‹ Mgr de Forbin-Janson, evêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine;Chapitre 9 sur 47 · Mgr Hughes ne revint d’Europe qu’en juillet · texte numérisé non relu

Mgr Hughes ne revint d’Europe qu’en juillet

1 évêque 1 lui offrit de prendre la direction du collège de Spring-Hill, situé à seize heures de la Nouvelle-Orléans. Après en avoir conféré avec le P. Bach, l’un de ses compagnons de voyage, Mgr de Janson résolut d’acheter ce collège pour y mettre des Pères de la Miséricorde. Et, dès le mois de décembre suivant, les Pères Saintyves, Madéore, Aubril, Paraudier, Lafort et Fabre arrivèrent à Spring-Hill et prirent la direction du collège sous les ordres du P. Bach. Mgr de Janson paya de sa bourse 35,000 francs, qui étaient le tiers du prix d’achat.

Le prélat se rendit enfin à la Nouvelle- Orléans où il donna toute la mesure de son zèle apostolique. Il y prêcha durant le carême, donna des retraites aux paroisses ainsi qu’aux communautés religieuses, fonda plusieurs associations charitables, entre autres une société de dames pour venir au secours des malades de la fièvre jaune, une association de jeunes gens, etc.

La Nouvelle-Orléans, à cette époque, était la Babylone du Nouveau-Monde. Sur 60,000

I. Mgr Portier, qui vint en Amérique, n’étant que diacre, avec Mgr Du Bourg.

catholiques, il n’y avait pas plus de quinze créoles qui fréquentaient les sacrements. La franc-maçonnerie enveloppait dans son réseau cette population avide de plaisirs, de luxe, et nullement soucieuse de ses intérêts spirituels. Le brave missionnaire dut lutter contre tous ces obstacles, et il obtint un beau succès, comme il l’écrivait lui-même quelque temps après.

« Près de mille à douze cents sont venus me trouver l’un après l’autre dans ma chambre et m’ont fait la promesse formelle et si consolante de ne pas attendre que le temps fût expiré pour remplir le devoir pascal. . . C’était vraiment un spectacle bien extraordinaire et bien nouveau pour une ville où, six semaines auparavant, des membres distingués du clergé m’assuraient qu’il n’v avait pas douze ou quinze blancs créoles qui approchassent les sacrements, de les voir en si grand nombre remplir les vastes corridors de l’ancien couvent des Ursulines \

i. Ce couvent avait été abandonné à l’évêque pour sa résidence, dès l’année 1822. Les Ursulines allèrent se loger dans un monastère beaucoup plus spacieux et plus convenable.

et là, s’agenouillant pour me demander ma bénédiction, baiser mon anneau et recevoir la petite médaille, et tous me promettre, plusieurs fois les larmes aux yeux, d’aller au plus tôt se confesser. S’il y avait dans le nombre beaucoup de gens de couleur, il y avait aussi des jeunes gens, d’honorables négociants et bien des pères de famille. . . »

Mgr de Janson quitta la Nouvelle-Orléans durant la semaine après Pâques, pour se rendre à Baltimore, où le quatrième concile provincial des Etats-Unis allait bientôt inaugurer ses assises solennelles. Il s’ouvrit le 16 mai et dura sept jours. Le prélat français fut admis aux séances avec voix délibérative. Son nom est resté parmi les illustres signataires1 de l’adresse

1. Sur les douze évêques du concile, six étaient d’extraction française : NN. SS. Flaget, de Bardstown ; de la Hailandière, de Vincennes ; Blanc, de la Nouvelle-Orléans ; Portier, de Mobile ; Loras, de Dubuque ; et de Janson. Les autres étaient : NN. SS. Rosati, de Saint- Louis; Purcell, de Cincinnati; Eccleston, de Baltimore; Miles, de Nashville ; Fenwick, de Boston ; et Kenrick, de Philadelphie. Absents : NN. SS. England, de Charleston ; Conwell, de Philadelphie ; Dubois et Hughes, de New-York ; Lefèvre, de Détroit.

synodale dans laquelle 1 épicopat américain proteste contre les persécutions de la Russie envers la catholique Pologne et en particulier envers les archevêques de Cologne et de Posen.

Quelque temps après, Mgr de Janson écrivait à son coadjuteur qu’il avait refusé l'administration du diocèse de Détroit, qui comprenait le Michigan et le Wisconsin \

C’est alors que le prélat entreprit le voyage du Canada. Son séjour fut très court. Après avoir salué les évêques de Québec et de Montréal, il s’empressa de se rendre à Buffalo, en passant par Kingston, le lac Ontario et les chutes du Niagara.

A Buffalo, l'évêque de Nancy fut vivement touché par la rencontre de quelques-uns de ses anciens diocésains de France, isolés au milieu d’une population de langue, de coutumes et de religion étrangères. Il va sans dire qu’il leur offrit tous les secours religieux et autres que

i. Ce fut Mgr Pierre-Paul Lefèvre qui fut nommé. Il était auparavant missionnaire dans le diocèse de Saint- Louis.

