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CHAPITRE VI

Dernières années — Mort — Obsèques (1931-1933)

Les dernières années de Mgr Charlebois furent employées à la fondation de missions dans le sud-ouest de son vicariat; missions dont il avait constaté l'urgence pendant sa visite de 1930, ainsi qu'il a été dit plus haut. Le plus urgent était une fondation au Grand lac des Iles (Big Island Lake), où il y avait une réserve de Cris presque tous infidèles, et aux alentours, dans un rayon de ving-cinq à trente milles, un grand nombre de colons, déjà établis ou en train de s'établir. Il avait même chargé quelqu'un d'y construire une chapelle. Mais, un emplacement mal choisi et des dispositions mal prises avaient fait de cette entreprise un coûteux fiasco.

Au mois de juin 1931, il y envoya le Père Gauthier, que nous avons vu occupé à desservir les chrétientés éparses le long de la ligne du chemin de fer, tant dans la direction de la Baie que dans celle des mines. Arrivé au Grand lac des Iles, le Père s'établit près de Beacon-Hill, sur les bords mêmes du lac, et y commence aussitôt la construction d’une maison qui, pour le moment, devait servir d'école et de chapelle. I1 dédia la mission à Saint-Léon. L'année suivante, après avoir construit un petit presbytère à côté de l’école, il était en train de préparer le bois pour la construction d’une église lorsque mourut Mgr Charlebois.

Celui-ci, lors de sa visite, en 1930, avait rencontré nombre de colons catholiques de langue allemande, établis à une vingtaine de milles du Grand lac des Iles, et dont personne ne s’occupait. Le vigilant pasteur se mit aussitôt en rapport avec le provincial des Oblats de la province allemande de Régina pour le prier de charger quelques-uns de ses religieux de desservir

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ces gens. Après nombre de pourparlers avec la Propagande et les autorités de la Congrégation des Oblats, le Père Schultz, o.m.i., fut chargé de la desserte de ces colons, et il s’y mit avec tout son cœur et tout son dévouement. Il commença par construire à Good-Soil, une maison-chapelle; puis, malgré sa pénurie et celle de ses gens, il entreprend la construction d’une belle et vaste église. Grâce à la bonne volonté de ses fidèles, et à l’aide du vicaire apostolique du Keewatin, qui lui obtient un secours substantiel de la Catholic Church Extension de Toronto, cette église était presque terminée, lors de la mort du saint pontife.

Pour en finir avec cette partie sud-ouest du vicariat, relatons tout de suite la fondation de la mission du lac Poule d'Eau (Water Hen Lake), bien qu'elle n'ait eu lieu qu’en 1932. Le lac Poule d'Eau est le refuge des plus obstinés de ce qui reste de payens parmi les cris de ces parages. À diverses reprises, des tentatives avaient été faites par les missionnaires de l’Ile-à-la- Crosse et du lac Vert, pour tâcher d'amener ces pauvres gens à la religion chrétienne. Mais leur obstination et leur attachement à leurs superstitions payennes étaient tels, que toute tentative d'établissement parmi eux avait été impossible. Il y avait bien eu des conversions individuelles. Mais tel était le fanatisme de ces payens, que les nouveaux convertis, pour pouvoir pratiquer leur religion, avaient dû quitter la place, et aller s'établir, soit au Lac Vert, soit au Lac Canot.

En 1930, les dispositions de ces gens semblaient meilleures, et ils demandèrent eux-mêmes l'établissement du prêtre parmi eux. En conséquence, le Père Cabana leur fut envoyé au printemps de 1932. Dans le cours de l'été, il fit construire une maison-chapelle. Mais, pris par les soins de son installation, il ne put guère s'occuper de l’évangélisation des payens. Il ne demeura d’ailleurs qu’un an dans cette mission, et, à la mort de Mgr Charlebois, son successeur venait à peine de s'installer.

Quelques mois plus tard, la division du diocèse de Prince- Albert, sur lequel fut pris le nouveau diocèse de Saskatoon, nécessita un remaniement de frontières qui fit attribuer au diocèse de Prince-Albert toute la partie sud-ouest du vicariat apostolique du Keewatin, c’est-à-dire, les trois missions dont nous venons de relater la fondation, et la vieille mission du lac

Vert. De sorte que le vicaire apostolique du Keewatin n'a plus à s'occuper de cette partie de l’ancien vicariat, partie qui fit l'objet des dernières préoccupations de Mgr Charlebois.

En 1931, le regretté Père Adam put enfin être remplacé à la tête du scolasticat de Beauval. Ce fut par le Père Ph. Poirier. Ce Père, tout à fait qualifié pour la tâche qu'on lui confiait, est malheureusement, lui aussi, de très faible santé. Il avait dû passer un temps assez considérable au repos à Maniwaki, dans la province de l'Est, et il était venu dans l'Ouest pour rétablir sa santé. Mgr Charlebois fut tout heureux de pouvoir l’échanger contre un jeune Père récemment sorti de Beauval, pour le mettre à la tête de son scolasticat.

