CHAPITRE II
Le district du lac Pélican (1900-1903)
Sur le rapport du Père Charlebois, Mgr Pascal avait résolu de fonder une mission à Cross-Lake, sur la rivière Nelson, croyant que cette localité se trouvait dans son diocèse; et le Père Charlebois lui-même avait été chargé de faire cette fondation. Celui-ci prévoyait bien qu'il aurait là à subir beaucoup de privations et de misères; mais que lui importait? La gloire de Dieu et le salut des âmes n’étaient-ils pas en jeul D'après les ordres reçus, il devait partir pour Cross-Lake au mois de juin 1900. Pendant l'hiver, il prépare le bois pour l'autel et l’ornementation intérieure de la chapelle; intéresse à la future fondation ses parents et ses bienfaiteurs du Bas-Canada, qui lui envoient des secours en argent et plusieurs caisses d'ornements et d'objets divers, destinés à l’ameublement de la mission.
Mais il n’entrait pas dans les vues de la Providence que cette mission fût fondée à ce moment-là. Elle devait l'être quelques années plus tard, par les Pères Bonald et Lecoq, passés sous l'autorité du provincial du Manitoba, dans le territoire duquel se trouvait Cross-Lake, ainsi que Norway-House.
Sans se douter que ces territoires ne lui appartenaient pas, Mgr Pascal changea ses plans pendant l'hiver, et, au mois de mars, le Père Charlebois reçut une nouvelle obédience, lui enjoignant de renoncer pour le moment à la fondation de Cross-Lake, et de prendre charge de tout le district du lac Pélican.
C'est que la santé précaire du Père Bonald l’obligeait à quitter le pays, et son départ imprévu désorganisait les missions de ce district. Le Père Gasté en était bien le Supérieur; mais il était trop vieux, et ne devait pas tarder à abandonner luimême les missions sauvages. D'ailleurs, la mission Saint-Pierre
du lac Caribou, résidence du Père Gasté, était trop éloignée pour faire efficacement partie du groupe; tandis que les autres étaient tellement dépendantes entre elles, qu’elles ne pouvaient se passer d’une autorité centrale.
Le Père Charlebois fut donc nommé supérieur de ce district avec sous ses ordres les Pères Boissin et Rossignol. Celui-ci, arrivé en l'été de 1900, devait résider au lac Pélican, le Père Boissin restant chargé de la mission Saint-Joseph du Cumberland. Ce fut avec peine que le P. Charlebois renonça à sa mission projetée de Cross-Lake. Mais, en bon religieux, il vit l’expression de la volonté de Dieu dans l’ordre de son Supérieur, et il s'y soumit de bon cœur, répétant, comme il le faisait chaque fois que ses plans étaient dérangés: « L’homme propose et Dieu dispose. »
Le Supérieur du district pouvait résider, à son choix, tantôt au Cumberland, tantôt au lac Pélican; mais par lui-même ou par les jeunes Pères, il devait pourvoir à la desserte des annexes de l’entrée du lac Caribou, de Pakitawagan, du Pas, du Grand- Rapide, de Nelson-House, de Norway-House et de Cross-Lake.
Cette fonction de supérieur fit en réalité plus que doubler le travail du Père Charlebois. Car, pendant les trois années qu'il en resta chargé, il réserva toujours pour lui-même les travaux les plus fatigants et les voyages les plus longs et les plus difficiles, ainsi qu’on va le voir. Un rapport de lui au Supérieur général des Oblats, daté du 15 novembre 1900, nous fournit les détails de sa première année de supériorat.
Le 16 juin, y lisons-nous, le Père Charleboiïs, le Père Rossignol et un prêtre séculier, l'abbé Fournier, venant de Prince- Albert, débarquèrent à la mission du Cumberland, où ils furent reçus à bras ouverts par le Père Boissin, qui avait gardé la mission pendant l'absence de son Supérieur. « Le lendemain, dit le rapport, étant un dimanche, on tint à faire les cérémonies en grand. La messe fut célébrée avec diacre et sous-diacre, ce que nos Indiens n'avaient jamais vu. Ils en furent fiers, et un peu étonnés. Ils se demandaient pourquoi il fallait maintenant trois prêtres pour dire la messe.
« La vie de famille dura peu: trois jours plus tard, il fallut se disperser. L'abbé Fournier se dirigea vers le Grand-Rapide (où il ne resta pas longtemps, comme nous le verrons), et
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le Père Boissin resta solitaire au Cumberland; car le Père Rossignol et moi prîmes la route du lac Pélican. Nous étions sur une berge; huit hommes la montaient, six tonnes pesant en composaient la charge, le Père Rossignol et moi en étions les passagers. Il nous fallut huit jours pour parcourir les" 145 milles qui (par le chemin d'été) séparent les deux missions du Cumberland et du lac Pélican; ce qui donne une moyenne de 18 milles par jour. Une journée de berge se compte de
4 heures du matin à 8 heures du soir. La rapidité du courant qu'il faut remonter, de nombreux rapides et plusieurs portages où il faut tout transporter à dos, sont cause de la lenteur de la marche. Enfin, le 30 juin, à midi, nous débarquions à
la mission Sainte-Gertrude. Mon compagnon atteignait le terme de son long voyage. »
Les Indiens du lac Pélican regrettaient beaucoup leur vieux Père Bonald, et cela se comprend: il avait été si longtemps au milieu d'eux. C'était lui qui les avait à peu près tous convertis du paganisme ou de l’hérésie, et il était si bon pour eux! Ils ne laissèrent cependant pas de manifester leur confiance aux nouveaux venus, et tous ceux qui étaient présents s’approchèrent des sacrements.