Mgr Lefèvre était né à Roulers, Belgique, le 30 avril 1804. Après avoir étudié à Paris, il vint en Amérique et reçut la prêtrise le 17 juillet 1831. Sa consécration épiscopale eut lieu à Philadelphie, le 21 novembre 1841.

sa charité inépuisable savait trouver en pareille occurrence^

« Vous figurez-vous », écrivait-il à son coadjuteur, « le sentiment que j’ai éprouvé et causé à Buffalo, quand le hasard m’y a fait découvrir, à deux mille lieues de la patrie, une famille de mon tant regretté diocèse de Nancy, de la paroisse de Varengeville ! Que de larmes d’attendrissement ont coulé de part et d’autre! Une famille des miennes ! des enfants à moi ! des brebis de mon cher troupeau !. . . Dans cette excellente famille qui est demeurée chrétienne et fortement attachée à la foi, une des filles de la maison, âgée de 22 à 23 ans, m’a récité par cœur un assez long passage d’une exhortation que j’avais faite dans ce village en y ouvrant la mission. Combien n’en ai-je pas retrouvé d’autres que j’avais confirmés et fait communier? Et quels droits n’avais-je pas acquis sur eux pour toucher leurs cœurs, les fortifier dans le bien ou les y ramener? Que Dieu soit mille fois béni pour avoir daigné me faire l’instrument de ses miséricordes envers un si grand nombre de pauvres âmes délaissées au milieu des déserts ! »

De Buffalo, Mgr de Janson courut à Cleveland, où il bénit une église érigée par l’abbé McLaughlin. Puis il se rendit à Détroit, traversa le lac Huron et le lac Michigan et il atteignit le Mississipi à Galena, où il eut le rare bonheur de trouver un petit bateau qui le conduisit jusqu’au pied des chutes Saint-Antoine (Minneapolis). Chemin faisant, il fit une courte halte à Dubuque, ville épiscopale de Mgr Loras \ Dix jours furent consacrés à remonter le cours du fleuve géant. Pénétrant dans l’intérieur du pays voisin, il vint en rapport avec des Indiens qu'il travailla à convertir. Voici ce qu’il rapporte de sa visite aux sauvages de l’ouest :

« J’ai parlé de religion avec quelques-uns de ces pauvres gens; j’ai fait assez particulièrement la connaissance d’un de leurs chefs qui, récemment converti, amènera, probablement bientôt, toute sa tribu à la foi catholique. C’est un jeune saint d’une trentaine d’années, plein d’esprit, de jugement et de facilité pour l’étude

i. Mgr Mathias Loras, né à Lyon en 1792, consacré à Mobile, le 10 décembre 1837. Le diocèse de Dubuque comprenait tout l’Iowa et le Minnesota d’aujourd’hui.

des langues. La pureté de ses mœurs et ia vivacité de sa foi sont admirables. Il n’a qu’une pensée, qu’un désir, qui est de procurer à la nation le bonheur religieux dont il jouit luimême.

« Le Seigneur a permis, selon sa bonté accoutumée, que chacune de mes journées fût utile à sa gloire, au salut de quelque âme ; tantôt c’était quelque sauvage, homme ou femme, que recueillait notre steamer et que j’avais le temps de catéchiser; tantôt c’était un bon missionnaire que je trouvais malade et presque abandonné,, et que je pouvais confesser, soulager et consoler. Je rencontrais des populations canadiennes d’origine, entendant et parlant le français; et parfois je pouvais en exhorter et en instruire d’autres par interprète 1. La divine Providence disposait tout avec une si grande bonté, que je pouvais célébrer la sainte messe, non seulement les dimanches et fêtes, mais plusieurs fois la semaine au milieu de ces pays reculés. . . »

i. Cet interprète était le Père Félix Barbelin, jésuite, qui accompagnait l’évêque de Nancy dans son voyage d'étude et d' exploration religieuse dans le Far West. Le P. Barbelin est mort à Philadelphie, en 1869. s

Mgr de Janson aimait beaucoup voyager, mais l’utile plus que l’agréable guidait ses pas, c’est-à-dire qu’il était missionnaire en même temps que touriste. Chez les sauvages, comme nous venons de le constater, il essaya d’implanter ou de revivifier la foi catholique. « Quand j’en rencontre, dit-il, qui entendent raison, je les éclaire volontiers sur la philosophie et la religion. » Partout et toujours c’est l’apostolat du bien qu’il a en vue, c’est son étoile, le but suprême de sa vie errante.

Le prélat redescendit le Mississipi jusqu’à l’embouchure de l’Ohio et il se rendit par eau jusqu’à Cincinnati. Le 16 août, il était l’hôte de Mgr Purcell.

Ce fut sa dernière étape aux Etats-Unis, pour cette année-là. Il devait bientôt prendre la route du Canada, et s’y livrer avec une ardeur incroyable aux travaux les plus ardus. C’est sur ce nouveau théâtre que nous le

suivrons.

Page 1