Pendant que le scolasticat se réorganisait ainsi à Beauval, les travaux de reconstruction de l’école s’y poursuivaient activement, sous la direction du Frère Desrochers, habile ouvrier, prêté pour la circonstance par la province de l'Est. A la fin d'août, Monseigneur, accompagné du Révérend Père Pietch, assistant général des Oblats, alla visiter le scolasticat et inspecter les travaux de construction, qu’il trouva bien avancés. Les Sœurs purent entrer dans la nouvelle bâtisse, au commencement de 1932. C’est une belle construction en briques solides, avec planchers en ciment, tout à fait à l'épreuve du feu, et pouvant contenir une centaine d'élèves.

En partant de Beauval, Son Excellence, laissant le Père Pietch s’en retourner seul à Prince-Albert, se rend au Grand lac des Iles, pour faire une visite au Père Gauthier, en train de s'installer. Puis, il gagne Edmonton, d’où il part, en compagnie de Nos Seigneurs Forbes, archevêque d'Ottawa, O’Leary, archevêque d’Edmonton, Breynat, o.m.i., vicaire apostolique du Mackenzie, et Guy, o.mi., vicaire apostolique de Grouard, pour se rendre dans l'extrême Nord, au Fort Résolution, afin d'assister au sacre de Mgr Falaïize, o.m.i., qui venait d’être nommé coadjuteur de Mgr Breynat. D'Edmonton, le voyage se fit par la voie ferrée jusqu’à Waterways, au point de jonction de la rivière Eau-Claire et de la rivière Athabaska. De là, on voyagea en aéroplane, jusqu’au Fort Smith, où les voyageurs prirent le bateau de Mgr Breynat pour se rendre au Fort Résolution.

Les cérémonies du sacre furent magnifiques, et jamais, dans ce fin fond glacé du Nord, on n'aurait imaginé une réunion

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aussi imposante de Princes de l'Eglise. Le retour se fit en aéroplane, du Fort Résolution à Waterways, et de là, par la voie ferrée. Le 22 septembre, Monseigneur était de retour au Pas.

La fin de 1931 et le commencement de 1932 furent marqués par des pertes cruelles pour la congrégation des Oblats. Ce fut d’abord, à la fin de novembre 1931, la mort du supérieur général, Mgr Dontenwill; puis, quelques semaines après, celle du Révérend Père Belle, deuxième assistant général, suivie, dans les premiers jours de janvier, de celle du Rév. Père Dozois, premier assistant général. Quelques mois plus tard, le Rév. Père Estève, procureur de la Congrégation des Oblats auprès du Saint Siège, disparaissait à son tour, dans la force de l’âge.

Ces deuils atteignirent profondément le cœur de tous les Oblats. Mais Mgr Charlebois les ressentit plus vivement que quiconque, parce qu’il était contemporain des vénérés disparus, et qu'il avait eu avec eux, particulièrement les Pères Dozois et Estève, des rapports plus fréquents et plus intimes.

La crainte qu'il ne vint, lui aussi, à mourir subitement, sans avoir pourvu à l'avenir du vicariat, fut probablement ce qui le décida à mettre à exécution le projet formé par lui depuis longtemps, de se faire donner un coadjuteur avec future succession. Ce qui le faisait hésiter, c’est que le coadjuteur désiré par lui n’était autre que son neveu, le Père Martin Lajeunesse qui, depuis six ans, remplissait au Pas les fonctions de vicaire délégué, c’est-à-dire, le grand vicaire, et le procureur des Missions. Or, en faisant cette demande, il craignait de faire ou du moins d’avoir l'air de faire du népotisme. De plus, comme il connaissait l'humilité de l'intéressé et sa grande défiance de luimême, il redoutait une forte opposition de sa part. Tout cela le faisait hésiter, et lui donnait en quelque sorte des scrupules.

Sur ces entrefaites, il reçut au Pas la visite de Mgr Villeneuve, ancien évêque de Gravelbourg, qui venait d'être nommé archevêque de Québec, et celle de Mgr Breynat, vicaire apostolique du Mackenzie. Les deux illustres visiteurs se rencontrèrent sans s'être donné le mot. Mais nul doute que leur rencontre à l'évêché du Pas fut encore une attention de la Providence, comme nous en avons déjà signalé beaucoup dans la vie de Mgr Charlebois.

Les trois prélats durent traiter ensemble de plusieurs questions intéressant l’église canadienne en général, et spécialement l'Eglise de l'Ouest; la question du communisme entre autres, qui, depuis quelque temps, préoccupait vivement Mgr Charlebois, ainsi que nous le dirons plus loin. Mais, ce fut surtout la question du coadjuteur qui fit l’objet de leurs délibérations. Or, comme à l’intérieur et à l'extérieur du vicariat il n’y avait qu’une voix pour le désigner, les deux visiteurs firent tomber les scrupules et cesser les hésitations de Mgr Charlebois, et il fut décidé qu'il demanderait comme coadjuteur celui qui depuis six ans était son bras droit dans le gouvernement et l'administration du vicariat. Nous croyons que la supplique contenant cette demande fut rédigée au Pas même; sinon, elle le fut certainement pendant le voyage que le vicaire apostolique du Keewatin fit dans l'Est, quelques semaines plus tard.

