‹ MézélieChapitre 24 sur 27 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Deux mois environ s'écoulèrent , et Tespoir que Mézélie avait de retrouver sa sœur s'évanouit entièrement. Une horrible mélancolie suc- -céda alors à ces alternatives de confiance et de découragement; elle se sentit atteinte de ce sombre ennui qu'engendre le changement de climat et d'habitudes. Il lui semblait qu'elle revivrait dans un air plus doux, sous le beau ciel qu'elle avait quitté , à l'ombre des forêts de palmistes et de liquidambars. Une fois , le médecin lui donna un petit oranger ; à la vue de cet ar* buste elle se prit à pleurer et s'agenouilla pour

respirer le parfum de ses fleurs. SooTenlelle disait à M. Daumenil :

— Cette atmosphère glacée, ce ciel nébniesx me font un mal inexprimable, mon âme est comme transiCé..

Un jour le médecin monta chez Hézélîe plus tôt que de coutume; en le voyant elle devina qu'il apportait quelque nouvelle.

— Yalentine ! vous avez appris où est Yalen* tine!... s'écria-t-elle.

— Non , répondit- il ; mais je viens de trouver dans mon journal dix lignes qui vous regardent : c'est aux annonces ; on se sert de ce moyen de publicité pour faire savoir qu'une récompense de mille francs est promise à quiconque découvrira ee que sont devenues deux dames » arrlvéee de la Havane sur le brick la Marie^ÀméUe et d«Bt on a perdu la trace à Paris...

-^ Le comte de Bibar est ici! s'écria Métélîe en se levant toute pâle et tremblante ; <A I mon Dieu ! que lui dirai- je , s'il vient me demander ma soeur?

*— La vérité.

— Mais il retrouvera Valentifie, et alors... Oh! monsieur Daumenil, j'aurais dû prévoir ce dernier malheur ! Comment avions-nous pu croire qne.don Antonio ne viendrait pas.- qu'il ne pour-

TOT 00 TAaD. Ml

soivriit pas m femme... C'est un Bibar! il la laera, moo Dieu !.». Monsieur Daumenil , il faut que je cherche ma sœur, il faut que je découvre oà eue est., il y va de sa vie à présent!..*

— Nous la chercherons encore» dit tristemeai l«^médeein, nous la trouverons peut-être; mais qn*espérei»'V0U8 alors? que voulez-vous faire?

— Je ne sais, dit la jeune fille en passant ses nains sur son front; mais quand je serai là, près d'elle, il me semble que je la sauverai.

.^ J'agis songé à aller trouver la veuve de M. d'Effanges, dit le médecin après un moment de réflexion, peut-être est-elle instruite de ce qu'est devenu ce H. Yattier...

-^ Our, oui, s'écria Mézélie; puis frappée d'une réflexion soudaine, elle ajouta avec terreur : — Mais le comte savait ce nom , cette adresse... Il y sera allé déjà, et qui sait ce que celte femme lui aura dit !

— Rien , probablement. Gomment aurait-elle appris que votre sœur est avec cet homme? Gomment saurait-elle où il l'a emmenée ?...

— Elle ne sait pas non plus où je suis; heureusement, elle n'eut pas l'idée de me demander où elle pourrait me venir voir...

— N'importe , avec les moyens qu'il emploie , le eooMe vous découvrira!... Ici même, dans

TOIE II. SI

«4ft TOT 00 TAED.

cette maison, où votre nom est connn, on apprendra bientôt quelle est la récompense promise...

— On le sait déjà! interrompit vivement Mézélie, madame Franchet le sait; voilà poarqnoi elle m*a dit , il n*y a pas une heure : — Mademoiselle sait qu'on met tout sur les journaux; j*y ai vu un nom qui ressemblait au sien. Et comme je n'ai témoigné ni trouble, ni curiosité, elle n*a rien ajouté.

—C'est une honnête femme, soyez tranquille; elle n'ira pas secrètement déclarer ce qu'elle sait, et vendre votre nom...