Le Père Charlebois ne s’attarda pas à la mission Saiïnte- Gertrude. Le 4 juillet, quatre jours après son arrivée, il en repart pour aller visiter les postes éloignés: lac du Bois-Brûlé, Pakitawagan et surtout Nelson-House. Long et pénible voyage! Toute cette contrée n’est qu'une succession de lacs, de rivières, de rapides plus ou moins dangereux, et, avant d'atteindre Nelson-House, il faut faire 48 portages.
Les bonnes dispositions des sauvages rencontrés, surtout ceux de Pakitawagan, le consolent des misères du voyage, tout en lui causant de nouvelles fatigues. Car il faut les instruire, les confesser, être à leur disposition tout le jour et presqu toute la nuit. °
Dans un de ces camps, un brave homme présente son enfant à baptiser et dit au Père: «Je veux qu'il s’appelle comme toé.» « Je lui donnai donc, dit le Père, le nom d'Ovide. Après la cérémonie, le papa n'eut rien de plus pressé que de venir me demander comment s'appelait son garçon. — Ovide, lui dis-je. — Comment? Opi? Opite? — Non, Ovide. — Obite?
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Opite? — Je passai un quart d'heure pour lui faire prononcer Ovide; mais impossible. Le malheureux enfant sera condamné à s'appeler Opite.» Cela me rappelle, chez les Montagnais, un Lucien transformé en «Le chien», et une Bernadette changée en «Berr eldel» (la mangeuse de viande).
«Enfin, continue le Père Charlebois, le 14 juillet, j'arrivai à la mission de l’Assomption, au fort Nelson. C'était le terme de mon voyage. Je passai toute une semaine à prêcher et à catéchiser. Plusieurs protestants ne manquèrent guère les exercices; mais pas un n'eut le courage de demander à embrasser notre religion, qu'ils admirent et estiment. Un d’entre eux, néanmoins, vint nroffrir son enfant à baptiser, bien qu'il eût le ministre à sa porte. « Je commence par ma petite fille, me dit-il; mais je finirai par moi-même et le reste de ma famille. » Il me promit de faire son abjuration à Noël prochain.
« Tout mon troupeau n’était pas encore présent. Près de la moitié avait manqué au rendez-vous, parce qu’ils n'avaient pas reçu ma lettre à temps. J'envoyai donc un homme les avertir. Mais c’est loin; et il faudra au moins deux semaines avant de les voir arriver. N'importe, le bon pasteur doit être patient. »
En attendant l’arrivée des retardataires, les sauvages présents demandèrent au Père de vouloir bien faire transporter la chapelle et la petite maison de résidence auprès du poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson, à six milles de l’endroit où elles se trouvaient, parce que ce serait plus commode pour eux, lorsqu'ils viendraient faire leurs affaires à la Compagnie, d'avoir l’église à leur portée. Le Père hésitait, effrayé des dépenses que cela allait nécessiter, et que ses maigres ressources ne lui permettaient guère. « Lorsque, dit-il, le ministre protestant vint me trouver, et, par mille détours, me laissa entendre qu'il valait bien mieux pour moi ne pas déplacer mon église, il ne m'en fallut pas davantage pour me la faire transporter. — S'il cherche à me retenir, me dis-je, c'est qu’il sent que je serai plus à portée de lui faire une guerre efficace. D'ailleurs, aller en sens contraire du ministre de l'erreur, n’était-ce pas marcher dans la voie droite de la vérité?
«Donc, plus d’hésitations. Le lendemain nous étions à l’œuvre: église, cuisine, clocher, tout s'écroule sous les coups
de hache et de marteau. On aurait pu nous prendre pour des vandales. Le commis de la Compagnie nous a prêté une grande berge, au moyen de laquelle nous pourrons facilement transporter tous nos matériaux. Dix vigoureux Indiens me prêtent main-forte; il ne leur faut pas grand temps pour charger la berge, et nous partons à la recherche d’un nouveau site.
