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CHAPITRE III

Première visite pastorale (13 mai - ler octobre 1911)

Ce chapitre, consacré à la première visite pastorale de Mgr Charlebois, est tiré presque entièrement de la relation qu’en a faite Monseigneur lui-même et qui a été reproduite in extenso dans la brochure Débuts d'un évêque missionnaire. Ici, nous ne pouvons malheureusement en faire qu'un abrégé bien imparfait. Ceux qui voudraient avoir un récit complet et intéressant de cette visite feront bien de la lire dans la brochure. Lors de sa première apparition, en 1912, voici ce qu'en disait Mgr Roy, alors coadjuteur de l'archevêque de Québec: « J'ai lu tout d’un trait ces pages d’évangile. Que c'est beau! et que voilà bien la vraie Eglise! Ce simple journal d’un évêque à l’œuvre vaut mieux pour la défense du catholicisme, que bien des livres et des revues apologétiques. On ne peut résister à de tels arguments, si l’on a des yeux pour voir. Voilà un petit livre qui porte la marque apostolique. Il fera aimer davantage l'Eglise qui inspire et soutient de pareils dévouements. »

Mgr Charlebois partit donc pour cette grande tournée le 13 mai 1911. Jusqu'à l’Ile-à-la-Crosse, il devait être accompagné du Père Rossignol, qui allait prendre la direction de cette mission, la plus ancienne et la plus populeuse du vicariat, où le P. Rapet, déprimé par les fatigues et la maladie, se trouvait seul.

Avant de commencer sa tournée proprement dite, Mgr Charlebois devait se rendre à Edmonton, pour s'entendre avec le Père Grandin, provincial de la province oblate d’Alberta, Saskatchewan, duquel dépendaient encore les Oblats du Keewatin, le nouveau vicariat apostolique n'étant pas encore constitué en vicariat religieux.

Les deux voyageurs, sans s'arrêter à Prince-Albert, gagnent directement Duck-Lake, où Monseigneur passe deux journées bien agréables, y ayant rencontré Mgr Pascal, lui-même en visite pastorale. Comme le vicaire apostolique du Keewatin doit traverser plusieurs missions appartenant au diocèse de Prince-Albert, Mgr Pascal le prie de bien vouloir y donner la confirmation à son passage, ce que Mgr Charlebois accepte bien volontiers.

Partis de Duck-Lake, nos deux voyageurs passent par Saskatoon, Battleford et Delmas, où il y a une école indienne, dont le Père Delmas est alors directeur. Monseigneur y laisse le Père Rossignol, et continue seul son voyage à Edmonton.

De retour à Delmas le 20 mai, il y donne la confirmation le lendemain. Le 22, le Père Rossignol et lui se mettent en route pour le lac des Prairies (Meadow-Lake), où il doit également donner la confirmation. C’est une centaine de milles à parcourir par des chemins qui ne sont bons en aucun temps; et qui, ce printemps-là, par suite de l’inondation, sont affreux. Le voyage est donc très pénible, et dure trois jours, qui paraissent bien longs, même à Monseigneur, habitué pourtant aux expéditions difficiles. Ils sont enfin à Meadow-Lake le 24 mai, à huit heures du soir, bien fatigués et bien trempés par l’eau des chemins et par la pluie du ciel. Ils sont reçus très cordialement, mais très modestement, par le Père Cochin, o.m.i., directeur de cette mission, dont l'installation est aussi pauvre que celle de la plus pauvre mission de l'extrême Nord.

Aucun évêque n'avait encore visité ce poste, de sorte que plusieurs des habitants n’en avaient jamais vu, et presque aucun n'avait assisté à une messe pontificale. Aussi, le lendemain, lorsqu'ils virent Monseigneur officier pontificalement, ouvraient-ils de grands yeux. L'après-midi, il y eut 61 confirmations; l’âge des confirmés allait de huit ans à soixante-quinze.

De là, il fallait se rendre à la mission Saint-Julien, au lac Vert. Il n’y avait que 40 milles à parcourir, mais le chemin était encore plus mauvais que celui de Delmas à Meadow-Lake. Malgré la bonne volonté des chevaux du Père Cochin, qui s'était constitué le guide de la caravane, il fallut camper en chemin, avec des habits tout trempés d’eau et de boue, et des couvertures à peu près de même. Enfin, dans l'après-midi du

27 mai, on arrivait en vue du lac Vert. Mgr Charlebois entrait ici dans son vicariat apostolique. Il était cependant en pays inconnu; Car il n'avait jamais voyagé dans cette partie ouest de son territoire.

Le lac Vert est une étendue d’eau assez profonde, longue d'une vingtaine de milles, mais généralement très étroite. Depuis les premières années de l’arrivée des missionnaires dans le pays, c'était un poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson, assez fréquemment visité par les missionnaires de l'Ile-à-la- Crosse, Vers 1878 ou 79, le Père Julien Moulin, o.m.i., y résida quelque temps, et mit la mission sous le patronage de Saint- Julien, son patron. Mais, depuis 1888 seulement il y a un missionnaire résident.

