‹ MézélieChapitre 25 sur 27 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Hézélie cacheta la lettre et la laissa sur la table ; puis elle se hâta d'envoyer chercher une voiture ; car elle ne voulait pas se servir de celle qui l'était venue chercher. La jeune femme était tombée dans une sorte de stupeur ; elle se laissa emmener machinalement, comme si sa résistance, ses forces, sa volonté eussent été brisées par cette terrible lutte.

Dès que les deux sœurs furent arrivées cbei «lies, le médecin monta; il trouva Valentine sombre, silencieuse, comme anéantie. Mézéiie essayait inutilement de relever cette âme abattue , de lui montrer sa réhabilitation , d'exalter son courage et de la rappeler au sentiment de ses devoirs ; la jeune femme gardait le silence et ne manifestait sa douleur que par des larmes rares et pénibles.

-r- Ma bonne soeur, dit Mézéiie en lui présentant le médecin, voici un ami ; j*ai été bien malade, il m'a soignée, il m'a ^uvée; à présent il nous donnera aide et conseil.

t86 TOT OU TABD.

— Vous sooffrez , madame , dit doucement Id médecin après avoir pris la main moite et glacée de Valenline, tous éprouvez un malaise , une sorte de fièvre; mais ceci va se dissiper, quand vous serez plus tranquille , quand vous aurez revu votre mari.

A ce mot Valentine tressaillit et sortit tout à coup de sa stupeur: le médecin avait bien jugé son état, il fallait maintenant la distraire de sa douleur par les soucis poignants et terribles de sa position. Il lui mit sous les yeux Tavis que le comte avait fait insérer dans les journaux , et il ajouta :

— Pourquoi tarderiez-vous ? pourquoi prolongeriez-vous cette pénible attente ?

— Eh bien je suis prête et décidée, répondit Valentine , dont les joues pAHes avaient repris subitement une nuance d'incarnat : que raon sort s'accomplisse tout de suite !... Oh ! qui m*eiit dit cela ce matin ! ajouta-t*elle en se parlant i elle-même.

— J'irai trouver ton mari, ditMéiélie; sansdoute il est arrivé avec M. de Granville; Dieu fasse que cet homme ne se soit mêlé de rien !... Valentine, veux- tu que j'aille à présent?...

— Allends jusqu'à ce soir ! s'écria-t-elle avec effroi.

— Avant ce soir, dit le médecin, rolre mari peut apprendre où voas êtes et venir vous chercher ici ; ne vaut-il pas mieux aller au-devant de lai , de votre plein gré ?

— Oui, oui, j*y vais! reprit Hézélie avec courage ; je vais dire au comte de Bibar que sa femme est ici, qu'elle Tattend...

— Ou bien qu'elle va le venir trouver, interrompit le médecin , en arrêtant sur la jeune femme un regard plein de sollicitude et de compassion; il y a des entrevues au-<ievant desquelles il est moins pénible d'aller que de les attendre.

— * Ohl oui, murmura Valentine; ce n'est pas ici que je dois revoir le comte de Bibar !

'•^ Je vous la recommande , restez près d'elle, monsieiir Daumenil ; dit tout bas Mézélie , en serrant la main du médecin.

Le |our était sur son déclin ; il faisait un temps rigoureux et la neige glacée tombait en épais tourbillons : mais la jeune fille , cachée au fond d'une voiture de place,, ne sentait ni la fatigue ni le froid. Les émotions terribles de cette journée l'avaient anéantie ; elle était à bout de ses forces et la situation de Valentine la remplissait d'effroi, de tristesse et de pitié. Mais au milieu de cette préoccupation , une idée ardente et fixe la poursuivait, une espérance douloureuse faisait battre

«W TOT OD TAED.

SOQ conir : après six mois de silence • de cruelles ineerliuides, elle allait eotendre parler de don Fernando, elle allait savoir où il était, ce qa*îl avait fait , ce qa*il avait dit en apprenant son ^épart. En ce moment, elle sentit que le temps ni Vabsence ne Pavaient guérie : elle eut peur de sa passion ,f de sa faiblesse , et elle se dit, dans Vamertume et Thoniilité de son âme, qnesi Dien ne fât venu à son secours , si elle ne s'était pas rappelé les dernières paroles de sa mère , elle aurait failli comme Valentine.

La jeune fille descendit de voiture à la porte de Tun des beaux hôtels de la place Vendôme. En montant Tescalier, ses genoux tremblaient, elle se soutenait à peine. Un domestique français était dans l'antichambre; il répondît à la question mal articulée de Mézélie :

— M. le comte est chez loi. Le nom de madame?

*- Annoncez mademoiselle d*£ffanges, dit-elle en s*appoyant au chambranle de la porte. A ce nom, don Antonio s'écria avec transport :

Elle reprit courage et entra vivement; le comte s'était levé.

— Où est Valentine? où est ma femme? s'é» eria-t*il avec une émotion extrême.

TOT OU TABD. ttO

Aa lieu de lui répondre, Mézélie resta immobile , le regard fixe , les mains élendoes, le visage couvert d'une pâleur subite. Don Fernando était debout, à deux pas» derrière le comte; il était devenu pâle aussi et d'une main il s'appuyait à la cbeminée.

Au premier regard qu'elle avait jeté sur lui, Mézélie s'était aperçue qu'il portait le grand deuil , et elle avait compris qu'il était libre , que dona Ana était morte.

— Ma femme! où est ma femme? répéta don Antonio d'une voLx à la fois impérieuse et sop* pliante.

— Ici , monsieur ! murmura Mézélie.

Elle ne put en dire davantage , ses genoux faiblirent, ses yeux se fermèrent, et elle tomba inanimée entre les bras de don Fernando , qui s'était précipité vers elle pour la soutenir.