« Arrivés à quelques arpents du fort de la Compagnie, nous nous arrêtons dans une petite baie; et je fonce dans la forêt la hache en main. Je découvre bientôt une jolie élévation, où tout me dit qu’une église figurerait bien sur ce site agréable... Le lendemain matin, je célèbre là le saint sacrifice de la messe, et je supplie le divin Cœur de Jésus de bénir cet endroit, ainsi que nos travaux. Les hommes continuent, les uns à abattre les arbres pour asseoir à leur place l’église; les autres, à transporter sur leurs épaules, de la berge à l'endroit désigné, les nombreuses et larges poutres de bois. C’est un travail dur et pénible. Quand ils auront fini, ils pourront me montrer leurs épaules tout en plaies et en sang. »
«Pour moi, je me constitue l’architecte, l'entrepreneur, le charpentier et le premier boss. Du matin au soir je suis à l’œuvre, maniant la hache, le niveau, l’équerre, etc. Je suis forcé de réserver la récitation de mon bréviaire et mes exercices de piété pour la nuit. On m'avait prédit qu’il faudrait au moins un mois pour exécuter ces travaux de reconstruction. La douzième journée, cependant, tout était fini. Nous venions de suspendre la cloche, lorsqu'on aperçut sur le lac toute une flottille de canots. C’étaient mes gens, mes Indiens, que j'avais envoyé chercher. »
Ce que le Père Charlebois oublie de nous dire ici, c’est le nombre d’heures qu'il a accordées au sommeil chaque nuit. A cette époque de l’année, les nuits ne sont pas longues dans le Nord. Quand il avait pris là-dessus le temps de réciter son bréviaire et de faire ses exercices de règle, et certainement il n’en omettait aucun, il ne devait pas lui rester grand temps pour se reposer... en attendant de recommencer.
Parmi les Indiens qui venaient d'arriver se trouvaient plusieurs protestants de Cross-Lake. Ceux-ci, tout démontés d'apprendre que le Père ne pouvait aller fonder une mission chez eux, le supplièrent de passer au moins par Cross-Lake en
s'en retournant. Mais cela était impossible. De la besogne urgente l’attendait au lac Pélican et au Cumberland. Il promit cependant d’aller les voir l’hiver suivant.
Il quitta Nelson-House le 6 août, en promettant à ses chrétiens de venir chanter la messe de minuit parmi eux. Et il reprit le chemin qu’il avait suivi en venant, avec tous ses agréments de rapides et de portages; s'arrêtant, comme à l'aller, à tous les villages et les camps qu'il rencontrait, pour donner à ses chrétiens les secours de son ministère.
Douze jours plus tard, il était de retour au lac Pélican. « J'étais, écrit-il, fatigué et même épuisé (on l'aurait été à moins); j'aurais aimé avoir quelques jours de repos. Mais, impossible. Tous nos chrétiens dépendant de la mission Sainte- Gertrude étaient déjà groupés autour de l’église, au nombre de plus de 300, et attendaient l'ouverture de la retraite que je leur avais annoncée. Pendant toute une semaine, il fallut être à leur service: deux ou trois instructions par jour, catéchisme à 60 enfants et aux adultes nouvellement convertis, confessions, communions, baptêmes, mariages, soin des malades, consultations diverses, directions, etc., etc. Telle était ma tâche de chaque jour. C'était loin d’être un repos. Le Père Rossignol faisait bien son possible pour me venir en aide; mais ne connaissant pas encore la langue du pays, il ne pouvait faire tout ce qu'il aurait désiré faire. Ce fut donc plus qu’accablant pour moi. Mais, en retour, j'éprouvai beaucoup de consolations, en voyant les bonnes dispositions de ces Indiens, et tout le bien qui s’opéra dans leurs âmes. »
* Ces grandes agglomérations d’Indiens sont toujours dangereuses pour la moralité, et donnent généralement lieu à bien des désordres. A tel point que nous avons entendu des missionnaires se demander si le bien qui s’y faisait par les instructions données et les sacrements administrés, compensait le mal causé par la promiscuité à laquelle ces réunions donnent lieu.
Pour prévenir ces dangers, au moins en partie, le Père Charlebois inaugure à cette mission un système qui ne tarde pas à être adopté par les autres missionnaires, avec les meilleurs résultats. Il désigne des policiers, trois, quatre, ou plus, selon le nombre des sauvages, et les charge de veiller au bon ordre dans le camp. À 9 ou 10 heures du soir, la cloche sonne le
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couvre-feu; et, à partir de ce moment, chacun doit être rentré chez soi. A part les policiers et le missionnaire, s’il plaît à celuici d'exercer lui-même la surveillance, personne n’a plus le droit de rôder dans le camp; et quiconque est surpris en dehors de chez lui est dénoncé au Père, qui, le lendemain, lui donne un avertissement public à l'église; ou même, lui impose une punition plus sévère, si le cas l’exige.
Au lac Pélican, ce système eut de très bons résultats. Après le couvre-feu, le silence régnait dans le camp; ou bien, on n’entendait dans l’intérieur des loges que le chant des cantiques, la récitation du chapelet, ou quelque lecture pieuse.