La mission est bâtie sur la rive nord, à l'extrémité ouest du lac. Monseigneur et ses compagnons, arrivant du sud, durent donc se servir d’une barque pour traverser le lac. Mais dès leur apparition en haut des côtes, ils avaient été aperçus; et, sur la colline opposée, la cloche se mit aussitôt en branle, tandis que la fusillade éclatait de chaque côté du lac, et sur les embarcations qui accompagnaient celle de Monseigneur dans sa traversée. Les détonations, répercutées par les collines environnantes, donnaient vraiment l’idée d’une guerre véritable, au moins de la petite guerre.

A l'arrivée de Monseigneur dans chaque mission, ces fusillades se répéteront avec plus ou moins d'intensité, selon le nombre de la population; elles font partie du cérémonial de la réception de l’évêque; et, comme le dit quelque part Monseigneur Charlebois, «les gens ne croiraient pas la visite valide sans cela.»

Au lac Vert, Monseigneur constata que l’église, de construction récente, était assez convenable; mais la maison du missionnaire, le Père Teston, était la pauvreté même. Cela n’empêcha pas la réception de se faire avec toute la solennité possible. Au débarcadère, toute la population agenouillée reçut la bénédiction de son premier pasteur; puis il y eut le baisement de l'anneau et les serrements de mains accoutumés. On se rendit ensuite processionnellement à l’église, où il y eut adresses en français et en cris, suivies de la bénédiction du Saint-Sacrement.

Le lendemain, dimanche, grand’messe pontificale, à la suite de laquelle commença une retraite de quatre jours, prêchée en cris par Monseigneur lui-même. Toute la population en suivit fidèlement les exercices, et ne voulut s’en laisser distraire sous aucun prétexte. Le commis de la Compagnie de la Baie d'Hudson s'étant avisé de vouloir faire partir un bateau pendant cette retraite, il trouva bien du monde pour le charger, cela pouvant se faire entre les exercices; mais personne ne voulut embarquer tant que dura la retraite. Le commis fut obligé de garder son bateau à l'ancre pendant deux jours.

Le premier juin, clôture de la retraite, communion générale, et soixante confirmations. Vers midi, Monseigneur et le Père Rossignol montent dans un canot pour descendre la rivière Castor, ou haut Churchill, en direction de Beauval et de l’Ile-àla-Crosse.

Jusqu'à Beauval, le voyage dura trois jours. Il fallut donc camper deux fois à la belle étoile. Nous avons décrit précédemment les agréments de ces campements à la belle étoile pendant l'hiver (v. 2e partie, ch. I). Pendant l'été, ils sont un peu moins durs. On aurait cependant tort de les considérer comme des parties de pique-nique. Comme on voyage jusqu’au coucher du soleil, le campement est choisi à la hâte; on y débarque, on dresse la tente et on y étend les couvertures toujours à la hâte; et lorsqu'on vient pour se coucher, on s'aperçoit qu'on a sous les reins, une souche, une roche, ou une aspérité de terrain, qui vous renfonce les côtes ou vous brise l’épine dorsale, et sur laquelle on devra se tourner et se retourner toute la nuit, sans grand espoir de trouver du repos. Puis, il y a les maringouins, dont les piqûres remplacent celles du froid de l'hiver. On ne peut s'en préserver qu’en s’enveloppant d’un moustiquaire, sous lequel on étouffe pendant les grandes chaleurs (le tissu de ce moustiquaire ne laisse guère circuler l'air), si l’on ne veut pas qu'il laisse passer ces bestioles indésirables. Mais le comble de l'agrément, c’est quand il pleut. On descend du canot, ou de la voiture, trempé jusqu'aux os; les couvertures ont profité plus ou moins de l’arrosage général; on étend ces couvertures humides sur un sol encore plus humide, et l’on s’allonge dans ce lit humide, avec l'espoir peu fondé de l’assécher par sa chaleur animale. Mais si la pluie continue à tomber,

au lieu de sécher, le lit s’humecte de plus en plus; et, si tant est qu'on ait pu fermer l'œil, on se réveille dans un bain de pied. Comme on le voit, c’est très amusant.

La première journée de la descente de la rivière Castor fut splendide; la seconde fut pluvieuse. Les voyageurs purent cependant sauter tous les rapides. Maïs, le soir, ils durent camper dans les conditions de confort indiquées plus haut. Le troisième jour, le soleil se montra de nouveau, sans doute, pour célébrer la Saint-Ovide, et souhaiter la fête à Monseigneur. Sur le soir de ce jour, on arriva à l’école de Beauval, au bruit de la fusillade, comme d'habitude. Puis, réception à l’école. qui, en ce moment, ne comptait que 44 élèves, Cris et Montagnais. Mais ce nombre ne tardera pas à augmenter. Le Père Ancel, o.mi., dirigeait cette école, secondé par trois Frères convers et six Sœurs Grises de Montréal.