En ce moment ,. madame Franchet entra , une lettre à la main. Mézélie jeta un cri en reconnaissant l'écriture ; c'était celle de Valentine. La lettre ne contenait que ce peu de lignes :

c Pour la première fois, depuis deux mois, je

c suis seule poufr une journée... Ma sœur, viens

I me trouver, si tu ne veux pas que je meure

c de chagrin et de remords!... Il se passe quel-

c que étrange événement, je sens que quelqae

€ malheur me menace... Tu m'aimes... tu auras

€ pitié de moi, je le sais... tu ne me repousseras

c pas... Mézélie, ma bonne sœur, je t'attends... >

— J'y vais , j'y vais!... s'écria la jeune fille.

TOT 00 TAft». U&

•r— La Toîlore est en bas, dit madame Franchet, singulièrement intriguée par tous ces mys*tères, et joyeuse au fond de Tàme, parce qu'il lui semblait que quelque chose d'heureux allait arriver.

— On a envoyé une voiture? demanda le mé-^ ^ecin.

— Oui, monsieur, répondit- elle d'un aif triomphant; non pas une voiture de place, mais

•une voiture de maître, ma foi ! Le bonheur vient peut-être trouver à la fin cette chère demoiselle] ... J'avais prévu ça ce matin ; mais je n^'avais pas osé Tavertir de quelque chose*.. J'aurais pu me tromper I...

*-T Madame Franchet, vous êtes une brave femme ! dit le médecin.

La voilure qui était venue chercher Mézélie traversa tout Paris et roula ensuite encore un quart d'heure hors de la barrière de GrenellQ. £lle s'arrêta au bout d'une longue avenue , devant le péristyle d'une maison située au milieu

- d'un vaste jardin anglais. Mézélie descendit avec un violent battement de cœur, et suivit une

.femme de chambre qui se présenta pour la conduire. Ces lieux étaient pleins de silence ; on y respirait comme un parfum de vie élégante , mystérieuse et cachée. D'amples rideaux de soie

Èêâ TOT OU TAl».

s'obaistaiont dovaol les fbttétret, qoo las bosqveta deraient ombnger pendant l'élé; d*épais tti[ilt assourdissaient les pas, et parfont éclatait on bixo ploin de recherche et de goût liézélie tnh versa une espèce de serre chaude qui serrait d'antichambre à un vasle salon, au bout dnqoel il y avait une autre pièce; la femme de chambM aouleva la portière et dit à demi^voix :

•*• Madame est là ; pnis elle disparut.

Le jeune fille entra toute tremblante ; Valent tine était couchée sur nn divan, près dn fea. A Taspect de sa sœur, elle se souleva brusquement, et tombant à genoux, elle cacha son visage couvert de honte, sur le bord du divan.

— Ma pauvre Valeniine ! s*écria la jeano fille en la prenant dans ses bras et en la serrant contre sa poitrine; ma paavre sœur! me voioi! Oh! mon Dieu ! pouvais^to penser que je ne viendrais pas!

— Non, non, je croyais bien qne lu viendrais, répondit-elle à voix basse; mais je craignais... j'ai tant besoin de miséricorde el de pardon!

Mézélie jeta un triste regard autour d'elle et dit en retenant les mains de sa sœur :

«- Gomme tu as tardé à ma dire qno ta étais ici, Valentinel

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^-^G*cst q«e je n'onis pas... c*06l q«e je ne pouvais pas t'écrire... Si tu savais quelle est oui vie depuis deux mois !

-^* Je le sais; une vie pleine d'angoisses, de eraiutes, de remords.

— - Je n'ai pas [passé un seul jour sans pleurer en songeant à toi , reprit la jeune femme d'une ▼oix encore plus basse; pourtant... mais tu ne peux comprendre la seule excuse que je puisse te donner pour une si grande faute.

«*-Tu aimes cet homme! dit douloureusement Méiélie.