Mais cette défaillance ne dura qu'un moment; la jeune fille respira profondément , et rouvrant les yeux, elle regarda autour d'elle et passa les mains sur son front comme pour rappeler sa raison, ses souvenirs; puis tout à coup elle fondit en larmes. Don Fernando l'avait assise sur un fauteuil, il lui serrait les mains en murmu* rant :

-^ Mézélie, au nom du ciel, calmez- vous!

Le cosie, debout devant elle, la regardait d*iin air ioqttiet et très-^a.

--^ Monsieiir, dit-elle enfio en tâchant de se remettre, Valentine n*a pas osé venir... elle eraint votre colère... elle est bien coupable sans doute...

. -^ Je loi pardonne! s*écria le comte, je Jui pardonne puisque je Tai retrouvée ! Qn*eHe vienne... ou plutôt j'irai rooi'^niéme... J*en aurai bien la force...

A ce mot , Méiélie le regarda » et elle fut frappée de sa pâleur » de Taltération de ses traits ; en quel* ques mois il avait vieilli de plusieurs années.

— J'ai été malade, reprit-il avec amertume, malade d'inquiétude, de r^ret, de désespoir... sans cela je serais plus tôt arrivé ici... Dans les premiers moments j'étais fou! je voulais me venger... mais à présent elle n'a rien à craindre... Il n'y a qu'une chose que je ne lui eusse pas pardonnée I Mais je sais que ma femme était avec vous, Mézélie ! je sais qu'elle est sans reproches... qu'elle vienne donc...

— Mon cher Antonio, calmez-vous, dit don Fernando; je vais aller moinnéme... nous vous la ramènerons...

— Oui, oui, sur-le-champ» s'écria le comte; allez, ma chère Mézélie; dites4ui que je ne loi

TOT Oa TARD. 'ÎBM

ferai point de reproches... que je sais sans colère... que j*ai toa t oublié , hormis moa amour pour elle ! Allez, allei bieo vile !

— Venez I dit don Fernando avec ua accent indicible de tendresse et de sollicitude; Tcaei, c'est moi qui vais vous accompagner.

Mésélie s'appuya sur son bras; ils sortirent ensemble, et don Antonio se rassit en essuyant deux larmes qui roulaient sur sa joue basanée. Un moment après» il sonna en murmurant :

— Gran ville, qui sait où est Granville?... Il avait raison; je devais la retrouver ici!

Un domestique parut.

— Où est M. de Granville? demanda le comte.

— Depuis hier il n'est pas rentré; si M. le comte veut, on viendra Tavertir».

— Oui , c'est bien , n'y manquez pas» à quelque heure que ce soit , entendez-vous?

Quand ii fut seul, le comte ajouta avec un mouvement d'épaules :

*-* Je suis sûr que depuis vingUquatre heures il est au jeu!

— Ma chère Mézélie ! dit don Fernando en baisant les mains de la jeune fille , assise à côté de lui au fond de la voiture; ma chère Mézélie , j*ai été bien malheureux! Mais à présent , tu es là !... tourne les yeux vers moi , cher ange t

Il la conlemplaît, enivré de sa présence, de ses regards ; sa yoîi s'éteignait dans cette profonde émotion ; il ne pouvait que presser avec transport sur sa bouche, sur ses yeux humides de pleurs, les mains douces et froides de la jeune fille.

— Oh! moi aussi j*ai bien souffert! dît-elle avec un long soupir, et tout ceci me semble un songe. G*est vous , c'est bien vous , Fernando !

— Oui , c*est moi , près de toi , pour toujours ! dît-il en osant la serrer dans ses bras, quel bonheur sera le nôtre !

Elle laissa aller sa tète sur Tépaule de don Fernando , sa propre joie Feffrayait ; elle était si peu habituée à ces émotions de bonheur, qu'il lui semblait que quelque fatale influence allait aussitôt les détruire. Pais elle se souvint de sa aœor ; elle eut comme un remords de se sentir si complètement heureuse , et elle murmura :

— Pauvre Valentine I

— N'ayez point de souci sur les suites de cette réunion, dit don Fernando en souriant, le comte aime passionnément Valentine ; dans le premier moment, il avait la tête perdue , il se figurait que c'était un amant qui l'avait enlevée , et il ne pensait qu'à sa vengeance.

A ce mot, Mézélie frémit et baissa la tète.

— Quand il a été bien certain qu'elle était

TOT OU TAftO. MS

partie avec tous, ma Mézélie , toate sa colère est tombée, reprit don Fernando ; il n'a plus éprouvé que la douleur d'être séparé de Valenliue, et il a tant souffert de cette absence, que son amour en est devenu moins égoïste ; i| comprend mieux ce qui peut la rendre heureuse. D'ailleurs, nous serons là, nous ne ferons tous qu'une iamille. Mais parlez-moi de vous, Mézélie; diles-moî ce qui vous <est arrivé depuis ce jour cruel... Pauvre enfant ! quel dévouement! quel courage I Mais le ciel nous récompense aujourd'hui !

Alors elle lui raconta brièvement son arrivée à Paris, et comment elle avait appris la mort de son père; puis le chagrin où elle était tombée^ sa maladie et le dévouement du médecin; mais elle garda le silence sur' tous les faits relatifs à ValentinOi Don Fernando était trop ému, trop préoccupé de son bonheur pour s'apercevoir de ces réticences; il serrait dans ses mains les mains tremblantes de la jeune fille, et murmurait s

— A présent toutes ces peines sont finies... je suis libre , Mézélie I A présent , heureux , ensemble pour toute la vie!

— Nous retournerons à la Havane , dit-elle avec espoir; U, Yalentine sera plus heureuse... moi aussi... Nous avons eu de si mauvais jours en

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Fniieel Oui, la tranquillité, le bonbeor, mms ne les retrouverons qa*aa Retire !

Pois, frappée d'ane triste pensée, elle ajouta :

— Pauvre doua Ana !