Cette école est l’ancienne école de l’Ile-à-la-Crosse, transportée là en 1906, parce que Beauval offre plus de facilités que l’Ile-à-la-Crosse pour le développement de la ferme, ainsi que pour l’approvisionnement en bois, en foin.

Arrivé à Beauval le 3 juin, Mgr Charlebois y resta jusqu'au 11, examinant tout en détail.

Le 11, départ pour l'Ileà-la-Crosse, avec six Montagnais, venus gratis pro Deo chercher Monseigneur et le Père Rossignol. Le Père Rapet avait demandé un canot et deux hommes; dix se présentèrent, il n'y eut que l'embarras du choix. Deux canots, montés chacun par trois hommes, furent choisis; de sorte que Monseigneur et le Père Rossignol eurent chacun leur canot.

Il y a trentecinq milles entre Beauval et l’Ile-à-la Crosse, dont trente sur la rivière Castor, et cinq sur le lac de l’Ile-à-la- Crosse. La descente de la rivière se fit assez facilement; mais, à l'entrée du lac, les voyageurs furent arrêtés par un gros vent. Sur le soir, un petit vapeur de la Compagnie de la Baie d'Hudson arriva et les prit à la remorque; ce qui leur permit de traverser le lac, malgré la houle. Vers neuf heures du soir, ils débarquèrent à la mission Saint-Jean-Baptiste, où de nombreux Indiens et Métis les attendaient. En conséquence, la fusillade fut bien nourrie.

La mission de l’Ile-à-la-Crosse est la plus ancienne du pays. C'est en quelque sorte la mission-mère de toutes les missions du Nord. Elle fut fondée, en 1846, par le Père Taché et l'abbé Laflèche, alors tous les deux simples missionnaires. Mgr Grandin et Mgr Faraud y résidèrent pendant longtemps. On l’appelait une pépinière d’évêques. Mais elle est déplorablement située, sur une pointe de terre basse, étroite et complètement dénudée. En hiver, on dirait que l'église et le village sont bâtis au milieu du lac. Le ravitaillement en bois et en foin y est difficile. Lors de la grande inondation de 1901, la pointe fut presque complètement submergée; et depuis ce temps-là, l'ensablement a commencé, et s’accentue d’année en année. C'est pourquoi, en 1906, on transporta à Beauval l’école qui existait à l’Ile-à-la-Crosse, depuis 1863. Mais, à Beauval, on n'admet que les enfants indiens; les enfants blancs et métis de l’Ile-à-la-Crosse ne recevaient donc aucune éducation. Cette situation ne laissa pas que de préoccuper Mgr Charlebois, dès cette première visite.

La population est très mélangée. Elle se compose de quelques blancs, de Métis assez nombreux, de Cris et de Montagnais. Après ces deux langues, c’est le français qui domine. L'église, belle et vaste, a été rebâtie au commencement du siècle; commencée en 1897, elle fut ouverte au culte au printemps de 1901, juste au moment où l’inondation commençait.

Là aussi, Monseigneur prêche une retraite. Il parle en cris, et le Père Rapet, qui connaît les deux langues, traduit son discours en montagnais. Le 15 juin, fête du Saint-Sacrement, il y a procession solennelle; le lendemain la retraite se clôture par la communion générale, suivie de la plantation d’une croix, à la place même ou Mgr Grandin en avait planté une pour la première fois, vers 1860.

Le Père Rossignol resta à l’Ile-à-la-Crosse, en charge de la mission, et le jour même de la clôture de la retraite, vers midi, Monseigneur partit en canot pour le Portage La Loche. Il était accompagné de trois bons rameurs, choisis parmi les nombreux Indiens et Métis qui s'étaient offerts pour conduire gratuitement Son Excellence. Un vieux Montagnais lui prêta un grand canot qu'il venait d'acheter, et auquel il tenait beaucoup. « Quand même le roi d'Angleterre viendrait me demander

à le louer, je refuserais, dit le vieux. Mais, pour Monseigneur, il est à sa disposition.» Parmi les trois rameurs, il y avait un Cris, un Montagnais et un Métis. «Ce dernier est chargé de pourvoir à tous mes besoins, écrit Mgr Charlebois. Je voyage donc en prince. C’est nouveau pour moi. Quand j'étais simple missionnaire, il me fallait ramer et être mon propre serviteur. » (Début, p. 40.)

C'était nouveau sans doute pour Mgr Charlebois, habitué qu'il était, dans le district du lac Pélican, à payer tous les services qu'il était obligé de se faire rendre par les Indiens ou les Métis. Mais dans le district de l’Ile-à-la-Crosse, cela n'avait rien que de très ordinaire.