— Oui, je Taime, je Taime plus que ma vie , plus que mon honneur, tu le vois, puisque pour Jui je t'ai quittée , je me suis déshonorée. Ah I Mézélie, j'ai eu des moments de bonheur I Si tu savais comme il m'aime ! depuis deux mois je vis •enle avec lui; j'avais exigé qu'il m'emmenât en quelque lieu où je pusse vivre entièrement cachée; il me semblait que j'oublierais ainsi ma honte; je ne voulais plus te revoir, Mézélie , je ne Posais plus; il fallait que ce terrible sacrifice fût entier; mais comme son amour était ingénieux à m'en consoler 1 Tu vois de quel luxe il m'a environnée; il craignait pour moi l'ennui de cette espèce de réclusion; j'avais iieau l'assurer que partout où nous serions ensemble je me trouve-

rais hearense , il cherchait sans cesse ce qni poavaii me plaire, me donner un moment de distraciion. Plus d*une fois il m'a emmenée dans les endroits où nous n'avions pas à craindre d'être reconnus; le soir, nous étions à TOpéra, cachés au fond de quelque loge de rez-de-chaussée; puis, habillée d'un domino, le visage couvert d'un masque , j'ai assisté à des bals , à des fêtes ; il aimait ces précautions, ce mystère dont j'étais entourée; il disait qu'ainsi j'étais belle pour lui seul. Va, Mézélie, après deux mois d'une telle existence , on peut mourir, on a assez vécu I . La jeune femme se tut , le regard ému , le sein palpitant; Mézélie la considéra avec une pitié ardente , douloureuse , et dit d'une voix triste :

— Achève, Valeniine; tu me parlais dans ton billet d'un malheur...

— Oui , mais je ne sais pas ce qui me'menace, je n'ai encore que des craintes , des craintes affreuses. Hier Ernest a été obligé de me quitter pour toute la journée , des affaires indispensables exigeaient qu'il allât chez lui. Depuis deux mois qu'il vivait ici , enfermé avec moi , les gens qu'il avait laissés dans son appartement de la me de Rivoli avaient reçu l'ordre de dire qu'il voyageait. Plus d'une fois , une femme était venue le demander; cette femme, c'est madame d'Ëffanges.

TOT OU TABD. M7

' — Madame d'Eflanges ! et que lui voulaitelle? interrompit Mézélie effrayée.

— Elle voulait le revoir, reprit la jeune femme avec un pénible sourire , Ernest a été son amant.

— Ah! je comprends à présent! murmura Mézélie.

— Mais lui ne Ta jamais aimée , continua Valentine, c'était de sa part un caprice; il Ta quittée après cette visite où elle eut Taudace de nous le présenter comme son futur époux. Depuis lors, cette femme s'est acharnée à sa poursuite, et hier, vois- tu , je ne sais pas ce qui s'est passé, mais j'ai comme un pressentiment qu'il va m*arriver quelque grand malheur. Gomme Ernest devait rester tout le jour, toute la soirée loin de moi, je lui ai écrit. Un jour d'absence , c'est si long quand on ne se quitte jamais!

A ce mol , Mézélie regarda sa sœur avec un triste sourire. Elle se souvenait de la sombre apathie où la jeune femme était tombée après son mariage, et du parti violent où l'avait jetée le désespoir de son éternel téte-à-téte avec le comte de Bibar.

— Je lui ai donc écrit , reprit Valentine , et j'ai remis ma lettre à un domestique de la maison. Ëh bien 1 cette lettre , Ernest ne l'a pas reçue , et le domestique n'a pas reparu.

— Qo*e8t-ce que cela Teat donc dire demanda? M ëzélie avec inqnîëlade.