Sur la recommandation de l'archevêque de Québec, la supplique fut favorablement accueillie à Rome, et, dès la fin de l'été, la nomination du Révérend Père Martin Lajeunesse comme coadjuteur du Keewatin était faite à la Propagande. Cette nomination aurait été rendue publique, et le sacre du nouvel élu aurait pu avoir lieu à l’automne de 1932, si Mgr Charlebois lui-même n'avait suggéré de différer cette promulgation. C'est que, sur les entrefaites, le Père Lajeunesse, à la presque unanimité des suffrages, avait été élu délégué des missionnaires du Keewatin au Chapitre général des Oblats, qui devait se tenir à Rome, au mois de septembre. Mgr Charlebois craignit que sa qualité d’évêque élu ne fût, pour son futur coadjuteur, un embarras, au milieu des membres du Chapitre. C'est pourquoi il demanda à la Propagande d'attendre la fin du chapitre, pour rendre la nomination publique.

Mais, le Chapitre était terminé depuis longtemps, et la nomination ne venait pas. Inquiet, le vieil évêque alla aux informations, et il apprit que le Père Lajeunesse, profitant de son voyage à Rome, avait fait lui-même auprès de la Propagande, toutes sortes d’objections à sa nomination. Ces objections, il ne fut pas bien difficile de les réfuter; elles n'étaient d’ailleurs pas

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propres à déconsidérer le nouvel élu auprès des autorités romaines.

Enfin, le 25 avril 1933, Mgr Martin Lajeunesse fut préconisé évêque de Bonusta et coadjuteur du Keewatin, avec future succession. Cette fois, à la Propagande, on ne lui demanda pas son avis. Mgr Charlebois était dans l'Est. Son grand vicaire, se fiant aux objections qu'il avait faites, attendait tranquillement la nomination d’un autre, comme coadjuteur de son oncle, lorsque, sans avis préalable, il apprend par les journaux qu'il est nommé à cette dignité tant redoutée. Cela lui causa une désagréable surprise, par laquelle il paya un peu les inquiétudes que ses objections avaient causées à son vieil oncle.

Celui-ci consacra son coadjuteur dans l’église paroissiale de L'Assomption, le 29 juin 1933. C'était dans cette même église qu'il avait été lui-même consacré 23 ans plus tôt, et qu’en 1920, il avait conféré le sacerdoce à celui qu'aujourd'hui il consacrait pontife de l'Eglise de Dieu. Les deux évêques co-consécrateurs furent Mgr Deschamps, auxiliaire de l'archevêque-coadjuteur de Montréal, et Mgr Papineau, évêque de Joliette.

Entourant le consécrateur et le consacré, il y avait une belle couronne d'évêques à laquelle présidait Son Eminence le Cardinal Villeneuve, o.m.i., archevêque de Québec, revêtu depuis peu de la dignité cardinalice. Un nombre imposant de prêtres, de religieux et de religieuses, les membres des deux familles Charlebois et Lajeunesse, les nombreux amis et bienfaiteurs du vicaire apostolique du Keewatin et de ses missions, un grand nombre d'élèves, anciens et nouveaux, du collège de L’Assomption, où le Consécrateur et le Consacré avaient fait leurs études classiques, formaient une assistance en quelque sorte innombrable, au premier rang de laquelle on remarquait la vénérable mère du nouveau Pontife, madame E. Lajeunesse, sœur plus qu'octogénaire de Mgr Charleboiïis. En la saluant après la cérémonie, Mgr Lajeunesse attribua à l'éducation chrétienne et à la formation religieuse que cette bonne mère leur avait données, et la grâce insigne que lui-même recevait aujourd’hui, et les nombreuses vocations ecclésiastiques et religieuses que Dieu avait fait germer parmi ses enfants: un évêque, deux prêtres, trois religieuses, et une autre, morte à la veille d'entrer au couvent.

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D'ailleurs, selon la remarque du Cardinal Villeneuve, les deux familles Charlebois et Lajeunesse avaient donné à l'Eglise, au moment du sacre, et dans l’espace d'un demisiècle: deux évêques, seize prêtres, trois religieux scolastiques, futurs prêtres, et vingt religieuses. Assurément, dans l'univers entier, peu de familles pourraient soutenir la comparaison avec ces deux familles bénies.

Au banquet qui suivit la cérémonie, Mgr Charlebois, remerciant Dieu de la grâce qu'il lui faisait, en lui donnant un tel coadjuteur, dit, sur un ton qui frappa les assistants: « De ce jour, les inquiétudes sur l'avenir du vicariat disparaissent, et je peux maintenant dire: «Nunc dimittis, Domine, servum tuum in pace.» Et comme tous les assistants protestaient, il ajouta: «Il faut bien que je le dise: c’est écrit ». — C'était écrit assurément sur le papier qu’il tenait à la main. Mais était-ce seulement ce qu'il entendait? Son insistance à répéter ce «Nunc dimittis », dans ses réponses aux lettres de félicitations qui lui furent adressées, sa manière de parler de l’avenir avec son coadjuteur en diverses circonstances, tout cela nous fait croire qu'il avait, sinon une certitude, du moins un fort pressentiment de sa mort prochaine, bien que l'état actuel de sa santé ne laissât prévoir rien de pareil.