Après avoir traversé la branche nord-ouest du lac de l'Ile-àla-Crosse dans toute sa longueur (vingt milles); remonté la rivière Creuse, qui n’est qu’un long détroit de 18 milles; coupé une baie de 3 milles dans le lac Clair; passé le Grand Détroit, long de 2 milles, qui sépare le lac Clair du lac de Bœuf, Monseigneur alla camper, le samedi 17 juin, sur les bords de ce dernier lac. Il croyait ÿ passer la journée du dimanche, car les gens ne voyagent pas le dimanche, quand ils sont obligés de se servir de la rame ou de l’aviron. Mais, vers midi, un bon vent s'étant levé, on hissa la voile, et l’on se rendit le soir même à l'embouchure de la rivière La Loche. Le 19, en remontant cette rivière, Son Excellence fit connaissance avec ses rapides, ses portages et ses maringouins; et le 20, de bonne heure dans l'après-midi, il entra dans le lac La Loche. Il n’avait plus que 6 milles à parcourir pour arriver à la mission N.-D. de la Visitation, qui apparaissait sur la colline opposée, entourée de quelques maisons, et des nombreuses tentes des Montagnais rassemblés pour recevoir la visite de leur évêque, et assister aux exercices de la retraite, déjà commencée depuis huit jours. Mais un gros vent rendant la traversée impossible, il fallut prendre patience, et se contenter de manger les canards que l’un des hommes s’exerçait à abattre.

Sur le soir, le vent s'étant un peu calmé, on tenta la traversée. Les vagues étaient encore bien grosses. Tellement que lorsqu'on signala l'approche de Son Excellence, le Père Pénard ne voulait pas y croire. Mais, malgré le vent et les vagues, Monseigneur arriva à la mission vers 10 heures du soir.

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Le Portage La Loche était autrefois une place assez célèbre. C'est par là que passait tout ce qui entrait dans le Nord, et tout ce qui en sortait. À l’extrémité nord du lac La Loche, il y a un portage de douze milles, qui sépare le bassin du Churchill de celui de l’Athabaska-Mackenzie. Les berges qui venaient de la baie d'Hudson arrivaient donc à l'extrémité sud du Portage, apportant marchandises et voyageurs; et celles qui venaient du Nord remontaient la rivière Eau Claire, arrivaient à l’autre extrémité, apportant les fourrures du Nord et les gens qui voulaient en sortir. Le transport se faisait en charrettes à bœuf; de sorte que pendant tout l'été, il y avait une très grande animation tout le long du portage, surtout à chaque extrémité.

Ordinairement, les Montagnais se rassemblaient là en assez grand nombre, et étaient évangélisés par les missionnaires qui se rendaient dans le Nord ou en revenaient. Les Pères de V'Ile-à-la-Crosse y paraïssaient aussi de temps en temps, mais leurs visites étaient assez rares, par suite du vaste territoire qu'ils avaient à desservir. Depuis 1885, le trafic du Nord ayant pris la voie d’Athabaska Landing, les missionnaires d’Athabaska ne passaient plus au Portage La Loche, et cette mission se trouva assez négligée.

En 1890, Mgr Grandin chargea le Père Pénard, o.m.i., de s'en occuper. Mais, comme le Père Rapet était seul à l’Ile-àla-Crosse, le nouvel arrivé dut partager son temps entre les deux missions, résidant alternativement trois mois à l’Ile-àla-Crosse, et trois mois au Portage. Dans cette dernière mission, il n'y avait ni maison, ni église. Il allait d’un village à l’autre, d'un camp à l’autre, disant la messe dans une maison ou dans une tente qu'on mettait gracieusement à sa disposition. Cela lui servait aussi de réfectoire, de salle de réception et de chambre à coucher. En 1894, il commença la construction d'une église de quarante pieds sur vingt-deux, qu'il termina l’année suivante. Près de la nouvelle construction, un Montagnais lui avait fait présent d’une vieille maison en rondins, qui, pendant trois ans, lui servit de chapelle intérieure, cuisine, salle à manger, chambre à coucher, etc. Une tenture de coton séparait l'autel et le tabernacle du reste de la maison; de

la sorte, le Père se trouvait à coucher tout près de Notre- Seigneur.

Au mois d'avril 1895, un compagnon étant arrivé au Père Rapet, le Père Pénard s'en va résider définitivement au Portage La Loche. Il termine son église, et l’année suivante, il commence une maison qui devait lui servir de résidence. Elle était en rondins, naturellement, mesurait vingt pieds sur vingt et fut divisée en quatre appartements, auxquels on ajouta plus tard un appentis, pour servir de cuisine. Le Père Pénard entre dans ce palais à l’automne 1897, très fier de son installation, ne s’imaginant pas qu’on püût désirer quelque chose de mieux. Aussi fut-il un peu mortifié lorsqu'il entendit Mgr Charlebois qualifier son beau château de « misérable cabane, plutôt faite pour abriter les habitants d’une bassecour que des êtres humains.» N’'empêche qu’on y était aussi bien que dans les belles bâtisses construites plus tard.