— * Je ne puia me Texpliqner; mais j*ai mille sospçona. Lorsque Ernest est revena hier soir et qa*îl a su tout cela, il a affecté de n*y pas attacher grande importance, mais je me sais bien aperçue qa*il était inquiet, irrité, qu'il soupçonnait madame d*Effiinges de Tavoir fait épier, de s*étre emparée de cette lettre en la payant au domestique qui la portait. Ce matin, il s'est levé de bonne heure; il a interrogé les gens de la maison ; personne ne savait rien. Ernest est revenu près de moi, il avait un air inquiet et troublé qui m*a frappée ; et comme je lui témoignais mes craintes, il m*a dit qu*il voudrait bien que nous quittassions Paris, que nous allassions voyager pendant une année on deux.

— Avait^il lu ses journaux? demanda Méiélie. -— Oui , ce matin on les lui a apportés comme

de coutume, répondit Valentine étonnée de cette brusque question; pourquoi me demandes-tu cela, ma sœur?

— Achève, ma pauvre Valentine, dit Mélélie.

«— LUdée de ce départ m*a toul d*abord effrayée; mais Ernest a insisté et j*ai consenti... Il m*a quittée pour faire tous ses préparatifs... Alors,

TOT OU T4«r» U»

MU nonent de ptriir pour longtamps, pour Ion* jours peul-^tre, je t*ai écrit,..

Mëzélie prit les mains de sa seeur et lui dit d'one voix profonde ! Mais lo ne partiras pas 1...

Il y eut un moment de silence , puis la jeune

fille reprit : Sais-tu pourquoi M. Yattier veut

* Vemmener ? sais-tu pourquoi il était inquiet et

troublé ee matin ? c*est parce qu*il venait d'ap*.

prendre que le comte deBibar est ici !...

Vaientine se rejeta en arriére avec un brusque mouvement et devint paie comme la mort.

r^ Je veux partir! je veux m'en aller I mur* mara«t-elie d*nne voix éteinte.

-^ £h ! où, serats-tu à Tabri de ses poursuites, s'écria Mézélie ; en quelque lieu que tu ailles te cacher, crois-tu qu'il ne parviendrait pas à te découvrir? Vaientine, il n'y a qu'un parti à prendre, il faut que de toi-même, sans qu'il vienne te chercher, tu retournes près de don Antonio.

-'— Moi I que je me sépare d'Ernest , interrompit^elle; jamais!

-^ Aimes-tu mieux que ce soit la mort qui vous sépare? dit Mésélie en pleurant; si don Antonio découvre ta faute il te tuera, il tuera M. Vattier... Souviens-toi de la dernière comtesse de Bibarl Don Antonio fera comme son père...

«00 TOT on TARD.

Mais elle , an moins , motinit ionocente » elloi h.^ Yalentîne, il faut renoncer à Ion ainoor; c*estte terrible , Tinévilable châtiment de ta faute... Ne ▼ois-tn pas que c*est Dieu qui te donne ce moyen de Texpier! Il faut faire ton devoir, Valentine! il faut me suivre aujourd'hui, à présent mémel...

— Ah ! mon Dieu ! 8*écria la jeune femme en se jetant échevelée aux genoux de sa sœur; mon Dieu ! me séparer de lui, j'aime mieux mourir J Va- t'en, Mézélie ! par pitié, va-t'en ! laisse-moi!...

, — Jamais , répondit Mézélie, quel que soit ton sort, je le subirai aussi. Don Antonio nous trouvera ici toutes deux , il nous écrasera toutes deux de ses reproches, de son mépris, il me tuera peut-être , car je me mettrai entre lui et toi...

A ces mots , elle releva Valentine qui la repoussait avec des cris et des sanglots, et elle s'assit, à son côté, sur le divan. Il y eut un silence entrecoupé seulement par leurs larmes; puis Mézélie reprit d'une voix plus calme :

— Mais tu sais bien que cela ne poavait toujours durer ainsi, que tu étais au bord d'un abtmeoù tu tomberais tdt ou tard... Laisse-moi te sauver, Valentine, laisse-moi sauver M, Vattier; car, vois-tu , si tout ceci se découvre, ton mari le tuera... Don Antonio faire grâce à l'amant de sa femme I... Mais tu ne le connais donc pas, Yalea-

tîne, puisque tu crois que M. Vattier pourrait échapper à sa vengeance!... Il peut ignorer ta faute ; il l'ignorera si tu consens à venir avec moi sur-le-champ, si c'est dans notre petit apparte-^ ment qu'il te retrouve... Valentine, demain peutêtre il ne serait plus temps..»