— Elle est morte martyre de sa foi, dit don Fernando avee un soupir; c'était un esprit sombre, ardent, fanatique ; mais eHe avait une belle âme.

Yalentine attendait le retour de sa sœur avee anxiété. Le médecin ne Tavait pas quittée et il était parvenu à lui inspirer le courage de sa position. Au lieu d*exalter sa douleur par des etagérations de sensibilité , il lui avait parlé arec une raison ferme et indulgente; il lui avait fait comprendre la terrible nécessité à laquelle il fallait obéir. Mais entre tous ces arguments, un seul agissait puissamment sur la jeune femme, c'était la certitude que, si elle ne renonçait pas à son amant, don Antonio le tuerait; celte affreuse crainte lui donna seule la force d'accomplir son sacrifice.

Lorsque Mézélie entra suivie de don Fernando, madame de Bibar devint très-pâle ; elle prit la main de sa soeur et dit avec une sorte de résolutions

— Viens-tu me chercher, Métélie?

— Oui, oui, ma chère Yalentine, répondit h

jeone fille, et voici don Fernando... Mon cher monsieur Daumenil , ajoata-t-elle en se tournant vers le médecin , c'est le beau-frère de ma sœur , M. lé marquis de Yiliasanta.

Le marquis s'avança et serra vivement la main que lui tendait Léon Daumenil : Monsieur, ditil, je sais de quels secours vos soins, votre amitié ont été pour mademoiselle d'Ëffanges, et j'en serai reconnaissant toute ma vie.

Le médecin répondit avec effusion à ces paroles affectueuses, et il regarda Mézélie avec son sourire à la fois si plein de finesse et de bonté. La jeune fille était pâle, défaite; mais une expression inaccoutumée animait ses yeux encore voilés de larmes ; un rayon de bonheur illuminait sa beauté.

— Ma sœur , dit don Fernando , en baisant la main de Yalentine , moi aussi j'ai voulu venir vous chercher; nous ne nous quitterons plus maintenant.

Elle s'aperçut alors qu'il était en grand deuil et une idée subite la frappa ; la physionomie du marquis, celle de Mézélie, venaient de lui révéler tout à coup ce qu'elle n'avait jamais soupçonné.

— Don Antonio vous attend avec une grande impatience, reprit le marquis; il vous aime, ma

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TOT 00 TABD.

dière ValentiBe, et à TaTenir il tous rendra pins hearease. Allons, ne le laissez pas pl«s loogCemps dans cette impatience... Tenec, venes..*

La jeune femme se leva tremblante» mais ré- €olae. Avant de sortir elle embrassa sa soeur et Inî dit à voix basse :

— Mécélie, toi aussi tn as bien souffert!... mais à présent, du moins, nous ne serons pas tontes deux malbenreuses I...

Tandis qne cette espèce de révolution dans la destinée des deux sœurs s*accomplîssaîc d'une manière si prompte et si inattendue , M. Vattier disposait tout pour partir le tendemain avec Valenttne. Les renseignements qu'il avait eus pendant la journée confirmaient ses prévisions et ses craintes. Bien qu'il fût brave, il ne se souciait pas d'affronter le ressentiment du comie de Bibar, il redoutait surtout pour Yalentine les suites de la faute où il l'avait entraînée et il n^entrevoyait d'autre moyen de la sauver que de la sonstraire aux recherches de son mari. D'ailleurs il l'aimait, il craignait de la perdre , et dans le dévouement égoïste de son amour, il était prêt à tous les sacrifices pour ne point se séparer d'elle.

Après avoir réglé ses^ affaires et tout disposé chez lui pour une longue dbsence , il rentra , vers neuf heures du soir, dans la maison oà dopais

deux vois il vivait avec Valeatiae. Lea domestiques rattendaient inquiets; la temme de efaambre vint au-4evant de loi avec la lettre que Hézélie avait laissée.

— Madame est sortie vers midi, avec une jeune personne t dit cette Elle à M. Vattier; dles sont montées ensemble dans une voiture de place» et madame n*est pas encore rentrée.

M, Vattier décacheta vivement la lettre et la lut d'un regard.

— Depuis deux heures, reprit la femme de chambre, il y a au salon une dame qui aitend monsieur.

— Une femme ici! c*est madame d^Effimges; il y a là-dessous quelque infernale intrigue 1 murmura-t-il en entrant violemment dans le aaloa; c'était elle en effet.

Il y eut un moment de silence ; madame d'Ef«fangesy assise sur le divan, respirait son flacon de sels et pressait son mouchoir sur sa bouche haletante; ce n'était pas une scène étudiée, une affectation de souffrance, elle était réellement près de s'évanouir.

— Madame , dit enfin M« Vattier en contenant son inquiétude et sa colère soua une apparence de sang-froid, me direa*voua ce qui me vaut rhonneur de votre visite?

— Vous le savez» répondît-elle avec une aorte d'assurance , et tous deviez vous y attendre...

— Oui» je sais que depuis trois mois vous m'obsédez de vos lettres» interrompit-il avec emportement ; je sais que» ne pouvant parvenir à me voir» vous m'avez fait espionner pour savoir ma «demeure; mais ne serai-je donc jamais délivré de vous» madame?

— Ernest» vous êtes bien cruel! dit-elle en pleurant; je ne mérite pas tous ces reproches.

— Cependant , vous avez Êiit une chose infâme» interrompit-il encore; vous avez gagné un de mes domestiques; vous avez soustrait une lettre... C'est vous» j'en suis sûr!

 ce mot, elle comprit qu'il n'avait réellement aucune certitude» et qu'elle pouvait nier le fait hardiment.