Au Pas, il y eut aussi de grandes fêtes pour la réception de Mgr Lajeunesse à son arrivée, le 15 juillet. Nous n'avons pas à insister sur le détail de ces fêtes, ni sur les discours qui y furent prononcés. Nous ne pouvons cependant passer sous silence certaines paroles de M. Elliott, commissaire du gouvernement du Manitoba pour le nord de la province, parce que ces paroles rendent justice à Mgr Charlebois sur un point où il a été mal jugé par plusieurs. Remarquons que M. Elliott est protestant.

« Je ne sais pas, dit-il, comment se fait le choix des évêques dans l'Eglise catholique. Maïs, si ce choix est toujours aussi heureux que dans le cas présent, nous devons admettre que l'Eglise possède des chefs clairvoyants. Les noms Charlebois et Lajeunesse présagent le succès pour les œuvres religieuses, parce que les fidèles suivent presque toujours les bons chefs. Les longs états de service de Mgr Charlebois lui ont gagné l'affection et l'amour des catholiques, et le respect de tous ceux

qui le connaissent... Depuis que je suis le chargé d’affaires du gouvernement dans la partie nord de la province, j’eus plusieurs fois à traiter des affaires relatives à l'Eglise et à la province avec Mgr Charlebois. J'ai toujours trouvé en lui un homme aux vues larges, m'accordant toujours le droit de penser, de parler et d’agir suivant ma conscience. Jamais un événement n'est parvenu à brouiller nos relations. » (L’Héritier, pp. 53-55.)

Cette année, c'était le tour des missions de l’ouest de recevoir la visite épiscopale. Mgr Lajeunesse se chargea de la faire, et Mgr Charlebois demeura au Pas; ce qui ne veut pas dire qu'il se reposa. Outre sa correspondance, qui l’absorbait toujours pendant les mois de juillet et août, il fit plusieurs voyages. Après une tournée rapide sur la ligne de la Baie, il se rend au Grand Rapide; au bout d’une dizaine de jours, il revient bien fatigué; et, contrairement à son habitude, en arrivant, il avoue sa fatigue. Quelques jours plus tard, il va quand même visiter sa chère mission du Cumberland. Ce fut, hélas! une visite d'adieu. Maintenant, chaque voyage le fatigue. Dans les premiers jours de septembre, il voulut néanmoins aller prêcher la retraite de rentrée aux petits Indiens de l'école de Sturgeon-Landing; mais, de retour au Pas, il doit se retirer à l'hôpital.

Pendant ses derniers mois, il fut comme obsédé par une question qui le préoccupait depuis plusieurs années. C'était celle du communisme, dont les progrès étaient vraiment effrayants au Canada. Le vieux missionnaire voyait avec effroi les dangers que cette secte redoutable fait courir au pays, en même temps qu'à la religion. Et son patriotisme le faisait s’alarmer, au moins autant que ses sentiments religieux. Car il savait que la religion finirait toujours par triompher; mais le Canada n'a pas les promesses de vie qui ont été faîtes à l'Eglise. Aussi, combien de fois l’avons-nous entendu gémir sur l’aveuglement des gouvernements qui laissent cette secte, destructrice de tout ordre et de toute société, répandre en toute liberté ses pestilentielles doctrines.

Il aurait voulu une entente de tout l'épiscopat sur cette question d'ordre religieux en même temps que politique et social. En 1931, une lettre de Mer Gauthier, administrateur apostolique du diocèse de Montréal, lettre où le communisme

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De ee Son Exceilence Mgr L'« héritier »

Martin Lajeunesse, et l'oncle.

évêque de Bonusta, neveu et successeur de Mgr Charlebois.

Avant la première messe pontificale de Mgr Lajeunesse,

au Pas.

1. Evêché. 4. Cathédrale. Œuvres de Mgr Charlebois. 2. Ecole. 5. Première cathédrale. Le Pas, Manitoba. 3. Résidence des Sœurs. 6. Premier hôpital, (aujourd’hui démoli).

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IN MEMORIAM SON EXHER OVIDE CHARLEBOIS.DML ER VIGATRE APOSTOLIQUE DU KEEWATIN 1882-1833

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Tombeau de Mgr Lajeunesst Û

Mgr Charlebois. au tombeau &} son oncle vénéréà

était réfuté et condamné de main de maître, avait été pour lui un grand réconfort. Il s'était empressé d'exprimer à l’auteur ses félicitations, et ses encouragements à continuer la lutte. «Car, disait-il, cette lettre est une première bombe jetée dans le camp ennemi.»

Mais ce n’était qu’une première bombe, à la suite de laquelle Mgr Charlebois aurait voulu qu’une lettre collective de tout l’épiscopat canadien condamnât solennellement cette funeste hérésie. D’après lui, une telle lettre aurait ouvert les yeux des autorités civiles sur les dangers courus par l'ordre social, aussi bien que par la religion. Cela aurait aussi, pensait-il, réveillé le zèle de la presse catholique un peu endormie sur cette question, quand certains organes, par ailleurs patriotes et vraiment chrétiens, ne manifestent pas quelques sympathies, sinon pour le communisme, au moins pour le C.C.F. son frère siamois.

