IMPOSANTES FUNÉRAILLES DE SON EXCELLENCE MGR OVIDE CHARLEBOIS, O.MI
Huit archevêques et évêques. — Son neveu, Mgr M. Lajeunesse, 0.m.i., officie. — Nos seigneurs McGuigan et Prud’homme prononcent les oraisons funèbres. — Les cinq absoutes traditionnelles.
GRAND DEUIL POUR L'ÉGLISE ET LA PATRIE (Spécial au Patriote)
Ce matin, 28 novembre 1933, toute la ville du Pas est dans le deuil. Depuis cinq jours, sa population, tant protestante que catholique. défile, silencieuse et recueillie, autour du cercueil du grand évêque qu’elle pleure, exposé dans la cathédrale toute tendue de noir. C’est là que Son Excellence Mgr Ovide Charlebois, o.mi., décédé le 20 novembre, donne sa dernière audience aux petits et aux humbles qu’il a tant aimés. Au dehors, les drapeaux flottent à mi-mêt; les mes sentent peser sur elles le poids d’une tristesse profonde, car c’est un père, un guide et un bienfaiteur que chacun voit disparaître dans la personne du vénérable défunt.
Deuil général
La nouvelle de sa mort a sonné un glas bien douloureux au cœur du Canada tout entier. Les messages de sympathie ont afflué de toutes parts; il en est venu de tous les rangs de la société, comme de tous les degrés de la hiérarchie ecclésiastique et civile: de Son
Eminence le cardinal-archevêque de Québec, de Son Excellence le Délégué Apostolique, de Leurs Excellences Nos Seigneurs les archevêques de Montréal, d'Ottawa, etc., de l'honorable premier ministre du Manitoba, etc., etc. D’autres se sont rendus en personne jusqu’au Pas pour s'associer aux suprêmes prières de l'Eglise, et rendre les derniers devoirs de l’admiration et de l’amitié à la dépouille mortelle du premier évêque du Keewatin. Le train du Canadien National amenait au Pas, ce matin, Leurs Excellences Nos Seigneurs Sinnott, archevêque de Winnipeg; Yelle, archevêque-coadjuteur de Saint-Boniface ; Prud’homme, évêque de Prince-Albert et Saskatoon ; Melanson, évêque de Gravelbourg ; Breynat, vicaire apostolique du Mackenzie; Gertken, O.S.B., abbé mîtré de Muenster; ainsi que plusieurs prêtres dont on trouvera la liste plus loin.
Dejà, le R. P. Charles Charlebois, o.m.i., d'Ottawa, frère de Son Excellence défunte, ses neveux: le R. P. A. Lajeunesse, o.mi., et Pabbé Emmanuel Charlebois, de Montréal; sa nièce, Sœur Saint- Ovide, des Religieuses de la Présentation de Marie, étaient accourus à l’avance pour représenter sa famille de la terre et partager la douleur de Son Excellence Mgr Martin Lajeunesse, o.m.i., devenu,, par la la mort de son oncle, son successeur à la tête du vicariat du Keewatin.
De tous ceux qui eussent désiré contempler une dernière fois les traits aimés de Mgr Charlebois, et accompagné ses restes à leur dernière demeure, il faut mettre au premier rang ses dévoués collaborateurs, Pères, Frères et Religieuses, montant fidèlement la garde de Dieu dans leurs lointaines missions. Comme l'éloignement a dû leur paraître plus cruel et la séparation plus douloureuse! La Divine Providence avait cependant réservé ce privilège à une bonne douzaine d’entre eux: c’étaient les plus rapprochés du Pas. À la nouvelle du grand coup que la mort leur frappait en plein cœur, rien n’avait pu les retenir, ni distances ni fatigues, du moment qu’ils pouvaient espérer arriver à temps pour les funérailles. Autour du cercueil de leur évêque, dressé sur deux tréteaux de bois, ils représentaient la petite, mais vaillante phalange des missionnaires que, pendant ses 23 ans d’épiscopat, le vénéré défunt avait dirigée, formée, entraînée à toutes les conquêtes apostoliques à travers les solitudes presque inaccessibles de son immense vicariat. Aussi n’ont-ils voulu laisser à aucun autre la pénible tâche de porter en terre sa bien-aimée et glorieuse dépouille,
Gloire et humilité
Oui, la gloire elle-même est venue chanter sur la tombe de ce pauvre évêque des Indiens. Les journaux un peu au courant de la vigoureuse personnalité, de la vie religieuse intense, des courses interminables et des œuvres splendides de Son Excellence Mgr Charlebois, ont couvert son cercueil des plus magnifiques éloges. Ils ont publié son nom à tous les échos du pays. Cet humble a fait plus de bruit après sa mort que pendant sa vie. Son dernier soupir a comme laissé libre cours aux sentiments de vénération admirative que sa noble prestance, son entière appartenance à Dieu et son indomptable énergie inspiraient à tous, mais que son extraordinaire modestie retenait captifs sur toutes les lèvres. Si Pon rassemblait les pages écrites sous le coup des regrets que sa mort occasionne, et les traits que la reconnaissance a voulu buriner de lui pour l’avenir, on composerait l’une des figures les plus attachantes qui aient illustré l’épiscopat canadien et Fune des carrières les mieux remplies de l’histoire ecclésiastique du Canada.