— Moi, monsieur ! s'écria-t-elle ; je ne sais ce que vous voulez dire; c'est par hasard que j'ai appris où vous étiez. Il est vrai que je vous ai écrit» que je suis allée chez vous, à votre appartement de la rue de Rivoli , pour savoir ce que vous étiez devenu ; mais votre concieif e n'avait pas pu ou n'avait pas voulu me le dire... Mais pourquoi ce mystère» ces précautions» avec qui donc vous cachie»-vous ici? et cette femme» qu'est-elle donc devenue I

— Elle ni*a quitté! dit donloarensement M. Vattier dont rirrîtalion s*était an peu calmée à celte explication , et qui ne sentait -plus que le profond regret d*avoir perdu la femme qu*il aimait.

— Est-il posible! 8*écria madame d'Effanges a?ec un étonnement qui n*était pas feint et une joie qu*e11e ne put dissimuler; cette femme vous a quitté , Ernest ! Elle ne vous aimait donc pas !

— Elle m'aimait! dit-il sourdement et en s*asseyant accablé, le visage dans ses mains.

— Mon ami, dit madame d*Ëfianges en venant près de lui, si cette femme tous eût aimé, elle serait restée ; nulle puissance au mopde n'aurait pu la forcer à renoncer à vous ; elle vous aurait sacrifié sa position , sa fortune , son honneur , sans penser que tout cela méritât seulement un regret; mais on ne rencontre pas tous les jours de ces cœurs dévoués I

M. Vattier bocha la tête avec un long soupir et un mouvement contenu d'impatience.

— Je ne m'attendais pas à ce qui se passe , reprit madame d'Effanges; je ne pensais pas que vous éprouvassiez sitôt vous-même les peines affreuses que vous m'avez fait subir!...

— Mais enfin, que veniez-vous faire ici, Léooide? interrompit brusquement M. Vattier.

tlO TOT OU TAtO.

— * Je Tonis pour vous re?oir, ne fftl*ce q«*aii moment» répondit-elle d'nne toU soumise; car ni TOtre infidélité , ni vos mépris ne m*ont rebutée; je ne puis pas me séparer ainsi de vouSt Ernest... Vous avez craint mes reproches, ma jalousie... Mais je les aurais dissimulés pour que TOUS supportassiez ma présence... J'aurais souf« fort.. n*importe!...II n'y a qu'une chose que je ne saurais supporter sans mourir, c'est de ne plus TOUS Yoir... Ah ! tous auriez dû avoir pitié de moi !... Un mot, un' seul mot de réponse à ces lettres que vous receviez presque tous les jours m*aurait donné une si grande îoie!... J'ai tant pleuré...; mpiis je savais bien que quelque jour je vous retrouverais.

M. VatUer ne Técoutait plus, il s'était levé et il promenait un regard sombre et désolé autour de ce salon, où chaque place lui rappelait un souvenir, où la veille encore il était avec Yalentine* Madame d'Efianges s'était assise près delà cheminée dans le fauteoil profond qu'occupait ordinairement la jeune femme ; la clarté de la lampe tombait d'aplomb sur son visage dont les traits saillants et animés commençaient à perdre leur régularité; ses derniers chagrins l'avaient vieillie» et M. Vattier la trouvait horriblement changée.

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Dws sa préoocupaiion, il avait prescpie oublié qu'elle était là, et oe fat niachiBaleoieai qatt VNima les yeux vers elle; en la voyant à eeité mèiiie place où il avait coutume de trouver Valeutine, un sentiment de dédain et d'aversion lui fit détourner la tète» et il s'assit en silenoe à Tautre extrémité du salon. Madame d*Efltoges sa taisait et le regardait avec une sourde passion; elle calculait toutes les chances de le ramener, et elle espérait se refaife une place dans son cœur.

— Ernest, dit-elle en se rapprochant do lui, avea-vous oublié ce projet de voyage <iue nous avions fait ensemble?

— Je ne quitterai point Paris de longtemps , répOndit^iL

•^ Ahl fit madame d'Effanges avec un sourire amer, rien ne vous y retient cependant!

— Rien ! répéta M. Yattier en se parlant à luimême*

Puis il prit Une bougie et entra dans la chambre de Valentine. Madame d'EfiEaoges n'osa Ty suivre; elle s'arrêta sur le seuil , et regarda cachée der- ^ riàre la portière.

M. Yattier fit lentement le tour de la chambre ; une broderie commencée, un camélia blanc que Valentine avait mis la veille dans ses cheveux,

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668 bracelets, son mouchoir, toul était encore là. M.Yattier s'assit sarle diyan, et, appayant sa téta sur les coussins, à la même place où la jeune femme était quelques heures auparavant, il fondit en larmes.

A la vue d*nne si profonde douleur, madame d'Effanges comprit qu'elle n*avait jamais été aimée ainsi; une horrible jalousie Tanima contre sa rivale ; elle n'entrevit plus qu'une consolation , qu'une joie, c'était celle de quelque vengeance sûre , terrible.

— Comme il l'aime t murmura-t-elle ; sans doute elle ne l'a quitté que parce qu'elle a su Tarrivée du comte.de Bibar, et ils sauront bien se retrouver un jour! lis tromperont la sœur, le mari , tout le monde ! Mais je suis là , moi !...

Un moment après elle se retira sans rien dire à M. Vattier, qui ne s'aperçut qu'une heure plus tard qu'elle était partie.

Le lendemain matin, de très -bonne heure, madame d'Effanges se présenta chez le comte de Bibar. Il n'y avait personne de levé , que les domestiques. Le valet de chambre vint dire à madame d'Effanges qu'il n'osait pas prendre sur lui de réveiller M. le comte, et qu'elle devait revenir plus tard.

— Je venais lui donner des renseignements qui

rinCéressent, diip-elle en insistant; je connais les demoiselles d'Effanges.

— Si ce n*est que cela, répondit le valet en sonnant, tous pouvez vous dispenser de revenir; madame la comtesse et sa sœur sont ici depuis hier soir.

