‹ Mgr Charlebois (notes et souvenirs)Chapitre 18 sur 22 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Et maintenant, le corps de Mgr Charlebois repose dans l’humble cimetière catholique du Pas, à l’ombre du modeste monument qu'on lui a élevé, au milieu des pauvres et des humbles parmi lesquels il a vécu pendant toute sa vie. Mais, «Defunctus adhuc loquitur». Bien que mort, il continue à parler.

Car il vit et parle encore, par les édifices religieux dont il a orné la ville du Pas. Comme le disait Mgr Cassulo, délégué apostolique, dans la visite qu'il fit au Pas, au mois de juillet 1935: « Ce temple, cette école, cet hôpital sont autant de monuments élevés à la gloire de notre saint et vénéré Evêque. » Ainsi en est-il de toutes les missions et écoles fondées ou restaurées par lui, dans toute l'étendue du vicariat.

Il ne vit pas seulement dans les monuments matériels produits de ses privations et de ses sueurs; il vit surtout dans les fruits des enseignements qu'il a donnés aux chrétiens de son vicariat, dans l'amour qu'il a su leur inspirer, dans les conseils si paternels qu'il leur a prodigués. Il vit dans l'esprit apostolique qu’il a insufflé à ses missionnaires, dans les directions particulières, si précises et si justes, qu’il a données à chacun d'eux. Il vit surtout dans l’admirable recueil de ses circulaires, si pleines d’esprit apostolique et religieux, qui donnent de si précieuses directions pour l'administration et la direction des missions, tant au point de vue spirituel que temporel.

Il vit aussi, et nous l’espérons, il vivra longtemps, dans la mémoire de tous ces jeunes gens, anciens et nouveaux, qu'il a si souvent visités dans leurs collèges et leurs séminaires, et qui se pénétreront de plus en plus de cet esprit d’apostolat que, partout et toujours, il s’efforça de répandre autour de lui. S'ils sentent l'appel de Dieu, qu'ils viennent, eux aussi, travailler à la vigne

du Seigneur, dans la partie la plus pauvre et la plus délaissée du champ du père de famille. Si cet appel ne se fait pas sentir qu'ils travaillent quand même à l’œuvre des missions, selon leur condition et leurs moyens, par leurs aumônes, et surtout par leurs prières.

Il vit et il vivra longtemps dans le cœur de ses bienfaiteurs qui lui étaient si dévoués. Car, lorsque la première glace de la timidité était rompue, le caractère de Mgr Charlebois était si attachant, que tous ses bienfaiteurs étaient devenus ses amis personnels et s'étaient attachés à lui, comme s'ils eussent fait partie de sa famille. Dans les innombrables lettres de condoléances reçues par son neveu et successeur, tous ces amis qui, par leurs aumônes, avaient permis au courageux missionnaire d'entreprendre les grandes choses qu’il a accomplies au Keewatin, exhalent leur douleur en termes tels, qu’ils semblent avoir eux-mêmes perdu un bienfaiteur insigne.

Et ce n'est pas seulement une douleur verbale et scripturaire. Dans toutes ces lettres, on sent les accents d’une peine qui part véritablement du cœur. Pour quelques-uns, plus intimes avec le vénéré défunt, cette peine a été si vive, qu’ils ont été réellement malades. Tel ce bon monsieur Wilbrod Labrèche de Montréal, qui, pendant douze ans consécutifs, avait mis son automobile au service de Mgr Charlebois à chacun de ses voyages dans l'Est, l'avait piloté dans les innombrables courses et visites nécessitées par les intérêts de ses missions; et à qui l’annonce de la mort de l’évêque missionnaire causa une douleur si intense, qu'elle mit ses jours en danger. Telle encore, cette charitable Caroline Côté, elle aussi bienfaitrice insigne de Mgr Charlebois, et qui, assistant à un service célébré pour lui, fut émue au point d’éprouver une crise inquiétante. Que d’autres, sans manifester une douleur aussi sensible, ne s’en trouvèrent pas moins frappés au cœur par l'annonce inattendue de la mort du grand évêque et du grand missionnaire.