Pour lui, dédaigneux des honneurs d’ici-bas et indifférent aux appréciations des hommes, il a voulu être dans la mort aussi simple que dans sa vie. Il avait demandé un cercueil de quelques dollars et des obsèques comme celles que l’on donne aux pauvres; il avait exigé qu’elles fussent aussi vides d’apparat qu’il pouvait convenir à sa dignité. Ses dernières volontés furent obéies. Son corps repose au milieu des morts de sa ville épiscopale, au pied de la croix du cimetière commun. Mais l'éclat des vêtements épiscopaux de huit archevêques et évêques; la présence de 21 prêtres; la foule pieuse qui débordait de la cathédrale; les larmes sincères qu’au seul rappel de ses vertus, ses panégyristes surent tirer de tous les yeux; les nombreux chapelets, chers maintenant à l’égal d’une relique, qu’on fit toucher à ses mains refroidies d’où sortait la pauvre croix de bois noir que tout Oblat emporte dans la tombe; sa belle barbe blanche encadrant son visage tout de bonté, de droïture, d’énergique grandeur, et qui jetait comme un rayon de l’Au-delà sur la sombre majesté de la mort; tout cela composait un tableau d’une incomparable richesse, et auréolait d’une gloire triomphale le vie immolée de ce grand missionnaire des pauvres.
Le service
À 10 heures, l’unique cloche de la cathédrale annonçait le commencement du service funèbre. Mgr M. Lajeunesse, o.m.i., vicaire
apostolique du Keewatin, officiait; le R. P. C. Charlebois, o.mi, était prêtre assistant; M. l’abbé E. Charlebois remplissait les fonctions de diacre et le R. P. Doyon, o.mi., celles de sous-diacre. Les cérémonies de la messe de requiem pontificale étaient sous la direction de M. l’abbé Dubé et du Père Cabana, o.m.i.
Les oraïisons funèbres
À l'Evangile, Son Excellence Mgr McGuigan prononça en anglais une touchante oraison funèbre. Prenant pour texte un passage des Actes des Apôtres, il fit revivre la scène des adieux de saint Paul à ses chers Ephésiens: « Tous versaient des larmes et avaient l’âme dans la peine, car ils contemplaient pour la dernière fois ses traits qu’ils ne devaient plus revoir.» « Aïnsi, dit l’orateur, nous voici assemblés, nous qui venons de près et de loin, en union de cœur et de sympathie avec Mgr Lajeunesse, rattaché par tant de liens de la nature et de la grûce à Mgr Charleboïis, à qui nous venons payer nos hommages et dont nous ne verrons plus la bonne figure. » Puis il retraça à larges traits la carrière si mouvementée et si pittoresque du regretté vicaire apostolique, en faisant surtout ressortir son esprit de foi et de charité, son attachement à sa vocation de missionnaïire, son amour des Indiens, et les épreuves sans nombre par lesquelles il plut à Dieu d’éprouver son fidèle serviteur pour mieux pouvoir féconder son œuvre. Il termina en disant que la cathédrale du Pas, son spacieux et commode évêché, son école séparée et son splendide hôpital, constitueraient un monument à la gloire de n’importe quel évêque, mais que pour Mgr Charleboïis son monument le plus durable il se l’était bâti dans le cœur de ses diocésains.
Son Excellence Mgr Prud’homme fit ensuite en français l’excellent panégyrique dont le Patriote est heureux de donner le texte in extenso à ses lecteurs en première page.
Pendant que le saint sacrifice de la messe se continuait au maître autel, les RR. PP. A. Lajeunesse et Waddel, o.m.i., célébraient aux autels latéraux.
Absoutes et enterrement
À l'issue de la sainte messe, les cinq absoutes liturgiques par lesquelles la Sainte Eglise veut dire adieu à ses évêques défunts et les recommander à la miséricorde du Très-Haut, furent données par Nosseigneurs Breynat, Melanson, Sinnott, Yelle et Lajeunesse.