— Déjà ! fit-elle , étonnée.

En ce moment M. de Granville rentra , il était pâle, sombre, défait; il venait de passer la nuit an jeu ; madame d*Effanges le reconnut ; c*était lui que le comte avait envoyé chez elle le jour même de son arrivée à Paris; mais alors elle ne savait rien et elle n*avait rien pu lui dire.

-—Monsieur, dit-elle, je venais vous faire savoir ce que j*aî appris hier sur le compte des demoiselles d*Effanges, mes belles-filles; elles mènent une étrange vie !...

— Prenez garde !... interrompit M. de Granville avec un geste expressif; les domestiques pourraient vous entendre ici ; passons chez moi , madame...

Une heure après, madame d'Effanges quitta M. de Granville; elle était pâle, brisée de fatigue , car elle avait veillé toute la nuit précédente ; mais une joie cruelle éclatait dans son regard noir et animé. Léonide était bien toujours la même femme qui , pour satisfaire ses implaca-

Vtè TOT OU TAB».

bles fmmù9^ ami ftralé tax |iiedi tosl oa qs'il y a de saint et sacré aa monde , celle qoi avait causé le malbeor et la mort de la pauvre Louise. Elle n^eut pas plus de pitié de la fille qa^elle n'en avait eu de la mère ; elle s'était vengée, elle avait brisé cet obstacle entre elle et son amant. L*amoiir qu'elle avait pour M. Vattier était ardent » paasioBiié comme celui qu'elle avait eu jadis pour M. d'Ëffanges; mais il était aussi plus bnmble, plus patient, plus tenace. Une fois que tout étak fini entre M. Valtier et Valentioe , qu'ils n'avaient plus aucune espérance de se revoir, elle comptait que ce comr blessé se rattacherait à elle, et, renonçant k toute fierté , elle se trouvait encore beareuse de son dévouement. Elle faisait tout un roman des moyens qu'elle allait employer pour être encore aimée de H. Yattier; son oq;ueil de femme, son ressentiment, la violence de son caractère , tout pliait sous l'influence de cette pas* sion. Elle savait bien qu'il n'y avait qu'une chose que M. Valtier ne lui pardonnerait pas , c'était d'avoir perdu la pauvre Valentine, d'avoir livré le secret et les preuves de sa faute; mais elle était sans crainte U-dessus : H. de Granville loi avait donné sa parole d'honneur de ne point dire de qui il tenait cette dénonciation.

Madame d'Effanges gagna la rue de Rivoli, non

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dans «n dessein arrêté , mais seulement pour passer devani la maison de M. Vattier. La porte cochère était toute grande ouverte, et une voiture de voyage attendait dans la cour. Madame d'Effanges fut frappée d*un soupçon ; cependant elle se rassura aussitôt en se souvenant qu*elle avait laissé M. Vattier à sa maison de campagne. Eiie continua de marcher jusqu'à la rue Royale ; puis, poussée par une sorte de pressentiment, elle revint sur ses pas.

— M. Vattier est-il chez lui? demanda-t-dle au concierge auquel elle était souvent venue faire inutilement pareille question.

— Ma foi , ma petite dame , répondit cet homme d!un ton leste , vous avez du malheur : K. Vattier est chez lui , mais il n*y est pas pour un quart d'heure.

— €*est lui qui part !... interrompit madame d*Ëfianges; et, sans attendre la réponse du concierge, elle se précipita dans Tescalier. H. Val* lier descendait; elle se mit devant lui les mains étendues, sans pouvoir parler...

— Léonide î dii-îl en la prenant par le bras; au nom du ciel, calmez-vous, voulez-vous donc iaire une scène I...

— Je voudrais vous parlw un moment...

halhutja-t-dfe.

ne TOT ou TABD.

Us remontèrent. H. Vattîer avait Tair profoDdément triste » mais calme.

— Eh bien ! que me voulez-?ou8 ? dit-îl en faisant asseoir madame d'Ëffanges.

— Vous partez I 6*écria-t-elle ; mais commenL.. pourquoi cette détermination subite?...

— Parce qu'il le faut, répondit-il; hier j^étaîs décidé à ne point quitter Paris , mais j*ai réfléchi ; j'ai compris que je devais à l'honneur , au repos d'une femme... d'une femme que j'aime, de m^éloigner... Elle a fait courageusement son devmr en me quittant hier; il faut que je fasse le mien aujourd'hui...

— Ernest, j'ai confiance en l'aTenir I dit ma* dame d'Effanges avec un élan de joie.

— Et moi , je n'oserai jamais compter sur rien en ce monde : quelques heures ont suffi pour renverser tant de bonheur! Adieu, Léonide...

Il prononça ces mots d'un ton doux et affectueux ; car ce qu'il souffrait lui-même réveillait sa' compassion pour cette femme qui l'aimait , et qu'il avait abandonnée.

. — Pourquoi me dites-vous adieu, Ernest, pourquoi nous séparerions-nous? répondit-elle; ce voyage, nous pouvons le faire ensemble; n'était-ce pas notre projeta utrefois?... Autrefois, quand vous m'aimiez, ajouta-t-elU 'plus bas.

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— Non , ma chère Léonide, dit-il avec décision, il faut nous séparer; notre avenir ne peut rien avoir de commun; je vous Tai toujours fait pressentir, même pendant ce temps que vous rappelez...

— Oui, dit-elle en pleurant, oui, je sais que tu ne m*aimes plus ; mais je me contenterai d'une si petite place près de toi, que tu peux bien me la laisser...

— Mon Dieu! interrompit-il, bientôt vous souffririez et moi aussi de ces rapports.