Son Excellence passa cinq jours à la mission N.-D. de la Visitation, et assista aux derniers jours de la retraite des Montagnais: retraite qui, dans cette mission, dure toujours au moins quinze jours. Le 24, il y eut examen de catéchisme pour tous ceux qui devaient recevoir le sacrement de confirmation. Quelques-uns étonnèrent Monseigneur par leur science théologique; entre autres, un petit garçon de cinq ans et demi, qui répondit exactement à toutes les questions qui lui furent posées; si bien que Monseigneur, qui d’abord le trouvait trop jeune, se vit contraint de l’admettre à la communion et à la confirmation. Le dimanche 25 juin, clôture de la retraite, communion générale, nombreuses confirmations, réception des scapulaires de N.-D. du Mont Carmel et du Sacré-Cœur.

Le 26 juin, le Prélat, bien édifié de la piété des Montagnais, reprend le chemin de l’Ile-à-la-Crosse, où il passe deux jours. Puis, il continue son chemin vers le lac Caribou, en descendant la Rivière aux Anglais, ou haut Churchill, qui n'est que la continuation de la rivière Castor, après sa sortie du lac de l'Tle-à-la-Crosse. Cette sortie se fait par un long rapide, appelé le Chagona. A partir de cet endroit, la rivière coule entre des rives rocheuses, presque toujours arides et incultivables. Tantôt elle s'étend dans des dédales inextricables d'îles et de lacs, où

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il est très difficile de se reconnaître, si l’on ne connaît pas parfaitement le pays; et, de fait, le guide de Monseigneur s’y perdit, et ne retrouva son chemin qu'après avoir parcouru inutilement une quinzaine de milles. Tantôt la rivière se resserre entre des rochers à pic, pour former des rapides presque toujours assez dangereux. Et il paraît qu’il en est ainsi jusqu’à l'embouchure de la rivière dans la Baie d'Hudson, au port Churchill.

S’écartant un peu du cours de la grande rivière, Monseigneur se rend au lac La Ronge, où il arrive le 10 juillet. Il y avait à une vingtaine de catholiques, perdus au milieu d’une population entièrement protestante. Ces gens, isolés de toute mission catholique, voyaient rarement le prêtre. Ils ont fini par s’en aller tous les uns après les autres, et actuellement, il n’y a plus un seul catholique au lac La Ronge. Monseigneur passe là trois jours; et il lui faut chercher de nouveaux hommes et un nouveau canot, car les Montagnais qui l'avaient amené s’en retournaient chez eux.

Parti du lac La Ronge le 13 juillet, il continue son chemin sur le haut Churchill, jusqu’au rapide de la Chaudière; après quoi, il s'agissait de remonter la rivière Caribou, qui se jette dans le Churchill en bas de ce rapide.

Là, Monseigneur Charlebois se trouvait en pays de connaissance; mais il était seul à connaître le chemin, aucun de ses compagnons n'ayant jamais passé par là. Il devait donc servir de guide; et 1l y avait vingt-deux ans qu'il avait remonté cette rivière pour la dernière fois. Il est vrai que le cours de la rivière Caribou n'est pas aussi compliqué que celui du Churchill; cependant, elle traverse plusieurs lacs, dans lesquels se jettent des affluents, que l’on peut facilement prendre pour la rivière principale. Un après-midi, ne sachant trop de quel côté se diriger, il avait fait arrêter le canot, lorsqu'à quelque distance, on entendit tirer un coup de fusil. Immédiatement, le canot fut diriger de ce côté, et bientôt apparut une berge de la Compagnie de la Baie d'Hudson, montée par une dizaine de Montagnais qui transportaient des bagages au lac Caribou. Les deux équipes furent également heureuses de la rencontre.

La berge pesamment chargée allait lentement, en montant le courant et les rapides, et en faisant de nombreux portages.

Monseigneur prit les devants; car il voulait arriver pour le dimanche à l'entrée du lac, où se trouve le petit village cris dont il a été question à différentes reprises dans les voyages du Père Charlebois. Les Montagnais, comprenant sa hâte, lui prêtèrent un des leurs, pour aider ses rameurs et lui servir de guide. Grâce à ce renfort, il put arriver au petit village le samedi, 15 juillet, sur le soir.

«La journée du dimanche fut bien employée, écrit-il, grand’messe, deux sermons, catéchisme, confessions; il était près de minuit quand j'ai pu réciter mes vêpres. J'ai chanté la grand’messe tout seul, c’est-à-dire, avec l’aide de deux sauvages. L'église n'était qu'une misérable maison de sauvage; mon trône, une vieille boîte toute sale; et mon autel une table de même qualité. Les assistants étaient tous assis par terre, excepté le prétendu chantre, qui siégeait sur une cuve à mes côtés. Il me restait juste l’espace pour circuler de ma boîte à l'autel, c'est-à-dire, environ six pieds. C’est ainsi que j'ai chanté la messe pontificale.» (Débuts, p. 61.)

