. qui les direz- vous, si ce n*est à moi? répliqua doucement la jeune fille ; au milieu de cette foule qui nous environne , vous aussi , vous êtes seul !
— Oui , j'étais seul avant que je vous eusse rencontrée, pauvre ange ! Et depuis longtemps je n*ai eu d'autre joie que le peu de bien que je vous ai fait. Mais que pnis-je pour votre bonheurt
héhilriM, jt là au; ma adaiice, moD eij^ ffienoft éê OMiide, rinitié de père que je Tona ai YM<é, 8Ml îoifMissaiiles oomre la doalear, le dëeMiagesiesu TenDaî de soî-méme, ees a^ faxea naaladie^ de l'âme qoî vous dévorefti sees ■es vrai*
-*- U eai vrai, ri|ioBdîi-eUe; vous ne oi^aTei pe$ (aéiie, nais Te«s avei ^iriélé les profrès da Mal : saM ve«$ , je serais merle!