En réalité, comme l’a dit un journal, tout le Canada fut douloureusement remué par la mort de cet humble, qui avait toujours cherché à rester inconnu, et dont la sympathique figure se gravait dans le cœur, non seulement de ses intimes, mais de tous ceux qui pouvaient le voir ou l'entendre. Témoins, les démonstrations de douleur et de deuil, dans des paroisses

où le vénéré défunt n'avait fait que de courtes apparitions, et où la population assistait en masse aux services célébrés pour lui, comme s’il s'était agi d’un parent ou d’un bienfaiteur.

Nous espérons que tous garderont un souvenir fidèle, et du grand missionnaire, et des leçons d’esprit chrétien et patriotique qu'il n’a cessé de donner pendant toute sa vie, par ses paroles et par ses exemples. Car, s’il a été avant tout chrétien et missionnaire, il a été aussi patriote; et patriote parce que chrétien et missionnaire. C’est un des aspects de sa vie que nous n'avons guère pu aborder, par suite du cadre restreint de cette brochure. De même que, pour la même raison, nous avons dû omettre beaucoup de détails intéressants de sa vie même de missionnaire.

Il est à souhaiter que, plus tard, un historien plus capable que nous, donne de cette belle vie une histoire complète, qui en fasse ressortir toute la beauté. En attendant, nous croyons qu’il serait bon de publier, au moins en partie, sa correspondance, si intéressante et si édifiante; surtout celle des premières années de son apostolat, et, en particulier, son petit journal, qu’il intitulait «l’Echo du Cumberland», dans lequel il relate au jour le jour sa vie de missionnaire. Nous y avons puisé abondamment pour écrire la deuxième partie de cette brochure, et, bien souvent, nous avons dû nous faire violence, pour n’en pas citer des extraits plus étendus.

Cette survie du grand disparu dans le cœur de ceux qui l’ont connu, nous l’espérons d'autant plus que, dans toutes les lettres de condoléances reçues, au milieu des pleurs et des regrets. domine la certitude exprimée que le vénéré défunt jouit déjà de la récompense de ses travaux; et, tout en priant pour lui, presque tous sont portés à le prier et à l’invoquer pour euxmêmes. Plusieurs rapportent même des guérisons merveilleuses et des grâces insignes, qu'ils attribuent à l’intercession du serviteur de Dieu. Au Pas, les esprits, même des protestants, furent très frappés par cette volée de gélinottes blanches venant à deux reprises survoler le cercueil de Mgr Charlebois, le jour des obsèques.

Une de ses bienfaitrices insignes, madame Riopel, se trouvait elle-même à toute extrémité lorsqu'on apprit la nouvelle de la mort de l’évêque missionnaire. Comme elle lui était très

attachée, on n’osa pas lui faire connaître cette nouvelle le jour même, de crainte de lui causer une émotion trop vive. Le lendemain, comme on essayait de la lui annoncer avec toutes sortes de précautions, elle dit en souriant: « Je sais ce que vous voulez dire: Mgr Charleboiïs est mort; il est venu lui-même me l'annoncer. »

Naturellement, on ne peut se prononcer sur la nature de ces faits merveilleux; il faut attendre pour cela le jugement de l'Eglise. Mais ils permettent d'invoquer privément le cher disparu, et de demander à Dieu de glorifier, s’il lui plaît, son fidèle serviteur. Et, pour aïder à obtenir cette grâce, s’il plaît à Dieu de l’accorder, que l’on continue par des prières et des aumônes, à aider l'œuvre des missions, la grande œuvre à laquelle s’est dévoué Mgr Charlebois, et à laquelle il continue certainement de s'intéresser.

En terminant, nous sera-t-il permis de demander pour l'auteur de ces pages, un petit souvenir dans les prières des lecteurs. Ses 73 ans lui rappellent que, pour lui aussi, le temps d'aller rendre ses comptes approche. À ce moment redoutable, il aura bien besoin qu'on lui vienne en aide; en attendant, qu’on veuille bien prier pour lui, afin de l'aider à s’y préparer.

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