Le lendemain matin, il s’agissait d'entreprendre la traversée du lac Caribou. La berge des Montagnais, laissée en arrière par Monseigneur, venait d'arriver, accompagnée de deux autres, venant du Cumberland, qui l'avaient rejointe en route; de plus, plusieurs des Cris de l'entrée du lac, montés sur trois canots, voulurent accompagner Son Excellence jusqu’à la mission Saint- Pierre. Ce fut donc toute une flottille qui entreprit de conserve cette grande traversée de 200 milles. Le voyage se fit sans autre incident qu’une violente tempête qui assaillit la flottille au milieu du lac, et qui dispersa les embarcations parmi les nombreuses îles entre lesquelles on naviguait. Chaque embarcation s'étant mise à l'abri de l’île la plus à sa portée, lorsque le calme fut revenu, chacun crut un moment que les autres étaient perdus. Mais heureusement, tous se retrouvèrent sains et saufs, et l’on en fut quitte pour la peur.

Le 21 juillet, arrivée à la mission Saint-Pierre, à l'extrémité nord du lac Caribou. Cette mission, dont il a été question à différentes reprises dans Îes pages précédentes, avait été fondée par le Père Gasté, en 1860. En 1911, c'était la plus au nord de toutes les missions du Vicariat. Le directeur en était le Père

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Turquetil. Mais en ce moment, il était absent, parti au lendemain de Pâques, pour un voyage de reconnaissance vers la Baie d'Hudson, ainsi qu'il a été dit au chapitre précédent. Plus loin, nous aurons l’occasion de parler des résultats de ce voyage, qui, pour le moment, causait de grandes inquiétudes à la mission Saint-Pierre; inquiétudes que Mgr Charlebois ne tarda pas à partager. Car, depuis plus de trois mois qu’il était parti, on n'avait aucune nouvelle du Père Turquetil, ni des trois Montagnais qui l’accompagnaient. Heureusement, avant la fin de la visite pastorale, ces trois derniers revinrent, apportant des nouvelles du Père, qu'ils avaient laissé à Churchill vers la mi-juin.

Ce fut le Père Egenolf qui reçut Monseigneur. Il était seul depuis le départ du Père Turquetil, et il devait rester bien longtemps dans sa solitude. « En courageux missionnaire, écrit Mgr Charlebois, il a bravé cet isolement, tout en déployant beaucoup de zèle pour le bien spirituel de ses Sauvages. Je suis content de lui, et le bon Dieu doit l'être aussi. » (Débuts, p. 65.)

Cependant, les Sauvages étaient réunis, et il fallait leur prêécher la retraite. « J'ai passé là, lisons-nous dans les « Débuts», cinq jours bien employés depuis quatre heures du matin, jusqu'à dix et onze heures du soir. Trois cent cinquante Sauvages étaient à notre disposition; il s'agissait de leur faire du bien. Pour cela, il fallait prêcher, catéchiser, donner des audiences, confesser, etc. J'avais charge des Cris, et le Père Egenolf des Montagnais. Je prêchais à ces derniers par interprète. La tâche a été dure, mais nous avons eu beaucoup de consolations. Il était beau de voir la foi et la simplicité enfantine de ces bons sauvages. Nous aurions pu les tenir à l’église toute la journée, ils n’auraient pas trouvé le temps trop long. Tous les parents assistaient au catéchisme aussi régulièrement que les enfants. Ils sont ignorants; mais au moins ils désirent s’instruire. Cent dix ont reçu la confirmation.» (Débuts, ibid.)

Le 26 juillet, dans l'après-midi, Mgr Charlebois quitte la mission Saint-Pierre; et, refaisant le voyage qu'il avait accompli plusieurs fois, comme simple missionnaire, du lac Caribou il se dirige vers le lac Pélican, où il arrive le 4 août, à la grande surprise des Pères Guilloux et Renaud qui ne l'attendaient pas si tôt. La population n'étant donc pas prévenue, il débarque

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sans qu'aucun coup de fusil ne soit tiré; le son de la cloche annonce seul aux gens son arrivée. Si la réception manquait un peu de solennité, la cordialité rachetait tout. Là, en effet, comme au Cumberland, Monseigneur revoyait des gens dont il s'était occupé pendant longtemps comme missionnaire. La joie et l'émotion étaient vives de part et d'autre.

Au lac Pélican, il y eut aussi une retraite de cinq jours, pendant laquelle Son Excellence fut édifié de la piété et des bonnes dispositions des Indiens. Mais il se plaint du scandale donné par quelques blancs, employés des compagnies de traite, qui, non contents de mal faire, cherchent à entraîner les Indiens à boire « l’eau de feu », moyen infaillible de les corrompre. Et le bon évêque ajoute: « C’est incroyable le mal que font ces blancs corrompus, parmi nos sauvages. C’est une vraie peste. » (Débuts, 73.) Malheureusement la peste s’est étendue avec le nombre de blancs, et toutes les missions en sont infestées. Au jugement de Dieu, ce ne sera pas un des moindres crimes de la race blanche.