La mission terminée au lac Pélican, le Père Charlebois, au lieu de se reposer, dut rembarquer aussitôt pour descendre au Cumberland, ou de nouvelles occupations l’attendaient. Il y rencontra le jeune Père Turquetil, o.m.i., qui arrivait de France, et se rendait au lac Caribou. « Tâchez, lui dit le Père Charlebois, de vous occuper de l’évangélisation des Esquimaux, qui sont voisins de votre mission». Douze ans plus tard, ils devaient, à eux deux, fonder la mission des Esquimaux.
En même temps que le P. Charlebois, arrivait au Cumberland une commission du gouvernement, envoyée pour régler avec les Métis la question des scripts, question agitée depuis longtemps. On appelle script, un document officiel reconnaissant à chaque Métis le droit de propriété sur une certaine étendue de terrain; et cela, en échange de l’abandon de ses droits sur le reste du pays. Les purs Indiens, eux, ont des réserves, dont l'étendue est plus ou moins considérable, selon le nombre des membres de la tribu; de plus, ils reçoivent annuellement 5 dollars par tête.
Mais pour qu'un Métis pût recevoir son script, il devait présenter son extrait de baptême, que les missionnaires seuls étaient à même de lui fournir. Et c'était pour aider le P. Boissin dans ce relevé des actes de baptême et dans leur transcription, que le P. Charleboïis était descendu au Cumberland. C’est une tâche qui n'est pas facile du tout. Car, il y en a qui ont changé de nom de famille, qui en ont trois ou quatre de rechange, qui n'ont jamais su au juste quel patron ils ont reçu au baptême, qui ont été baptisés ailleurs, et qui souvent ne
savent pas où. Les deux Pères en eurent pour toute une semaine.de travail acharné.
La question des scripts réglée, il en restait une autre qui intéressait au premier chef la mission du Cumberland. Les Métis, en recevant leurs scripts, avaient perdu le droit de résider sur le terrain réservé aux Indiens. Or, au Cumberland, il n’y avait pas d’autre terrain libre que celui des Indiens. Les Métis se trouvaient donc dans la nécessité de s’en retirer et d'aller chercher fortune ailleurs; et ce départ allait enlever les trois quarts de la population catholique. C'était la ruine de la mission.
Pour empêcher ce désastre, il fallait obtenir du gouvernement qu’une partie de la réserve des Indiens soit accordée aux Métis. Il y avait déjà huit ans que le P. Charleboïis travaillait à cette fin; mais, jusqu'alors, rien n'avait été fait. Heureusement, il put régler la question avec la commission des scripts, et assurer aux Métis la libre possession des terrains sur lesquels ils étaient établis.
Toutes ces affaires terminées, il part pour aller visiter l'abbé Fournier, qu'au mois de juin précédent, nous avons vu se diriger vers le Grand-Rapide. Mais, en route, il apprend que le dit Abbé avait abandonné son poste et était rendu depuis longtemps à Saint-Boniface. Il n'avait pu supporter pendant trois mois la solitude et les autres misères des missions. « Mais, écrit le P. Charlebois, si je ne pouvais voir le pasteur, je pouvais toujours voir les brebis». I1 continue donc son chemin, et va porter les consolations de son ministère aux chrétiens du Grand-Rapide. De retour au Cumberland le 16 octobre, il y attend la prise des glaces avant de remonter au lac Pélican, où le P. Rossignol goûtait les douceurs de la solitude depuis le commencement de septembre.
Cependant, l’église du lac Pélican tombait en ruines, et le P. Charlebois résolut d'en construire une nouvelle. À peine de retour du Cumberland, accompagné d’un seul homme, il s’en alla couper les billots nécessaires pour fournnir le bois du plancher de la future église. Les billots coupés, avec l’aide du même homme, il les scia en madriers de deux pouces d'épaisseur, dimension ordinaire du bois de plancher de cette époque.
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Ce travail terminé, il était temps de songer à la visite des missions éloignées. Il se met en route vers le 20 décembre, conduisant lui-même ses chiens, c’est-à-dire, marchant continuellement derrière la traîne, et la poussant dans les passages difficiles. 11 va passer la fête de Noël à Nelson-House, ainsi qu’il l’a promis aux Indiens. De là, il se rend à Cross-Lake, où il s'arrête quelques jours, et fait plusieurs baptêmes de protestants. Toujours marchant et courant derrière les chiens, il passe à Norway-House, s'arrête à la mission du Grand-Rapide et à celle du Pas. Le 22 janvier 1901, il arrive au Cumberland, où le P. Boissin écrit à la chronique de la mission: «Ce matin, arrivée du R. P. Charlebois, de son long voyage au Grand- Rapide et à Cross-Lake. Bonnes nouvelles de cette dernière mission. Le Père y a fait cinq baptêmes en un seul jour. Les sauvages sont très bien disposés en faveur de notre sainte religion ».
Après cette longue et fatigante tournée, le P. Charlebois s'arrêta quelques jours à la mission Saint-Joseph, pour s’y reposer, et surtout pour permettre au P. Boissin de visiter quelques-uns des postes environnants. Il ne repartit pour le lac Pélican que le 11 février.