Pour permettre à la presse catholique d'agir avec ensemble contre le communisme, il rêvait, dans les derniers mois de sa vie, de l'établissement d’un bureau central, où seraient recueillies, pour être passées aux journaux, toutes les informations sur les menées et la propagande communistes. Nous croyons qu'il s’occupa beaucoup de cette question pendant le voyage qu'il fit dans la province de Québec, au mois de septembre 1933, pour assister, d’abord au sacre de Mgr Yelle, nommé coadjuteur de l'archevêque de Saint-Boniface, et ensuite pour prendre part à la réunion des évêques canadiens qui se tint à Québec, au mois d'octobre. Malheureusement, la mort l’'empêcha de donner suite à ce projet. Il signa avec bonheur la lettre de l’épiscopat canadien sur cette question; et nul doute que la nouvelle lettre de Mgr Gauthier, au commencement de 1934, ne lui eût apporté une grande consolation, s’il avait pu en avoir connaissance.

Ce danger du communisme l’obséda jusqu’à ses derniers moments; il en parlait même dans son délire. Une de ses nièces, religieuse, lui ayant écrit qu’elle s’offrait comme victime à sa place, il lui répondit, pendant les quelques jours de répit que lui laissa la maladie avant la crise finale: « Tu désires t’offrir comme victime à ma place. Ce n'est pas nécessaire...

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Ta vie d’immolation volontaire est plus précieuse que la mienne... Si tu désires t’offrir comme victime, offre-toi à Dieu afin que l'Eglise ne soit pas persécutée au Canada. Tu le sais, actuellement les communistes font une campagne sérieuse pour s'emparer du pouvoir en notre pays. S'ils réussissent, ce sera alors la persécution religieuse, comme en Russie, en Espagne et au Mexique. Or, pour prévenir ce malheur, il faut des victimes pour calmer la colère de Dieu irrité par les crimes du peuple. C’est là une belle occasion pour quelqu'un qui désire s'offrir comme victime. »

Mais revenons aux semaines qui précédèrent sa mort. Ainsi qu'on l'a dit plus haut, la retraite des enfants à l’école de Sturgeon-Landing avait fatigué beaucoup le vénéré prélat. Le 11 septembre, il était revenu de là avec une bronchite qui l'avait obligé de se retirer à l'hôpital. Mais, dès le 15, le temps de partir pour l'Est étant arrivé, il part, bien qu'il soit loin d’être remis. Pendant tout le voyage, le mal continue, et s’accentue même. Et, en arrivant à Montréal, il reçoit une dépêche qui ne contribue pas à le rétablir. Son coadjuteur lui annonce, en effet, la mort du jeune Père Dumais, noyé accidentellement au lac Caribou, le 7 septembre. Il y avait à peine deux ans que ce Père était sorti du scolasticat de Beauval, et, grâce à ses qualités intellectuelles et à sa vigueur physique, il promettait une longue et fructueuse carrière apostolique. La nouvelle de sa mort tragique fut un coup bien sensible pour le cœur du vieil évêque, si attaché à tous ses missionnaires.

Malgré la peine qu'il éprouvait, il accepta cette nouvelle épreuve avec esprit de foi et résignation à la volonté de Dieu, comme il acceptait toutes les épreuves qu’il plaisait à la Providence de lui imposer. Ecrivant, pour lui annoncer la triste nouvelle, à la mère du jeune disparu, dont il connaissait par ailleurs l’esprit chrétien, il commençait ainsi sa lettre: « A genoux, madame. La lettre que je vous écris, une mère chrétienne ne doit la lire qu’à genoux.». — Nul doute qu’à l’annonce de cette mort inattendue, lui aussi se mit à genoux. Mais le coup n’en fut pas moins rude.

Cependant, la bronchite persistant toujours, et la fatigue augmentant, après la réunion des évêques à Québec, il doit se résigner à faire un nouveau séjour à l'Hôtel-Dieu de Montréal.

Malheureusement, avant qu'il soit rétabli, une affaire importante l'appelle à Ottawa, et, cette affaire réglée, au lieu de retourner à Montréal, il prend le train de l'Ouest. La fièvre et la toux rendent le voyage très fatigant. Dans la nuit du 27 au 28 octobre, il arrive aux Barrows, où il apprend qu’une malade réclame les secours de son ministère. Tout en transpiration et tout fiévreux, il n'hésite pas, par cette froide nuit d'octobre, à faire les cinq milles qui séparent le petit village de la station, monté sur un simple traîneau à chiens. Ceci n'était évidemment pas propre à calmer la fièvre. Et il avait à faire là un stage forcé de trois jours. Arrivé le samedi matin, il ne pouvait repartir que le lundi suivant, dans la nuit, car il n’y avait pas de train auparavant.

Pendant la journée du samedi, il administre la malade, confesse tous les gens présents; le dimanche, il chante la messe, mais on remarque qu'il s’assoit pour prêcher, ce qu'il ne faisait jamais. Il ne crut cependant pas que la fatigue qu'il épouvait fût une raison suffisante pour perdre son temps, et il profita des moments laissés libres par l'exercice du saint ministère pour dresser le « Liber animarum » des catholiques de la place; ce qui dut être encore un travail bien fatigant.