La jeune femme pleurait et se tordait les bras; dans tout ce que lui disait sa sœur, une seule chose la frappait, c'était le danger de son amant; elle était bien convaincue que si tout était découvert il n'avait qu'un moyen de sauver sa vie, c'était de tuer don Antonio , et elle l'aimait assez pour sacrifier son amour à cette affreuse crainte*

— Eh bien! je le quitterai 1 s'écria-t-elle tout à coup avec une sombre résolution; mais ne crois pas que je supporte une telle vie; je m'en délivrerai... Va , il est aisé de mourir !... quand on le veut... ce n'est qu'un moment... et tant d'autres, qui n'étaient peut-être pas si malheureuses que moi, ont eu ce courage!...

— Oh ! Valentine , tais- toi ! interrompit Mézélie en la serrant dans ses bras avec effroi; mais tu ne crois donc plus en Dieu ! Sans doute il est aisé de mourir; mais l'autre vie! ton âme souffrirait éternellement, tu serais damnée!... Ma sœur, songe à notre mère qui nous regarde et prie en

fU TOT 00 TAR».

66 moment pouf toi... qoe l«i diniî»-je le jour où j*îrais seule vers elle?... Valentioe, tu veux donc que nous soyons séparées en ce monde et pour toute Féternité I...

Ces paroles réfeillérent subilenent dans Vàmù de la jeune femme les sentiments religieux dans lesquels elle avait été élevée ; ses passions n'avaient pas étouffé ses croyances et une sorte de terreur la fit frissonner. Pâle, monie, épouvantée , elle leva les mains au ciel en murmurant:

— Oui, vous m'aves condamnée» mon Dieu! mais vous êtes plein de miséricorde! et ma mère prie pour moi !

— Viens, s^écriaMézélie, viens, partons 1

-*^ Sans le revoir, sans lui dire adieu I dit Yalentihe en poussant de sourds gémissements ; et quand il reviendra , ce soir, qui lui apprendrau.«

Mézélie s'approcha d'une table et écrivit :

« Monsieur, vous êtes un honnête homme» c je me fie à votre délicatesse, à votre généro-

< site... ma malheureuse sœur est perdue si je

< ne remmène sur-le-champ, si elle ne consent 4 à se séparer de vous pour toujours... C'est la ( cruelle expiation d'une si grande faute 1... € d'une faute qu'elle va pleurer pendant le reste

< de sa vie!... Ayez pitié d'elle, monsieur^ n'

TOT on TARD. tSS

c ' sayez pas de la revoir... songez qu'il y va de c son repos, de son honneur!... Partes, partes^ c quittez Paris , au nom du ciel... »

Mézélie s*arréta, Tâme navrée; cette dou)o«H rease séparation lui rappelait ses propres peines^ ce qu'elle avait souffert en quittant le Retire ; elle revint vers Valentine qui pleurait agenouil** lée et le visage caché dans les coussins du divan.

— Ceci est comme le dernier adieu d'un mourant, dit-elle avec une pitié profonde ; Valentine, un mot encore avant de le quitter... si c'est une faute, Dieu te la pardonnera ; car tu auras bien souffert !

La jeune femme se traîna jusqu'à la table , et écrivit d'une main tremblante, en inondant de ses larmes la lettre de Mézélie :

c Adieu , Ernest ! tout mon bonheur en ce c monde est fini !... Si Dieu prend pitié de moi , c je mourrai bientôt!... N'oublie pas la malheuc reuse Valentine ! >

— Il ne m'oubliera pas ! il sera malheureux comme moi ! répéta-t-elle avec Tégoîsme implacable d'une âme passionnée et jalouse ; quelle destinée, mon Dieu !

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