Le 27 du même mois, il entreprend un voyage à Prince- Albert, pour pouvoir s'entendre avec Mgr Pascal, au sujet de la fondation de Cross-Lake, dont ni l’un ni l'autre n'avait abandonné le projet. En allant, il passe par le lac La Ronge, afin de visiter les quelques catholiques qui se trouvaient encore à ce poste. Ce détour augmentait la fatigue, d’autant plus que la neige commençait à fondre. Ce n’est qu’au bout de huit longues journées qu’il arrive à Prince-Albert. Là, il s'entend avec son évêque: au printemps suivant, il ira fonder cette mission de Cross-Lake, depuis si longtemps en projet. Tout est décidé et réglé, lorsqu'on apprend que Cross-Lake se trouve dans le diocèse de Saint-Boniface, et que Mgr Langevin, archevêque de ce diocèse, se réserve d’y fonder lui-même une mission. Ce qu’il fit l'automne suivant. (Missions, O.M.I., 1912.) —
Un peu désappointé par la tournure de cette affaire, le Père Charlebois accepte de bon cœur cette nouvelle épreuve que le bon Dieu lui envoie. Il retourne donc au lac Pélican, où il reprend ses travaux de construction d'église. Dès le mois d'avril,
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accompagné du P. Rossignol et de deux hommes, il s'enfonce dans la forêt jusqu’à une dizaine de milles de la mission. « La, dit le P. Rossignol, on planta la tente, et on se mit à bûcher. Il s'agissait d’équarrir 400 morceaux. La plupart étaient de 12 pieds de long, et équarris seulement sur deux faces. Mais il y en avait une cinquantaine pour les chevrons de 16 ou 20 pieds de long, à équarrir sur les quatre faces; sans compter 10 morceaux de 40 pieds de long, en épinette rouge, équarris également sur les quatre faces.
«On se levait à 4 heures: on disait les messes dans la tente, on déjeunait au brochet, et à 6 heures les haches résonnaient sur les épinettes. Deux hommes abattaient les arbres, le Père Charlebois les équarrissait. En seize jours, le nombre y fut. Maïs la neige fondait, et il fallut passer les trois dernières nuits à transporter les morceaux sur le bord du lac, avec un poney. Le Père Charlebois le menait 12 heures, et je le conduisais les 12 heures suivantes. Quand la glace fut partie, avec notre petite berge, on transporta ces 400 morceaux à la mission. Il fallut faire plusieurs voyages ». (Lettre du P. Rossignol.)
Cependant, il fallait songer à l’approvisionnement des missions, ce qui nécessita un voyage à Prince-Albert, où le missionnaire du lac Pélican rencontra son frère, le Père Charles Charlebois, o.m.i., qui s’en retournait dans l'Est, après trois ans de ministère dans l'Alberta. Cette rencontre fut bien douce pour les deux frères, surtout pour le P. Ovide, qui était ordinairement si isolé et si privé des douceurs de la famille.
Les achats des missions terminés, on entassa les marchandises sur un chaland qu’on venait de construire, et sur lequel les deux frères descendirent ensemble jusqu’au Cumberland; au bout de quelques jours. il fallut se séparer. Le P. Charles descendit la Saskatchewan jusqu’au Grand-Rapide. Après un séjour de quelques jours à cette mission, il monta sur un bateau à vapeur, pour traverser le lac Winnipeg et se rendre à Saint- Boniface. Pendant ce temps-là le Père Ovide continuait sa route vers le lac Pélican, où il parvint à la fin de juin.
Dès son arrivée, il envoie le Père Rossignol au Cumberland, remplacer momentanément le Père Boissin qui venait de partir pour faire la grande tournée de missions, par le Grand-Rapide, Cross-Lake, Nelson-House et Pakitawagan. Lui-même, tout en
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préchant la retraite aux Indiens, se met en devoir de lever le carré de l’église de 60 pieds sur 35, dont il avait réuni les matériaux au printemps. Pour ce travail, il ne fut encore guère aidé que par un seul homme; et cependant, au commencement d'août, l’église était debout, et couverte. C'était tout ce qu'il était possible de faire cette année-là.
Pendant qu’il travaillait ainsi au temporel et au spirituel, il écrit à son frère, le Père Charles, à la date du 21 juillet: «Je suis complètement seul. J'avais avec moi un petit sauvage; mais je l’ai congédié, car il me donnait plus de trouble qu'il ne m'aidait. Je suis par conséquent mon propre cuisinier. C'est mon plus grand cauchemar. Je t’assure que je réduis ma cuisine à la plus simple expression. De ce temps-ci, je me nourris de salade et de pémican que le Père Gasté m'a laissé en passant. C'est toujours prêt; de sorte que mon poêle de cuisine reste froid deux ou trois jours de suite».