De retour au Pas le mardi matin, 31 octobre, il dit sa messe en arrivant, et, après déjeuner, il se met immédiatement à son bureau et dépouille sa correspondance. Mais il n’est pas aussi communicatif que d'ordinaire au retour de ses voyages, et pendant la journée, il va plusieurs fois s'étendre sur son lit. Ce qui est tout à fait contraire à ses habitudes. La nuit ayant été très mauvaise, le lendemain, premier novembre, il consent à se retirer à l'hôpital, mû surtout par la crainte de troubler le sommeil des autres habitants de l'évêché par sa toux persistante. On remarqua, qu'avant de partir pour l'hôpital, il fit plusieurs fois le tour de sa chambre, comme s’il avait eu le pressentiment de ne plus la revoir.

Les trois premiers jours passés à l'hôpital n’offrirent rien de bien inquiétant; la fièvre ne montait pas, et la toux semblait diminuer. Mais, dans l’après-midi du 4 novembre, la température s'élève subitement; vers les 5 heures, elle est de 105 degrés; le malade délire et ne reconnaît plus personne. Cette crise, dont

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le médecin se montre très inquiet, ne dure cependant pas longtemps. Lorsque, vers six heures et demie, Mgr Lajeunesse. en présence duquel la crise s'était produite, retourna le voir, il était tout souriant. Mais, remarquant le trouble de son neveu. il veut savoir ce qui lui est arrivé, car il ne se souvient de rien. Mgr Lajeunesse tâche d’y aller doucement pour exposer à son oncle la gravité de son cas. Le vieil évêque ne veut pas de ces ménagements. « Combien de degrés ai-je eus?» demande-t-il brusquement. Son neveu veut encore essayer de biaiser; mais le malade ne l'entend pas ainsi. «Ce n’est pas cela; je veux savoir la vérité», dit-il. Alors, sans rien lui cacher, Mgr Lajeunesse lui avoue qu'il a eu 105 degrés, qu’il a déliré, et que pendant la crise, il lui a fait une visite, dont le malade n’a aucun souvenir.

Un peu surpris, mais non effrayé, le vaillant prélat dit: «Ça peut être dangereux. Je vais me préparer.» Et, regardant sa montre, il ajouta: «Il est sept heures. Laissez-moi une heure, et revenez. »

Cependant, avant de se séparer de son coadjuteur, il veut lui faire certaines recommandations. « Pour ce qui regarde l’administration, dit-il, je suis tranquille. Mais, êtes-vous bien certain que mon testament est dans le coffre-fort? » — « Oui» — «Oh! je n'ai rien. Tout appartient à la corporation épiscopale. Pour les funérailles, c’est facile à régler. Je suis né pauvre; j'ai quêté toute ma vie de missionnaire; je ne veux pas mourir en millionnaire. Comme cercueil, je veux quelque chose de pauvre. Combien coûtent ceux que le Gouvernement fournit aux Indiens? » — « De quarante à cinquante dollars». — « Alors, c’est cela que je veux. Et puis, je ne veux pas être enterré dans la cathédrale. On serait obligé de faire une voûte en ciment, et ça coûterait trop cher. Vous me mettrez dans le cimetière. »

Le testament dont il est question plus haut est ainsi conçu: « Je déclare que tout acte ou tout contrat signé de mon nom, est censé signé au nom de « The Roman Catholic Episcopal Corporation of Keewatin ». Tout profit ou toute propriété qui en résulte appartient à la même Corporation. De même, toute obligation qui en résulte oblige la même Corporation.

« Je déclare de plus, que je ne possède rien en propre, et

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que je ne lègue absolument rien à mes héritiers naturels. »

Ainsi, cet évêque qui, sans aucune ressource, mais comptant uniquement sur la Providence et sur la générosité de ses bienfaiteurs, avait créé de toutes pièces un vaste vicariat apostolique, l'avait doté de ces beaux établissements qui sont l’ornement de la ville du Pas, avait établi tant de missions nouvelles, restauré, et souvent à plusieurs reprises, à peu près toutes celles qui existaient précédemment dans son vicariat, cet évêque mourait dans le dénûment personnel le plus complet. II mourait pauvre; et, même après sa mort, il voulait être traité en pauvre!

C'est d’ailleurs ainsi qu'il s'était toujours traité lui-même. Toujours il avait éloigné de lui, non seulement le confort, mais les simples commodités. Dans son nouvel évêché, qu’il trouvait trop beau pour lui, ses appartements particuliers étaient meublés le plus sommairement possible. C’est dans sa chambre que nous sommes installé pour écrire ces pages. Nous l'avons trouvée exactement telle que nous l’avions vue pendant les visites que, de son vivant, nous yÿ avions faites au vénéré prélat: son bureau, trois chaises et un lit. Nous avons dû y faire installer une table et une filière, pour y déposer nos paperasses. Cela aurait été bien utile à Mgr Charleboiïs; mais il pouvait s’en passer, et il s’en passait. On aurait dit que, dans son bel évêché, il regrettait les inconvénients des installations sommaires de sa vie de missionnaire et des premiers temps de son épiscopat.