Puis le cortège funèbre se mit en marche vers le cimetière paroissial situé à plus d’un mille de l’église. Toutes les autos de la ville avaient été réquisitionnées pour la circonstance, et c’est à peine si elles arrivaient à se frayer un passage dans l’épaisse neige dont tout le pays était déjà couvert, Au pied de la grande croix où on a creusé la tombe du premier vicaire apostolique du Keewatin, les dernières prières du rituel furent dites par le Rév. P. Dubeau, o.m.i., fondateur de la mission Sainte-Thérèse, à près de 200 milles au nord du grand lac Winnipeg. La sainte et aimable «patronne des missions », qui doit en partie ce beau titre à Mgr Charlebois, avait voulu pour ainsi dire se faire représenter aux funérailles de son dévot missionnaire, par le gardien du petit poste qui porte son nom aux limites extrêmes du vicariat. Alité depuis plus de deux mois, le Père Dubeau est entré en convalescence pour assister à la mort de Mgr Charlebois. I1 n’attend plus que le départ d’un avion pour aller rejoindre là-bas les trois Frères convers qu’il a été forcé de laisser sans prêtre et sans messe.
Au repas qui suivit, gracieusement offert par les Sœurs Grises de l'hôpital Saint-Antoine, et auquel prirent part avec les membres du clergé, M. C. R. Neely, maire de la ville, M. le Dr Elliott, représentant du gouvernement du Manitoba, M. B. M. Stitt, M.P., représentant de l’hon. premier ministre du Canada, et quelques autres personpages laïcs, M. l'abbé Dubé lut quelques-uns des principaux messages de sympathie adressés à Mgr Lajeunesse à l’occasion du deuil dont la mort de Son Excellence Mgr Charlebois vient de frapper l’Eglise et la patrie du Canada.
Étaient présents
Outre les membres du clergé déjà nommés, qui assistaient aux funérailles nous avons remarqué le R. P. O’Neil, délégué de Parchevêque O’Leary d’Edmonton; M. l'abbé Martineau, représentant le Collège de L'Assomption: le R. P. Ubald Langlois, o.m.i., provincial de la province Alberta-Saskatchewan ; le R. P. Beaupré, o.m.i., de Saint- Boniface; M. l’abbé Marchand, curé du Pas; R. P. Lefebvre, o.mi. du Mackenzie; R. P. Delmas, o.m.i., de Duck-Lake, Sask.; R. P. N. Guilloux, o.mi., Cumberland-House; R. P. Duplain, o.mi., de Churchill; M. l'abbé Rocan, curé à Sainte-Agathe, Saint-Boniface ; M. L'abbé Myre, Saint-Boniface; M. l’abbé Charron, Prince-Albert; M. l'abbé Lirette, Prince-Albert; M. l’abbé Daoust, Prince-Albert;
R. P. Doyon, Sturgeon-Landing; R. P. Trudeau, Le Pas; M. l’abbé Dubé, Le Pas; R. F. Jean, o.m.i., Le Pas; R. F. Ménars, o.m.i., Cross Lake; R. F. Saint-Arnaud, Le Pas; R. F. Bouchard, o.m.i., Beauval; R. Sr Saint-Ovide, Présentation, Duck-Leke; M. B. Stitt, Le Pas, représentant l’Hon. R. B. Bennett, Premier Ministre du Canada; Docteur Elliott, représentant M. Bracken, Premier Ministre du Manitoba; M. Schmidt, représentant des Canadiens français de l’Ouest ; le Chef et deux Conseillers de la Réserve Indienne du Pas.
LE TESTAMENT DE SON EXCELLENCE Mgr OVIDE CHARLEBOIS, O.M.I.
Le vicaire apostolique du Keewatin demande de limiter à $40 le coût de son cereueil et qu’on l’inhume dans le petit cimetière que longe la rivière Saskatchewan.
Le Pas, Manitoba. — Dans un testament de moins de 100 mots, Mgr Ovide Charlebois, Oblat de Marie-Immaculée, vicaire apostolique du Keewatin, déclare qu’il ne possède absolument rien et qu’il ne peut par conséquent rien léguer à ses héritiers naturels. Il explique que c’est pour la corporation épiscopale catholique romaine du Keewatin qu’il a signé les actes et contrats revêtus de sa signature, que tous les bénéfices résultant de ces actes appartiennent à la Corporation et que, d’autre part, toutes les obligations qu’ils imposent retombent sur elle. 11 demande de limiter à $40 le coût de son cercueil et qu’on l’inhume dans le petit cimetière que longe la rivière Saskatchewan.