Par bonheur, le P. Charleboïis avait excellent estomac; sans cela, je ne sais comment il se serait accommodé d’un tel régime: surtout avec le travail excessif auquel il se livrait.
Comme il fallait de la chaux pour crépir et blanchir la future église, au mois de septembre, avec un seul compagnon, il se rendit à une douzaine de milles de la mission, à un endroit où il y avait des pierres calcaires en abondance, et y coupa une dizaine de cordes de bois, qui devaient servir à cuire la chaux l'hiver suivant.
Au mois d'octobre, voyage au Grand-Rapide, où il passe plus d’un mois «se reposant », comme il l'écrit à ses frères, les Pères Guillaume et Charles Charlebois. Mais, en réalité, ce repos était très relatif; car il consacrait ses journées à l’instruction des fidèles, grands et petits. Il ne repart de là qu'après la prise des glaces. En passant, il s'arrête quelques jours au Pas, et le 22 novembre, il arrivait au Cumberland; d'où le 5 décembre, il regagne le lac Pélican, où il demeure Ia fin de l'année.
Au mois de janvier 1902, ce fut la tournée ordinaire des missions. À son retour, le Père infatigable, se mit à varloper et embouveter les madriers sciés à l’automne de 1900, et qui devaient servir à faire le plancher de l’église. Cela fait, il se rendit à la place où il avait coupé le bois pour la cuisson de la chaux. Aidé d'un homme, il creusa le four et le remplit de
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pierres calcaires. Cela demanda quatre jours, au bout desquels il renvoya son assistant, alluma le four, et, seul, pendant huit jours et huit nuits, y entretint le feu. Il obtint ainsi quatre tonnes de chaux, qu'au printemps, on transporta à la mission sur la berge.
Ce travail terminé, il alla, avec l’aide de trois hommes, couper de petites épinettes, qui, équarries sur deux faces, devaient servir au lattage de l’église. Ils en eurent bientôt coupé et équarri cinq mille, que le Père cloua sur les murs de la nouvelle construction, en dehors et en dedans.
Au commencement de juillet, il fallut encore interrompre le travail, pour aller rencontrer Mgr Pascal; Son Excellence arrivait de Prince-Albert, accompagné du Père Ancel qui s’en retournait au lac Caribou, du frère convers Pioger, et de l’un des neveux du P. Charlebois, le frère scolastique Arthur Lajeunesse, o.m.i. Ce dernier, pour cause de santé, venait terminer ses études théologiques dans l'Ouest, auprès de son oncle.
Lorsque le P. Charlebois arriva au Cumberland, le 12 juillet, la caravane y était déjà rendue. Le 16, ils quittèrent tous ensemble la mission Saint-Joseph presque complètement inondée; et le 20, arrivèrent au lac Pélican, où Mgr Pascal ne fit que passer, continuant son voyage vers le lac Caribou. A son retour seulement, il devait donner la confirmation au lac Pélican et bénir la nouvelle église.
Mais, pour que celle-ci pût être bénite, il fallait la terminer. Or, le plancher n'était pas encore posé; les murs n'étaient pas crépis; ni la voûte, ni les boiseries, ni la table de communion n'étaient faites; et les sauvages étant déjà arrivés, il fallait leur prêcher la retraite. Le vénéré missionnaire ne se découragea pas devant cette accablante besogne. Aidé du P. Rossignol et du Frère A."Lajeunesse, il se mit aussitôt à l’œuvre temporelle et spirituelle. Voici, d’après le Frère Lajeunesse, quel était leur règlement: le P. Charlebois se levait à 4 heures; disait son bréviaire (Matines, laudes et petites heures). À 5 heures, il réveillait la communauté: prière et méditation; puis il disait sa messe, suivie de celle du P. Rossignol, à laquelle assistaient les Indiens. Le P. Charlebois leur faisait un sermon dans leur langue. À 7 heures, déjeuner au gruau; et immédiatement, au travail jusqu’à midi. Examen particulier, dîner, dix minutes de sieste,
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et au travail jusqu’à 6 heures. Souper, suivi d’un sermon d’une heure, chapelet, prière du soir, bénédiction du Saint-Sacrement, Vêpres et Complies; puis le P. Charlebois préparait son sermon pour le lendemain.
Quant à l'ordinaire de la table, ce n’était pas compliqué: le matin, déjeuner au gruau; le midi, dîner au poisson bouilli; et le soir, souper au poisson bouilli, pour varier. Cependant, il y avait une petite réserve de viande d’orignal séchée, que les Pères gardaient précieusement pour les grandes fêtes. Or, un dimanche, le Frère A. Lajeunesse, qui avait été constitué cuisinier de la communauté, est chargé de faire cuire cette viande sèche, afin qu’on puisse s’en régaler au diner. Impossible tout d’abord de la découvrir. A la place indiquée, il trouve bien des espèces de vieilles peaux, toutes noires et couvertes de poussière; mais l’idée ne lui vient pas qu'on puisse manger cela. Il faut qu'on lui répète que c'était excellent, pour le décider à le mettre dans la marmite. Au dîner, il n'y toucha guère luimême, trouvant ce mets peu appétissant; et comme il n’y en avait pas beaucoup, les deux Pères se privèrent aussi, chacun ménageant pour que l’autre en eût davantage. De sorte qu’il en resta à peu près la moitié, dont les Pères espéraient se régaler au souper. Mais, le repas terminé, le Frère Arthur n'eut rien de plus pressé que de jeter aux chiens ce qui restait de la malheureuse viande sèche. D'où, au souper, déception des deux Pères, et compliments que l’on devine au malencontreux cuisinier.