Le 10 août, Monseigneur quitte le lac Pélican, en compagnie du Père Guilloux, pour se diriger vers Pakitawagan, par le chemin long et difficile qu’il avait si souvent parcouru. Il y arrive le 15 août; et bien qu'il n’y ait pas là de prêtre résident pour préparer la réception, tout n’en est pas moins magnifique: belles décorations, drapeaux, oriflammes, son de la cloche, fusillade, bon ordre des Indiens rangés sur le rivage pour recevoir la bénédiction de l’évêque et lui serrer la main. Le bon pasteur en est d'autant plus ému, que tout était dû à l'initiative propre des Sauvages.

C'était là que le Père Charlebois, à peine arrivé dans le pays, avait en 1888, construit sa première église (V. 2e p. Ch. Il). Cette église était encore debout, mais servait alors de résidence aux missionnaires, lors de leurs visites. L’année précédente, une chapelle plus vaste avait été construite.

Parlant des Indiens de Pakitawagan, Mgr Charlebois écrit: «Ce sont certainement les meilleurs chrétiens de tout mon vicariat. Ils se distinguent par leurs bonnes mœurs, leur simplicité et leur grande foi. Ils aiment le bon Dieu et le servent fidèlement... La raison de la supériorité de ces Sauvages, c’est

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qu'ils n'ont pas encore été en contact avec les blancs.» (Débuts, 78.)

Depuis 1911, les blancs ont fait invasion dans le territoire de Pakitawagan; et, comme partout, leur contact a produit des souillures. Néanmoins, c'est encore une des meilleures missions du Nord-Ouest.

La retraite de cinq jours qui y fut prêchée par Son Excellence, fut très édifiante; il y eut communion générale à peu près tous les jours. Elle se termina par quatre-vingt-dix confirmations; les confirmés étaient de tous les âges; car jamais évêque n'avait encore fait son apparition dans la place.

La retraite terminée, le Père Guilloux retourne au lac Pélican, et Monseigneur continue seul son chemin vers Nelson- House, par l'enfilade de lacs, rivières, rapides et portages, dont il avait tant de fois goûté les douceurs, alors qu'il était simple missionnaire.

Il arrive à destination le 26 août, après bien. des fatigues et des contretemps. Le vieux Père Lecoq, venu de Norway-House, l'y attendait. Depuis un certain temps déjà les catholiques de la place s'étaient réunis pour attendre la venue du «grand chef de la prière». Malheureusement, la plupart avaient dû se disperser avant son arrivée, car la famine régnait à Nelson- House. Le plus grand nombre revinrent cependant lorsqu'ils connurent son arrivée. Même plusieurs protestants se joignirent à eux pour assister aux cérémonies qui les émerveillèrent.

I y avait là un ministre protestant qui, quelque temps auparavant, avait fait un rêve, à propos duquel il était bien inquiet, et 1l le racontait à qui voulait l'entendre. Il avait rêvé qu'il était mort, et qu'au milieu d’épaisses ténèbres, son âme cherchait la porte du Paradis. Après bien des recherches, il finit par la trouver, mais Saint-Pierre en gardait l'entrée. Qui êtes-vous? demanda-t-il au ministre. — Je suis le ministre méthodiste de Nelson-House. — Vite, passez outre. Allez là-bas, où vous voyez un grand feu. Pas de place pour vous en Paradis. — Comme il se dirigeait, sans grand enthousiasme, vers le feu indiqué, il vit arriver le Père Bonald, tout lumineux et vêtu de blanc. — Ah! dit Saint-Pierre, vous êtes le Père Bonald, prêtre et missionnaire catholique. — Oui. — C'est bien, entrez. Ce sont de telles gens que nous aimons à recevoir.

Ce rêve fit impression sur le ministre, qui, dit Mgr Charlebois, semble avoir des velléités de se faire catholique. Nous ne savons ce qu'il advint de ces velléités. Mais ce fut sans doute ces dispositions qui l’incitèrent à prêter gracieusement son canot à Monseigneur et au Père Lecoq, pour leur voyage jusqu'à Cross-Lake.

Le 29 août, ceux-ci, sur le canot du ministre, quittèrent Nelson-House, où la retraite avait été un peu abrégée, à cause de la famine. Après un voyage pénible et fatigant, ils parvinrent à la mission Sainte-Croix de Cross-Lake, le 2 septembre. Le vieux Père Bonald les attendait, entouré de toute la population catholique, et même de bon nombre de protestants, tous désireux de souhaiter la bienvenue à l’évêque qu'ils avaient connu, aimé et estimé comme missionnaire.

Nous avons vu en effet que, en 1898, le Père Charlebois avait été le premier prêtre catholique à visiter cette place, et qu'il avait fortement désiré y établir une mission. Au commencement de 1901, il y avait même fait un assez long séjour, et y avait reçu les premières abjurations de protestants. Mais, au moment où il se disposait à y aller résider, Mgr Langevin, archevêque de Saint-Boniface, dans le territoire duquel se trouvait alors Cross-Lake, y avait envoyé le Père Bonald, assisté du jeune Père Beys. Ce furent eux qui fondèrent la mission, à l'automne de 1901. Peu après, le Père Beys alla fonder la mission de Norway-House, et le Père Lecoq vint aider le Père Bonald à Cross-Lake. Au moment de la visite de Monseigneur, le Père Bonald était seul à Cross-Lake, le Père Lecoq remplaçait le Père Beys à Norway-House.