— Oui, peut-être j'aurais des moments cruels 1... mais qu'est-ce que cela près de ce que je souffrirais loin de toi I... Ernest , quand on aime , il n'y a qu'une douleur qu*on ne puisse pas supporter, c'est la privation de l'objet aimé!... Tu t'en irais... je resterais seule... et des mois, des années peut-être s*écouleraient ainsi... On ne peut pas vivre dans cet affreux isolement... Non, moi, je ne le peux pas!... Pendant ces trois mois j'ai trop souffert... et pourtant j'avais un pressentiment, un espoir... je te cherchais... Ernest, si tu ne veux pas que je devienne folle, si tu ne veux pas que je meure, emmènemoi !...

— Écoutez, lui dit-il d'une voix triste et sévère, vous me faites mal... vous me faites

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pitié. Qae me .demandez-T008? d*é(re là» près de moi , soumise » prête à tous les sacrifices ; mais UD galant bomme n*accepte point un tel dévouement quand il ne peut le payer d aucun retour. Encore une fois, séparons-nous...

•^Obl TOUS. êtes sans pitié! s*écria-t-elle , ohl je suis bien malheureuse!... Il n*y a plus rien pour moi dans ion cœur, rien!..* Pourtant , si tu me voyais mourir... là... devant toi !—

— Adieu , Léoaide, dit-il avec une espèce de sourire; car il ne croyait pas entièrement au désespoir de cette femme» ou du moins il voyait dans ses paroles beaucoup d'exagération.

Il allait sortir.

— Écoute, lui cria-t-elle, ne me réduis pas au désespoir, attends encore un jour... une heure... un moment...

Il ne répondit pas» et sortit en refermant la porte après lui.

Alors elle frappa de son front le parquet sur lequel elle était tombée à genoux ; puis se relevant brusquement» elle dit d'une voix creuse:

— C'est fini, tout est fini!... mais il me reverra encore une fois!...

Aces mots elle s'élança vers la fenêtre» poussa les Persiennes d'une main ferme» et fermaai les

yeux, elle se précipita... Quand on la releva elle était morte.

Cet événement retarda d*ane demi-heure le départ de M. Yattier.

Le comte de Bibar avait reçu Valentîne avec beaucoup de joie et de tendresse ; il évitait les eiplîcations , les reproches; il se conduisait enfin en bomme de sens , ce qui ne lui était pas ordinaire; rinfluence de don Fernando contribua surtout à lui faire modifier toutes ses habitudes ; il eut pour sa femme des complaisances dont elle fut touchée ; il Tobséda moins ; il lui donna tous les plaisirs que peut procurer une grande fortune; il la combla de distractions et de parures. Il éprouvait d'ailleurs une secrète et profonde joie en voyant le peu d'empressement que Yalentine avait pour le monde , et il se fiait d'autant plus à

ttt TOT 00 TARD.

elle qu*il la voyait moins flattée de radmintion qo^inspirait sa beauté.

La jeane femme subissait soo sort avec résignation et courage ; mais le souvenir de M. Yattier était le terrible cb&timent de sa faute. Une lettre qu^il avait adressée à Mézélie lui avaiti appris qu'il était parti pour Tltalie et que son absence durerait probablement plusieurs années. Il annonçait aussi la mort de madame d*Elfianges; mais sans ajouter aucune explication à cette nouvelle.

Après de si longs cbagrins, une heureuse vie avait commencé pour Mézélie ; le présent était doux ; Tavenir lui souriait; elle aimait, elle était aimée, et Tamour de don Fernando allait assurer pour toujours son bonheur. Parfois, cependant, un nuage de tristesse passait sur cette tranquille félicité; elle considérait avec une pitié profonde le sort de sa soeur, elle songeait à cette faute toute parpitante encore dans le cœur de la jeune femme, et elle ne trouvait point de paroles pour la consoler. Parfois, aussi, une sorte de frayeur la saisissait en présence de M. de Granville, lorsqu'il arrêtait sur elle son regard froid et perçant- La conduite de cet homme à son égard était singulière; il semblait avoir oublié le passé; ja* mais un mot» la plus légère allusion ne rappelait

à Héséiie qa*il Tayait aimée^ Il menaii toujours la même vie désordonnée et dissolue ; mais on ne s'en apercevait guère qu*à ses longues absences; car, pour ce qu'il faisait pendant les nuits, qu'il passait presque toutes hors de rhôtel, personne ne le savait. Quelquefois, il arrivait Tair animé, triomphant , la parole haute ; le plus souvent, son visage n'exprimait rien qu'un froid et silencieux abattement; mais, dans toutes ces alternatives, il était aisé de reconnattre les phases diverses de la vie d'un joueur. Le comte lui témoignait toujours la même amitié, il avait toujours à son égard les mêmes procédés généreux; mais parfois il lui arrivait de dire :

— Ce pauvre Granville est incorrigible I je crois qu'il mourra les cartes à la main.

Le médecin était bien accueilli dans cette famille; il avait des manières et une tournure d'esprit originale et franche qui plurent sur-le-champ au comte de Bibar, et qui le firent aimer de don Fernando. M. de Granville seul ne témoigna aucune sympathie pour lui; l'intimité de M. Daumenil dans cette maison lui faisait ombrage; mais il avait assez de mesure et d'empire sur luimême pour ne point manifester cette aversion qui, au fond, était plutôt instinctive que le ré* sultat d'aucun calcul.

t84 TOT OU TARD.

Trois semaines en?iron s^éooulèrent ainsi. Un soir que Yalentine n'avait pas voulu sortir, le comte la laissa dans sa chambre ayec Mézélie et don Fernando , pour aller écrire quelques lettres. H. de Granville rentrait en ce moment.

— Eh bien ! Paul , lui dit don Antonio, comment vous traite le sort? Depuis quelques jours je vous trouve une physionomie qui n*annonce pas de belles chances.

— En effet, répondit M. de Granville d'un air insouciant , j'ai perdu !