À l'heure convenue, Mgr Lajeunesse alla retrouver le malade, pour lui administrer les derniers sacrements. Celui-ci se confesse: puis, demandant son livre de Règles, il renouvelle sa profession religieuse, et reçoit ensuite pieusement l’Extrême-Onction et le Saint Viatique, répondant lui-même à toutes les prières.

Il était neuf heures du soir, lorsque Le vénéré malade, fut administré. Le reste de la nuit fut calme et la journée du lendemain fut bonne. Il disait même en riant que l’Extrême-Onction, en guérissant son âme, avait aussi guéri son corps. De fait, le mieux sembla se continuer pendant les jours suivants; la toux diminuait et les poumons fonctionnaient mieux; mais le rein gauche restait toujours mauvais, et cela inquiétait les médecins. Le 10, le malade peut se lever un peu, et même dire sa messe. Aussitôt, il veut se remettre à sa correspondance, et, à partir du

12 jusqu’au 18 novembre au soir, il écrit une quantité considérable de lettres. Dans toutes, il affirme qu'il est guéri, et il s’applique à calmer les inquiétudes que sa maladie a causées à ses parents, ses missionnaires et ses bienfaiteurs. Il voulait même retourner à l'évêché, et ce ne fut que sur les instances de son coadjuteur qu’il consentit à demeurer à l'hôpital. Un jour, il dit à l’une des religieuses qui le soignaient: « Je ne sais vraiment pas ce que je reste à faire ici, car je ne suis plus malade. Le 20, il faut absolument que je quitte l’hôpital.» Et de fait, le 20, il le quitta; mais ce ne fut pas pour retourner à l’évêché.

Cependant, à l’hôpital, un frère convers, venu d’une mission lointaine, devait subir une opération assez dangereuse, au cours de laquelle le Père qui l’assistait se trouva mal. Aussitôt informé de cela, Monseigneur se rend lui-même à la salle d’opération, et, malgré sa fatigue, se tient debout auprès du patient, le consolant et l’encourageant, jusqu'a ce que tout soit terminé. Ceci montre bien l'intérêt qu'il portait aux moindres membres de sa famille religieuse.

Les choses allèrent ainsi jusqu’au 18 novembre. Ce jour-là, il écrivit encore quelques lettres dans la matinée; mais il se sentait moins bien que les jours précédents. Dans l'après-midi, la température monte, et, malgré une injection faite par le médecin, le mal augmente rapidement: nausées, douleurs insupportables au rein et dans toute la jambe, frissons violents, avec sensation de froid. Le lendemain, 19, il déclarait: «J'ai bien souffert du froid dans ma vie de missionnaire, mais jamais autant que la nuit dernière.» La température était montée à un moment jusqu’à cent huit degrés. Dans cette journée du 19, la fièvre baissa; mais, pendant toute la journée, ce fut un affaissement dont il sortait cependant pour s’entretenir avec son coadjuteur des affaires du vicariat.

Dans la soirée, nouveaux frissons, forte agitation du malade qui essaye de parler mais ne peut y parvenir, à cause de son tremblement. Le seul mot qu'on put l'entendre prononcer, fut: « Jésus». Ce fut sa dernière parole. Après cela, il eut l’air de s'assoupir; mais ce sommeil était le coma, dont il ne sortit pas. Le lendemain matin, 20 novembre, il expira tranquillement, vers huit heures, pendant qu'on récitait les prières des agonisants.

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Son dernier mot sur la terre fut «Jésus». Son dernier enseignement officiel, adressé à tous les fidèles de son vicariat, avait été une protestation indignée contre les insultes des communistes à l'adresse de la sainte Vierge. Sa dernière circulaire se termine ainsi:

«IF est triste de le dire, mais la très sainte Vierge n’a pas été respectée par la méchanceté des communistes. Ils ont poussé leur malice jusqu'à la traiter de femme de mauvaise vie, et cela aux aplaudissements de la foule. C’est révoltant! Songez-y; c'est notre Mère du ciel qui est ainsi outragéel Nos cœurs de fils doivent se sentir on ne peut plus indignés. Veuillez engager les fidèles à témoigner à notre bonne Mère du Ciel plus de respect, d'amour et de confiance. Encourageons la récitation du chapelet où nous la saluons si dignement. Ces salutations, venant de cœurs aimants la consoleront et éloigneront de nous les châtiments que son Divin Fils lance d'habitude contre les insulteurs de sa Mère.» (Cir. No. 33.)

Il avait commencé son épiscopat en disant: «Ad Jesum per Mariam». Et, par son dernier enseignement officiel et par sa dernière parole, il a semblé dire: «Per Mariam ad Jesum ». Et ainsi se terminaient les vingt-trois ans de son laborieux épiscopat, qui fut entièrement employé à amener les âmes à Jésus, en les mettant sous la protection de Marie.

Pendant les cinq jours que son corps demeura exposé avant les obsèques, toute la population du Pas, catholique et protestante, défila devant son cercueil, en manifestant les regrets unanimes causés par la disparition de celui qu’on regardait à bon droit comme le premier citoyen de la ville. Même les ministres protestants vinrent lui rendre leurs hommages, et l’un d'eux ne pouvait retenir ses larmes, tellement l'estime était générale pour le caractère du vénéré disparu. Pendant tout Île temps que le corps fut exposé, tous les drapeaux étaient en berne sur les édifices de la ville.