Avec ce système et ce règlement, tout était terminé avant le retour de Mgr Pascal. Le plancher était posé, la voûte finie et ornée de trois rosaces, les murs crépis à la chaux à l’intérieur et à l’extérieur, la table de communion en place, ainsi qu’un lambrissage à hauteur d'appui, tout autour de l’église.
«Le P. Charlebois fit, à lui seul, les deux tiers de l’ouvrage, tant de préparation que de construction, écrit le P. Rossignol. Il était alors dans toute sa force; et il n’y avait pas dans les environs d'ouvrier qui fût capable de le suivre, ni à la hache, ni au marteau, ni d’ailleurs à l’aviron». (Lettre du P. Rossignol, à Mer Lajeunesse).
Il faut dire aussi que le Père Charlebois allait jusqu’au bout de ses forces, lorsqu'il entreprenait un travail de ce genre.
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Tout était donc à point, lorsque, vers le 15 août, Megr Pascal revint du lac Caribou. La nouvelle église fut bénie solennellement, et Monseigneur y donna la confirmation.
Ici, nous devons dire un mot d’un projet qui tenait fort au cœur du bon Père, surtout depuis son retour de l'Est. C'était d'établir au Cumberland une école-pensionnat pour les petits Indiens. Depuis plusieurs années, il y avait bien une école du jour. Mais, outre la difficulté de se procurer des maîtres compétents, difficulté qui n’est pas mince, ces sortes d'écoles sont peu efficaces parmi les sauvages, dont la grande majorité sont trop éloignés pour pouvoir y envoyer leurs enfants. Ceux même qui sont établis proche de l’école, ne peuvent les y envoyer que de temps en temps, et pas d’une façon suivie, par suite de leurs migrations perpétuelles, pour la chasse et la pêche. Pour que ces enfants reçoivent une instruction solide et une véritable éducation, il faut donc qu'ils soient séparés de leurs parents, et restent à demeure dans une école-pensionnat.
Outre le désir de faire instruire ces enfants, une autre raison poussait encore le P. Charleboïis à désirer l'établissement d’une telle école; c'était la misère dans laquelle vivaient ces pauvres petits, surtout les orphelins, depuis que l’inondation couvrait d'eau une si grande partie du pays. Il tâchait d’intéresser à leur sort ses parents et ses amis du Bas-Canada. L'œuvre du vieux linge et des vieux habits qu'il s’efforçait d'y établir, lui permettait déjà de fournir chaque année des habits aux plus misérables; et, de cela il se montrait plus reconnaissant, que si lui-même avait profité de ces dons. Le 6 octobre 1899, il écrivait dans son journal, adressé à sa famille: « Je passai là (au Pas) deux jours, tout occupé du bien spirituel et temporel de mes pauvres sauvages. Je dis pauvres, car Le Pas est le nid de la pauvreté. Ça perce le cœur de voir tant de misère et de nudité. J'eus, cette fois, la consolation de leur faire une distribution de vieux linge apporté du Canada. C'était plaisir de voir leur joie à la vue de ces présents. Oh mercil merci aux généreux donateurs, au nom de mes sauvages et au mien ». (Journal, 1899).
Mais, si les habits mettaient un peu les pauvres petits à labri du froid, ils ne les préservaient pas de la faim. Une écolepensionnat leur aurait procuré le vivre et le couvert.
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Pour l'établissement et l’entretien d’une telle école, l’aide du gouvernement était indispensable, les faibles ressources de la mission n’y pouvant suffire. Aussi, le Père Charleboïis s’efforçat-il par tous les moyens d'obtenir cette aide. Dans sa correspondance avec son frère le Père Charles, nous voyons qu'il avait chargé celui-ci de plaider sa cause auprès des autorités fédérales d'Ottawa. Il poussait également Mgr Pascal à agir dans ce sens auprès des mêmes autorités; et, lors du passage de l’évêque, en 1902, il eut avec lui de longues conversations à ce sujet. Mais, malgré des démarches réitérées, on ne put obtenir du Gouvernement que de belles paroles, et des promesses pour un avenir très lointain. Il fallut attendre que le missionnaire du Cumberland fût devenu évêque, pour obtenir l'érection d’une école-pensionnat dans le district.