«- Tenez, mon ami, reprit le comte avec conviction , je vous conseille de ne plus jouer.

M. de Granville hocha la tête avec une espèce de sourire, et ne répondit rien; il avait l'air de prendre en pitié ce conseil comme la chose du monde la plus inexécutable.

— Il y a longtemps que je vous prêche cela , continua don Antonio; j'aurais voulu, vous le savez, que vous suivissiez de tout point mon exemple; il n'y a rien de tel que le mariage pour couper court à toutes ces passions; mais ce que je projetais n'a pas réussi...

— Et c'est don Fernando qui épousera Mézélie? interrompit M. de Granville avec un sourire ironique.

— Oui, mon pauvre ami, rendit don An-

TOT 00 TAR1>. ttS

tonio d'un air de commisération ; il fâtil en prendre votre parti.

•—Je ne crois pas qœ ce mariage se fasse, dit firoidement M. de Granville.

— Mais je n*y vois point d'empêchement.

— ^ Les jeunes filles ont de si étranges caprices ! Tel qui leur convient aujourd'hai lear déplaît demain.

— Vous avez du dépit.

— Non; mais je connais les femmes. Ditesmoi, où en sont ces amours et ces projets de mariage?

— On vous Tannoncera, je croîs, officiellement demain.

— Sitôt ! s'écria M. de Granville.

Le même soir, Mézélie rentra dans sa chambre vers minuit; tout le monde était déjà couché; elle était restée la dernière près de Valentine , qui semblait plus souffrante.

La jeune fille congédia sa femme de chambre, et, après avoir roulé autour de sa tète, à la manière créole ,*un mouchoir des Indes, elle se mit à genoux pour faire ses prières. Un moment après on frappa à sa porte , elle alla ouvrir sans hésiter, croyant que c'était sa femme de chambre qui avait oublié quelque chose; ce fut M. de Granville qui entra.

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— Moa$kor, qii*esi-ee? q«e Toiila-va«stUbatia la jeane fille surprise el ooofîise.

«— Il fiiat qve je tous parle ; il dot qve je TOUS parle ce soir, répondit-il arec une sorte d'autorité; il 8*agîl de choses iaapcMtaotes pour TOUS» pour?otresœiir8iirtoot;cardao8tootoeqne je Tais vous dire il y Ta de soo hooneor^de sa TÎef

Mézélie était deTonne pâle comme la SMIC, elle tomba sur ou fauteuil et fil signe à M. de GrauTille d*acbeTer.

— Vous saTez ce que je Ti^ens tous dire, «ontinua-t-ii , en s^asseyant près d'elle; tous saTCs que madame de Bibar a eu un amant, qu'elle a passé deux mois chez lui...

— Plus bas! plus bas! monsieur! an nom du ciel 1 interrompit Mézélie , en se tournant tots la porte» si Ton tous entendait I...

— Ceci est un secret qui a été bien gardé reprit-il; il n'y a que deux personnes au monde mainlenantqui puissent porter témmgnage contre Totre sœur : vous et moi*..

— Mais, monsieur, tous ne direz rien I interrompil-elle éplorée; ma sœur a toujours été bonne i TOtre égard... elle n'a jamais essayé de détourner don Antonio de l'amitié qu'il a pour tous !... pourquoi Toudriez-Tous la perdre ?

— Je sais tous les détails de cette intrigve.

TOT OU TAKH. tB7

reprit M. de GranvîUe d*an air irapasÂMe; j*en ai des prennes , je ^aia tous les montrer...

A ces mots, il tira cette fatale lettre qui loi avait été remise par madame d^Effanges, et il commença à lire : c Mon ami, mon Ernest, qne t Yai&*je devenir pendant ce long jour d*abc sence?... et toi, que feras*tu loin de ta Valenc lioe ?... t

— Assez ! monsieur, assez I interrompit Méaélie en se cachant le visage ; ah I mon Dieu 1 ayei pitié de nous I...

M. de Granville arrêta sur elle son regard fauve; cet effroi, ces larmes, lui causaient une cruelle joie.

-^ Que craignez-vous? dit-il après un silence ; ne vous ai*je pas dit que tout ceci était un secret connu seulement de vous et de moi ?

— Oui , reprit-elle en tâchant d'éire calme ; je sais que vous ne voudrez pas déshonorer ma mal^* heureuse sœur, que vous ne voudrez pas être cause de sa mort, que vous garderez le silence...

— J'y mets une seule condition, répondit M. de Granville; le sort de votre soeur dépend de vous...

Elle le comprit et détourna la vue avec no mouvement d'indignation , de mépris, d^horrear, detefoi.

ftt TOT OD TAIB.

— Ooi, ooDtioiu lenlement IL de GnDtille, TOUS ii*époiiserez pas dou Feroauido^. à eeiie GODdîtion» je me tairai.. Vous le Toyez, je sois gënéreax , j*aurais po exiger qve tous m'qioQsassie? moi-même.

— Jaoïais, jamais! mormura-l-elle avec vne sombre résolation... Mais , monsiear , songezvous à ce que vous faites !... Je ne tous parlé ni dlionneor, ni dé conscienoe, ni de générosité , ni de justice; mais ne comprenez-vous pas que quelqu'un pourrait intervenir et vous forcer au silence!...

— Don Fernando ! interrompit ironiquement M. de Granville, un duel ? Mais j'aurais toujours le temps de parler; d'ailleurs, on ne tue pas son homme à coup sûr, et je crois qu'entre nous les chances seraient égales...

Il y eut un silence; puis M. de Granville reprit :

— Croyez-vous que je vous aurais proposé ces conditions, si je ne les eusse bien calculées?...

— Oui , certes 1 s'écria-t-elle , vous avez bien calculé cet infâme marché! c'est du bonheur de toute ma vie que vous voulez me iaire racheter l'honneur , le repos de ma scBur !...