La mort de ce pauvre missionnaire des régions glacées du Nord, qui, toute sa vie avait cherché à se faire oublier et à passer inconnu, remua, non seulement la ville du Pas et le vicariat du Keewatin, mais sembla secouer le Canada tout entier. Les lettres de condoléances exprimant l'estime pour le

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vénéré prélat affluèrent de toutes parts. Le chef du gouvernement fédéral, l'honorable M. Bennett; le chef de l’opposition, l'honorable M. King, le premier ministre du Manitoba, le cardinal de Québec, tous les évêques du Canada, nombre de sénateurs, de députés, de magistrats et de notables de toutes les parties du pays, s'empressèrent d'exprimer leurs condoléances à Mgr Lajeunesse. Presque tous les journaux de l'Ouest, et une grande partie de ceux de l'Est, en annonçant la mort du saint évêque, publièrent des notices nécrologiques où la vie et les travaux du grand missionnaire étaient relatés, en termes souvent magnifiques. Le plus remarquable fut certainement celui du «Patriote de l'Ouest », du 29 novembre 1933.

Quant aux obsèques, que l’humble prélat avait voulues si simples, elles le furent, par la sobriété des décorations; mais elles furent grandioses par le nombre et la qualité de l’assistance. Malgré la distance et la difficulté des communications, on y remarquait trois archevêques, quatre évêques, un abbé mitré, des représentants de plusieurs archevêques et évêques, un représentant du premier ministre du Canada, un représentant du premier ministre du Manitoba, une foule de prêtres et de religieux, ainsi que le maire du Pas, à la tête de la majeure partie de la population de la ville.

À la messe des obsèques, célébrée par Mgr Lajeunesse, il y eut deux oraisons funèbres: l’une en anglais, prononcée par Mgr McGuigan, archevêque de Régina; l’autre, en français, par Mgr Prud'homme, évêque de Prince-Albert.

Le premier, prenant pour texte le passage des « Actes des Apôtres », où saint Paul dit adieu aux fidèles de l’Eglise d'Ephèse, qui pleurent parce qu'ils ne reverront plus la face de l’Apôtre, fait un rapprochement touchant entre le deuil des Ephésiens et celui de ceux qui assistent aujourd'hui aux funérailles du grand évêque missionnaire, particulièrement des fidèles du Pas et du vicariat du Keewatin. Puis, il retrace brièvement la carrière de l’apôtre, insistant sur son esprit de foi, son amour des âmes, sa douceur envers les petits, et son attachement à la famille religieuse des Oblats de Marie Immaculée. Il fait ensuite allusion à sa pauvreté, aux nombreuses et douloureuses épreuves dont il a plu à Dieu d'éprouver son fidèle serviteur

qui, malgré tous les obstacles, a pu élever un magnifique monument spirituel et même temporel dans un vicariat apostolique où, avant lui, il n’y avait rien.

Mgr Prud'homme prit pour texte les paroles de saint Paul à Timothée: «J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai conservé la foi». Et, dans une éloquente envolée oratoire, il retrace la vie du vaillant athlète, se dévouant au salut des âmes les plus abandonnées, au milieu des fatigues, des misères et des privations de toute sorte. « Quelles années de labeur! s'écie-t-il. Quelles incessantes fatigues! La faim, la soif, le martyre du froid, l'opposition et la nonchalance de ses néophytes! Comment redire tous les sacrifices qui s’attachent au souvenir du cher et vénéré disparu que nous pleurons aujourd’hui? »

Après la messe, les cinq absoutes traditionnelles furent données successivement par Mgr Breynat, vicaire apostolique du Mackenzie, Mgr Melanson, évêque de Gravelbourg, Mgr Yelle, coadjuteur de l'archevêque de Saint-Boniface, Mgr Sinnott, archevêque de Winnipeg, et Mgr Lajeunesse, le nouveau vicaire apostolique du Keewatin.

Après les absoutes, au moment où l'imposant cortège se formait pour conduire le corps de l'évêque missionnaire à l’humble fosse qu’il avait choisie pour sa dernière demeure au milieu de ses fidèles chrétiens du Pas, un fait étrange se produisit, qui fut remarqué par tous ceux qui en furent témoins, protestants comme catholiques. Le corbillard était arrêté devant la salle paroissiale, la «Salle Guy », lorsqu'une volée de gélinottes blanches, au nombre de vingt-cinq à trente, vint survoler le corbillard. Les blancs oiseaux se posèrent de l’autre côté de la rue, et restèrent là jusqu’à ce que le cortège se mît en marche. Alors, reprenant leur vol, elles survolèrent de nouveau le corbillard, et disparurent dans la direction du cimetière.

Ce fait frappa d'autant plus tous ceux qui en furent témoins, que la gélinotte blanche est une espèce de perdrix qui passe l'été dans les régions arctiques, et ne paraît jamais à la latitude où se trouve le Pas, avant la mi-décembre; et elles ne se posent pas ainsi au milieu de la foule. C’est bien la seule fois qu’on les ait vues venir s’abattre en pleine ville.

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