Après la bénédiction de l’église du lac Pélican (fin août 1902) le P. Charlebois et le Frère À. Lejeunesse, laissant le P. Rossignol seul à la mission Sainte-Gertrude, accompagnèrent Mgr Pascal au Cumberland, où le Frère Lajeunesse resta, pour tenir compagnie au P. Boissin, et faire la classe aux enfants, en attendant la venue d’un maître d'école. Le P. Charleboïs accompagna l évêque au Pas et au Grand-Rapide pour la visite canonique et la confirmation. Au départ de Mgr Pascal pour Winnipeg, il passa quelque temps dans cette mission du Grand-Rapide, et y commença la construction d’une chapelle de 40 pieds sur 25, qu'il devait achever l’année suivante. Au commencement d'octobre, il retourna au lac Pélican, où le P. Rossignol était tombé malade.
Cependant, au Cumberland, la vieille bâtisse du P. Paquette, datant de 1877, et qui servait encore de résidence aux missionnaires, tombait en ruines, et il était urgent de la remplacer. A la fin de décembre, le P. Charlebois quitte donc de nouveau le lac Pélican, et le 29, vers 10 heures du soir, il arrive au Cumberland, mourant de froid et de fatigue. Dans la dernière journée de ce voyage, il avait fait 45 milles, en courant derrière les chiens, dans une neige assez épaisse. Néanmoins, il ne perd pas de temps. Dès le 2 janvier, il envoie le P. Boissin visiter la mission du Grand-Rapide, et lui-même se met à l'ouvrage, pour les préparatifs de la future construction.
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Pendant ce temps, le P. Boissin évangélisait les gens du Grand-Rapide. Il passa cinq semaines au milieu d'eux, et revint assez satisfait de leurs dispositions. Mais, dans son rapport, il constate que, là, comme à Nelson-House, il faudrait un missionnaire résident, ou au moins, des visites plus fréquentes et plus longues, afin de pouvoir fortifier les nouveaux convertis contre les tentatives des ministres protestants, qui ne cessent de chercher à les ramener à l’hérésie. « Dans les conditions actuelles, dit-il, on ne peut faire rien de sérieux dans ces postes éloignés ». Les missionnaires voyaient bien ce qu'il aurait fallu faire, mais leur manque de ressources matérielles et surtout leur petit nombre les empêchaient de le réaliser.
Ce fut du moins une consolation pour les missionnaires du Cumberland, d'apprendre qu’il y avait un missionnaire résident à Cross-Lake. Le P. Bonald, passé dans la province oblate du Manitoba, venait d’y être envoyé par son provincial.
Pendant tout le mois de février, le P. Charlebois, aidé du Frère Arthur Lajeunesse et de quelques hommes, s’occupa de couper les billots nécessaires à la future construction. Comme toujours, le travail marcha rondement, le Père faisant plus que sa part de l'ouvrage. Au commencement de mars, tous ces billots équarris étaient rendus à la mission.
Après ce travail matériel, il fallait bien s'occuper du spirituel. Le 6 mars, le Père Charlebois va exercer son ministère dans les villages et les camps, en direction de Pakitawagan. dernier poste visité, d'où il revient au lac Pélican.
Mais il avait deux bâtisses en construction: la chapelle du Grand-Rapide, commencée l'automne précédent, et la résidence du Cumberland. Cela ne lui promettait guère de repos pour l'été qui s’en venait. Il ne demeure donc pas longtemps à la mission Sainte-Gertrude.
A la date du 15 mai, nous lisons, en effet, dans la chronique du Cumberland: «Dans l'après-midi, l’arrivée inattendue du R. P. Charlebois et du frère Welsh, venant du lac Pélican, nous cause une agréable surprise. Ils ont voyagé, partie en canot, partie en traîne à chiens; le plus souvent avec la voiture de saint François, et dans l’eau jusqu’à la ceinture: un vrai voyage apostolique, avec tout son cortège de fatigues et de souffrances ».
Rendu au Cumberland, notre architecte n’y resta pas oisif.
Dans les derniers jours de mai, aidé des Frères Lajeunesse et Welsh, il alla construire et garnir un four destiné à cuire la chaux qui devait servir à la future maison. « En trois jours, dit la chronique, ils firent à eux trois, un ouvrage qui aurait demandé dix jours à des ouvriers ordinaires. »
Pendant que les Frères Lajeunesse et Welsh font cuire la chaux dans le four préparé, le P. Charlebois s’en va à Prince-Albert, acheter les approvisionnements des missions. A son retour, il descend au Grand-Rapide, en compagnie du Frère Welsh, pour y achever la chapelle qu'il avait commencée l’année précédente.
Le 16 juillet, ils étaient de nouveau au Cumberland, et immédiatement ils commencent la construction de la résidence des missionnaires. La cave était déjà creusée, les soles posées, lorsque le courrier de Prince-Albert arrive, apportant au Père Charlebois son obédience pour l’école Saint-Michel de Duck- Lake. Il lui faut laisser au P. Boissin le soin de construire la maison.
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