. — Vous m'avez poussé à ces extrémités, répondit M. de Granville en s'aniroant ; Héiélie,

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souvenez-vous de vos dédains , de vos mépris... de mon amour... Vous êtes la seule femme que j'aie jamais aimée... Depuis trois ans, je poursuis celle volonié , celle espérance... Pour vous posséder, j'aurais renoncé à lout... oui, à tout, Mézélie; je n'aurais plus joué... El vous espérez que je renonce à celte magnifique chance de vous arrachera mon rival? non, non, jamais!... Il faut choisir, Mézélie, il faut choisir sur-lechamp. ••

Elle s'accouda sur la tahle, appuya son front «^ sur ses mains , et ne répondit pas.

— Eh bien ! qu'avez-vous résolu? reprit M. de Granville avec une sourde impatience, je ne vous quitterai pas sans avoir votre réponse ; voulezvous que je passe toute la nuit ici ?

Mézélie joignit les mains , et sembla prier un moment ; puis elle se leva et montrant la porte à M. de Granville, elle lui dit d'une voix ferme:

— Monsieur, je ne me marierai jamais!...

Toas II. S5

Lvn

acheva cette terrible nuit dans les larmes ; elle ne trowaît aocuoe issue pour sortir de eecte affreuse silttation ; quand il fut jour, elle fit appela le médecin, elle ne 6*était pas couchée ; il la trouva assise au pied de son lit, pAle, immobile, le refard aaiaié d'un sombre désespoir.

— Ma chère enfant, s*écria-t-il avec effiroi, qu*est-il donc arrivé ici ?

Alors elle lui raconta ce qui s*était passé entre elle et M» de Granville.

— L*inf)&me ! s*écria le médecin.

— Cest un sort bien affreux que le mien 1 dit

sra TOT ou TARD.

Mézëlie en pleurant ; je n*aî d*autre alternatÎYe qae de sacrifier mon bonheur, celui de don Fernando, ou de voir ma sœur perdue, déshonorée!... Don Antonio ne pardonnerait pas! sa vengeance serait terrible!... Oh! mon Dieu! mon Dieu ! donnez-moi la force et le courage de la sauver !...

— Qu*a1lez-vous décider? dit le médecin avec une douloureuse pitié.

— Mon parti est pris, répondit-elle en pieu- Tant toujours , et sans faire aucune ostentation

de dévouement ou de fermeté ; mon parti est pris, je n'épouserai pas don Fernando... mais pour que je tienne cette résolution , il faut que je me sépare de lui, que je parte!... Que lui dirai-je, grand Dieu ! pour expliquer cette détermination !... mais il va croire que je suis deyenue f<9flle ; car il ne peut pas douter de mon amour!...

— S'il soupçonnait ceci, dit sourdement le médecin , Granville serait un homme mort !...

— Oh! ce serait une justice de Dieu qu'une telle vengeance !... Mais, allez, je connais cet homme, il a tout calculé, tout prévu... Yaleatine n'en serait pas moins perdue !...

— Je vais l'aller trouver ! dit Léon Daimeoil en se levant, je vais lui parler !...

— Voiis n'en obtiendrez rien !

TOT 4)D TARIh ISS

^-^ Je puis tenter un moyen I répondit le médecin après réflexion ; voyez-vous , il y a dans Texistence de cet homme des choses qui me paraissent singulières, inexplicables. Qui sait si lui n*a rien à craindre de personne ? Avez-vons remarqué la vie qu*il mène ici? qa dirait qu'il craint de se montrer ; il ne sort que la nuit, pour aller dans des tripots infômes, où. se réunit tout ce que Paris renferme d'escrocs et de joueurs. Le jour il s'enferme , et jamais il ne re^ çoit aucune visiie. Il faut que j'aille le trouver, vous dis-je , et qui sait !...

— Il est défiant, plein de ruse et d'audace , ditMézélie en secouant la télé; comment l'amènerez-vous à des explications qui pourraient le I compromettre?... Il ne dira que ce qu'il voudra !

— Nous verrons! murmura le médecin, eu serrant la main de Mézélie ; je vais le trouver.

il était alors environ huit heures du matin ; M. de Granville, qui était sorti en quittant Mézélie , venait de rentrer; il était assis devant son secrétaire , et son altitude , son air de tète , l'animation de sa physionomie , exprimaient un de ces triomphes que le hasard jette parfois dans la misérable vie d'un joueur.

— Il a gagné ! pensa M. Daumenil en jetant les yeux sur lui.

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M. 41e Graimile a?ait remis Tor et les biUets ëe baBqfie qui étaient devant lui dans un tiroir da seenMre , «t il ce leva m pe« éienné de cette TÎsile matinale.

— Monsieur, loi dit le nédtein sans préambule, je Tiens vous entretenir des conditions que vans avez pressées hier à nadenoiaeUe d'Ëibnges...

-^ Ahl et M. de GranviHe étonné, die «vsoasa 60aDe«a«i

— Oui , monsieur, je sais tous ses malbens; un médecin connaît pLulôt que tout antre les seerels des famiUes; «t cette fois j*éiaâs instniit avant vous, l'ami de la maison. SaveE-vnus, mottstenr , ^oe c'est une mauTaîse action d*abiistf ainâ des Êiutes d'autraî ! et que tous serez pnni l6t ou tard du msd que vous finîtes ?.«.

— Assez, monstenri înierrompit M. de Grauville avec une espèce de ricanement; vous afllez me jpwrler de délicatesse, d'bonnenr ! qne^sais-je! Vous allez peut^^re essayer d^intimider ma eonscience, de me faire peur des châiiaients de Tautre monde... de la justice do ciel ! main je vovs préviens que je ne crois pas en Dien !.^

— Mi moi non plus, répondît sinqileneiit le médecin; cela n*empédie pas ponrtaat qaejesois un honnête homme.

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