Cette fois, Mgr Charlebois se contenta de prêcher un triduum, à la suite duquel il administra le sacrement de confirmation à quatre-vingt-une personnes, tous des protestants convertis. D’autres auraient pu être confirmés, mais ils étaient absents.

Le triduum terminé, le Père Lecoq quitta Cross-Lake dès le matin du 5 septembre pour aller à Norway-House, préparer la réception de Monseigneur. Celui-ci ne partit que dans l'aprèsmidi. Mais ses hommes étaient meilleurs rameurs que ceux du Père Lecoq, lequel n'arriva à Norway-House qu'une heure

avant l’évêque. Aussi n’y eut-il aucune réception, faute de temps pour préparer.

Cette mission, située à l'entrée de la Nelson, c’est-à-dire là où cette rivière sort du grand lac Winnipeg, fut fondée par le Père Beys, en 1906, au milieu d’un district complètement protestant. En 1911, le Père Lecoq, aidé du Père Thomas et du frère convers A. Gauthier, en était le directeur. Il s’y trouvait aussi quatre sœurs Oblates du Sacré-Cœur, qui y avaient commencé une écoie-pensionnat pour les Indiens. Mais les ministres méthodistes, qui y tenaient eux-mêmes une école, intriguèrent si bien auprès du Gouvernement, que celui-ci refusa de reconnaître l’école catholique. On fut donc obligé de la transporter à Cross-Lake, bien que cette dernière place convienne beaucoup moins que Norway-House pour une école de ce genre, ainsi que nous aurons occasion de le dire plus loin.

Monseigneur ne demeura que trois jours à Norway-House. Le 11 septembre, il en partit, en compagnie du Père Turquetil, qui l'avait rejoint en revenant de son grand voyage à Churchill. Il devait accompagner Son Excellence jusqu’au Pas, où l’on discuterait les résolutions à prendre par rapport à l’établissement de la mission des Esquimaux.

Mais le retour au Pas fut laborieux. Les voyageurs furent presque constamment arrêtés par le vent et la tempête sur le lac Winnipeg. Il leur fallut sept jours pour atteindre le Grand- Rapide, alors que deux journées suffisent ordinairement pour faire le trajet. Au Grand-Rapide, au lieu de deux jours que Mgr Charlebois voulait y passer, ils durent ÿ demeurer six jours, parce qu'ils ne purent trouver de canot pour les mener au Pas. Le vent et la tempête les arrêtèrent encore, notamment dans la montée du Grand-Rapide même, et sur le lac des Cèdres. Si bien que Monseigneur ne rentra au Pas que le ler octobre.

Ce voyage épiscopal avait donc duré plus de quatre mois et demi, pendant lesquels Monseigneur ne put prendre aucun repos; toujours en voyage, obligé de coucher sous la tente, dans les conditions souvent les plus pénibles. Son arrivée dans les différentes missions, loin de lui procurer une détente, augmentait au contraire sa fatigue, comme on a pu le constater dans

les pages précédentes: sermons, catéchismes, confessions, prenaient tout son temps, sans compter les interminables palabres des Sauvages, toujours d'autant plus pressés de se faire entendre qu'ils ont moins à dire. Mgr Charlebois avait bien travaillé pendant sa vie de missionnaire; mais nous croyons qu'il n'avait jamais fait une corvée aussi dure que celle de cette première tournée épiscopale.

En terminant son récit, il en donne lui-même le sommaire suivant: «J'ai parcouru trois cents milles en chemin de fer, quatre-vingt milles en voiture sans ressorts, deux mille milles en canot, quarante à cinquante milles à pied, dans les portages à travers la forêt. J'ai couché soixante fois sur le sol, abrité par une petite tente; et j'ai autant de fois célébré la sainte messe sous cette même tente. J'ai visité quatorze missions, comprenant une population de quatre mille cinq cents catholiques. Six de ces missions n'avaient jamais été visitées par un évêque. J'ai prêché sept retraites, de quatre à six jours. J'ai confirmé onze cents sauvages, dont les bonnes dispositions m'ont beaucoup édifié. »

Ce simple exposé est assez éloquent par lui-même. Mais, Monseigneur ajoute: «J'ai constaté avec peine le trop petit nombre des missionnaires. Dans dix ou douze centres importants, les Sauvages, infidèles ou protestants, désirent un prêtre catholique, et je n’en ai pas à leur envoyer.

«La fondation d'une mission chez les Esquimaux s'impose tout particulièrement.» (Débuts, 99, 100.)

Tâcher de trouver des missionnaires et de se procurer des ressources pour fonder ces missions, tel sera le but poursuivi sans relâche par Mgr Charlebois pendant tout le cours de son épiscopat.

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